CHAPITRE IV
Cruautés, folies et meurtre de Commode. — Élection de Perlinai, — Ce prbcn entreprend de réformer le fénat. — Il est assassiné par les garde* prétorienne!,
Marc- Aurèle , élevé dans l'école du. Port,!-' que, n'y avait pas puisé toute l'austérité des stoïciens. Une douceur naturelle, qui rendait ce prince si oher à ses peuples, était peut-être le seul défaut de sou caractère. Doué de qualités excellentes, il ne pouvait imaginer qu'il se trompât en se livrant aux mouvemens de son cœur. Il était sans cesse entouré de ces hommes dangereux qui Savent déguiser leurs passions et étudier celles des souverains, et qui, paraissant devant lui revêtus du manteau delà philosophie, obtenaient des honneurs et des richesses en affectant de les mépriser*. Son indulgence excessive pour son frère, sa femme et son fils, passa les bornes de la vertu. L'exemple que donnèrent les vices de cette famille, et leurs suites funestes, firent les malheurs de l'étal»
Faustine, fille d'Antonin et femme d* Marc-Aurèle, ne s'est pas moins rendue célèbre par sa beauté que par ses galanteries. La grave simplicité du philosophe n'arait
> Sous le rigne de Tibère, un chevalier romain entreprit de fuir chei les Parties. U rat arrêté dans h détroit de Sicile. Hais cet eremple parut si peu dangereux que le phi* jaloni des tyrans dédaigna de punir le coupable. Tacite ,
> Cicéron, ad FamUiaret, n, 1.
J Voyer les reproches d'Àviiiliis Cassiiis'.Hisl. Aug., p. 45. Cesont, 9 «ttrai, («discours d'un reb'Ue; mais
la faction exagère plutôt quelle n'intente.
{180- dep- J.-C.) point assez de charme aux yeux de l'impératrice pour fixer son inconstance, et satisfaire à ta passion violente qui l'entraînait sans cesse, et qui souvent lui faisait apercevoir un mérite personne! dans le dernier de ses sujets*; L'amour chez les anciens était en géaerat sue divinité fort sensuelle. Une souveraine, obligée de faire l'aveu de ses sentiment, eannaissait peu cette délicatesse que la ntstuee des rangs fait évanouir. Dans tous les lièetes, tes préjugés ont toujours attaché rbonuMU des maris à la conduite de leurs femmes; mais Mare-Aurèle paraissait insensiUe aux désordres de Fanstioe. Peut-être éuii-u le seul dans f empire qui les ignorât. Il éleva plusieurs de ses amans à des emplois considérables'; et, pendant trente ans que dora leur union, il ne cessa de lui donner des preuves de la confiance la plus intime; enfin il eut {tour elle une vénération et une tendresse ' qVB conserva jusqu'au tombeau.
Marc-Àuréie remercie les dieux, dans son ouvrage, dé taî avoir accordé une femme si fidèle, si douce, et d'une simplicité de mœurs h arrnïTfaWe*. Le sénat la déclara déesse a sa sollicitation; elle était représentée dans tes temples avec les attributs de Junon, de Vénus et de Cérès. Les jeunes personnes de l'un et de Tautre sexe avaient ordre de s'y rendre le jour de leur mariage, et d'offrir leurs vœux aux autels de cette chaste divinité*.
Les vices monstrueux du fils ont affaibli ajx yeux de la postérité l'éclat des vertus du père. Ou peut reprocher à Marc-Àurèle d'avoir sacrifié le bonheur de plusieurs millions d'hommes à une tendresse excessive pour Commode, et d'avoir choisi un successeur
t * J&ttftàumi. sati*.eenMù*t aptd Cajretam, tundi- ■ tiwKs fibi *t nantie** et gladiatoriasetegitse.' Hist. Ang., p. 30. Lampride explique l'espèce de mérite dont Faostiae biuît choix, et les conditions qu'eue exigeait. HL*. Aug., p. 102.
L i. Le inonde a souri de la crédulité de 3 madame Dacier nous assure que les maris ri abuses, tonus les fois que Leurs femmes le
PÀft ED. GIBBON. CH. IV.
«II^LiAÇ.p.llM-.u'Ut.Aug-.p.tt; 4e Sjénfan sqr les Cfcar* , p. 289. La déification de Fanslîne èslit seul dcJaut que le satirique Julien ait pu découvrir Sans te caractère de Mare-AurtJe.
dans sa famille plutôt que dans la république. Cependant ce sage prince, aidé des soins de plusieurs hommes célèbres par leur mérite et par leur vertu , ne négligea rien pour développer le génie de Commode , étouffer ses vices naîssans , et le rendre digne dn trône qu'il devait un jour occuper. En général, l'éducation n'a pas assez de force pour corriger la nature; elle peut être utile à ceux qui sont nés avec d'heureuses dispositions ; mais alors même elle devient presque superfine. Commode montrait un dégoût invincible pour toute sorte d'instruction; les discours frivoles d'un favori faisaient oublier en un moment les graves leçons d'un philosophe. Harc-Auréle perdit lui-même le fruit de tons ses soins en partageant la dignité impériale avec son fils a peine hors de l'enfance. Ce père trop indulgent mourut quatre ans après; mais il vécut assez pour se repentir d* une démarche inconsidérée, qui affranchissait un jenne prince si impétueux du joug de la raison et de l'autorité. Les lois de ta propriété ont été établies pour mettre des bornes à la cupidité du genre humain; mais en donnant à quelques personnes ce que le grand nombre recherche avec le plus d'ardeur, elles sont devenues la source de toutes no» dissensions. Si le désir des richesses trouble la paix intérieure de la société, quels desordres ne doit pas enfanter la soif du pouvoir? L'ambition est de toutes nos passions la plus impérieuse et la plus funeste, puisqu'elle ne connaît aucun frein, et que l'orgueil d'un seul exige la soumission de tous. Dans le tumulte des discordes civiles, les institutions sociales perdent toutes leurs forces ; souvent même la nature réclame en vain ses droits. L'animosité des partis, l'orgueil de la victoire, le désespoir du succès, le souvenir des injures reçues et la crainte de nouveaux dangers enflamment l'esprit et contribuent à étouffer le cri de la pitié. De là ces scènes cruelles et ensanglantées , dont l'histoire nous offre si souvent le tableau. Mais de pareils motifs ne peuvent justifier la conduite tyrannique de l'empereur Commode qui, jouissant de tout, n'avait rien à désirer. L'bcurcuxfilsdeMaro Aurèlc succéda à son père au milieu des acclamations du sénat et de l'armée. Ce jeune
<■..] .:.f. ..... -DECADENCE DE
J>rïnce, Itfrfeqn'îi monta sur le trône', n'avait autour. de lui ni rival à' combattre, ni etmemïs apiihir.' Maître de la plus grande partie dn glotte,' il devait naturellement préférer l'amoitf de ses Sujets à leur haine, et la réputation' des cinq empereurs qui l'avaient précédé, "au sort ignominieux de Néron et de Domîtien.
