‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme] (volume 3)Chapitre 12 sur 29 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Dizavre,

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ENTRETIEN er,

Le vénérable instituteur, M. Hunter, ravi de l'attention qu'avaient apportée ses écoliers au récit des voyages de Colomb et de Cortès, et du profit qu'ils avaient su en retirer, se détermina à rassembler de nouveau sa studieuse et intéresvante famille , et à lui raconter l'histoire du glorieux vainqueur du Pérou.

Tous les faits dont je vais vous entretenir, mes

enfans , ont déjà eu lieu tandis que Cortès s’immortalisait par l'invasion du Mexique. Il est donc utile do remonter à l'époque où ce pays était entièrement ignoré des Européens, pour retrouver le premier anneau de cette chaîne d'événemens remarquables qui vont fier votre attention.

Vous n'avez pas oublié que Colomb, le premier, fit lu découverte des côtes du continent de l'Amérique, voisines de l’Orénoque, quoiqu'on en ait injustement donné l'honneur à Améric- Vespuce. Vous vous rappelez aussi que ce célèbre navigateur avait déjà traversé toute la rive de l'isthme qui sépare l'Amérique septentrionale de l'Amérique méridionale,. à prendre depuis l'ile Guanaïa jusqu'à Nombre-de-Dios, et encore plus loin vers le midi, dans l'espoir d'y trouver un chemin qui conduisit de l'Océan du nord à celui du midi, et de plus aux Indes orientales. Le brave Colomb échoua dans cette entreprise, et vous n'ignorez pas combien de périlleux obstacles s’opposèrent à cette dernière expédition.

Dès qu’il fut mort, une foule d’aventuriers paruront l’un après l’autre sur le même théâtre, entrainés par l'ambition de prolonger sur le continent les découvertes de Colomb. Deux d'entre eux, Ojéda et Nikuessa, prirent leur essor vers l'isthme de Darien. Ils ont droit à une’ mention honorable pour avoir fondé deux colonies impor-

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tantes, Le premier construisit Saint-Sébastien , le second. Nombre-de-Dios.

Ceux qui babitaient ces côtes étaient brévés au combat, Ils eurent un soupçon sur les projets des blancs , et n’hésitèrent pas à les renverser les armes à la main. Ils tiroient de l'arc avec beaucoup d'adresse , et ce qui était encore plus nuisible à l'ennemi, ils faisaient usage de javelots empoisonnés qui rendaient mortelle la plus petite blessnre. Ojéda vit mourir une quantité de ses gens, et cette perte le contraignit de dépécher un officier à Hispaniola pour réclamer de nouvelles forces.

Laissons ce dernier remplir la commission qu’on vient de lui confier , et jetons un coup-d'œil sur quelques coutumes aussi féroces que singulières que les Espagnols eurent lieu de considérer chez ces peuplades sauvages et belliqueuses. Presque tous les hommes et les femmes avaient un des doigts de la main privé de sa première phelange, et après avoir pris des informations sur a usage aussi bizarre qu'étonnant , on apprit que le veuvage imposait à chaque mari Ja loi de s’estropier ainsi, L'histoire ne parle pas de ce qui a pu mettre en vigueur cette coutume surprenante. On doit supposer que toutes les recherches à cet égard ont . été infructueuses.

Ce peuple conservait un autre usage plus atroce que le premier, mais dont le motif est plus facile à

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PIZARRE. | ,107 quitta son tonneau; Son apparition effraya le capitaine, qui lui fit la menace de l’abandonner sur la première île déserte qui se trouverait sur leur passage. Enfin il se laissa séduire par les prières de tout l'équipage, qui le garda sous sa protection spéciale. Voilà comment Balboa parvint au Darién.

Il ne tarda pas à se montrer prudent, actif et constant. On dut à ses avis la possession d’un terrain situé au voisinage du fleuve Darien, à l’embouchure duquel où dressa un établissement qui porte encore aujourd’hui le nom de Santa-Mariael-Antiqua-del-Darien.

Tüéonons. — Que ce nom est long, mon Dièu !

M. Huntsn. — C'est pour cette raison qu’on l'abrège , et qu'on l'appelle simplement Santa- Maria.

L'équipage sentait de jour en jour combien Balboa lui était nécessaire : itle choisit pour son

| gouverneur, Hardi et plein d’ambition, celui-ci

n'omit rien de ce qui pouvait consolider sa position, et ne songea plus qu'à s'illustrer par de belles conquêtes ct des découvertes avantageuses.

