ENTRETIEN XVI
M. Hunrsa. — Une fois encore, mesenfans, je vais dérouler à vos yeux le tableau sanglant de l'expédition du Mexique; après quoi je ne vous
. parlerai plus de cet empire,
Tout le pays éprouva le même destin que la capitale; chaque province se rendit successivement et subit le joug le plus cruel.
Cortès pourtant attendait toujours une réponse d'Espagne, et ce silence le mettait dans l’incertitude de savoir comment on aurait envisagé sa conduite, Après une longue attente, il vit débarquer dans le port de Vera-Cruz un vaisseau commandé par wn certain Tapia; ce dernier n’apportait. pas
à Cortès, comme il devait s’y attendre, le titre de
nes, le plus rica, à maitre, rppées da
mit ce drame acher à la
iglant de ne vous
1 que la Cessive-
réponse incerti- $a con- )arquer mandé ait pas
litre de
‘œonTès. 95 gouverneur du-Mexique;. il arrivait au contraire pour le destituer, s'emparer toi: le j juger ot le remplacer dans:ses fonctions:
Par bonheur pour lui, ce Tapis étaitan homme faible et: sans: art: le subtil Cortès lui opposa tant d'obstacles, effrays sa timide imagination: de: si noires peintures, qu'il jugea très prudent pour lui de retourner comme il était venu,
Mais les malheurs qui pesaient sur la tête du chef espagnol semblaient en vain s’être dissipés. Pour bannir ce chagrin , il fit passer à l’empereur Charles-Quint, qui se trouvait en Espagne, le plan détaillé de tout ce qu'il avait entrepris, et déposa humblement à ses pieds la part du butin qu’on lui réservait. L'empereur, livré jusque là au tracas de bien d'autres affaires, avait chargé de cet examen des personnes ennemies de Cortès. Cette fois il voulut lui-même prendre ce soin. C’est avec surprise et contentement que le jeune souverain admira les belles conquêtes de Cortès, et la splendeur de cette glorieuse entreprise. Il l’approuva en tout point, l’investit de la qualité de gouverneur et vice-roi de la Nouvellé-Espagne , et de plus dressa une commission pour déterminer les droits de Velasquez qui gouvernait Cuba. Comme cela arrive toujours, celle-ci jugea cette affaire au gré de l'empereur, en annulant et les prétentions de Velasquez à diriger les pays conquis, et les plaintes
fausses qu'il avait dressées sur la perfidie du chef espagnol On l’indemnisa seulement de ce qu'avait coûté l’expédition , et pour l’abaisser bien plus:en« core, on lui défendit formellement de ne jamais entreprendre aucan projèt de guerre sans y être autorisé par le roi. Le présomptueux Velasquez ne put supporter cette double humiliation , et en perdit la vie. De:son côté, Cortès était on ne peut plus heureux. Mais hélas! pourquoi mie faut-il avouer qu’à mesure que sôn pouvoir se consolidait, son âme de plus‘en plus se fermait au sentiment de la vertu. Je ne dois pas vous cacher de : quelle manière le cruel outragea l'humanité ; soyez donc attentifs, et déplorez comme moi l'avilissement de ce héros dont le noble cœur, au milieu de cent combats difficultueux , ‘était inébranlable comme un roc au milieu des flots, mais qu’une bonne fortune dégrada si honteusement.
__ Îl reconstruisit Mexico sur ses débris; elle devait être un jour la ville la plus brillante de l’Amérique, elle le fut et l’est encore de nos jours. Il exhorta ses officiers au défrichement des terres des provinces. À cet effet il fit entre'eux le par- : tage du territoire , et leur permit d'exercer sur les naturels la même tyrannie absolue dont ils avaient déjà accablé les habitans des îles. Comme ces derniers, ils supportèrent le joug le plus harbaé, et furent rapidement détruits.
lie du chef ce qu'avait en plüs:en:
ne jamais ans y êtré Velasquez ion , et en n ne peut me faut-il > consoli.
t au sencacher de té; soyez l'avilisseu milieu ranlable qu’une
elle de-
|: 1OORTÈS. 99 Mais ce graud peuple, autrefois si fort, avait un caractère, guerrier qui lui fit vendre sa liberté plus cher que ses-oppresseurs ne l'avaient pensé, Il entreprit plus d’une fois de briser ses fers et-de reconquérir ses droits; mais de pareilles tentatives furent regardées comme une révolte digne du châtiment le plus rigoureux, et l’on exerça sinon: par l’ordre formel de Cortès, du: moins avec son. approbation, des atrocités qui pour toujours impriment la honte et le déshonneur sur les vieux exploits de ce hardi guerrier. Soixante caciques et quatre cents de la noblesse mexicaine furent brûlés vifs à Panuco, et pour rendre ce spectacle plus cruel encore, on força les familles de ces infor tunés d’être les témoins de leur fin tragique.
Sur un doute bien faiblement éclairci, que Guatimozin appuyait la rébellion de ses anciens sujets et cherchait à briser ses verroux, on s’empara de ce prince si noble, si intrépide, et on le pendit en plein jour dans la rue avec les deux caciques de Tezeuco et de Tacuba, qui selon ler r ancien pouvoir marchaient après lui.
