CHAPITRE V
Loi Prétoriens tendent publiquement l'empire à Didias Julien. — Clodiuii Àlbinui eo Bretagne, Peacennius Niger en Sjrioet Septnna.Sdvere te déclarent contre les meurlriera de Pertinax. — Guerre* r.irita» al victoire» da Sévéro aur aea lr*is rivaux. — N sot* lie i ma i i me i de gouvernemeu t .
L'influence de la puissance militaire est beaucoup plus marquée dans une monarchie étendue que dans une petite société. Les plus habiles politiques ont calculé le nombre de bras que l'on peut employer au service des armes. Selon eux, nu état serait bientôt
i Aujourd'hui l èvêcbé de Liège. Ce soldat appartenait probablement i U compagnie dis gardes à cheval bataves, qu'on levait, pouf la plupart, dans le duché de GutUrca et dans les environs , et qui étaient distingués par leur valeur, et par ta hardiesse arec laquelle, montes sur leurs ebentix, ils traversaient les Heure* les plus larges elles plus rapides. Tacite, Hist. tv, 12; Dion, I. tv, p. ?9Tj Jusle-lJpse, de Magnitadùie romand, 1. 1, e. 4.
s Dion, 1. mm, p. 1232; HérodienJ.nr.p.OO; Hist Aug-, p. 68 ; Victor, in Epitgm. et in Casaribut; Btttrope, vxu, 16.
(lft&dep. J.-C.) épuisé, s'il laissait ainsi' dans l'oisiveté plus de I» centième partie dea sujets qui le composent. "En général, cette proportion est uniforme ; mite lés effets qui en résultent varient selon les différens degrés de force réelle qne renferment les principes d'un gouvernement.' La avantagea de la discipline et d'une tactique éâairée sont perdus, ai les soldats ne forment point on seul corps , si ce corps n'est pss an&né par une seule ame. It est surtout essentiel de 'déterminer leur noralire. Ce n'est poiut avec une petite troupe que l'on peut tirer parti (Tune semblable union : dans une année trop considérable, l'harmonie nécessaire pour tes grandes entreprises be saurait subsister ■•' Téitréme délicatesse des ressorts ne contribue pas moins que leur pesanteur excessive à détruire la puissance de la machiae. Ont* seule réflexion suffit pour démontrer là vérité de cette' remarque. En vain la nature, l'art et l'expérience donneraient à un homme umé force extraordinaire, des armes excellâtes et une adresse merveilleuse; malgré sa supériorité , il ne sera jamais en état de tenir perpétuellement dans la soumission une centaine de ses semblables. Le tyran (fuse seule ville on d'un domaine borné s'apercevra bientôt que cent soldats armés sont une bien faible défense contre dix mille paysan**» citoyens : mais cent mille hommes de troupes réglées et bien disciplinées commasderont avec un pouvoir despotique dix millions de sujets; et un corps de dix ou quinze mille gardes imprimera la terreur à la populace la plus nombreuse d'une capitale
Tel, était à peine le nombre de ces gardes prétoriennes î„ dont l'extrême licence fut une des principales causes et le premier symptôme delà décadence de l'empire. Lear institution remontait à l'empereur Auguste. Ce ryr^.îtaKlc,» persuadé que les lois pouvaieBfccolorer aae autorité usurpée, mais que
r.' '/&$$ '.jto^rWwrïinent de neuf ou dix
-nies {eu «ifts el 'facile ne sont pas d'accord à
k dwbe* eu, allant dfçutwl£s. Y'Hellius leporta.
% „% ^it^.^jkinjf inUcna peuvent nous
- '-—--•— -ar.ft sÙiç, ne, (Ut Jamais beau-,
0)-« Ju*tfr-lipM , 4e Jfyffùr
les armes seules la soutiendraient, avait formé par degrés un corps redoutable de gardes prêtes à défendre sa personne , à en imposer au sénat, et à prévenir ou étouffer les premiers mouvemens d'une rébellion. 11 leur accorda une double paie et des prérogatives supérieures à celles des autres troupes. Comme leur aspect formidable pouvait à la fois alarmer et irriter le peuple romain , ce prince n'en laissa que trois cohortes dans la capitale ; les autres étaient dispersées ' en Italie dans les villes voisines. Mais, après cinquante ans de paix et de servitude, Tibère crut pouvoir tout entreprendre. Sous le prétexte spécieux de délivrer l'Italie de la charge des quartiers militaires, et d'introduire parmi les gardes une discipline plus rigoureuse, il appela le corps entier anprês de lui; démarche fatale qui décidait du sort de l' univers , et faisait disparaître jusqu'à l'ombre de la liberté. Les prétoriens restèrent toujours dans le même camp1, que l'on avait fortifié avec le plus grand soin s , et qui , par sa situation avantageuse , dominait sur toute la ville *.
Des serviteurs si redoutables , toujours nécessaires au despotisme, lui deviennent souvent funestes. En introduisant les gardes du prétoire dans le palais et dans le sénat, les empereurs leur apprirent à connaître leurs propres forces et la faiblesse de l'administration. Bientôt ces soldats envisagèrent les vices de leurs maîtres avec une familiarité qui se changeait en mépris'; et Us n'eurent plus pour la puissance souveraine cette vénération profonde que la distance et le mystère peuvent seul» inspirer dans un gouvernement ■arbitraire. Au milieu des plaisirs d'une ville opulente, leur orgueil se nourrissait du sentiment de leur force. 11 eût été impossible de leur cacher que la personne du monarque , l'auto*
< Suétone, Vie d'Auguste, c. 49.
* Tacite , Annal-, rr, 2 ; Suétone , rie de Tibère , c. 37 ; Dftn Custiu, 1. nu, p. 867.
3 Dans la guerre civile entre Vespasîen et Vitellius , le camp des pt&oriens Sut attaqué et détendu avec toutes les machines que l'on employait au siège dea villes les mieux tonifiées. Tacite , HisL m, 84.,
< Pris des murs .de la. ville, sur le sommet des moûts Quirinal et Viminal. Voyez Nardini, Roma antiea, p. 174 ; Donata, de Romà antiqwt, p. 40.
rite thr sénat, fe trésor public et le siège de F empire, étaient entre leurs mains. Dans la vue dé les détourner de ces idées dangereuses, les princes les plus fermes et les mieux établis se trouvaient forcés de mêler tes caresses anx ordres , et les récompenses aux châtimens. Il fallait fiàtler leur vanité, lenr proètWer des plaisirs, fermer les yeux surfin-égularilé'de leur' conduite , et acheter leur fidélité chancelante par des libéralités excessives ; Depuis l'élévation de Claude, ils exigèrent ces présens comme an droit légitime, à Pnvénement de chaque nouvel empereur *. On s'efforça de justifier par des argumens tme puissance soutenue par les armes; et P on prétendait que, suivant les premiers principes de la constitution , le consentement des gardes était essentiellement nécessaire à la nomination d'un empereur. L'élection' des consuls, des magistrats et des généraux, qtiolqne usurpée par le sénat, avait autrefois appartenu, incontestablement au peuple romain ". Mais qu'était devenu ce peuple si célèbre? On ne pouvait certainement pas le retrouver dans cette fonle d'esclaves et d'étrangers qui remplissaient les mes de Rome, multitude avilie et aussi méprisable par sa misère que par la bassesse de ses sent miens. Les défenseurs de l'état, composés déjeunes guerriers * nés au sein de l'Italie, et élevés dons l'exercice des armes et de la vertu, étaient les véritables représentai du peuple, et les seuls qui eussent ledroït d'élire le chef militaire de ta république. Ces raisonneroens
* Claude , que les soldais avalent élevé à l'empire, Dit le premier qui leur fit de» largesses. Il leur donna à chacun gmmmêmé, H. 8- ma. mm m» rmlt Kvwa { Sa**— t, vie <k Claude, c. lu >LoaouE Hm-Aarek tM«t« paisi- Hement sur le trône avec wn collègue Luriui Vécus , il donna * chaque prétorien vicena, H. S., trois mille six tenu livres (Bfct. Ang., p. 3; Dion, I. uni, b. t23i;. MricaBeuuwjnaàt que , tirsqn'U fil au césar, hppamation lui avait coulé termUiie», M.&. tùnuasrt» attablions de notre monnaie.
a Cieéron , de If gibus, m. 3. Le premier livre de Tite- Ure, «ntseeood fie Dénia d*HaHean»sse, montrent l'autorité du peuple, mène dans l'élection du roi.
s Les levées se faisaient erigiujwemsldMuleUliMi, rÈtrnrle et les anciennes raUwies (Tadtc^AMn^j», 5). L'empereur Othon Qalle la ranitt dtt ÇirVai. «a ieur donnant les titres de /batte* aluatni, romtm* vtrt >«vtntits. T*«t. .Hifit., », H.
DÉCADENCE DE ' LïmtÉ ÀOMAIS. (1& À^l-C.)
n'étalent que spécieux fil fut ImpGssIîble d'y répondre, lorsque lès fiers prétoriens, semblables au général gaulois, eurent rompu tout équilibre en jetant leurs épées dims la balancé '.