Pour arriver à son but il fit beaucoup d'excursions dans les environs. Il s’allia avec quelques Caciques , et soumit ceux qui ne craignirent pas de lui faire résistance. Un nommé Komägre, du nombre des premiers, fit à Balboa et à ses com-

celle contrée, Il vaste et célèbre

que c'était un du sud,

soldats accoutumés à Ja guerre, d'eux sans peine, s'ils n'augmen bre de leurs combattans,

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que reçurent les Espagnols snr le Pérou. Ces indications furent funestes à cette contrée. Balboa nese sentait pas à coup sûr assez de forces pour entreprendre une aussi vasle expédition ; mais le courage de ses compagnons , doublé par les difficultés, détermina leur chef à exécuter ce hardÿ dessein dès qu’il lui serait arrivé le renfort qu il espérait d'Hispaniola,

Les malheurs dont le Pérou devait être accablé se dissipèrent encore pour un instant. Balboa avait dépéché vers Hispaniola un navire qui échoua sur la côte de Yucatan. L'équipage trouva à la vérité le moyen d'arriver à la terre, mais ces infortunés. tombèrent bientôt au pouvoir de ces insulaires cruels, qui les immolèrent à leurs divinités. Aquilar et un de l'équipage purent seuls se soustraire à tant de barbarie. Plus tard Cortès le rencontra dans cette contrée ; maïs je ne vous entretiendrai pas d’un événement que vous connaissez déjà.

L'impatient Balboa espérait vainement le retourde son navire. Pour surcroît de calamités, des nouvelles d Espagne lui apprirent que ses ennemis avaient prévalu à la cour, que leur adresse avait su noircir sa conduite, et qu’il devait s'attendre à rendre bientôt un compte fidèle et rigide.

Il n'ignorait pas que sa justification et le recouvrement de l'anitié de ses maitres intéressés ne pouvaient dépendre que de la découverte de quel-

ques contrées où l'or se trouverait en quantité; cette seule idée suffisait pour l’exciter à tirer profit des indications du fils de Komagre. Il sut par son noble et généreux courage électriser les cœurs de ses hardis eompagnons.

Le nombre de ses soldats :se réduisait à cent soixante hommes, et quelques troupes de-chiens dressés, je vous l'ai déjà dit, à mettre en pièces les tristes Indiens qu'ils aitaquaient , et c'était avec d'aussi faibles armes que le téméraire Balboa voulait exécuter ses immenses projets.

Le fils de Komagre avait promis aux Espagnols de les guider; iltint parole, et l’on partit.

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ENTRETIEN Ile.

FEnDINAND. — À mon avis, Balboa s'engage dans une route bien dangereuse.

M. Hunter. — Certainement; mais au désir d'entrer dans le Pérou, il joignait encore d’autres projets dont la réussite.ne lui semblait pas moins avantageuse. Le jeune. conducteur avait certifié

que vers le midi, à la distance de six soleils, ce qui,

dans son langage, voulait dire six jours, on verrait une nouvelle mer bordant l'opulente contrée où il.se chargeait de conduire l'équipage.

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Balboa imagina à bon droit que c'était cet océan que Colomb n'avait jamais pu découvrir, et qui aboutissait aux Indes en voguant vers l'ouest, L'espérance de découvrir un si beau pays après les vaines tentatives de ce célèbreinavigateur, lui semblait bien mériter les peines et les difficultés qu’il s'était imposées d'avance pour cette dangereuse expédition,

Joux. — Pourquoi donc s roffrait-il t tant de périlleux obstacles à traverser un isthme aussi peu étendu ?

M. Hunren. — Plus d’une chose y contribuait.

D'abord l'isthme de Darien se trouvait naturellement préservé du conflit des deux océans par une série de montagnes élevées touchant aux Cordillières ou Andes qui se prolongent dans l'Amérique septentrionale. Ces montagnes étaient hérissées de forêts touffues. Elles sont coupées par des vallées qui sont, vu des marais inaccessibles, ou inondées par les pluies qui, pendant neuf mois, ravagent ce lugubre pays: Il vous est facile de comprendre combien ces contrées, toujours aqueuses, doivent engendrer et étendre de différens insectes. On ÿ voit un nombre effrayant de serpens, de crapauds, de lézards et de vipères. Les fourmis couvrent

les arbres et les dévorent. Des essaims de mouches et de cousins d’une grosseur qu’on n’a jamais vue en Europe voilent l'air. Leur piqûre fait souffrir

us VOYAGES ET CONQUÊTES.

autant que celle de nos guêpes. Des torrens roulent avec fracas du haut des montagnes, et il faut autant de vigueur que de courage pour les traverser en nageant ou au gué. À toutes ces incommodités se mêle un air concentré ct lourd de vapeurs mortelles qui affaiblissent le corps et l’âme, et répandent les contagions les plus funestes et souvent la mort. Quelle force dans la résolution ne fallait-il pas pour opposer une aussi fuible digue au concours de tant d'obstacles !