Un si cruel,essassinat doit flétrir ignominieusement la gloire de Cortès. Depuis ce jour la vengeance du ciel semble le poursuivre partout en le * rendant le triste jouet de l'ingratitude; c'est le châtiment que Dieu lui réservait sur ses dernicrs ans. il É IL. ô
"98. VOYAGES ET CONQUÉ TRS, Des officiers espagnols expédiésà Mexico pourla &estion des revenus du roi, ‘voulurent sans ordre étendre leur antorité et s'arroger même un droit judiciaire sar Je vice-roi, Mais Cortès, après le Caractère que nous lui‘avons vu déployer n'était. Pas assez faible pour se laisser mattriser par des. Sens en tout Point si inférieurs à lui. Il.se moqua de leurs vaines. fentatives et ne cessa pas d'agir selon son propte gré; ceux-ci tracèrent à la cour.
ne cessèrent pas de bléméf ls conduite de Cortès, et Ja cour d'Espagne croyant ses soupcons légitimes, dépêcha de nou-
exico pourle t sans ordre me un droit ès, après le loyer n'était.
iser par des.
Il se moqua a pas d’agirnt à la cour despotique roi et à son lépendance..
aire chargé uvoir de lc convenable.
une expé- Honduras, onsidérable de châtier lter contre ntât autant.
1 était sur > délégué adie subite
s de blâd'Espagne
a de nou-
COnRTÈS, 99 veaux commissaires avec.de plus amples pouvoirs, Ils devaient vérifier l'exactitude des rapports et le punir s’il y avait lieu. Le vice-roi en fut avertis sa fureur était extrême de voir que c'était là le sa
laire des fatigues qu'il s'étaitimposées dans l'intérêt
de son pays. Ses amis auraient voulu le décider à échapper au traitement ignominieux qu’on lui réservait, et à gagner son indépendance en repoussant les armes par les armes. Mais l'adversité ren. dit aussitôt à son âme cette grandeur qu'avait obscurcie l’enivrement de la bonne fortune ; il ne voulut rien faire de contraire à la fidèle subordipation qu’il devait à son roi, et: avec une fierté généreuse il se prépara à supporter l'injure et l'ingratitude plutôt que d’être rebelle au pouvoir législatif de sa patrie. -
C'était une idée bien pénible pour lûi d’être jugé comme un vil malfaiteur dans ces lieux tant de fois témoins de sa gloire; aussi n’attendit-il pas l’arrivée de son juge pour retourner lui-même en Espagne chercher un refuge auprès de la justice de son roi.
À la vue de ce grand homme, chacun se sentit pénétré de respect et d’admiration ; il semblait en cflet surpasser les guerriers les plus"célèbres. La tranquillité peinte sur son visage détruisit bientôt les soupçons dirigés contre lui. Le roi l’accueillit avec l’effusion de l'estime et de la reconnaissance,
et lui prôdigua ses bienfaits ; il le décora du collier de l’ordre espagnol, lui décerna le litre de comte et le mit en possession de bien des terres dans la Nouvelle-Espagne.
Mais lorsqu'il s’agit de le mettre en pied dans ses hautes fonctions, on vit du danger à l'investir de la même autorité dont on avait craint qu'il abusât ; il obtint seulement sa nomination de général et le libre loisir de tenter des découvertes nouvelles. Pour ce qui concernait l'administration du pays, on établit un corps notable qu'on appela, Audience de la Nouvelle- ‘spagne.
Cortès revint à Mexico ; mais dès lors les peines: et les chagrins l’assaillirent sans interruption ; les membres de l’audience opposaient des obstacles à chacun de ses projets. Pour se délivrer de leur surveillance , il s’élança une seconde fois à travers les tracas et les périls qui accompaguent toujours l'invasion des terres ignorées. Il arma unie flotte de guerre sur la rive occidentale du Mexique, pour aller à la découverte de la grande mer du Sud. La découverte de la presqu'ile de Californie, qui aboutit à l'Amérique septentrionale, fut le prix de mille obstacles dangereux qu il avait surmontés.
A son retour de cette fatigante entreprise, ses adjoints ne cessèrent pas de lui causer bien des chagrins. Confiant en Ja justice de son souverain, et encouragé par les faveurs dont ce dernier l'a-
à du collier
à l’investir raint qu'il ion de gécouvertes.
inistration on appela,
les peines:
ption ; les.
bstaclés à 2r de leur ; à travers t toujours urie flotte que, pour u Sud. La qui aboux de mille és, ;
prise, ses bien des ouveräin, zrnier Jl’a-
vices.
vait comblé, il se décida à retourner en Espagne pour exposer humblement à l’empereur les torts qu'on lui imputait. Le malheureux! il ne prévoyait pas les vicissitudes bien plus cruelles qui l’attendaient encore.
* Il obtint un froid accucil ; N peine daigna-t-on l'entendre : on l’éconduisit même d’une manière méprisante. Il était vieux; quels services importans pouvait-on attendre de lui désormais, Il n’en fallait pas davantage pour lui faire perdre tout son crédit, Ce héros extraoïdinaire et d’un mérite accompli, se vit, comme le brave Colomb , délaissé après de nobles et dangereux travaux, réduit à da position la plus honteuse et forcé de réclamer comme une aumône la justice d’un roi sans reconnaissance et d’un ministre fantasque, Triste et abreuvé de dégoûts, il passa six années dans des soins si étrangers à la fierté de son caractère et à sa manière d'agir. Bientôt après la douleur et le ressentiment d’un oubli si cruel terminèrent ses glorieux jours. Il mourut âgé de soixante-quinze ans, le 2 décembre 1545. Ses froides dépouilles, comme il l'avait expressément ordonné, furent portées dans la Nouvelle-Espagne ; peut-être le héros trouvait-il son pays indigne de recéler les cendres d'un bienfaiteur dont il avait méconnu les ser-