' Cependant' Commode n'était pas, comme oii'nbus' Fa représenté, un tigre altéré de sang, et capable, dès «es premières années , fle 'se porter aux' excès les plus cruels*. H était né faible pi il tôt que méchant. Une simplicité et une timidité naturelle le rendirent esclave' dé ses courtisans, qui s'emparèrent de son espifU'. Sa cruauté fut d'abord l'effet d'une impulsion étrangère; elle dégénéra bientôt en habitude, et devint enfin la passion dominante de cette âme corrompue *.' . Commode, a la mort de son père, se trouva chargé du commandement pénible d'une grande armée et de la conduite d'une guerre difficile*. L'on vit bientôt reparaître une fouie de jeunes courtisans dont les vices avaient attiré l'indignation de Maro-Aurèle, et qui , "sons (è règne précédent, avaient été bannis délaconr. Ils gagnèrent la confiance du nouvel empereur, exagérèrent les fatigues elles 'dangers (Tune campagne dans des contrées sauvages, situées au-delà dn Danube, et assurèrent ce prince indolent que la terreur de bon nom et les armes de ses lieutenans suffiraient pour 'réduire des barbares effrayés, ou pour leur imposer des conditions plus avantageuses qu'une conquête. Ils flattaient adroitement ses goûts et sa sensualité. On les entendait sans cesse comparer la tranquillité, la magnificence et les agrémens de Rome , aux tumultes d'un camp de Pannonie, où l'on
i Commode ftil le premier Potphyrogentte ( né depuis i'àyén'enient dbioji père 'au trône). Par Un rafflnunrat de flatterie, les mé*iities dgxptltutt datait des années de s» n>« mmaqsi «Ht» n'dlaleot pie différentes de «eues de «on règne. Tillemoat, Histoire ,des empereurs, tome a, f. 752.
iHist.August.,p.46.
, î Dk^, 1. ion, p. 1203. , , ,
*5eioBÏerlul1îentXpofDg.'t^;'llmoùriitàSIrmbin; nuis la 'situation de Vienne; ftnihAona, ou les deux Yïclor placent sa mort, s'aecorde mieux avec les opérations de U guerre cwlre les Quadc* et les Mvwnuuu,
'.:;.; il t ;i/'t \.V \ .,(.(. ftv
L'EMPIRE mm* y ; CW.depj i,rC.)
néconnatssàU'nile'lnxe'i fil ies'pihisi're-qui votent à1 sa suite' : 'Commode prêtai l'or eiBe à des avis si agréables; Tandis qu'il' étaté partage entre sa prdprtf'incïintolionel'leVespect' qu'il devait: à' ta mémoire do sôttpèw ,• in-' sensiblement l'été s'écoula S'Hue lit son entrée dans Rome que l'automne suivant.: Ses grâces naturelles*, son air pc-putnireet les vertus qu'on lui supposait' lui attirèrent ta bienveillance publique. La'paix -hWoWBlf qn'il venait (l'accorder aux barbares1 inspk ra1tnne]m>universdle3,-ronàt»ribWÉlt,-ùfV' mour delà patrie Timpatience 'qu'il 'avait montrée de revoir la capitale; «t IVn pardOl^ naitàun jeune prince de ffix^heùfàis1 les ahinsc'mens frivoles àtiîqnels il ÉJe'IiTt>alr;i
Marc-Aufèle avait laissé auprès de'so» 'fils des conseillera sages et fidèles. ■ ■Cfjiombilel parut d'abord les estimer et déférer1 'à1 teats avis. Pendant les trois premières lànWées"dd son régne, il conserva les! formes*; 'IVSprifc même de l'ancienne administration .^EolU tiré des compagnons de ses-dëbaucbes1,1 il^fc vrait aux plaisirs -avec ht'Sbetlé'qutlJDBne la puissance souveraine. Mafasës'ma'Ifts'fn'e* (aient point encore teintes aV«a«g'j'9I'a«lt même déployé une générosité1 doMeiniméns qui pouvait faire espérer un averiir^plus ln*l£ reux. Peut-être seseraîi^'jetédftaëilë&'bra» de la vertu*: un accident iatal décida1 ^'caractère incertain. ' '■'' ■
L'empcrenr sortait un soir 'de snti p'abiia pour se rendre à ramphithéatrC.'Commte H passait sons un portiqncobscurêtlrèa^irblt; un assassin foildit sur lui l'ép'éba'hi 'main, en criant à haute voix : « Yorci'ee'qtW'féri- * voie le sénat. > La menace fit manquer Ifc coup. L'assassin fut pris; et aussitôt fl révéla ses complices. Cette conspiration tftalt'éttî tramée dans l'enceinte dn palais, "LTitlîla,
iHérodien,l.i,p.tl : ,; ;-:':" "■
iHérodien,l.i,f.l6. ■■•" '■<-'- '■■"'. ■
3CettojoieuiiivOTsells«*tJ(icn.d<:H*iiflparftI1.]*oUo*
^'"prestesmédaUlwetlegJû^loii^nsJ^yisMlrefcltoHW,
* ManïliuB, secrétaire particulier d' A vidais CdisraV,' tilt découvert après a»oir été caché plusieurs année*. L'emp*;reur dissipa, nohleiuenU'iûqiijétuderput>Uque. en refusant de le voir cl eu brûlant ses papiers sans 'lés Auvriï. Uion, Linn,p.l209. ,r';
l Yoyei MalTei, degti Jmphitheatri, p. 126.
(180 dep. J.-C.)
sortir dH'Coriftbode, et vvinWTtëlLueltëTd- Hfy,4ti*&iqni!*\ fa n'o£Cfiper,:qjaa.le .second r/ongr Jî^ntfç^e.^.wRpwflrvicç .régnante, elle «faif *»é 's ujeuinrÀçr çosWÇ, Ja.v». de son fr^,,C)pwlwslt,JRwffl^H^. >ofl. second
n#e/ftd^»é>1,iRviQjfl^lç,..igp(>rait ..jte». noirs WpJeto.iGeMe^feinme ambitieuse .n'aurait ^1^,0^488,1^ dfoQuwir.JiUe trouva dans IaifHtiJpvde;,;se$; amans, dps hommes perdus, n> lfiiié# À , tou* pntrejrendre , et, prêts 4 W^ffi ^fti.SWMVWiÇ11» que .1«JÏ inspiraient lWÂtoWri»ilf«r*?p e* ï'&hmw. Les çpu&pîf sawui^é^ron-yèçmtjWfl rigueurs de lajustfce; Vu^jfed'^orrtpPiini^par l'exil et ep.- SM\un#n4?1IHBW!rf. •> ...-., *,„ , ,.-. ■ „ MhWT«ll dp, .l'assassin Jajss£reftt,.dans yw,(io1^mij)((^]e'.Jfs traces prûfoqdes.Ce PffitflBprfjsns^flSpSft alarmé, conçuf une naine, Vtif4*c#bjft contre bî.Gorps entier Un sénat, Cero,.jj«'lil-.ïijrçifc..4'jifcprd. .redoutés, comme 4»,BwisWft ,WPÏWrtiw¥.paEurent lout-à- ^WPiri^psueRMWïiiiSecr^W- Les ; délateurs. a»pien|, é.t^^dé^nragés sous les. règnes pré-- (^■nsi^n-.tevWyaU. presque anéantis; ils pawajflfcilo. «oiseau dûs qu'ils s'aperçurent <w« J'egapereur cherchait partout des crimes etdçàtâQpip^oLs, Cette assemblée, que Marc- Aw^ regardait comme le grand conseil de la .-*«ti,i#o*,ç,tiHt: composée des plus vertueux Bornais*., RfÇfftôt le mérite devînt un crime,. Le zèle des délateurs, excité par l'attrait pujjKani de* rifihesses , cherchait partout de «oi^YfiUjes)Victimçs. Une vertu rigide' passait ponrunecpnsure tacite de la conduite irrégulièRe.du prince; et les services les plus énwen#.,d£ççIaieBt une supériorité dangetfMQt, 0fjn l'amitié du père suffisait pour encpur)F;.tojuWi la haine du fils. Dans ces temps, malheureux, le soupçon tenait lieu de prejn^jj ttJk snpsfljt d'être accusé pour être aussitôt condamné. La mort d'un sénateur entraînait la perte de tous ceux qui déploraient son sort, ou qui auraient pu le venger. Lontf u!àne< foré- -Commode etrt commencé a r^^fr*'llWf!Ming1'aft,'ses,shjét8, son cœur dev^jo^ç^jbje a#^re,raprds ou à la pitié.