Ils avaient violé la sainteté du trône par le meurtre atroce de Pertirtax ; ils en avilirent ensuite la majesté par l'indignité de leur conduite. Le camp n'avait point de' chef; ceLetus , qui avait excité la tempête, s'était dérobé prudemment à l'indignation publique.
Dans cette confusion, Sulpicianus , gouverneur'de la ville, que l'empereur, son Ëcauperc, avait envoyé au camp à la première nouvelle de' la sédition, s'efforçait de calmer la fureur de la multitude, lorsqu'il fut tout-àcoup interrompu par les clameurs des assassins qui portaient au bout d'une lance b tète de l'infortuné Pertinax. Quoique fhistoiic noirs ait accontumés à voir l'ambition" 'étouffer tout principe et subjuguer'lesà'irtres'fiassidns,' Ton a peine a concevoir' que , dans cesmomens d'horreur, Sulpicianus ait désiré de monter sur Un trône fumant encore du' sang* d'un prince si recbtrïmandable, et qui lui tenait de si près. Il avait déjà fait vaïoîr'le seul argument propre à émouvoir les gardes', et il commençait à traiter de la dignité impériale ; mais les plus prndens d'entre les prétoriens craignant de ne pas obtenir, dans un contrat particulier, un prix convenable pour un effet de si grande valeur, coururent sur les remparts, et annoncèrent à haute voix que l'univers romain serait adjugé dans une vente publique au dernier enchérisseur *. ,
Cette proclamation ignominieuse était le comble de la licence militaire ; elle répandit par toute la ville une douleur, une lionic et une indignation universelle; enfin elle parvînt jusqu'aux oreilles de Didius Julien , sénateur opulent, qni, sans égard pour les malheurs de l'état, se livrait aux plaisirs de fa table ".
' Dam le siège de Rome par les Gaulois. Voy. Ttle- Urc, v, 48. Phitarque, rie de Camille, p. 113.
'Un, I. i*»w,p. 12». HeYodien, 1. n, p. 63; Hist. Aug., p. OO.JQuoiqiK tous ces historiens s'accordent a tttM que ce tut réellement dm vente publique, Hérodien s«ul «ptttoMipreMcmée comme fene partes soldats.
3 Spartien adoucit ce qu'il y araide phis odieni dans
dbyGoogle
^^JSWF'i?* '^.^"W^^^^n^pas lais- ^{&(r ut.. .■...«»■» -, f....,ji.|, s doit parieurs représentations , le vieillard se *F&t W- ^MB*Wi >#i?s M SWP 4» prétoîWItovF ii^i WM/r» ÏW S* rempart pour ÔMj»î%|C,^^^çiati|Ofl, tandis que ^olpic^^, ij^,ipi^Ô,des^rae^f était toujours en tra^èïTec^fin^.iïe fidèles émissaires pas- ' Memeift d'un coté à l'autre, et a cjbpgue candidat des offres île, ..m .Sfjjpic'.anus av:ut promis à (ftpn Jion, (je cinq mille drachmes, 'P^^'JrW/iWib 8"* Mnt- quW^-viflBts uri^l^jip^Tfde jruliaous proposa to«t- *W&hli Nmfc^fWy cinquante drgch-
%^i4"Wfft..W8 jp>orije».-{tIii. camp s'ou- YW^tWffffi\Mi fàw^TÇ'V fut revêtu de S«WKBR^fnt^WsSnaï^ltd^ MéUtédes ^Wffi MÏl.sol>dfl^s conservèrent :en même
jj^^erait.^ufetçJànus^ et, qu'il oublie- W jg^es ^vaieflf. &é ses. prétentions, .^rflaj^^ia,!^ prétoriens à remplir les cone,hjjnr tfaité avec un souverain qu'ils j^nt^l qu'Us méprisaient. Ils le pla- n miiieq.de leurs rangs, l'envîronnèjt^iflUA côtés, et le conduisirent en orfij^aille.dans. les rues désertes de la Uf, sénateurs avaient été convoqués; ce«f (Centré eux.quc Pertinax avait honorés dejsoB^jflilié, ou qui baissaient lapersonue de Julien, aîencrurent pas moins devoir, pour teur^ajyqlé,, approuver cette révolution, et aSeçyr^njfeme Ut joie la plus vive '. Après a*^JWlWite séaat.de gens armés, Julien proâpi»||jyjjscours fort étendu, sur la libertfcjjfe «^éjection, sur ses qualités émineni^rjp W^Swfance dans faflection.de s«s,apcrtojens. Sa harangue fut universellement applaudie; tonte l'assemblée vanta son booheu et celai de la nation, promit au p™»!« ^ferê.îjaniais fidèle, et le revêtit *gjgSjHrSf r™W«***ia puissance impé-
^imJNhfitV^WW CH. V.
Du sénat Julien se rendit an palais^ saiyi du même cortège. Les premiers objets qni frappèrent ses regards furent le corps saur glant de Pertinax et le repas frugal préparé pour son souper. Il regarda iWavec indifférence, l'autre avec mépris. On luijdoona pae fête magniCque; et il s'aransa jnaqpe.bwB avant dans la nuit à jouer aux.dés ai à voir les danses du célèbre Pylades.. Cependant, lorsque la foule des courtisan» tu-liq rQWih, l'on observa que ccRrmce,.laissc\an.proiei de terribles n'ilexions. dans Jes, .fepébre^et dans la solitude, ne put goûter lea.doiicWç du sommeil : il repassait probablement dans son esprit sa. folle démarche,, lé sort de son vertueux prédécesseur , et ne sa dissimulait pas combien était incertaine la possession d'un sceptre que l'argent, et non le mérite, lui avaient mis entre, les mains1,
11 avait raison de trembler. Assis sur la premier trône du monde, il se trouvait saqs amis, et même sans partisans; lesprétomqa rougissaient eux-mêmes d'un souverain, que l'avarice seule avait créé ; il n'était auras «iloyen qui n'envisageât son élévaLionBvecJAUVi reur, et comme la dernière iosiilLo fa.i(e à.kt majesté du peuple romain. Los nobles, àqui des possessions immenses et un était brillant imposaient la plus grande. circoospwtioH , dissimulaient leurs sentimensj.et recalaient, les égards affectés de l'empereur avec nue sa* tisfaction apparente et avec des; protestations de fidélité; mais.parmi le pqupJc(le»eitoyen8. qui trouvaient un abri sûr dans. leur nombre et dans leur obscurité donnaient un libre cours à leur ressentiment. Les. rue», et les places publiques de Rome TffttDlÎHaneni de clameurs et d'imprécations; la ihuttftftde filrieuse insultait la personne de Julien, rejetait ses libéralités; et, trop faible pour entrer prendre une rcvoluiiou, elle appelait agranda> cris les légions des frontières, et -les invitait à venir venger la majesté de l'empire. " """'■'
Le mécontentement public passa bientôt du centre aux extrémités de.rétat,JJesariBéea!
stmceMBCt MrtnMfimr^peim^ipi^'quéïatsi»
naîwmoe'.iéWrrepi , hnâUfflilémenl après ton élection ; ■■KntredWiiHrfctei»/''-' '■* "
à «mdli* les contradiction! appàrémw it m nlfloricns,
de Bretagne, de Syrie et de Pannonie déplorèrent la mortdePertinax, avec lequel elle* avaient tant de fois combattu , et qui les avait si souvent menées à la victoire. Elles apprirent avec surprise, avec indignation, peutêtre même avec jalousie, que les prétoriens avaient vendu publiquement l'empire ; et elles refusèrent unanimement de ratifier cet indigne marché. Cette révolution entraîna la perte de Julien , et troubla la tranquillité de l'état. Clodïus Albinus, Pescennius Niger et Septime-Sévère, qui commandaient ces différentes armées, furent plus empressés de succéder a Pertînax que de venger sa mort. Les forces de ces trois rivaux étaient égales; ils se trouvaient chacun à la tête de trois légions et d'un corps nombreux d'auxiliaires*; et, quoique d'un caractère différent, ils joignaient tous n la valeur d'un soldat les talens et l'expérience d'un général.
Clodius Albinus l'emportait sur ses deux compétiteurs par la noblesse de son extraction. Il comptait parmi ses ancêtres plusieurs des citoyens les plus illustres de l'ancienne république '. Hais la branche dont il était descendu, persécutée par la fortune, avait été transplantée dans une province éloignée. Il est difficile de se former une idée juste de son véritable caractère. On lui reproche d'avoir caché sous le manteau d'un philosophe austère la plupart des vices qui dégradent la nature humaine ' ; mais ses accusateurs étaient des écrivains qui prostituaient leur encens à Sévère, et dont la plume vénale a défiguré les traits d'un rival infortuné. La vertu ou l'hypocrisie d'Albinus lui avait attiré l'estime et la confiance de Marc-Aurèle ; et, s'il conserva la même influence sur l'esprit du fils, en conduite prouverait seulement qu'il avait un caractère très-flexible. La faveur d'un tyran ne suppose pas toujours na
1 Dion , 1. mm, p. 1235.
1 Les FsanmantoB «t tas Cajanla, Un citoyen la h b-
- mille poiUHimiauw fui élevé au consulat dans ta cinquième année après son institution.