Balboa ne s’en effraya point. Il pénétra premibrement dans la contrée d’un cacique avec qui l’on avait déjà conclu un pacte d'alliance. Il quitta cet endroit pour marcher dans les montagnes, sur les terres d’un chef indien, qui, à son aspect, prit’ d’abord la fuite, mais qui, instruit des intentions des Espagnols, osa enfin les approcher et sollicita leur bienveillance en leur offrant tout l'or qu'il put se procurer. Enfin Galboa, continuant sa route dans les montagnes, arriva à l'endroit le plus périlleux. À la nouvelle de son arrivée, un cacique dont le pouvoir s’étendait fort loin, voulut l'arrêter soudain avec des troupes nombreuses qu'il avait rassemblées.

Les Espagnols continuèrent d'avancer : on dépêcha vers eux quelques Indiens pour les questionner sur le motif de leur apparition, et les sommer de s'éloigner; mais la marche ne fut pas

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interrompue ; on n’ent aucun égard ni à leurs demandes ni à leurs ordres, Le cacique se présenta lui-même, et ordonna à son armée de combattre : on le distinguait par un vêtement de coton, au milieu de ses soldats qui étaient nus. Tout se meut sur-le-champ. Les Indiens fondent sur les Espagnols avec des cris effrayans. Ils étaient à peine arrivés à la portée du fusil, que Balboa ordonna le feu à ceux des siens qui en étaient munis. La détonation et l'aspect de ceux que les balles avaient jetés à la renverse, épouvantèrent, comme d’'habitude, tellement tous les esprits, que , dans un moment, tous furent divisés et épars, persuadés qu'ils avaient à lutter contre des êtres qui tenaient en main le pouvoir céleste, la foudre , le tonnerre et les éclairs. Presque toute l’armée en fuite fut renversée par le fer, ou mise en pièces par les chiens : le cacique lui-même fut une des victimes du combat, et sa ville, sitoutefois on peut appeler ville quelques chétives cabanes contiguës l’une à l'autre, se soumit : on la pilla. L'or qui, dans cette circonstance, devint le partage des Espagnols les dédommagea de leur pénible marche, et leur donna le courage d’endurer patiemment les fatigues de celle qu'ils allaient entreprendre.

Balboa fit séjourner les malades dans ce lieu, et s’empressa avec les débris de sa modique armée, de finir son entreprise. Des difficultés’et des périls

extraordinaires se présentaient, mais les Espagnols sémblaient de fer et leur âme d'acier, Rien ne put ‘ébranlér leur courage; et à peine nous autres ‘hommés délicats et efféminés pourrions y croire. Ils surmontèrent la faim, la soif, le froid, le chaud, en un mot, toutes les incommodités d’une marche äifficultueuse et presque impraticable aux bêtes fauves : Balboa était toujours le premier partout où il y avait du danger.

Il savait endurer les plus grandes privations, même celle de la nourriture, aussi patiemment que le dernier de ses camarades, C’est ainsi que son exemple ranima leur courage, et qu'ils ne balancèrent plus à suivre un tel commandant, quoique chaque jour le but qu'ils voulaient atteindre semblait s'éloigner de plus en plus.

Dans cette marche pénible, ils passèrent vingtcinq jours sans être plus avancés qu’un voyageur parcourant une route frayée ne le serait en six jours.

On arriva enfin au pied d’une montagne, du sommet de laquelle, à en croire le jeune Komagre, on pouvait découvrir le nouvel Océan. Après avoir fait faire halte à sa troupe, Balboa , seul , entreprit d'atteindre le haut de eette montagne, ne voulant pas laisser à un seul de ses compagnons l’honneur d'avoir, le premier, fait une pres découverte,

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Ceux-ci , les yeux fixés sur lui , ne le perdaient pas de vue un seul instant, et attendaient avec inquiétude le moment où il atteindrait le sommet. .… Déjà il n’en est plus qu’à deux pas. tous les cœurs palpitent de crainte... Enfin, il a gagné le haut de la montagne: on le voit se jeter à genoux, élever les mains vers le ciel; les Espagnols, interprétant ses gestes, s’échappent tous à l’envi de le joindre et de partager la joie qu’il éprouve.