Parmi les victimes innocentes qui tombèrent sous les coups, de la tyrannie, il n'y en eut pas de plus regrettées, que Maxim us et- Condiunus, de la faniillo. Quintilieiine. Leur amour fraternel a .sauvé .leur nom de l'oubli, et l'a rendu cher à la postérité. Leurs études, leurs occupations,, leurs , emplois, leurs plaisirs étaient les méfies;, jouissant tous deux d'une fortune considérable, ils ne conçurent jamais l'idée de séparer leurs intérêts. Il existe .encore des fragmeps, d'un ouvrage qu'ils ont composé ensemble; enfin, dans toutes les actions de leur vie, leurs corps, paraissaient n'être animés que par une seule âme. Les Antonins, qui chérissaient leurs verfus et se plaisaient à yoir leur union , les élevèrent dans la même année à la dignité de consul. Marc-Aurèlc leur donna dans la suite le gouvernement de la Grèce, .et. leur confia le commandement d'une armée, à la tête de laquelle ils remportèrent une victoire signalée sur les Germains. Le barbare Commode eut la générosité de leur faire subir un sort égal. Frappés du mêmecoupt ils descendirent dans le même tombeau '.
Après avoir porté la désolation dans le sein des premières familles de la république, le tyran tourna toute sa rage contre le. principal instrument de ses fureurs. Tandis que, renfeuné dans son palais,. Commode nageait dans le sang ou se livrait, aux plaisirs, l'administration de l'empire était entre les majns de Perennis, ministre vil et ambitieux, qui avait assassiné son prédécesseur pour en occuper la place, mais qui possédait de grands talens et beaucoup de fermeté. Il avait amassé une fortune immense par ses exactions , et en s'emparant des biens des nobles sacrifiés à son avarice. Les cohortes prétoriennes lui obéissaient comme à leur chef. Son fils, déjà connu dans la carrière dès armes, commandait les légions d'Illyrie. Perennis aspira ir au trône; ou, ce qui paraissait également criminel aux yeux de Commode) H pouvait y aspirer, s'il n'eût été prérenn, surpris et mis à mort.* '"'' ' ";■'"
1 Cft&udmn a raueaUé, tous «ijc1 mite snr nlisigin» Augustûû,be»uwùpdeparUculanfâi/^uc«raanlccïÙliulrçs|r*res. Voyez son savant Çonimenliîw,.'p..ê9 ' '( '.
ïGooqIc
La chute d'un ministre' est un événement de peu d'importance dans l'histoire générale de l'empire; mais la ruine de Perennîs fut accélérée par une circonstance extraordinaire, qui fit voir combien la discipline était déjà relâchée. Les légions de Bretagne, mécontentes du gouvernement de ce ministre, formèrent une ambassade' de quinze cents hommes choisis , et les envoyèrent à Rome avec ordre d'exposer leurs plaintes à l'empereur. Ces députés militaires , en fomentant les divisions des prétoriens, en exagérant la force des troupes britanniques, et en alarmant le timide Commode, exigèrent et obtinrent, par la fermeté de leur conduite, la mort de Perennis'. L'audace d'une armée si éloignée de la capitale, et la découverte fatale qu'elle fit de la faiblesse du gouvernement, présa geaient les plus terribles convulsions.
Tout annonçait une anarchie funeste bientôt après, une légère étincelle produisit un grand incendie. Les désertions devenaient fréquentes parmi les troupes. Après avoir abandonné leurs drapeaux, les soldats, au lieu de se cacher et de fuir, infestèrent les grands chemins. Matermis, simple soldat, maïs d'une hardiesse et d'une valeur extraordinaires, rassembla ces bandes de voleurs, et es composa une petite armée. Il ouvrit en même temps les prisons, invita les esclaves à briser leurs fers, et ravagea impunément les villes opulentes et sans défense de la Gaule et de l'Espagne. Les gouverneurs de ces provinces avaient été pendant longs-temps spectateurs tranquilles de ces déprédations ,peut-être même en avaient-ils profité; ils sortirent enfin de leur indolence, et parurent disposés à exécuter les ordres de l'empereur. Environné de tous cotés, Maternus prévit qu'il ne pouvait échapper; le désespoir était sa dernière ressourcé. Il ordonne tout-à-cotip aux compagnons de sa fortune de se disperser, de passer les Alpes par pelotons et sous differens déguisemens, et de se rendre dans la capitale pendant la fête tumultueuse
iDIon.l. uxn, p. 12lO;Hérodien,l.i, p.22;Ilist.
Aue.p. 48; Dion donne à Perennis un caractère moins odieux que nele Italie! autres historiens. Sa modération «l presque un gage de sa TeroriU.
(18» dep. I.-G.) de Cybèle'. Il n'aspirait a rien moins qïi'ï massacrer Commode et à s'emparer du trôna vacant. ■ Une pareille ambition n'est point celle d'nn brigand ordinaire. Les mesures étaient si bien prises, que déjà les troupes cachées remplissaient les rues de Rome. La jalousie d'un complice découvrit cette singulière entreprise, et la fit manquer au moment que tout était prêt pour l'exécution*,
Les princes soupçonneux donnent souvent leur confiance aux derniers de leurs1 sujets, dans la ferme persuasion que des hommes sans appui et tirés tont-à-coup d'un état vit seront entièrement dévoués à la personne de leur bienfaiteur. Cléandre, successeur de Perennis, avait pris naissance en Phrygie; il était d'une nation dont le caractère vil et istraitable ne pouvait être soumis que par les traitemens les plus durs1. Envoyé à Rome comme esclave , il servît d'abord dans le palais impérial, et s'y rendit bientôt nécessaire à son maître en Battant ses passions. Enfin il monta rapidement au premier rang de l'empire; son influence sur l'esprit de Commode fut encore plus grande que celle de son prédécesseur. En effet, Cléandre n'avait aucun de ces talens capables d'exciter la jalousie de l'empereur, ou de lui inspirer de là méfiance. L'avarice était la passion dominante de cette âme vile, et le mobile de toutes ses actions. On vendait publiquement les dignités de consul, de patricien et de sénateur. Un citoyen sacrifiait la plus grande partie de sa fortune pour obtenir ces vains honneurs1. Son refus aurait été interprété comme une marque secrète de mécontentement. Dans les provinces, le ministre partageait avoc les gouverneurs les dépouilles du peuple; l'administration de
> Durant U seconda guerre punique, les Romains apportèrent de l'Asie ta eulte de la mère des dieux. Sa fêle, XegaUsia, commençait le 4 avril, et durait sii jours : les rues étaient remplies de Mies processions; les spectateurs u rendaient en ftailo aux théâtres; et Ion td sari Lait tables publique» toutes sortes de courlres. L'ordre et U ponce étaient suspendu* , et le plaisir devenait l» seule occupation sérieuse de' toute la ville. Voyez Ovide, de Pastit, l.rv, 189, e!e.
iHérodlen.l. i,p. B,S8. - .
3 Cicéron , pro Ptaceo, «. 27.' .-,
« Une de ces pnxmliont si J«'ffHi"'"i donna lieu k on bon mot : on disait que Jultui Solon était exilé dans le.
(189 dep. J.-C.) la jutlce (hait vénale et arbitraire. Non- ■enlement no criminel opulent obtenait avec facfKté b révocation de la sentence qui le condamnait, mais il pouvait aussi faire relotiber la peine siir l'accusateur, les té- ■mus et le juge , et ordonner même de leur isppJtae.