^Spartien, «Uns sa compilation, bit un mélange de
toute* tes vertai et de tous les vices qui composent la nature humaine, et il en charge un seul individu. C'est dans cet esprit qu'oui été dessinés la plupart des portraits de l'Bislalr
défaut de mérite dans celui qui en est l'objet. Souvent le hasard, le caprice, la nécessité des affaires publiques ont porté des princes à récompenser des talens et des vertus qu'ils étaient bien éloignés eux-mêmes de posséder.
Il ne parait pas qu' Albinus ait jamais été le ministre des cruautés de Commode, ni même le compagnon de ses débauches. Il était revêtu d'un commandement honorable loin de la capitale lorsqu'il reçut une lettre particulière de l'empereur qui lui faisait part des complots de quelques officiers mécontent, et qui l'autorisait à se déclarer défenseur dn trône et successeur s l'empire en prenant le titre et la dignité de césar ', Lé gouverneur de Bretagne refusa sagement d'accepter un honneur dangereux qui l'aurait exposé à la jalousie, et qui pouvait l'envelopper dans la ruine prochaine de Commode. Albinus employa, pour s'élever, des moyens plus nobles , ou au moins plus imposans. Sains même attendre la mort de l'empereur , il assembla ses troupes; et, après avoir déploré lés maux inévitables du despotisme, il leur représenta, dans un discours éloquent, le bonheur et la gloire dont leurs ancêtres avaient joui sous le gouvernement consulaire, et déclara qu'il était fermement résolu de rendre an peuple et au sénat leur autorité légitime.
Cette harangue populaire fut reçue par les légions britanniques avec des acclamations redoublées. A Borne elle excita des applaudissemens secrets. Tranquille possesseur d'une province séparée du continent, et a la tète d'une armée moins célèbre, if est vrai, par la discipline que par le nombre et la valeur des soldats1, le gouverneur de Bretagne brava les menaces de Commode, opposa une conduite équivoque à l'autorité de Périmas, et leva l'étendard contre Julien dès que ce prince eut usurpé la couronna. Les convulsions de la capitale justifiaient sa quelque sorte la conduite d'Albinus; il paraissait
' Hist, Aug., p. 80-81.
1 Peruaax, qui gouvernait la Bretagne suelque» années auparavant, avait été laissé pour mort «ans un Bouléwmetit des soldats. Hist. Aug.. p. 54. Cfepwlanl te trwipo le chérissaient, et elles to.rcgreUet;«il, < AdjoiranUÛui eau virmiezp, cui irasctbanlur. *
(103 dep. J.-C.)
n'étn guidé que par l'amour do ta patrie. La modestie lui défendit de prendre les titres pompeux d'Auguste et d'empereur. Il voulut peut-être imiter l'exemple de Galba, qui, dans une circonstance pareille, s'était Tait appeler le lieutenant du sénat et du peuple >.
Le mérite personnel de Pesccnnîus Niger fit oublier sa naissance obscure, et l'éleva d'un emploi médiocre au gouvernement de la Syrie ; poste important et très-lucratif , qui, daus.dtis temps de guerre civile, pouvait lui frayer le chemin au trône. Cependant il paraissait plus Tait pour briller au second rang que {tour occuper le premier. Incapable de commander en chef, il aurait été le meilleur lieu tenant de Sévère , qui eut dans la suite assez (le grandeur d'âme pour adopter plusiesuV/aMilntions utiles d'un ennemi vaincu*.
Jîjger^ tUos son gouvernement, gagna l'estinje^des troupes. Sa discipline rigide affermissait lu valeur , et fixait l'obéissance des soldats. Il «ut aussi , malgré la fermeté de son administration , se concilier l'amour des habitant de, la province, Les voluptueux Syriens étaient. Surtout enchantés de l'affabilité de ses manières et du goût qu'il paraissait prendre à leurs fêtes splendidcs et nombreuses ».
Des que l'on apprit k Antioche le meurtre atroce de Pertinax, toute l'Asie se tourna vers Niger, pour l'inviter à venger la mort de ce prince, et le désigna comme son successeur «a trône. Les légions de l'Orient embrasèrent as cause. Depuis les frontières d'Ethiopie * jusqu'à la mer Adriatique, les provinces riches, maïs désarmées, de cette parue de L'empire, se soumirent avec joie à son obéifsaance. Enfin les rois dont les états étaient «Usés au-delà du Tigre et de l'Eupbrate le félicitèrent sur son élection, et lui offrirent leurs services.
« Battant, Vfe * «On, e. 10.
*I*M.Aa*,p.7t.
'MffqÉIl, L n, p. 68. On mil, dans 1* Chronique de Job MataU d'Ànuotoe , combien set compatriotes étaient sUaetoe*^!emra«,qws*Usraîsakut à la (bis leur su- HnMttim et lent — pour le plaisir.
•Lia*. Anfuatkw perle d*ua roi feTbebes en Egypte, affiéetami permutel a> Niger, Si Sparlien ne s'est p» treawé, ftfreyaid* là peine* eroire, lia fait paraître " ■ - ■■ ' 9 tributaires
Niger, comblé tout-à-coup des biens de la fortune, n'avait point l'âme assez forte pour soutenir une révolution si subite. Il se flatta qu'il ne se présenterait aucun rival, et que son avènement au trône ne serait pas souillé par le sang des citoyens; mais, tandis qu'il s'occupait des vains honneurs du triomphe, il négligea de s'assurer de la victoire. Au lieu d'entrer en négociation avec les puissantes armées de l'Occident, dont les démarches devaient décider ou au moins balancer le destin de l'empire, au lieu de marcher sans délai à Rome , où il était attendu avec impatience " , Niger perdît, dans les plaisirs d' Antioche, des momens précieux, dont le génie actif de Sévère profita habilement et d'une manière décisive *.
Le pays des Pannoniens et des Dulmates, situé entre le Danube et l'extrémité de la mer Adriatique, était une des dernières conquêtes des Romains, et celle qui leur avait coûté le plus de sang. Deux cent mille de ces barbares prirent la fois les armes pour la défense de leur liberté , alarmèrent la vieillesse d'Auguste, et exercèrent l'activité de Tibère, qui combattit contre eux à la tète de toutes les forces de l'empire '. Enfin la discipline et le courage des Romains l'emportèrent; les Pannoniens furent soumis. Cependant le souvenir récent de leur indépendance, le voisinage et même le mefange des tribus qui n'avaient point été conquises, peut-être aussi l'influence d'un climat ou l'on prétend que la nature donne aux hommes de grands corps et peu d'intelligence4, tout contribuait à entretenir leur férocité primitive ; et, quoique ces provinces partissent être peuplées de sujets romains, on démêlait encore les traits hardis des premiers babitans de ces contrées
t Dion, 1. ixxru, p. 1238. Hérodieu , 1. n , p. 07. Un yen qui était alors dans ta bouche de tout le monde semble exprimer l'opinion générale que l'on avait des trois rifittx:
Optlmn est Xlgtr, bon» Jfer, pwiloiui Jttni,
(Hist. Aug. , p. 75.)
i Hérodieu, 1. n,p. 71.
s Voyei la relation de cette pierre mémorable dam Vellelus Patereulus (u, 1 10, etc.), qui servait dans l'armée de Tibère.
* Telle Ml la rénraion d 'Hérodieu, I. n, p. 7*. Les Autricluujbmodmiesadraettmt-Us l'influença?
dbyGoogle
barbares. Leur jeunesse belliqueuse fournissait sans cesse des recrues aux légions, campées sur les bords du Danube, et qui, por- -pétuftHfiBaent aux prises avec les Germains etavec. le* Sarmates , étaient regardées à ■juste. tâtre comme les meilleures troupes de
DÉCADENCE DE l'è'mMé^IVOMàIN,
tfiktip.iJ%
■ SeptHnc:Sévère coramandait alors l'armée do Pannonie. £e général, né en Afrique, . avait-passé par tous les grades militaires. Dans. le- temps qu'il parcourait lentement la carrière des" honneurs, il nourrissait ea secretuno nnibilienidémesurée, qui, ferme fit inébranlable dons sa marche., ne fut jamais détournée ni par l'aurait du plaisir, ni par la eriÉnte des dangers; ni par aucune passion '■ A la première nouvelle de la. mort de Pertinax, il assembla ses troupes, leur peignit aveeteatoonleurs les plus vives le crime, l'insolence «t-Ia. faiblesse des prétoriens; et il
•excita les légions à voler aux armes et à la vengeance. La péroraison de son discours était surtout extrêmement éloquente. 11 pro-
: incitait « chaque soldat une somme de neuf mille livres, présent considérable, et double de crtbai que le liche Julien avait offert pour aoh«er- l'empire».