L'immense Océan s'offre à leurs regards étonnés. Tous, imitant leur commandant, se prosternent pour rendre grâces à Dieu d'un événement qui doit les couvrir d'une gloire immortelle, et semble promettre à leur patrie les plus grands avantages. Les Indiens qui les suivaient étaient interdits, et ne concevaient rien à ce mouvement d'enthousiasme qu’excitait chez les blancs la vue de cette mer. Leur surprise fut encore plus grande quand ils virent toutes les cérémonies avec lesquelles Balboa prenait, au nom de son souverain Je roi d'Espagne, possession de toutes ces contrées et de l'Océan même qui en baignait les côtes.

1 fit élever de grands monceaux de pierre, y planta des croix, et grava, sur l'écorce des arbres, le nom de Ferdinand ; car ce prince régnait encore,

Tuéonons. — À quelle époque eut donc lieu cette nouvelle découverte ?

M. Hunren. — C'était en 1513, cinq ans avant que Cortès partit de Cuba pour 11 conquête du Mexique. Late

Après ces cérémonies, on coùrut en foule vers Je rivage. Balboa, l'épée à la main , entra dans la mer jasqu'à la ceinture, et parla ainsi aux Espagnols et aux Indiens rassemblés : « Je vous prends » ici tous à témoins, que je prends possession, au » nom du roi d'Espagne, de cet Océan et de toutes » les terres qu’il baigne de ses flots : je suis prêt, »et je fais vœu de défendre, avec cette épée, les » souyerainetés de mon maître.»

Je ne sais, mes amis, si vous partagez mon sentiment ; mais chaque fois que je représente à mon esprit cetté scène étrange, d’une poignée d’aventuriers prenant possession d’un pays et d’une mer sur lesquels quoi que ce soit n’avait pu leur donner des droits, je me sens tenté de rire et de m'attrister tout à la fois. YŸ a-t-il, en effet, rien de plus ridicule que de prétendre me persuader que de vaines cérémonies peuvent autoriser à prendre possession d’un pays, dont ceux qui l'habitent sont les souverains légitimes? Quelle douleur ne ressent pas un ami de l'humanité, en voyant fouler ainsi aux pieds les lois de l'innocence et de la liberté ; massacrer de sang-froid une multitude d'infortunés, pour qui ces cérémonies sont aussi

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de tout homme raisonnable ! Tels sont cependant encore les seuls droits qui servent, de nos jours, à justifier les envahissemens et les conquêtes de la plupart des souverains !... Mais reprenons le fil de notre histoire.

L'endroit où se représentait cette scène, aussi pitoyable que ridicule, était une baie voisine du grand isthme de Panama. Vous pouvez voir sur votre carte qu'elle s'étend le long du continent de l'Amérique méridionale. Balboa lui donna le nom de golfe ou de baie Saint-Michel : ce dernier a prévalu

Il commença par engager ou contraindre plasieurs caciques à lui procurer de l'or et des‘vivres, puis il résolut, pour acquérir de plus ambles connaissances, d'explorer à fond, dans des barques indiennes , la baie, les îles adjacentes, et la côte tout entière. Méprisant les avis des Indiens, qui

lui faisaient observer que la saison des pluies allait <ommencer, il s’embarqua sur de chétifs canots, construits à la hâte, avec quatre-vingts Espagnols et plusieurs Indiens, pour voguer sur cette mer qu’il venait de découvrir ; mais il eut bientôt sujet de se repentir de sa témérité. Ils n'étaient pas encore parvenus bien avant, lorsqu'ils furent surpris par une tempête si horrible, et les vagues soulevées par les vents en furie s’élevèrent à une hauteur si effrayante, qu'ils coururent le plus immi-

nént danger. Les Indiens, quoique pâlissant d'ef. froi , ne restèrent pas dans l'inaction : ils se jetèrent dans les flots poux attacher les barques deux à deux, etempêcher ainsiqu’elles ne chavirassent; et après les plus pénibles efforts, ils atteignirent enfin une île hérissée de rochers, sur laquelle ils descendirent et y amarrèrent comme ils purent,

Mais leur joie de se voir en lieu de sûreté ne fut pas de longue durée, car l'heure du reflux étant arrivée, l’île entière fut couverte par les flots, et ces pauvres aventuriers se virent forcés de passer la nuit dans l’eau jusqu'à la ceinture, incertains encdte si la marée ne s'élèverait pas davantage pour fes noyer tous. Enfin parurent les premiers rayons fu jour; mais pour mieux leur faire découvrir toute l'étendue de leur malheur, ils trou- ‘vèrent quelques uns de leurs canots entièrement brisés, d’autres fort déttriorés et remplis d’ouvertures ; le reste était plein de sable et d’eau. Harassés de fatigue, pénétrés par l'humidité et tout tremblans de froid , privés d'alimens et de canots, comment pouvaient-ils espérer de quitter cet aride rocher ?