Dans l'espace de trois ans, Cléandre amassa des trésors immenses. On n'avait point en- . cereraoYaffranobipossédertantderichesses1. Commode, séduit par les présens magniliqaes que l'habite courtisan déposait a propos an pied du trône, fermait les yeux sur sa conduite. Cléandre crut, aussi pouvoir s'attîrerf amour du peuple- Il fit élever, au nom deFeokpemr, des bains, des portiques et des places destinées; aux exercices publics*. B m flattait qne les Romains, trompés par cette libérante apparente, seraient moins touchés des scènes sanglantes qui frappaient Ion* Jets jewrs leurs regards; il espérait qu'ils osbliersiess la mort de Byrrhus, sénateur d'ira mérite: éclatant, et gendre du dernier empereur f et qu'ils perdraient le souvenir de l' exécution d'Arius Àntoninus, le dernier qui es* hérité du nom et de la vertu des Aoiosm. L'tm avait eu l'imprudence de décoavrir a son beau-frère le véritable caractère du fuvori. Le crime de l'autre était d'avoir prononcé, lorsqu'il commandait en Asie, nae sentence équitable contre une des indignes créflteres de Cléandre1. Après la chute de Perennis, Commode avait paru vouloir embrasser la vertu. On l'avait vu casser les acte» les plus odieux de ce ministre, livrer ta mémoire a l'exécration publique, et auribwer à ses conseils pernicieux les fautes d'une jeunesse sans expérience. Ces heureuses dispositions né durèrent que trente jours;, et la tyrannie de Cléandre fit souvent regretter ('administration de Perennis.
Ls peste et la famine vinrent mettre le
i IKoU Cassfis Cl. inn.p. 1213,) observe qu'aucun ïtrraDtht n'avait encore possédé autant de richesses que Cttondre. La fottmn ne PaRn m montait cependant I <fm ir. dnqwito-tix mDUOM, BjrSwWst. tt. S-
>Dîskv *™, p. 1218) Heroatm, 1, i, p. 29 1 Hist. A«t,p\BaiMsliain»*Uknis»tuéipfcsdfl la porte C*- \mf.Vttja Nardinl, Romaantica, p. 79.
IBM. Ant.,p.«.
comble aux calamités de Rome1. Le premier de ces maux pouvait être imputé à la juste colère des dieux : on crut s'apercevoir que le second prenait sa source dans un monopole soutenu par les richesses et par l'autorité da ministre. On se plaignit d'abord en secret; enfin le mécontentement public éclata dans une assemblée du cirque. Le peuple quitta ses amusemens favoris, pour goûter le plaisir plus délicieux de la vengeance. Il courut en foule vers un palais situé dans un des faubourgs de la ville, où l'empereur s'était retiré. L'air retentit aussitôt de clameurs séditieuses. L'on demandait à haute voix la tète de l'ennemi public. Cléandre, qui commandait les gardes prétoriennes *, fit sortir nn corps de cavalerie pour dissiper les mutins. La multitude prit la fuite avec précipitation du coté de la ville. Plusieurs personnes restèrent sur la place; d'autres, en plus grand nombre, furent mortellement blessées. Lorsque les prétoriens s'avancèrent dans les rues, les pierres et les dards que les habitans faisaient pleuvoir du haut de leurs maisons les arrêtèrent. Les cohortes de la ville *, jalouses depuis long-temps des prérogatives d'une troupe insolente, embrassèrent le parti du peuple. Le tumulte devint une action régulière, et fit craindre un massacre général. Enfin les prétoriens , forcés de céder au nombre, lâchèrent pied; et les flots de la populace en fureur vinrent de nouveau se briser, avec une violence redoublée, contre les portes du palais. Commode, plongé dans la débauche,
i Hérodieo, 1. 1, p. 28; Dion, 1. uw , p. 1215 : celuici prétend que, pendant long-temps , U mourut par Jour 1 Rome deux mille personnel.
5 «TuncqneprinïiiDj treflpraefecnprœtorioruere : inter quoi • Ubertun». » Quelque* règles de modestie empêchèrent Cléandre de prendre le titre de préfet du prétoire, tandis qu'il en avait toute l'autorité. Les autres affranchis étant appelés selon leur» différentes fonctions, à ràtiant* but, ab eplstolis; Cléandre se qualifiait a pugione, cérame chargé de détendre la personne, de son maître. Sanmaûe et Casanbon ont fait des commentaires trésvïgurs sur ce passage.
3 Oi Tir oriuAir o-tjsi rif*i,Zi*i ,Hérodieu, 1. I , p. . al. On ne sait si cet auteur veut' parler de l'infanterie prétorienne ou des cohortes delà ville, composées de six nulle hommes , mais dont le rang et la discipline ne rcpondaieut pas à leur nombre. Ni M. de TUIemonl , ni Wolton n'ont voulu délier celte question.
Ht DECADENCE DE t'fcMl'ïlte'r^MAIN,
forait' se^il' tès 'p^ïls'qiir le menaçaient. iCrétaifé'&poser a là'jhort, que de lui arinon-
cér'defàchèufceà'rçeuvellés. Ce prince aurait éttMvïcèmié '(finie fatale sécurité, sans le ccmrà'gé'dÈ'détix'ïemmcs de sa cour. Fadilla, &'sœùrainée,'fet Sïarcia', la plus chérie de ses éoncùbiho's', se' hasardèrent de paraître
(Ift'depl'ï.-î!.)
cti'sa"pré5enee. L'es cheveux épars, et bai gnèes"de1a'rthe5,éfiès se jetèrent à ses pieds, ét!, dh'imées p*ar cette éloquence forte qu'inspirfe'le'dang'é'r,1 efïés (ni peignirent vivement la fitrtnf dn'ptfiple', les crimes du ministre, et l'orale prêt àTécrasër sous ; les' ruines' de 'son
Salais1. T/e'iriperéur effrayé' sort tout-â-coup e rivrèSié dii filaîslr, et fait exposer la tête du' ministre Sus regards avides de la multitude. Ce spectacle si désiré apaisa K tu* multé. le fiTs dé' Marc-Aurèle pouvait encore gagner 'te fcœdr et la 'confiance de ses su- Jetsi': '"■ ."'■' ■•'-;-
"'Mans toiii sentiment de vertn et d'humanité &àrt'#erdt,d3nsTatne de Commode. Tandis qu'll'Iaîssdlt àïnsî flotter les rênes de l'empire entrâtes mains d'indignés' favoris, il n'estimait de fa1 'puissance souveraine que la liberté de pouvoir se' livrer; sans aucune retenue; fl'toures' ries passions'. H passait si vie dans tin' 'séràfl rempli de'irois cents femmes cé- WBretf parlent beauté , et d'un pareil nombre de jemtes' garçons de tout rang et de tout *tat:'Lorsqn'iIh'epdtfrait'réu5sirpar la voie delà Séduction, cet indigné amant avait recours la1 f» vhtfènèé'1. Les anciens historiens n'ont point rougi de décrire avec nne certaine étendue ces scieries honteuses de prostitution, qui révoltent, également la nature et la mudc»tie;.»aii.iiU«raÂt difficile de traduire leu-.-a passages. '-!* tieVéuee de nos langues modernes hë rioùs permet' pas d'exposer des peinliirés. si fidèles^ Commode empjbyaft dans les plus i viltts noceapatîoiis les montons qui n'étuledt p€*M«»n!«eréi à'tadébmtefce; ViailtaèWé tt'uli' siccïé 'écTaïré,1 et ÏCS'sôins Vîgi-
, '. pi<pj„ l.,upai, ». #15.; Hfadieu , 1. 1 , p. 32; Hi*t.