-■■ ■' Los troupes conférèrent aussitôt à leurgé-
- pénal 4e nom d'Auguste, de Périma* et d'em-
- pereur. Ce fut -ainsi que Sévère parvînt à ce porte ' élevé, où Use croyait appelé par son propre mérite et par «ne longue suite de
-soupes et- de présages qu'avait enfantés sa poUrique ou sa superstition*. Ce nouveau prétendant à l'empire seaUt les avantages
> particulier^ dosa situation, et H sut en pro-
■ ' Comiwfiie ,. (Uns ujiç lettre à Albin, dont nous avons . déji parlé , représente Sévère connue' un des généraux
'anftifie'ui qui censuraient la conduite de leur prince, et ■ '(iiiidfeifairtit1)"enoc«iperlaphce.!Hlit.AirB-.,p.80.) al» Panaolic était trop fwu/it pour fournir tant ti'ar-
gentl €«lto s#muje Cul jjropa bleui eut promise dans le .camp, cl ensuite pavée dans ia capitale. J'ai adopté, pour rallier ,ii conjecture de CàsauW(Voy.HM.Aug.,p.fl6î
m, cl ensuite pavée, flier,ui conjecture '
' Comment.ip. ti5.)
3 Hérodien, l. n, p. 78. Sévère fut déclaré empereur sur " les DordsduDatiUbê,' soie a 'Carmin*»», selon Sptrtiett 1 "(Hat. \ug.;p;iB5î,«)ilàfl«b9ria1'tetonVietoi..M.Himie, eu supposant tpie la- naissant» et ladiguiléde Sévert.par ' rbrenUrop au-*s.WH! ne la pourpre itapMakt, et qu'il ■artb» en Italie seulement comme général, n'a. pas examiné ce fait avec son exactitude ordinaire. (Essais.)
filer. S«b gouvernement , '((ni s'étendait jusqu'aux. Alpes Juliennes, lui facilitait les moyens de pénétrer en Italie. \m'm
Auguste avait dit qu'une armée panne* ntenne pouvait paraître en dix jours $ la vue de Rome ■.. Ces paroles mémorables vinrent se présenter à l'esprit de Sévère., Par une promptitude proportionnée à. la grandeur de l'entreprise, il pouvait raisonnablement espérer de. venger Pertinax,. de pûuir.Ijyjijcn, et de. recevoir l'hommage du sénat, et du peuple, comme empereur légitime, ayant, que ses compétiteurs, séparés de l'Italie par! une .immense étendue de terre et de mêi;. eussent été informés ,de. se» exploits, pu. même de son élection, . -,.: ...;.,■-, '^ \j .'m./'.
.. Pendant sa, marche, il se peîTnji,^ peine le repos ou la nourriture ;', . loueurs, a Li, tç\e des légions» il s'insinuais, ,daps, JjtjMJÇ ■,&* soldats, paraissait honoré de jéiîr/cjjn^nije, redoublait leur activité» excitait h^ur^ournap, et animait leurs espérances^ enfin,» ^jfiWJsait à partager avec le moindre fantassin .jps fatigues de la route, tandis i^'UMmontrail toujours en perspective la , grandeur, (les récompenses. , V
Le malheureux Julien, s'çiaît attendu el se croyait préparé à disputer l'empire au gouverneur de Syrie; mais, lorsqu'il (appri.t la marche rapide des légions invincibles ijo Pannonie, sa perte lui. parut inévitable- ï/arrivée précipitée de chaque courrier redoublait Ses justes alarmes. On vint lui annoncer successivement que Sévère avajl passe Ids^AIpes, que les villes d'Italie, disposées en sa faveur, ou incapables d'arrêter ses progrès^ l'ay nient reçu avec des transports de joie et des protestations de fidélité; que ^importante. place de Ravenne s'était rendue sans résistance, et enfin que la flotte de la., mer Adriatique obéissait au vainqueur. Déjà l'ennemi n'était plus éloigne de Rome que de quatre-vingts lieues; chaque instant resserratt 'le' "éerclo étroit de la vie et de 1* empire flii prîhce^
Cependant Julien entreprit de. prévenir sa perte , on du moins de la reculer. Il iropktra
l Velleius Paterculus; I. m, n. &. En :pariont . des.-fconliéres de la Pannonle, Il MUsl fciw mu# -marche de witantr-sîx iieues pour paraître à la vue de Home,
la foi vénale des prétoriens, remplit la capitàîe cfe"yaips pEépàratifs dé guerre, tira dés lignes âuioux des, faubourgs ' dé là" Ville , et se fortifia dans le palais, comme' sTl eût été possjBle'.'à'pyès àVoïr perdu tout éspbh% de defradYé ' ces dernière retrahchemens contre iin ennemi vtc(orïeùx7La'nbhte' et la crainte empêchèrent je? prétoriens 8é l'abandonner; mais ils r^èhibliiie'rit' ail nom des légions panhoàièMësY 'cc-^in'ande'és'par un général expérmiefit£J'et 'accoutumées à vaincre les bar- Dares'fedil'l«boriïs''^acêsdQ Danube '. Ils uriîlta'iéiit' etf'Sbuiilfant'lcs bains et les spectacles' 'polir' prendre désarmes dont !e poids l«'ic&oïaft,' etWils avaient 'përdli i'habitù'de 'de",maiitëf.'< On se' nattait que l'aspect terrible des éléphans jetterait la terreur dans tësJA-TnéiésWnoftl;' biais ces aninfatrk indociles1 né rérbifna'issfl'fent plus lit niaïii de lënrs condùc^ufe'.:rU|i6î),iiïa'c!é1tfsul[ai(au*:ëTOliirions rToTd{|e^dJsWdàtS',aè marine tirés de la flbïH*"dei"riiseTie',>'' tandis que lès: sénateurs 'ÏÏrbssmWI' secrètement tlë l'embarras et de
^■mtmim-titbmmae': ■ ■
" ''tmiei'là tëmaWm'es dé Julien décelaient ses iaHyèï-ërsif'pêrpïexîfè. Tantôt il exigeait du sénat que Sévère fût déclaré l'en- &cnu''8e^tN!taï;' tantôt il désirait qu'on l'associai a Tètftprfe. 0 envoyait publiquement à sou'tfiaL ijes' sénateurs consulaires, pour néguder avec lui Comme ambassadeurs, tandis (|ri'it"cnar£eàii en particulier des assassins de lui àrracner la Vie. H ordonna aux vestales et aux prêtres de sortir en pompe solennelle, revêtus 'ae'Tcurs habits sacerdotaux, portant «levant eux lés' gages sacrés de la religion, et 6e s'avancer ainsi à la rencontre des légions 'pahrioriiennes. Il s'efforçait en même temps diniéWogér ou d'apaiser les destina par des cérémonies magiques et par d'indignes sacrifices *.
<:C«*ti'<*t;pei<4npf vaiçe figure de rhétorique; c'est me aDoÛB» * un lait rapporté par Dion (1. dui, p. 1 181 ), et qui Vrttiiliifteni «irrita plus d'une Ibis.
iDfrf«,l. Lttmr,p-;t233.'H:*wfipij, t. n, p. 81. La
11 ii piii iliiiiiil'JiMiii paru li ininlimni ilinr u g
«ne 10114011» ont d'abord surmonté la raine terreur qulmpimit 1rs éléphans, et quand ils ont ensuite dédaigné l'Kaej*A<M'Viiaakus redtutabk*. ■
»Hi«»MftiAi»suStti*,pJ6a,W. ■■
j^^UÏj^, GIBBON. CH. V.
Sévère, qui ne craignait ni ses armes m
ses conjurations , n'avait à redouter que des complots secrets. Pour éviter eedanger, il se fit accompagner, pendant toute sa route,' de six cents hommes choisis, qui, towjonrsapmes de cuirasses , ne quittaient s» personne ni jour ni nuit. Rien ne l'arrêta dcms-sa marche rapide. Après avoir passé sans obstacle les défilés dès Apennins, -U veclitdtins son parti les troupes et les ambassadeurs que l'on avait envoyés pour retarder ses -progrès ; et il ne resta que fort peu de temps dans la ville d'Interamna , aujourd'hui Terni, «tuée 'à vingt-kmatre lieues de Roue; Déjà il était sûr' de tu victoire, mais le désespoir des prétoriens pouvait lu rendre senglante; et Sc- Yere-avait ta- noble ambition de vouloir sstonter Sur le trône sans ôrcrTépée ». Ses énùV nairea , répandus dans la capitale, assurèrent les gardes que, s'ils voulaient abandonner a la justice du vainqueur letu* indigne souverain et les meurtriers de PertntKx, leeurps entier ne serait plus jugé coupable de ce forfait.
Les prétoriens , dont la résistance «n'avait pour base ni la fidélité ni l'honneur, acceptèrent avec joie des conditions si faciles à remplir. Ils se saisirent de la plus grande partie des assassins , et déclarèrent au sénat qu'ils ne défendraient pas pins long-temps la cause de Julien. Cette assemblée, cottvpquée par le consul, reconnut unanimement Sévère comme le seul empereur légitinte, décerna des honneurs divin» a Pertinax, et prononça une sentence de déposition et de mort contre Bon infortuné successeur. . .