Mais de quels obstacles ne triompheraient pas les forces réunies d'un nombre d'hommes que d'extrêmes misères contraignent à se forger des moyens do salut ? Les compagnons de Balboa trouvèrent : quelques arbrisseaux sur cette ile ; ils les dépouil-

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l'entrelacèrent avec des herbages, et après avoir mâché cé mélange, ils en fermèrent les ouvertures et les crevasses deb canots qui n'étaient pas entièremernit fracassés, et c'est sur d'aussi faibles esquifs, chargés encore d'objets divers , qu’ils tentèrent les flots , précédés des Indiens qui nageaïent et earent le bonlieur d'atteindre la rive.

Maïs leurs peines n'étaient pas encore finies : se trouvant affamés , ils. descendirent sur les terres d’un cacique qui, d’après le rapport des Indiens, avait une provision considérable de vivres. Celui-ci s’avança vers eux avec'une troupe de ses gens pour les chasser. Les Espagnols, succombant à la faim, et leurs chiens qu’aiguillonnait aussi le besoin, se précipitèrent sur eux avec tant de rage, que ces Tudiens, presque sans défense, ne purent résister long-témps; beaucoup furent tués; le cacique même reçut une blessure , et le reste fut mis en déroute,

Après cette horrible attaque, on se disposa de part et d'autre à faire la paix. Le fils du cacique leur arriva en députation avec des alimens et de superbes dons en perles et en or. À la vue de ces trésors, les Espagnols ne songèront plus à leurs fatigues. Le cacique en personne se rendit bientôt auprès d'eux , et lorsqu'il eut remarqué leur avide passion pour l'or et les perles , il leur assura qu’ils

pourraient amasser des perles en abondance.dans une île qui n'était éloignée que de cinq lieues, ct de l'or dans un pays situé vers le sud; mais il leur donna le conseil de laisser passer la saison des pluies avant de mettre à la voile pour l'une ou J'autre de ces contrées. Quelque brûlante que fût Ja soif des Espagnols pour ces richesses, se rappelant tous les maux qu’ils avaient endurés , ils résolurent d'attendre le beau temps. À cet effet, à l'unanimité, ils sollicitèrent leurs chefs de leur faire reprendre le chemin de la colonie ; et comme presque tous étaient ou malades ou affaiblis, Balboa ne put résister à leur prière. Mais pour avoir ‘une connaissance un peu exacte des lieux par lesquels il était venu, il s'en retourna par des chemins non moins pénibles et difficultueux que les premiers. Il fallut triompher de nouveau des plus grands obstacles , et repousser presque continuellement les attaques des féroces insulaires qui avaient leur habitation sur les montagnes. Enfin äls parvinrent à Sainte-Marie, mais harassés de fatigue. |

Dans cette célèbre entreprise, aucun ne déploya autant d'intrépidité qu’un nommé... Pizarre.

Tous Les ENFANS. — Ah! tant mieux! le voilà !

M. Hunren, -— Ici, pour la première fois, il débute sur une scène où bientôt il va s'immortaliser.

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Aussitôt Balboa envoya un député au roi d'Espagne pour lui apprendre la découverte de la mer du Sud et mettre à ses pieds Ja part qui lui revcpait des riches trésors qu'ils avaient amassés. Il lui conseillait de lui envoyer un renfort de mille hommes qui lui manquait pour prendre s0n essor vers l’opulente contrée des Péruviens , dont l'existence, d’après les informations prises, ne leur laissait aucune incertitude. Ce fut avec un bien grand ravissement que Ferdinand apprit cette nouvelle du député. 11 ne douta plus alors qu'il. fût possible de passer aux Indes Orientales, et il éprouva une grande joie d’avoir trouvé une voie directe pour arriver dans un royaume qui, déjà depuis plusieurs années, fournissait au Portugal : de considérables trésors ; mais, chose incroyable, la même défiance qui lui avait fait méconnaitre les services de celui qui , le premier, avait découvert le Nouveau-Monde , lui suggéra les mêmes soupçons envers Balboa. 11 lui semblait trop porté pour les entreprises pour qu'on le fit gouverneur des pays déjà découverts, et de ceux dont il entreprenait la découverte. À cet effet , il fut décidé de poursuivre. avec rapidité le cours de l'expédition déjà commencée , mais aussi de dépêcher un gouverneur à Sainte-Maric, en remplacement de Balboa.

Joux. — C'est avec peine qu’on voit l’ingrati-

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