} ,<iSnroi,Jl)ys|i6Uis cohsjupratis , uni cracubinas suas »,su|> 'partis, pijb ^lujrçari^ubetyit. r}ec irruetiliiiwin se', »juïpoui9..pr^.i^iiiâ,.^fli;p3Ji^<»r»tisïli^è, K ,«e in fâtup. <#WWW «Pf^ ^is.W^,Au6U5lUv;K p. «.
laris '(Je1 l'édùc^rtori Savaient pu in^pîrer'ii celte Unie grossière ie 'moindre goût ppiir'les sciences. ïusoM'alors aucun e m père iù- romain n'avait paru tout-à*fait insensible aux plaisirs de Timagfnaiîon.' Néron lui-même excellait ou affectait d'exceller dans la musique' etdàns la poésie; et nous serions bien loin de Ye condamner, si des études , . qui ne devaient être
pour lui qu'un délassement agréàp'lé',. ne fussent point devenues une affaire sérieuse a ses yeux,; et l'objet le plus vif de ■son ambition. Mais Commode, deVscs premières années, montra de l'aversion pou^ tous Itjs 'arts; il ne se plaisait que dans les amuseroens ilé la populace, les jeux du cirque e,t del'àfnpliithéatre, les combats'de gladiateurs attachasse des bêtes sauvages; Marc-Aurèlé araftptacé auprès de son fils lés maîtres les fi HW'h'àToffés dans toutes les parties des sciences.1 "tèÙrs leçons inspiraient le 'dégoût; 'ËMUtiirit à peine écoutées; tandis que .les MadresVei'ïéJ; Patthés, qui enseignaient àit'jéune'pKn'ce'â lancer le javelot et à tirèfrardV'Wflu^ébi un élève appliqué, et qui ' fiîenttà é'g'aïa ses plus Tiabiles instituteurs' rl'j'ris1 ta rastesse du coup d'oeil et dans la dex: te^h^ifeli main. •■• •> .■>»
De vils courtisans, dont la 'fortuné fetàjt aux vices de leurs maîtres, applaudissaient a ces talens si peu dignes d'un souvérairii'La voix perfide de la flatterie ne ceèsait!dfe le comparer aux plus' grands hommes Hè l'antiquité. C'était, disait-on, par des'exploîis de cette nature, c'était par la défaite dju lion de Némëe, et par la mort du sanglier ctErîmanthe, que l'Hercule des Grecs avait mérité d'être mis an rang dés dieux, et s'était' acquis sur la terre une réputation immortelle. On oubliait seulement .d'observer <jue,dniis l'enfance des sociétés , los.ylwiî^ <»»Bia«t. souvent disputent à l'iiiunme- 4a. ipcssemàoB d'un pays hicuft». Alcrsunegiterré,lterWftlé*' heureusement contre ces cruehj ëiin'tfnT^ ,ést l'entreprise la plus digne d'uA.hêtfas, ,èt la. plus utile au genre hiimaiit Lorsque' i'empitOiromaitvsefuE^leiéxwikisdébrisUeitant d'états déjà civilisés, depuis long-temps les bétes fai^«ehe#Wy«éht1'àip*et'de,l'hoTffinie, cï^étaWm'Wth'éK-roln'de^gr^n&e^'liaBfetions; il fallait traverser dés déserts pouf les
(WSfoW
,,P^R ,KP. GIBPON. ÇH. IV.
surprendre dans .leti.r^ retraites; ,et on les transportait ensuite à grands frais..dans la capitale, où elles tombaient, avec une pompe: solennelle, sous lés coups ji'iin, empereur,. Pèpàreils exploits ne' pouvaient que déshonorer le prince, et opprimer le peuple *■ Ces considérations échappèrent à Commode. fl i saisit avidement, une ressemblance glorieuse,, et s'appela liiî-mcme l'Hercule romain, pe noin , parait encore aujourd'hui siu- quelques-unes de ses médailles *, On voyait auprès du troue, parmi les autres marques de là souveraineté, la rqa^sue et la peautle iipn^ Enfin. l'empereur eut des statues où il était représenté dans l'attitude et avec lei attributs do ce dieu, dont il s'effoBT jjaîi ioiisjrle^jours,: dans le cours, de ses anjH^tjpien'fl fe|opes,, 4'imïter. 1 adresse e( le c^urage^.^ f . ,' , ..;...... ', '
,• w$ÏW flér ce?- .I0"30*!08 flpi étouffent tout septfinjenf,,^' pudeur,^ Commode résolut de donner au^pçuple romain un spectacle dont jusqu'alors quelques favoris avaient seuls.été ^enjoins, jtjjin^ l'enceinte du palais. Au .jour fbp, fa flatl^rie,Ja. crainte et la curiosité attirèràpt^ l'anqfhUhéatre une multitude innombrable. D'abord on admira l'adresse merveil- (euse^u^princp, Qu'il visât. au çogur ou à la téje^e l'animal, le coup était également sûr et ! mortel. Arm<5 de flèches dont la pointe se terminait, en; forme de croissant, Commode arrêtait souvent, la course rapide de l'autruclie , e,t U coupait en deux, le long cou de cet oiseau \ ^'«c, panthère venait d'être lâchée; 4éj^elle..s^ij|etai)isur un criminel tremblant : aussiij^.le Jrait. yole, ,1a béte tombe, et l'homme échappe à Ja mort. Cent lions rem-
'' i'Lès n'ouï o*Afrlque, lorsqu'ils' «aient pressés' par la «Ml, 'HWUttWfcfWiÉipBiiMlovahees ouverts et les mi^i^liii mlHifnii On min m ètatent. réservés pour (e,s plaira de, l'esuweur et de ta capital*,; et le malbeoreui paysan qui en tuait uq, même pour sa défense, était sévèrement puni. Cette loi truelle fût adoucie par Hono-, riûs;«inm>'M^par Justittien. C&d.Théod., tom.r, p. savotICinoMntvaouutHdj
i >-8p»nûei*t rfr - SimiimaU', Auert. m, ton.*, p.
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* La ow 4^l'j»\iUucbe.^est,loflS-ue^ti8,pi*iiiet.w»-. pose de dix-sept vertèbres. LBuiïun, IL'st. Piat.J j
plissent à la fois ramphithé^tfoj.cenl, dards, partis de la inain assurée de Çopunode, les percent à mesure qu'ils parcourant l'arène^ Kila masse énorme de l'éléphant, ni la, peau impénétrable du rhinocéros ne, peuvent garantir ces animaux du coup fatal. L'Inde et l'Ethiopie avaient fourni les plus rares; et, de tous ceux qui parurent dans l'amphithéâtre, plusieurs n'étaient connus que par les ouvrages des peintres, et par les descriptions des naturalistes '.Dans tous ces jeux, on prenait toutes les précautions imaginables pour ne pas exposer la personne de l'Hercule romain, et pour le défendre de la rage de ces animaux, qui auraient pu n'avoir aucun égard pour la digpité de l'empereur ni pour la majesté du dieu *.
.Mais le dernier de la populace ne put voii sans indignation son souverain entrer en lice comme gladiateur, et se glorifier d'une- profession déclarée infâme à si juste. tjtre. par les lois et par les mœurs des Kpmains * , Goœraodfl choisit l'habillement, et les armes Qn.séeutevr, dont le combat avec le> réûaire formait! une des scènes les plus intéressantes dans les j^ux sanglans de l'amphithéâtre, l-e *écute«r était armé d'un casque, d'une épée.eî d'un .bouclier. Son antagoniste, nu, tenait d'une, main un filet qui lui servait à envelopper, son ..ennemi, et. de l'antre un trident pour le percer. S'il manquait le premier coup, il, élaitforcé de fuir et d'éviter la poursuite du içcvtewr, jusqu'à ce qu'il fut de nouveau préparé à
■ Commode tua une girafe (Dion, 1. inu, p. 1211). Cet animal singulier, le plus grand , le plus doui , et le moins Utile des quadrupèdes , ne se trouve que dans l'intérieur de l'Afriqw. On a'en avait point <nuoronru en Europe depuis la renaissance Jet,leUreÈ ;,«(. M. Je.Buflon, en décrivant la girafe (HisL Hat, tom. xin), n'avait joint osé la faire dessiner; mais il vient d'en donner la figure nom. m du Supplément de l'Huit. nat.)1, d'après un dessin qui lui » «o envoyé du cap de- BoMr>BperBùOe;-et M. Aiammd, professeur dbMWwaHOlWBlle*! Uïèu, * placé dans le cabinet de l'université de. cette ville ,1a. ^u d'une girafe anpaUUe. •
i Bérodlen ,1. i, p. 37; Hist. Aug., p. 50. '*ties princes sages et verhieùx défendirent 'aux sénateurs et aux chevaliers d'embrasser cette indlghe protêt slbn. sons "peiàê diiWaihJe ,:' où ',' te qul'lêur1 semMatt encore pins redoutable', sous pélHe dVial. te* tyrans ail contraire' emptoyèreBl, pour les desïmiiorer,''det( menaces
jeter son filet '. L'empereur combattit sept cent trente-cinq fois comme gladiateur. On avait soin d'inscrire ces exploits glorieux dans les fastes de l'empire; et Commode, pour mettre le comble à son infamie, retira des fonds destinés aux gladiateurs des gages si exorbitans , que le peuple romain fut soumis à de nouveaux impôts pour payer ces folles dépenses *. On supposera facilement que le maître du monde sortait toujours vainqueur de ces sortes de combats. Dans l'amphithéâtre, ses victoires n'étaient pas toujours sanglantes; mais lorsqu'il exerçait son adresse contre les gladiateurs , ses infortunés antagonistes recevaient souvent une blessure mortelle de la main du prince, et, près d'expirer, ils consacraient leurs derniers momens à la flatterie'.