Julien, comme un vi) criminel, eut aussitôt la tétc tranchée dans une salle de bains de son palais. Telle fat la fin d'un nomme qui avait dépensé des trésors immenses pour monter sur un trône chancelant et orageux , qu'il occupa seulement pendant' soixante-six jours *. L'expédition presque incroyable de Sévère, qui, dans un si court espace de temps, conduisit une armée nombreuse des rives du
1 Victor et Blmpe, nn, 17, pariant d'un combat qui fut irtré prts dopoiiL Mii-fiu-s, ponte Mole, rt doal les m-riHe-ats énriTmna du tecaps neTwit pas rut» lion. ,
1 Diesk, )..unii,^ \-m ; HéfDdiw», \. 14, n> 83. Ilist.
Aus.ip-.tn.. <:■■■- v. .,.- !■ .■■.-.,... .-:i , ,.-. .
1b DECADENCE DE L
Danube aux bonis du Tibre, prouve à Is fois l'abondance des provisions produites par l'agriculture et par le commerce, la bonté des chemins, la discipline des légions, et la soumission des provinces conquises '.
Les premiers soins de Sévère furent consacrés ù la décence et à la politique. Il résolut d'abord de venger Pertinax , et de rendre à ce prince les honneurs dus ù sa mémoire. Avant d'entrer dans Rome, le nouvel empereur commanda aux prétoriens d'attendre son arrivée dans une grande plaine près de la ville , et de s'y rendre sans armes, avec les habits de cérémonie dont ils étaient revêtus lorsqu'ils accompagnaient le souverain. Ces troupes hautaines, moins touchées de repentir que frappées d'une juste terreur, obéirent à ses ordres. Aussitôt un détachement de l'armée d'IMyrie forma autour d'elles une haie de piques impénétrable. La résistance ou la fuite devenait impossible; et les prétoriens attendaient leur sort en silence et dans la consternation. L'empereur, monté sur son tribunal , leur reprocha sévèrement leur perfidie et leur lâcheté, les cassa avec ignominie, les dépouilla de leurs magnifiques ornemens, et leur défendit, sous peine de mort, de paraître à la distance de trente lieues de la capitale. Pendant celle exécution, d'autres troupes avaient reçu ordre de s'emparer de leurs armes, d'occuper leur camp fortifié, et de prévenir les suites funestes de leur désespoir ».
On célébra ensuite les funérailles de Pertinax avec toute la magnificence dont était susceptible cette triste cérémonie *. Le sénat rendit , avec un plaisir mêlé d'amertume , les
■ De cm Mlxanle-tix Jour», 11 -but d'abord en Mer seize. Pertinax fut massacré le 28 mars, et Sévère ne fui probablement «lu que le 13 d'avril (voy. Hist. Aug,, p. 65, et TfllemoDt, Hisl. des Empereurs, Lomé m, p. 303, note 7). Il fallut bien ensuite dix jours k ce prince pour mettre son armée en mouvement. Cette marche rapide (Ut donc faite en quarante jours ; et, comme la distant* de Rome aux environs de Vienne est de deux cent soixante-six lieues, les troupes de Sévère durent faire chaque jour plus de -six lieues sans s'arrêter.
i Dion, I. lxxiï. p. 1241 ; Hérodien, 1. n, p. 84.
3 Dion, qui assista s celle cérémonie comme sénateur , en donne une description très-pompeuse, I. ixiiv.
EMPIRE ROMAIN, "(iflS dëp. J.-C.)
derniers devoirs à cet excellent prince, qu'il avait chéri et qu'il regrettait encore. Là sensibilité de Bon successeur était probablement moins sincère; il estimait les vertus de Pertinax, mais ces vertus lui auraient fermé le chemin du trône, unique objet de son ambition. Sévère prononça son oraison funèbre avec une éloquence étudiée; et, malgré la satisfaction intérieure qu'il ressentait, il parut pénétre d'une véritable douleur. 'Ces égards respectueux pour la mémoire de Pertinax persuadèrent à la multitude crédule que Sévère méritait seul d'occuper sa place. Cependant ce prince, convaincu que les armes, et non de vaines cérémonies, devaient assurer ses droits, quitta Rome an bout de trente jours; et, sans se laisser éblouir par l'éclat d'une victoire facile, îl se disposa à combattre des rivaux plus formidables.
Sa fortune et ses talens extraordinaires ont porté un historien élégant à le comparer au premier et au plus grand des Césars '. Le parallèle est au moins imparfait. Où trouvée dans le caractère de Sévère la supériorité éclatante, la grandeur d'âme, la générosité, la clémence de César, et surtout ce vaste génie qui savait réunir et concilier l'amour du plaisir, la soif des connaissances, et le feu de l'ambition *? Si ces deux princes ont quelques rapports entre eux, ce n'est que dans la célérité de leurs entreprises, et dans les guerres civiles , où ils ont été couro nés des mains de la victoire.
En moins de quatre ans ' Sévère subjugua les provinces opulentes de l'Asie et les contrées belliqueuses de l'Occident; îl vainquit deux compétiteurs habiles et renommés, et défit des troupes nombreuses, non moins aguerries et aussi bien disciplinées que ses soldats. Tous les généraux romains conn&ïs-
3 Quoique Lucain n'ait certainement pas intention d'exalter le caractère de César, cependant il n'est point de plus magnifique panégyrlqne <nie l'idée qu'il nous dont» de ce héros dans ie dixième livre delà. Piuuwle, «Aille dépeint faisant sa cour a Clecpaire, soutenant un siège contre toutes les forces de l'Egypte , et conversant en mtfme temps avec les sages de cette contrée. "'
> En comptant depuis son élection; 13 aVrtl 19S, Jusqu'à la mort d'Albin, 19 révrier 197. (Voye* U Chronologie de Tillemont.)
dbyGoogle
(191 dtp'. J.-C.) Baient alors l'art de la fortification et les principes' dp U lactique. La supériorité constante de Sèvèrefut celle d'un artiste qui fait usage des mêmes instrumens avec plus d'adresse et d'industrie que ses rivaux. Je ne donnerai point la description exacte de toutes ces opérations militaires : comme les deux guerres civile* soutenues contre Niger et contre Albinos, diffèrent très-peu dans la conduite dansM succès et dans les suites, je rassemblerai .souq un seul point de vue les circonstance^ les plus frappantes qui tendent à développer le caractère du vainqueur et l'état deVempira.
S».U dissimulation et la perfidie ont été bannies du commerce ordinaire de la société, elles ne Èéiublént pas moins indignes delà majesté du gouvernement ; cependant, toléréesL« quelque sorte dans le cours des affaire^ publiques, elles ne nous présentent pas. aïprVui même idée de bassesse. Dans rhomme social , elles sont la preuve d'un uuuique décourage personnel; dans l'homme d'état. ■ elle» indiquent seulement un défaut de pouvoir. Comme il est impossible au plus grand génie de subjuguer, par sa propre force' des millions de ses semblables , le monpe parait lui accorder la permission d'einployér' librement , sous te nom de politiquei 1s ruse et la finesse. Mais les artifices de Sévère ne peuvent être justifiés parles privilèges les plus étendus de la raison d'état. Ce prince ne promit que pour trahir , ne flatta que pour perdre; et, quoique, selon les circonstance*, 3 se trouvât lié par des traités et par des térméns , sa conscience , docile à la v6a"de mb intérêt, le dispensa toujours de rempuV'des obligations gênantes >.
Si ses' déni' compétiteurs, réconciliés par un danger commun, se fussent avancés contre lui sans délai, peut-être Sévère aurail-il succombé .sons leurs efforts réunis. S'ils l'ctMJsçnlt aiftaque en même temps, avec des v«e» (lyféreflto8.ret de» armées séparées, la victoire aurait' pu -devenir longue et dontetisé ; irtn&, attirés1 dans nne sécurité funeste partamodéràtiop'anectee d'un ennemi subia,;,*ti^qflacprt^!.pftrll.Li rapidité de ses
Lu, p. 85.
exploits, ils tombèrent successivement victimes de ses armes et de ses artifices.
Le général pannonien marcha d'abord contre Niger, dont il redoutait le plus la réputation et la puissance; mais, évitant toute déclaration de guerre, il supprima te nom de son antagoniste , et déclara seulement au sénat et au peuple qu'il se proposait de régler les provinces de l'Orient. En particulier, il parlait de Niger, son ancien ami, avec le plus grand intérêt; il l'appelait même son successeur au trône ', et applaudissait hautement au dessein généreux qu'il avait formé de venger la mort de Pertinax. Il était du devoir de tout général romain de punir un vil usurpateur : ce qui pourrait le rendre criminel ' serait de continuer à porter les armes , et de se révolter contre un empereur légitime, reconnu solennellement par le sénat. On retenait à Rome les enfans de tous les commandans de province, comme des gages de la fidélité de leurs paréos 5. Maître de la capitale, Sévère fit élever avec le plus grand soin les fils du gouverneur de Syrie, qui étaient entre ses mains; et il leur fit donner ia même éducation qu'à ses propres enfans , tant que la puissance de Niger inspira de la terreur ou même du respect; mais ces infortunés furent bientôt enveloppés dans la ruine de leur père, et soustraits à la compassion publique par l'exil, ensuite par ta mort *.