Commode dédaigna bientôt te nom d'Hercule; celai de Paulus, têcutcur célèbre, fut désormais le seul qui flattât son oreille. Il fut gravé sur des statues colossales, et répété avec des acclamations redoublées * par un sénat consterné , et forcé d'applaudir aux folles extravagances du prince '. Claudius Pompeianus, cet époux vertueux de la coupable Lucilla , osa seul soutenir la dignité de son rang. Comme père, il permit à ses fils de consulter lenr sûreté en se rendant A l'amphithéâtre; comme Romain, il déclara quesa vie était entre les mains de l'empereur ; mais que, pour lui, il ne pourrait jamais se résoudre à voir le fils de Harc-Auréle prostituer ainsi sa personne et sa dignité. Malgré de si nobles sentimens, Pompeianus n'éprouva
quarante sénateurs et soixante chevaliers. Juste-LIpse, Saturnalia, 1. u, C. 2. Ce savant a heureusement corrigé un passage de Suétone in Novae, c. 12.
i Jusle-Llpsc, ). u, c. 7, 8. Juvénal, dans la huitième satire , donne une description pittoresque de ce combat.
a Hist. A ne., p. 50; Dion, 1. uni, p. 1220. L'empereur reçut pour chaque (bis decics, H. S., environ cent quatrevingt mille livres^ '
' Victor rapporte que Commode ne donnait à tes antagonistes qu'une lame de plomb, redoutant, selon taules les apparences , les suites de leur désespoir.
* Les sénateurs furent obligés de répéter six cent vingtsii fois , Paulus, premier dei tëcutairt.
* Dion, 1. irai, p. 1221 : il parle de» propre bassesse, et du danser qu'il courut "
(186 dep. Ï.-C.) point la colère du tyran ; U fut assez heureux pour conserver sa vie avec honneur '.
Commode était parvenu au dernier degré du vice et de l'infamie. Au milieu des acclamations d'une cour avilie, il ne pouvait se dissimuler à lui-même qu'il mérîtaitle mépris et la haine de ses sujets. Cette conviction, l'envie qu'il portait à toute espèce de mérite, des alarmes bien fondées, l'habitude de répandre le sang, qu'il avait contractée au milieu de ses plaisirs journaliers, tout irritait son caractère féroce. L'histoire nous a laissé une longue liste de consulaires sacrifiés à ses soTTpçons. n recherchait avec un soin particulier ceux qui étaient assez malheureux pour avoir des relations, même éloignées, avec la famille des Antonlns; il n'épargna pas les ministres des ses crimes et de ses1 plaisirs ' Enfin sa cruauté tut devint funeste. Il avait versé Impunément le sang des premiers citoyens de Rome; il petit dès qu'il se fendit redoutable à ses propres domestiques! ftfarcia, sa favorite; Ecleetus, chambellan du palais , et Letus , préfet du prétoire , alarmés du sort de leurs compagnons et de leurs prédécesseurs, résolurent de prévenir leur perte, qui semblait inévitable; ils tremblaient sans cesse d'être les victimes do caprice aveugle de l'empereur, on de l'indignation subite du peuple.
Un jonr que Commode revenaitdelatnasse très-fatigué, Marcia profita de cette occasion pour lui présenter une coupe remplie de vin. Ce prince voulut ensuite se li vrer au soinnieil ; mais tandis qu'il était tourmenté par la -violence du poison , nn jetme homme robuste , lutteur de profession, entra dans sa chambre, et l'étrangla sans résistance. Le corps fut
l L'intrépide Pompeianus usa cependant de quelque prudence, et il passa la plus grande partie de son tempe 1 U campagne, donnant pour motif de u retraite son aga avancé et la faiblesse de ses yeux. «Je ne l'ai jamais ru
• dans le sénat, dit Dion, excepté pendant le pou de tempe
• que régna Perunax. * Toutes ses Infirmités disparurent alors subitement , et elles revinrent soudain , dés que cet excellent prince eut été massacré. Dion, I. i.ixui,
p.mr.
iLespritets'étaiert'ehBnges tous'iesjonrs, et mente presque * toute sjenir. Le eaprke-de Commode devint sauswtlMftfeaiitaoflloïersdeià mslsou qnH Chérissait le plus. Hist. Aug. , p. 46, 51 .
(IMdep. ï.-C.)
porté seprétemeBt(liors du palais avant que l'oneûtèu le moindre soupçon dans la ville, ni même a la cour, de la mort de l'empereur.
'tel fui h destin du fils de Marc- Àurèle; et l'on rit combien il était facile de renverser du trône un tyran abhorré, qui, par un abus indigne de sa puissance, avait opprimé pendant, treize ans plusieurs millions d'hommes, dont chacun en particulier avait reçu de la nature une force semblable et des talens égaux à ceux du prince *.
Les mesures des conspirateurs furent conduites avec le sang-froid et la célérité que demandait la grandeur de l'entreprise. Résolus de placer sur le trône un empereur dont la conduite les justifiât et leur permit de jouir du fruit de leur crime, ils firent choix de Periiuax, sépalew cpnsulaire, dont le mérite éclatant .avait fait oublier l'obscurité de sa naijSsapce, ef l'avait porté aux premières digV^srojèj'etatf B avait commandé successivenKpt la plupart des provinces de l'empire; et psr, spHiinjégrité, par sa prudence et par uneDauyreté honorable, il avait obtenu dans tous ses emplois, civils et militaires , l'estime de ses, concitoyens ». Il était alors resté seoldesamï» et des ministres de Harc-Aurèle ; et lorsqu'on vint l'éveiller au milieu de la
'Hos, tram, p. 1222i B&odim.l. i, p.4S;HUt.
1 PWam était Dis d'un charpentier : U naquit à Alto-
Po»pe» dans le Piémont. L'ordre de ses emplois, que fasWslS— a eonserré, mérite bien d'être rapporte; il nnui tSSSMSt uss M*» s»l SWW et de te forme du gouiiip— iwf dfcf iiiairiiTi 1. Potuux rut centurion. II. Préaet d^seMfcorteeiSïrie et en Bretagne. III. 11 obtint on «ÔJÎnw de orakrk dans la Mœaie. IV. Il fut comanisaafo* pott la provisions sur la vole Émillenne. V. Il an s«—SH H Mm Au Wifn. Yl. Il fat intendant de la Dmâe, mer, des aapotstemens d'environ Irente-sii mille ■mes paras. VIL il eoumunda le* vétéran* d'une légion. f."0 oWial lé rang de sénateur. IX. De préleur. X. Il
j )iji>H'lMiiiiiiiini1 ni ni il lui Km 1 1 ' j i 1 1 1 1 dans la
RWpeetieRoriqnc.XI.il fut consul ver» l'année 175. Xir.to««ei)jupasnaMarc-Aurele en Orient. XIII. Heomnaéiaeie année, sur le Danube. XIV. 11 fut légat
bHrêde!tesie.XY..De.ia Uacie, XVL De Syrie. XVII. Dsns^ XyiQ. 11 IU chargé des prpriiiout publlej-esafieme. XJX. Il Ait proconsul d'Afrique. XX. Préfet «e*t^Û*odi*aGvi,.p-48) re*d Justice * sondesin- 'frrwi^plj j|a4* ^aiuto, qi4 rassemblait ton* le* ws*n^|*<sâ<tvs^aeBjs d'hoir, amasse twe-graade fiu* UaHenthû
PAR ÉD. GIBBON. CD. IV. &t
nuit, pour lui apprendre que le chambellan etlepréfetduprétoirel'attendaientàsaporte, il les reçut avec une ferme résignation, et les pria d'exécuter les ordres de leur maître. Quelle fut sa surprise, lorsqu'au lieu de la mort, ils lui offrirent la première couronne du monde! Pertinax refusa d'abord d'ajouter foi à leurs paroles; enfin, convaincu que le tyran n'existait plus, il accepta l'empire avec la sincère répugnance d'un homme digne de régner'.
Les momens étaient précieux. Letus conduisit son nouvel empereur an camp des prétoriens. Il répandit en même temps dans la vijlo te bruit qu'une apoplexie avait enlevé subitement Commode, et que déjà le vertueux Pertinax était monté sur le trône. Les gardes apprirent avec pins d'étonnement que de joie la mort suspecte d'un prince dont ils avaient seuls éprouvé l'indulgence et les libéralités; mais les circonstances présentes, l'autorité du préfet et les clameurs du peuple les déterminèrent à dissimuler leur mécontentement. Ils acceptèrent les largesses promises par le nouvel empereur, consentirent à lui jurer fidélité; et, tenant à leurs mains des branches de laurier, ils le conduisirent avec acclamation dans l'assemblée du sénat, afin que l'autorité civile ratifiât le consentement des troupes.
La nuit était déjà fort avancée : le lendemain, qui se trouvait le premier jour de l'année, le sénat, devait être convoqué de grand matin, pour assister à une cérémonie ignominieuse. En dépit de toutes les remontrances, en dépit même des prières de quelques courtisans qui conservaient encore de la prudence et de l'honneur, Commode avait résolu de passer la nuit dans une école de gladiateurs, et de venir ensuite à la tête de cette vile troupe, revêtu des mêmes habits, prendre possession du consulat. Tout-à-conp, avant la pointe du jour, les sénateurs reçoivent ordre de s'assembler dans le temple de la Concorde, où ils doivent trouver les gardes, et ratifier l'élection du nouvel empereur. Ils restèrent assis pendant quelque temps en
DECADENCE DE UEppIpÇ RÇ>¥AIN>
(î^fdep. Jîrq.j
silence, ne pouvant croire un avènement qu'ils auraient à peine osé espérer, et redoutant les artifices cruels de Commode : mais lorsqu'ils furent assures de la mort du tyran, ils se livrèrent aux transports de la joie la plus vive, et laissèrent en même temps éclater toute leur indignation. Porlinax représenta modestement la médiocrité de sa naissance, et désigna plusieurs nobles sénateurs plus dignes de monter sur le trône; mais, obligé de céder aux vœux de l'assemblée cl jaux protestations les plus sincères d'une fidélité inviolable, il reçut tous les litres attachés à lu puissance impériale.
La mémoire de Commode fut dévouée a un opprobre éternel : les voûtes du temple retentissaient des noms de tyran, de gladiateur, d'ennemi publie. Un ordonna tumultuaircincnt que les dignités du dernier empereur fussent annulées, ses titres effacés des numeus publics, ses sia tues renversées, et que son corps fût traîné avec un crochet dai la salle des gladiateurs, pour assouvir, par ce spectacle, la fureur du peuple : les sénateurs voulaient même sévir contre des serviteurs zélés, qui avaient déjà prétendu dérober à la justice du sénat les restes do leur maître. Mais Pertinax fit rendre au fils de Marc-Aurèle des honneurs qu'il ne pouvait refuser au souvenir des vertus du père, ni aux larmes de son premier protecteur Claudius Pompciarius. Ce citoyen respectable, déplorant Ic'sorl cruel de son beau-frère, gémissait encore plus sur les crimes qui le lui avaient attiré '.
Ces efforts d'une rage impuissante contre les maucs d'un empereur auquel le sénat, quelques heures auparavant, avait prostitué 1 encens le plus vil, décelaient un esprit de vengeance plus conforme à la justice qu'à la générosité. I,a légitimité de ses décrets était fondée siir les principes de la constitution impériale. De tout temps les sénateurs romains avaient eu le droit incontestable de censurer, dé déposer ou de punir de mort le prehiïcr magistrat de la république, lorsqu'il
• Capltolln nous donne Tes particularités de celle séance lumilltuciisf!, 'dans lairudle nn sénateur proposa un décret oui fui répété par 1« autres aï« des acclamations redoul*w, Hist. Jtag.,'p. 52. '
avait abusé de son autorité ' f mais cette assemblée n'avait rie force .contre tin tyran qu'après sa chuté; c'.élait alors seulement qu'elle lui infligeait des peines, dont l'amie redoutable du despotisme militaire l'avait mis à l'abri pendant son règne.
Pertinax trouva un moyen bien plus noble de condamner la mémoire de son prédécesseur : il fil briller ses propres vertus auprès des vices de Commode. Le jour mêinè clé sou avènement, il abandonna «a fortune particulière à son fils et à sa femme, pour leur flter tout prétexte de solliciter des faveurs aux dépens de l'état. L'épouse de l'empereur n'eut jamais le litre d'augusta ; et Pertinax craignit de corrompre la jeunesse de'son fus, en l'élevant à la dignité de césar ; il lui donna une éducation simple à la fois et sévère, qui, sans lui laisser apercevoir l'éclat du,' trône, pouvait le rendre un jour plus digne (l'y monter. C'est ainsi que ce prince savait ^distinguer les devoirs d'un père et ceiix' d'un souverain. En public, sa conduite était grave, et en même temps affable'.' J.orsqu'ij n'était que simple particulier, il avait étudié le véritable caractère des' sénateurs ;' les plus vertueux approchèrent seuls de sa personne lorsqu'il fut sur le trône; il vivait avec eux sans orgueil et sans jalousie ; "il les considérait comme des amis et des compagnons, dont il avait partagé les dangers pendant là vie du tyran, et avec lesquels il désirait jouir des douceurs d'un temps plus fortuné. Souvent il les invitait A venir goûter, dans l'intérieur de son palais, des plaisirs sans faste, dont la simplicité paraissait ridicule â ceux qui regrettaient le luxe effréné de Commode^.
Pertinax s'occupa des moyens de guérir, autant qu'il lui serait possible, les blessures profondes faites à l'état sous ledernicr règne, entreprise digne d'n'u grand prince, mais fort dangereuse. Les victimes innocentes qui respiraient encore furent rappelées de leur exil, délivrées des horreurs de la prison, et
f Le sénat condamna Néron à Ctrc mis à mort, hiort majorant. Suétone, t. W. < '" ""••
î Dion, I. ltoii, p. 1223, parle de ces. dirertisscraens comme on sénateur qui avait Soupe" mc'M prrflce','^1 Capltotin (Hist. Atig.,'p.'SB1,'t»rmiMe'Hrf r^are inn'-'aVall rtcû ses tnformlAiolrj d'urfi-ànH de dB1i^^e.11",, •" ' '■'
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remises en possession 'oVIeWs' biens et' de téùrs .dignités. Loin d'être assouvie par ta mort dé ses ennemis, la cruauté de Commode s'étendait jusque dans le tombeau. Plusieurs sénateurs massacrés par ses ordres n'avaient point eu les honneurs de la sépulture. Leurs cendres furent déposées avec celles de leurs ancêtres: on justifia leur mémoire, et l'on n'épargna rien pour dédommager leurs familles ruinées et plongées dans l'affliction. La" consolation la plus douce à leurs yeux était te supplice des délateurs, ces ennemis dangereux de la vertu, du souverain et de la pairie1 ;, cependant, même dans la poursuite de ces 'assassins armés du glaive de la loi, Pertinax "usa d'une i circonspection qui don- DànV tout à' l'équité, et ne laissait rien à la >i engeance ni aux préjugés du peuple.