Tandis que Sévère portait la guerre en Orient , il avait raison de craindre que le gouverneur de Bretagne, après avoir passé la mer et franchi les Alpes, ne vint occuper le trône vacant, et ne lui opposât l'autorité du sénat soutenue des forces redoutables de l'Occident. La conduite équivoque d'Albinus,
i Sévère, étant dangereusement malade, fit courir la brait qu'il te proposait de blaser la couronne i Niger et a Albin. Comme 11 de poirtait être socere à l'égard de l'un et de l'autre , peut-être ne voulait-il que les tromper Ions deux. Sévère porta cependant l'hypocrisie si loin, que, ■ dans M mémoire! de sa vie , il assure avorr en réellement l'ititetilion de le» désigner pour aes successeurs.
i Histoire Augustine, p. 05.
3 Cette pratique, imaginée par Commode, (Ut (résolue à Sévère , qui trouva dans la capitale lis etrTâns des principaui partisans de ses rivaux, et qQl S'en sertit plus d'une fois pour intimider ses ennemis, ou pour les séduire.
* Hérodien, 1. m, p. 96. Un*. Aug-, p. 67, 08.
F" M DECADENCE DE" Ï/EmArë' ROMAIN, {m itep. jJè.)
,..qui,n;a,yait,floint voulu, prendre le titre d' cm- i ya\l'-i^S»^ré^t[l^rmiiXf;(ipax.ççiic joiir- .,pere«T," ouvrai^ uncha^ libre à la négocia- née mémorable, ,.,.
. lion, Ç$ gô^ral. consentit à partager l'auto- , , fl-i t(j, ^n u. v^i v* W' • , filr malgré les senti mens de ^iPfttqolj^nftflujl affectait, il accepta le rang .^précaire dfiiCésar commau^erécompeusede . ja iffîu^-ujité Çitlajp qu'il promettait d'obser- 4 \er;.,,Tafl|;,qu^Ujinu$, parut redoutable, Sé- , yjbjçe traj^. toujours avec les plu» grande? .,nia.rfi^ç^(jl'(e^i)^e,.et d'affection un homme .^t,H ava^j^ Inerte; .et, même dans la \tyijf; pi); ji \\t\ .apprepd la, défaite de Niger, il l.'appellcjsop frère, et sqn collègue;, c'est an ^lomde^i^Xenjpje. Julie et de ses enfans qu'il Je .saine; et \}}p conjure de maintenir les armées, .f$i la. république, dans la fidélité nécessaire, à ïpurpr intérêts .conununs. Les messagers chargés de , remettre celle lettre ,n,vaieni1.qrflrc: d'aborder le césar, avec respç'rty. (folui demander une audience particulière,, et fie lui plonger le poignard dans le sein.'. Le complot fut découvert. Enfin le trop, crédule Albinus passa sur le continent , .j'Osulu .de combattre contre un rival supérieur, ,qui fDHdftpur lui à la té(e d'une armée invincible, et composée des plus braves vétérans.
Les combats que Sévère eut à livrer ne répondirent point à l'importance de ses conquétes,, peux, . açiionsj l'une près de l'HelIespom, l'autre dans les défilés étroits de la Ci- Uciq, décidèrent du sort de Niger; et les troupes européennes conservèrent leur ascendant ordinaire sur les soldats efféminés de l'Asie *, La bataille de Lyon, où l'on vit combattre, cent cinquante mille Romains ' , fut également, fatale à Clodius Albinus. D'un coté, le courage de l'armée britannique; de f autre , ta discipline des légions de la Panftonie, tinrent long-temps la victoire in- <;e.rtaine,,et firent pbis d'une fois pencher la bajançe. Sévère inême était sur le point de perdre à |a fois.sa iréprçtatioo et sa vie, lorsque ce prince belliqueux rallia ses troupes, ranima leur valeur, et vainquit enfin son ri-
- i HjsL À«g..W appartint, dan ninrrolioii, a fnsen! <■ sofar ctttc IpUncutirine, -.
i Voyez te troisième livre dlïénwuVp, et le toixcnle-
qnatoreieme de Dion Cassîns. ■ < ■ t , i 3 Dion, I. lizv, p. 1200. j
Les, discordes, civiles qui ont déchiré, le sein de l'Europe dans, les derniers siècles furent caractériséça.noo-seulement, par une cruelle auimpsi#,.mais ;encore, par une , constance opiniâtre. Ces guerres,. sanglantes onteté généralement justifiées, par quelque principe; , ou du moins çolqrées par quelque, pratexiede religion, de liberté. ou, de devoirs. Les chefs étaient des nobles ijidépendaos , à qui la naissance et les biens donnaient une grande influence. Les soldats combattaient eu nommes intéressés à la décisioti <ie la querelle. Comme l'esprit militaire, et, le zèle. de. parti enflammaient ait même degré tous, les membres de la.Boeiété, un chef vaincu se pouvait immédiatement après sa défaite entouré de nouveaux partisans prêts, à., répandre leur sang dans la même cause : mais Ics^pnlains, après la chute de la république, ue combattaient que pour le choix de leur maître. Quand les vœux du peuple^ appelaient un candidat à l'empire, de tous ceux, qui s'enrôlaient sous ses étendards, les uns le servaient par affection, d'autres par crainte, Je plus grand nombre par intérêt, aucun par principe. Les légions , insensibles à . la voix de i'iionnetir , prenaient indifféremment parti dans les guerres civiles. Des. présens, magnifiques et des promesses excessives pouvaient seuls les déterminer; un échec qui ôlaît nu général les moyens de remplir ses engagemens les relevait en même temps de. leur serment de fidélité. Ces mercenaires, empressés d'abandonner une cause malheureuse, ne trouvaient de sûreté que dans une prompte désertion. Au milieu de tous ces troubles, il importait peu aux provinces au nom de qui elles fussent gouvernées ou opprimées. Entraînées par l'impulsion d'une puissance directe, dès que ce mouvement venait 8C briser contre mie force supérieure , elles se hfttaienl de recourir à la clémence du vainqueur, qui , pour acquitter des dettes exorbitantes.
l Dion, I. wwr, p. IMI ; HéfaHu, I.IU.p.HO; Hia.
Ang., f. 68. Utnlallte» donna <!»i» la plaine da Trévoux, i trois ou quslreliaiet dti#oit. (Vdy. nuemoni, W». ni, p. 400, note 18.)
dbyGoogle
((93 dep. J.-C.) i-:. Ti" Mil :
sacrifiait les provinces les plus coupables à l' avaritè dès' ' s61iMC1l)éliVï,nWrtrens,e étendue de l'empire, les villes, sans défense pour la plupart,: ^ffraièfiïpyiht iVasilé aux dé* ln%Vttne'dri«ëe,1t,en';tréWiiUci Enfin il n'existait dation horrrmé, aucune famille, aururi'ordre dé citoyens1, dont le crédit particulier éntëtc" dpablë'de rétablir là cause d'nn par(tf;èxpirtnt''sans'élre soutenu de l'in- (Itren^e jpuiSÈbbte dit gouvernement '.
11 ne Mïnrt' cependant pas oublier une ville dont lés haïnïàris méritent, par leur attacheflreilt a'TJttfdrtrtné Niger, une exception honorable'- Çbmme Bizance servait1 de principale; 'communication entre l'Europe et FAué, l'on avait eu soin de pourvoir à sa défense par frire forte garnison et par une flotte de'riûlj 'cents' voiles qui mouillait dans son "port'*.,' De pareils1 obstacles n'arrêtèrent point Timpétitbsh;!? de Sévère. Ce prince' laisse ses généraux iftifour des murailles delà place, "torceiDÎJassà'^B'nioiiis'fiardétlerMGllespont; et.'ïnVparient de v'dter à des conquêtes plus ■focîi^t|'ni'Hiarcne au-devant de son rival. Bl£uic#,' attaquée par une armée nombreuse ër paf^otftés: ies ' tarées navales de l'empire, 'Soutint nii'sïége de trois ans, et demeura fidèté àn^rioïri et à la mémoire du gouverneur flVSyfiev Les' soldats et les citoyens, animés iTxac 'ardeur dont nous ignorons la cause, se battaient en' furieux : plusieurs même des principaux! dftïcïers dé Niger, qui désespéraient d'à&tenir leur pardon, ou qui dédaignaient de' le 'demander, s'étaient jetés dans ce dernier itsîte. Les fortifications passaient pour ïmpreiiàbles ; un célèbre ingénieur, renferinë1 dans la place, avait employé, pour la défendre; toutes les ressources de la mécanfqpre connue aux anciens '. Enfin Bizance,
Bien, ; Considérations sur la Grandeur et la
l.Mlriipaitilt tt»taiwe*uï. étaient, oonuse on peut bien le penser, de u/e^pefit^fdtiroena ; .on voyait cependant dans, leur nombre quelques galères de deux et de trofe'rante*'ayfini&("':Ti' '.'
3 GatâgtoAHir ^iotamaîl Pr\stan. Le vainqueur hii taon la rie m considération de ses lato», et il le prit i son servie*. Pour les deuils particuliers de ce siège , ■mim DMa^,iurn<ih:12M). dtttradMiUl. n<,p.fl6). Le eteniiec Roland e» ,*;doa*i U deswiptioa iapréswiu i«a»wiMw..jiV(nrïJlolï^««.i,.ti,,7»i.) ..
7S pressée par la famine, ouvrit ses portes ; la garnison et les magistrats Titrait 'passés au fil de l'épée, les murailles démol es, Tes privilèges supprimés; et cette" ville, qui devait .être un jour la capitale de l'Orient, ne; liit pins qu'une simple bourgade ouverte de tous côtés, et soumise à la juridiction insultante de Périnthe. L'historien Dion, qui avait admiré l'état florissant de Bizancé;' déploni ses ruines; il reproche à Sévère d'avoir, dans son ressentiment, prive le peuple romain du plus fort boulevard que la nature- eût élevé contre les barbares du Pont et dé l'Asie ». Cette observation ne fut que trop vérifiée dans le siècle suivant, lorsque les flottes des Golhs couvrirent le Porit-Euxin, et pénétrèrent sans obstacle, par lé canal du Bosphore, jusque dans le centre de la Méditerranée.
Albinos et Niger éprouvèrent le même soit; vaincus tous lés deux, ils 'furent pris dans leur fuite et condamnés à perdre la vie. Leur mort n'excita ni surprise ni compassion; ils avaient risqué leurs personnes' contre le hasard d'un empire ; îl était bien juste qu'ils subissent la même destinée qu'ils réservaient à leur ennemi s'ils eussent été vainqueurs; et Sévère n'avait point cette supériorité arrogante qui permet à un rival de vivre dans une condition privée. Son caractère inexorable le portait a la vengeance : fa varice le rendit encore plus cruel lorsqu'il n'eût plus rien à redouter. Les plus riches liabitans des provinces, qui, sans aitcnne aversion pour l'heureux candidat, avaient obéi au' gouverneur que la fortune leur avait donné, furent punis parla mort, par l'exil et parla confiscation de leurs biens. Sévère, après avoir dépouillé la plupart des 'villes de l'Asie de leurs anciennes dignités, en exigea quatre fois les sommes qu'elles avaient payées pour le service de son compétiteur \
Tant que ce prince eut des ennemis a combattre, sa cruauté fnt, en quelque sorte, retenue par l'incertitude de l'événement et par
Malgré l'autorité de Spartien et de quelques Grées ' odien et. Dion ne nom permettrai pas de douter que Bizance, plusieurs années après la m«rt de Séiére ..ueTiUeui-uinei. ■ i Dion, I. imiv, p. 125U.
DECADENCE DE L'EafP»K RQMAIH,
(lMàsy,ML)
sa vénération affectée pour les sénateurs. La tête sanglante d'Albinas, la lettre menaçante dont elle était accompagnée, annoncèrent aux Romains que S'ivère avait pris la résolotion de n' épargner aucun des partisans de Son infortuné rival. Persuadé qu'il n'avait jamais eu l'affection du sénat, il avait juré a ce corps une b-jine éternelle; et il faisait éclater tons les jours son ressentiment en prétextant la découverte récente de quelque conspiration secrète. Il est vrai qu'il pardonna sincèrement à trente-cinq sénateurs accusés d'avoir favorisé le parti d'Àibiaus; il s'efforça même par la suite de les convaincre qu'il avait entièrement oublié leur crime. Mais dans le même temps il «n fit pé- , rir quarante-un antres ', dont l'histoire nous a conservé les noms. Leurs femmes, leurs enfans, leurs cliens, subirent le même supplice; et les plus nobles habîtans delà Gante et de l'Espagne furent pareillement condamnés a mort. Une justice aussi rigide, comme il plaisait à Sévère de l'appeler, était dans son opinion le seul moyen d'assurer la paix du peuple et la tranquillité du prince; et il daignait déplorer la condition d'un souverain qui pour être humain, devait nécessairement, selon lui, commencer par être cruel *.
En général, les véritables intérêts d'un monarque absolu ne sont point séparés de ceux de son peuple. Sa grandeur réelle consiste uniquement dans le nombre, l'ordre, les richesses et la sûreté de ses sujets; et, si son cœur est sourd à la voix de la vertu, la prudence peut au moins le guider, et loi dicter la même règle de conduite. Sévère regardait l'empire de Rome comme son bien propre; il n'en fut pas plus têt possesseur paisible, qu'il n'onblia rien pour cultiver et pour améliorer une si précieuse acquisition. Des lois salutaires, exécutées avec une fermeté inflexible, corrigèrent bientôt la plupart des abus qui, depuis. la mort de Marc-Aurèle, s'étaient glissés dans toutes les parties du
< Dion (l< Ust, p. 1264) ne rùt mention qnedevinglneuraénaleursj mais l'Histoire Aagttsiuie, p.«), en nomme quarante-un, paraît lesquels 11 v en avait six appelé» Peàcennius. Hérodlen 0- m, p- 115) parle en général des cruautés de Sévère.
1 Auretius Victor.
gouvernement. Lorsque l'empereur rendait la justice, l'attention, le discernement et l'impartialité caractérisaient ses décisions. S'il s'écartait quelquefois des principes d'une exacte équité, il faisait toujours pencher la balance ea faveur du pauvre et des opprimés, moinsguidéfilestvrai, par quelque sentiment d'bumaoité . que par le penchant naturel qu'ont, les princes despotiques à humilier l'orgueil des grands, et à rabaisser tous leurs sujets au niveau commun d'une dépendance absolue. Des dépenses considérables, en bùitmens et en spectacles magnifiques, et surtout une distribution constante de blé et de provisions de toute espèce , furent les moyens les plus surs dont il se servit pour captiver l'affection du peuple romain '.
On avait oublié les malheurs des guerres civiles; et les provinces goûtaient; encore une fois les avantages de la paix et de la prospérité. Plusieurs villes, rétablies par la magnificence de Sévère, prirent Le titre de colonies, et attestèrent, par des monumens publics» leur reconnaissance et leur félicité". Ce prince habile, toujours suivi par la fortune, fit revivre La réputation des armes romaines a. Lorsqu'il monta sur le trône, la nation était déchirée par des guerres civiles et étrangères ; il pouvait se vanter de lui avoir rendu son éclat, et d'avoir établi sur une base solide une paix honorable et universelle *,
Quoique les plaies faites à l'état par les discordes intestines parussent entièrement
■ Dion, 1. luti, p. 1273; Hist. Aug., p. 67: Sévère célébra tes jeux séculaires avec U «lui grande magnift. eenee, et il laissa dans les greniers publics une proTUion de blé pour sept ans, à raison de soixante mille modii, ou vingt mille boisseaux par jour. Ja ne douta pas que les greniers de Sévère n'eussent été remplis pour un temps assez considérable ; mais je sois persuadé que, d'an coté, la politique , et , de l'autre , l'admiration , ont beaucoup ajouté * la vérité.
2 Voyez le traité de Spaiiheîm sur les anciennes médailles et inscriptions. Consultez aussi nos savans voyageurs Spon et Wheéler, Shaw, Pocoek, etc., qui, en Afrique, en Grèce et en Asie , ont trouvé plus de monumens de Sévère que. d'aucun autre empereur romain.
a u porta ses anses Tksorieuses jusqu'à Séleiifta et CWsijinmi , les «apllates de la monarchie des Parllm. J'aurai bientôt occasion de parler de rette paerre méats ' r*Mfc
« Stiam in BritannU. Telle était l'expression Jusle et emphatique dont 11 se servait. (Hist. Aug.', p. 78.)
fi«9 3ep. J.-C.)
guéries , un poison mortel attaquait les sources de la constitution. Sévère avait on caractère ferme et de* talcns supérieurs ; mais le génie audacieux du premier des Césars, ou la poBfiqné' profonde d'Auguste, anraient à petnë été capables de courber l'insolence des teuton victorieuses. La reconnaissance et trité; nécessité apparente ne permirent pas a Serêfè 'de lire dans l'avenir, et l'engagèrent S'réttch'éf ''les ressorts de la discipline militstrt ':JH flatta la -Vanité des soldats, et parut s'occuper Se leurs plaisirs, en leur permettant de porter'des anneaux d'or, et de vivre Sàiià les camps avec leurs femmes. Leur paie n'avait jamais été aussi forte; ils recevaient de ptns des largesses extraordinaires à chaque fête publique, ou toutes les fois que t'état était menacé de quelque danger. Insensififernen't' ils s'accoutumèrent à exiger ces irSifiScàilons. Enflés par la prospérité, énerves tiik* fe'Itrte et élevés par des prérogatives dainferWsés au"-dessus' des sujets de l'empiré ylls Turent incapables de supporter les rçtigUÉs' militaires; et, sans cesse disposés à secouer le joug d'une juste subordination, Us devinrent lé fléau de leur patrie. De leur cSié ', lés officiers ne soutenaient la supériorité'âéi leor rang que par un extérieur plus poippenx et. par une profusion plus éclatante. B existe encore une lettre de Sévère, dans laquelle ce prince se plaint amèrement de la licence de ses armées, et exhorte on 'de ses généraux à commencer par les tribuns -eux-mêmes une réforme indispensable. En effet, comme il l'observe très-bien, usa officier qui perd l'estime de ses soldats ne pevtt eu exiger l'obéissance *. Si l'empereur eût soM cette réflexion dans toute son étendue, U aupûi facilement découvert que la corruption générale prenait sa source, Binon dans l'exemple du premier chef, au moins dans sa funeste indulgence.