' 'F'Les finances de Tétât exigeaient une attention particulière. Quoique l'on eût épuisé tontes lés ressourcés de l'Injustice et de l'exaction 'pour faire, entrer les1 biens des sujets dans les coHres'pu prince, t'àvîdité insatiable de Commode n'avait pu suffire à son extravagance. Â sa mort, il ne se trouva dans le tré- GÔrloue cent quatre-vingt mille livres; somme Lien modique ' pour fournir aux dépenses ordinaires du, gouvernement, et pour remplir les obligations contractées par le nouvel emperau\ tjuî avait promis aux prétoriens des largesses considérables. Cependant, malgré son embarras, Pertinax eut la générosité de remettre au peuple les impôts onéreux, créés par son prédécesseur, et de casser toutes les demandes injustes des trésoriers de l'empire. )t déclara dans un décret du' sénat, 'qu'il > aiihaîtmicux gouverner avec équité une i république pauvre, que d'acquérir des » richesses par des voies tyranniques. » ' "persuadé que, les véritables et les plus pures sources de f opulence sont l'économie et (Industrie /ÎT' se trouva bientôt en étal, jpar ces, saaes.moyenst de satisfaire abondamment aux besoins publics. La dépense ^u Bahji^fut tfatiord réduite de moitié, l'empereur méprisait tous les objets de luxe; il
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Un, euTiron-,,^, ,penl wiUljHM, Cion, J.niui', p. 1331.
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fit vendre publiquement ' la vaisselle (for et d'argent, des chars d'une construction singulière, des habits brodés, des étoffes de soie, et un très-grand nombre de beaux esclaves de l'un et de l'autre sexe ; il en excepta seulement, par un motif d'humanité bien recommandable, ceux qui, nés libres, avaient été arrachés d'entre les bras dé leurs parens éplo'rés.
Tandis qu'il obligeait les indignes favoris du tyran à restituer une partie de leurs biens acquis par des voies illégitimes , il satisfaisait les véritables créanciers de l'état, et payait les arrérages accumulés des sommes accordées aux' citoyens qui avaient rendu des services à leur patrie. 11 rétablit la liberté du commerce; enfin il céda toutes les terres incultes de l'Italie et des provinces à ceux qui voudraient les défricher, et il les exempta en même temps de toute imposition pendant dix ans ".
Une conduite si sage assurait a Pertinax la récompense la plus noble pour un souverain, l'amour et l'estime de son peuple. Ceux qui n'avaient point perdu le souvenir des vertus de Marc-Aurèle contemplaient avec plaisir, dans le nouvel empereur, les traits de ce brillant modèle : ils espéraient pouvoir jouîr long-temps de l'heureuse influence de son administration.
Trop de zèle à réformer les abus d'un état corrompu devint fatal à Pertinax et à l'empire : l'âge et l'expérience auraient dû lui inspirer plus de ménagement. Son imprudence donna des armes à une foule d'hommes perdus et avilis , qui trouvaient leur intérêt particulier dans les désordres publics, et qui préféraient la faveur d'un tyran à l'équité inexorable de la loi *.
Au milieu de la joie universelle! 'à contenance sombre et farouche des prétoriens
■ Outre le An^dtfwttnttirWanjatcttWDtBMÉi Inutiles, PerttmxfuloD Bien, 1. imnVpi'UOe.yfMaBwreguiMpardewnNUfoKerat&UlouUit pxppsai en public les vices do Commode, el découvrir, par les acqy&reurs , ceui qui ressemblaient ]c plus k ce prince.
3 Quoique tapkflUn ait mopli de pi ysieyr?, contes. puérils la vie privée de l'erliiiaï. il se Joint à Dion et 1 BWrodkn pour admirer sa conduire publique,, „
} Legts, rem surdam, iitexoraÉUem esçc. Ttte-Uwv P.3.
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DECADENCE DE l/EUPl&Ë ROMAIN.
laissait apercevoir leurs dispositions intérieures. Ils ne s'étaient soumis à Pertinax qu'avec répugnance; et, redoutant la sévérité de l'ancienne discipline que ce prioce se disposait à rétablir, ils regrettaient la licence du dernier règne. Ces mécontentemens étaient fomentés en secret par Letus , préfet du prétoire, qui s'aperçut trop tard queTcmpereur consentait à récompenser les services d'un sujet, mais qu'il ne voulait point être gouverné par uu favori. Le troisième jour du règne de Pertinax, les prétoriens se saisirent d'un sénateur, dans l'intention de le mener à leur camp, et de le revêtir de ta pourpre. Loin d'être éblouie à la vue de ces honneurs dangereux, la victime tremblante s'échappe des mains des soldats, et vient se réfugier aux pieds de l'empereur.
Quelque temps après, Sosius Falco, l'un des consuls de l'année, se laissa entraîner par l'ambition : jeune, sorti d'une famille ancienne et opulente , et déjà connu par son • audace ' , il profita de l'absence de Pertinax pour tramer une conspiration que détruisirent tout-à-coup le retour précipité du prince et la fermeté de sa conduite. Falco allait être condamné comme un ennemi public : il fut sauvé par tes instances réitérées et sincères de l'empereur, qui, malgré l'insulte faite à sa personne, conjura le sénat de ne pas permettre que le sang même d'un sénateur coupable souillât la pureté de son règne.
Le peu de succès de ces diverses entreprises ne servit qu'à enflammer la rage des prétoriens. Le vingt-huit mars, quatre-vingtsix jours seulement après la mort de Commode, une sédition générale éclata dans le camp, malgré les représentations des officiers , qui manquaient de pouvoir on de volonté pour apaiser le tumulte.
Deux ou trois cents soldats des plus déterminés , les armes à la main et la fureur peinte dans leurs regards, marchèrent sur le midi vers le palais impérial. Les portes furent aussitôt ouvertes par ceux de leurs camarades
« Si l'on peut ajonler foi an rtctt de CapitoKa , Fatal se •traduisit envers Ferlin» arec la drrnière indécence le jour de son avènement. Le sage empereur l'avertit aeulemetit de sa jeunesse et de son inexpérience. Hist. Aug. , p. 55.
(193 éep. J.-C-} qui montaient la garde , et par les domestiques attachés à l'ancienne cour, qui avaient déjà conspiré en secret contre la vie d'un empereur trop vertueux. A la nouvelle de .leur approche , Pertinax, dédaignant de se cacher ou de recourir à la fuite, s'avance un-devant des conjurés. Il leur rappelle sa propre innocence et la sainteté de leurs serinene. Ces paroles, l'aspect vénérable du souverain et sa noble fermeté , en imposent aux séditieux, lis se représentent toute l'horreur de leur forfait, et restent pendant quelque temps, en silence. Enfin le désespoir du pardon rallume leur fureur. Un barbare, né dans te pays de Tongres ' , porte le premier, coup .à Perti? nax, qui tombe couvert de blessures mot> Lejles : sa tête est à l'instant coupée et portée en triomphe au bout d'une lance jusqu'au camp des prétoriens, à la vue d'un peuple affligé et rempli d'indignation. Les Romains, pénétrés de la perte de cet excellent prince, regrettaient surtout le bonheur passager d'un règne dont le souvenir devait encore augmenter le poids des malheurs qui allaient bientôt fondre sur la nation *.