M» prétoriens, qui avaient massacré leur
i, L m, p. Ht; Hi»t. A«g., ». 88.
K nr tel pririWp* des mM> e Nthe-fM l'on itfcMtt Jm4m1. LAstrknutU tutum de cet outrage me «h croire <iu"u a été wnp«é ms la rtpw de Sértre <«*£«waH*. ■■■■
>tt*as«*tb9K. ■•■'
PXB ES. GIBBON. CH. v;
naître et vendu publiquement l'empire, avaient reçu le châtiment que méritait leur u abison. Ce corps , si nécessaire et en mena temps si dangereux, fut rétabli sur un non» veau modèle ; et leur nombre, qni n'avait été que de dix ou doute mille hommes, se monta Mut-à-coup a plus de cinquante mille *. Les cohortes prétoriennes n'avaient d'abord été composées que des habitant de l'Italie; lorsque les mœurs amollies de la capitale s'introduisirent par degrés dans les contrées voisines, la Macédoine, la Norique et l'Espagne furent aussi comprises dans les levées. C'était de ces différentes provinces que l'on tirait une troupe brillante, dont l'élégance convenait mieux à la pompe des cours qu'aux opérations pénibles d'une campagne. Sévère entreprit de la rendre utile; il ordonna que désormais (es gardes seraient formées de l'élite des tégioka répandues sur les frontières. On choisissait dans leur sein les soldats les plus distingués par leur force, par leur valeur et par leur fidélité. Ce nouveau service devenait pour eux un honneur et une récompense *. Alors la jeunesse italienne ne fut plus élevée dans l'exercice des armes, tandis que l'aspect effrayant et les mœurs féroces de cette multitude de barbares glaçaient d'effroi les tranquilles habita ns de la capitale; mais l'empereur voulait que .les légions regardassent les prétoriens comme les représentant de tout l'ordre militaire; il se flattait en même temps qu'un secours toujours présent de cinquante mille hommes, supérieurs aux autres soldais par leurs armes et par leurs institutions, ferait évanouir tout espoir de rébellion, et assurerait l'empire à sa postérité.
Le commandement de ces guerriers redoutables et si chéris du souverain devint bien-: tôt le premier poste de l'état. Comme le gouvernement était dégénéré en despotisme militaire, le préfet du prétoire, qui, dans son origine, avait été simple capitaine.des gardes, fut placé à la tète, non seulement de l'armée, mais encore de la finance et même de ta législation. Il représentait la personne dé l'empereur, et exerçait son autorité dans toutes i Hérodicn, I. m, p. 131.
» Dion, I. un, p. 1343.
dbyGoogle
DÉCADENCE de
Jes parties de l'administration. Plautien, ministre favori de Sévère, fut revêtu le premier .de cette place importante, et abusa pendant plue de dix ans do la puissance qu'elle lui donnait.. Enfin le mariage de sa fille avec le fils aîné de l'empereur, qui semblait devoir assurer, sa fortune, devint la cause de sa perte *. Les intrigues du palais,, en excitant tour à tour son ambition et ses craintes, menaceront de produire une révolution. Sévère, qui chérissait toujours son ministre, se vit forcé, quoiqu'à regret, de consentir ù sa mort*. Après la chute de Plautien, l'emploi dangereux de préfet du prétoire fut donné an savant Ulpien, jurisconsulte célèbre.
Depuis la mort d'Auguste, la forme de gouvernement établie par ce prince n'avait point été altérée. La prudence, le bon sens même, prescrivirent à ses successeurs de ne pas s'écarter de la route qu'il avait tracée, et d'avoir toujours les égards les plus respectueux pour les branches délicates de la nouvelle constitution. C'était en vertu de ces mêmes principes qu'ils avaient tous montré , un zèle sincère ou une vénération affectée pour le sénat. Mais Sévère, élevé dans les camps, avait été accoutumé dans sa jeunesse à une obéissance aveugle; et, lorsqu'il fut plus avancé en âge, il ne connnt d'autorité que Le despotisme du commandement militaire. Son esprit fier et inflexible ne pouvait découvrir ou ne voulait pas apercevoir l'avantage de conserver, entre l'empereur et l'armée, une puissance intermédiaire, quoique fondée. uniquement sur l'imagination. H dédaignait de s'avouer le ministre d'une assemblée qui le détestait et qui tremblait à sa vue; il donnait des ordres, tandis qu'une simple requête aurait eu la même force. Sa
1 Un des ac|es 1h plus cruels et tes plus hardis de despotisme fut la castration de cent Romains libres, dont quelques-uns étaient mariés , et même pères de nunlue. Le minière donna, cet ordre affreux afln que sa fille, le jour de son mariage arec le Jeune empereur, put arolr i sa suite des eunuques dignes d'une reine d'Orient. (Dion, Umi,B.Î271.)
i Dion, 1. likvi, p. VBA. ïïérodfrn, 1. m, p. m-159, Le grammairien d'Alexandrie paraît, comme c'est assei l'ordinaire,' connaître beaucoup rdiciit que lé sénateur romain celle Intrigue secrète , et Sire plus assuré du crime de Plautien.
(t93 dep. J.-C.)
conduite était celle d'un souverain et d'un conquérant; ilafleétait' même d'eu prendre le langage; enfin ce prince 'exerçait ouvertement toute l'autorité 'législative, aussi bien que la puissance' exécutrice. ' ' "" -
Il était aisé dé triompher dh sénat; une pareille victoire n'avait rien de gtortètfxï-TMS les' regards étaient fixes sur le premier ■ magistrat, qui disposait de* armes et iJeilWfeOrs de l'état; tous les intérêts -'Se rapportaient 'a ce chef suprême. Le sénat, doutl'élëctton-ae dépendait point du peuple, et q*î ri'avakiau"cunes troupes pour sa défense;' né V occupait plus du bien public. Son auWti&^atKa- 'lante portait sur une basé' faible1 <et prèle' -a s'écrouler i le souvenir de soa ancienne sagesse. La république' n'existait plus; l'-owibre même de ce gouvernement si beau; *t Bufcfinle dans la tlreorie /avait entièrement < *sp»r«. On préréraU la forme pins ffnvqaéer'et^ius naturelle de là monarchie^ Bepnis'»piP.r'le droit de bourgeoisie et' les bôwrenrs1 irttacués au nom de citoyen avaieW-paseê •iuxutaatntans des provinces, qui n'a**Jiatt''jbMûs connu ou qui ne se rappelaient qu'avec horreur radminisfiréltiiti Afrimnique de leurs conquérans, le souvenir des maximes républicaines s'était insensiblement effacé, lies nations vaincues voyaient avec joie lé souverain de Rome posséder, dans toute son étendue, la prérogative royale, quoique, par respect pour d'anciens préjugés, il S'nbscûit du nom deroi. Cetteobservatîonn'apas échappé aux historiens grecs ■ qui viraient -dates le siècle desAntonin. Sous le règne de 'Sévère, le sénat fut rempli d'orientaux qui venaient étaler dans la capitale le luxe et la politesse de leur patrie. Ces esclaves, étorrneiw et doués d'une imagination brillante, 'éœhèreirtlQ' flatterie sous le voile d'un sophisme ingénieux , et réduisirent la servitude en principes. La cour les applaudissait avec transport; et le peuple les écoutait avec indifférence, lorsque, pour défendre la cause du despotisme , ils démontraient ht nécessité d'une "obéissance passive, ou qu'ils déploraient les malheurs inévitables qu'entraîne Ia,n'beïlé'., Les' jurisconsultes et les, .Historiens enseignaient 'figa-
l Apsiea in Proeràt. •• '
dbyGoogle
(1M dep. IM -(
taneat, que la...pujssançe>,jm.pérîalc c'était point une simple délégation, nuis quclesénal|av»it.irréyocablernent céilé tous ses droits au souverain. Ils répétaient que l'empereur j» (fanait, point être subordonné aux lois; jjaq sa Aulpaté arbitraire s'étendait sur la vie •«sur,!» fortune des citoyens, et qu'il pouvait^JKpqser de l'état connue de son patrifnpMftf.., Las, plus habiles de ces juriscoosidi^.«t,. principalement Papinien, Pauliis et Wjwwii.fîewjrent sous les princes de la mai* ,&ûft,d« .Sévère-, Ce .Eut à cette époque que la -j«r^™de«Q8 romaine , liée intimement au .sy«tÂine;da|a .aiqnarchie , parut avoir atteint te ôetiwiMîrfefiré. de perfection et de maturité. . ftocwffimnowinsdc Sévère, éb^uispar iMMbttTBBX ejt florissant de sou règne , lui p*n}m>èfwt< les, : cruautés qui lui avaient -ftiféila **««»« au,trône. Leur postérité, qui ■épnwvaiilep>8iiites; (funestes de ses maximes rtdcBOBi«««#!, le regarda à juste titre •*M(M:tepc*Mipal auteur de la décadence
PAR ÉD. GIBBON. CH. Vî.
> /filin Ji»i