‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme] (volume 3)Chapitre 14 sur 29 · ENTRETIEN V · texte numérisé non relu

ENTRETIEN V

Henri — Hier les vents nous ont long-temps arrètés.

M. Hunren, — Ce sont eux aussi qui rétardèrent

Pizarre dans son entreprise; car après avoir éprouvé les plus pénibles vicissitudes durant soixante-dix jours, avoir élé menacé des périls les plus redoutables et lutté contre les vagues et les flots en courroux, à peine s’était-il éloigné des tles aux Perles que vous remarquez au milieu du grand golfe de Panama. On ferait aujourd’hui ce trajet en aussi peu d'heures qu’il lui avait fallu de jours.

Il descendit en plusieurs endroits de ces côtes ; mais ce qu'il y remarqua, et tous les renseignemens qu'on lui donna de ces contrées étaient si propres à le décourager, que tout autre que le ferme et intrépide Pizarre eût abandonné des projets si difficultueux. D'un côté s’opposaient à lui

des forêts impraticables qui ne renfermaient pas un. seul arbre fruitier ; de l’autre, des marais inaccessibles et des terres inondées ; en tous lieux de farouches habitans qui venaient repousser de leurs bords ces voyageurs qui leur semblaient redoutables; ils n’apercevaient en aucun endroit ni l'or ni les richesses dont ils s'étaient fait un si doux espoir. La faim les pressa si fort qu’ils furent réduits à dépouiller les arbres de leurs bourgeons et de leurs rejetons, et à s’en servir comme d’une nourriture. De ce petit équipage beaucoup périrent-exténués et atteints de maladies contagieuses, par l’humidité du climat et l’étouffement de l'air. L’épuisement et la faiblesse avaient tellement paralysé le petit nombre des compagnons : qui restaient à Pizarre, qu’il se vit obligé de retourner sur ses pas pour recevoir le renfort qu’Almagro avait promis de lui expédier lui-même. À cet effet il cingla vers Chuchama, placé vis-à-vis de l’île aux Perles.

H est vrai qu’Almagro avait effectivement recruté soixante-dix hommes ; mais croyant que Pizarre avait déjà trouvé l’opulente cortrée des mines d’or, objet de tous leurs vœux, il fit voile de ce côté. Comme Pizarre, il eut à lutter contre mille dangers. Partout où il descendit , les farouches habitans des côtes lui résistèrent. Dans une lutte très animée il perdit un œil d’un coup de

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flèche. I1 fut contraint de s’éloigner. Aux fles aux Perles on lui indiqua le lieu que Pizarre avait pris pour refuge , et il s’'empressa de l'y joindre.

En se revoyant, leur joie fut si grande qu’elle leur fit oublier tout-à-coup le souvenir de leurs cruelles peines, et l’un cet l’autre étaient si peu découragés dans leur entreprise, que sur-le-champ ils résolurent de se mettre en marche. Cette fois ils eurent un peu plus de bonheur. S’ils luttèrent contre de périlleux obstacles, ils le firent avec tant de courage et de constance qu'ils arrivèrent enfin à la baie de Saint-Mathieu, sur les côtes de Quito. Leur débarquement eut lieu à Tacames, peu éloignée de l'embouchure du fleuve des Émeraudes.

Combien cette contrée leur parut agréable, au prix de celles qu’ils avaient parcourues jusqu'alors.

Quito, la pius grande et la plus belle province de l'empire péruvien, est un des endroits les plus féconds et les plus enchanteurs du monde, et quoiqu’il se trouve presque au centre des feux de l’équateur, l'air qu’on y respire est si doux, si tempéré, qu’on croit y goûter un printemps éternel.

Fenpinanr. — Pourquoi donc la chaleur n’y estelle pas aussi forte que dans les autres contrées qui sont sous la ligne ?

M. Hunren. __ C’est d'abord parce que les Cordillières, qui sont dans le voisinage, sont cou-

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vertes de neiges et-de glaces qüi ne fondent jamais; énsuite, parce que la mer du Sud mouille toutes ces côtes. Il en résulte que le vent qui arrive de ces deux points est toujours assez frais pour donner à la chaleur un dégré qui puisse nousla rendre agréable, On n’y trouve aucun de ces insectes hideux et malfaisans qui dévastent presque tontés les autres contrées de l'Amérique: aucan sol sur terre n'offre plus de fertilité.

Taéonons. — Ah! papa, quelle belle contrée !

nous devrions aller la visiter,

M. Hunren,— Avont de partir, prête-moi encore ton atteñition. Après les plus douces matinées, une heure ou deux après-midi, d'horribles nuages obscurcissent tout-à-coup les cieux; vient ensuite un orage si furieux, qu'à peine nous pourrions nous en faire une idée: le tonnerre, en roulant, fait entendre un fracas épouvantable contre le sommet des montagnes; souvent même ces tempêtes sont le prélude de tremblemens de‘terre, dont les résultats sont effroyables; mais, heureusement pour les habitans de la contrée, il:est des signes certains qui annoncent ces violentes commotions ; d’abord, presque toujours, l’air devient excessivement agité. Un bruit sourd se fait entendre, les oiseaux paraissent comme subitement étourdis, et ne volent que par succades et par élans ; successivement, du sein de la terre surgit

Contrée !

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PLZARRE. 145 un braît terrible aveé lequel se confondent les sinistres hurlemens des chiens ; l’immobilité règne parmi tous les animäux; les habitans désertent Jéurs demeures et se répandent dans les campagnes; et les cris des enfans, les gémissemens lamentables des femmes se mélant au bruit de là tempête produisent l’image la plus effrayante pour l'imagination : il y a quarante ans environ, que la capitale, Lima, a été détruite de fond en comble,

Fzadinann, — On l'a pourtant rebâtie,

M. Hunter: — Oui, mais ons'est plus précantionné , car au lieu de construire de hautes mai- sons à la mode d'Europe, et si peu convenables à-un'pays où arrivent dés tremblemens de terre aussi fréquens, on n’a construit selon l’ancienne coutume des habitans que des maïisonnettes d’un seul étage plus propres à résister à ces violentes secousses. Eh bien ! Théodore, désires:tu encore aller visiter ce pays?

Taéonone. — Certes non.

M. Huwren. — Bornons-nous à y suivre en idée Pizarre et Almagro.

La vue de cette agréable contrée, des vêtemens de laine et d’indienne dont les indigènes étaient couverts, et de l'or et l'argent qui brillaient dans Jeur parure, ne leur laissa aucun doute que leur espoir était enfin comblé, Mais leurs soldats étaient -

siexténués par les peines qu'ils avaient endurées

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dans le trajet, et les maladies dont ils avaient été . frappés, qu'ils n'osèrent pas s’avancer. dans ce pays opulent. Après bien des réflexions il fut décidé qu’Almagro reviendrait à Panama se munir de nouveaux renforts , ct que Pizarre, avec ce qui lui restait de gens, se retirerait sur la petite île de Gallo, contigüe à la terre ferme, et qu’il y attendrait son associé et les secours dont le besoin leur devenait si pressant.

Almagro se mit en route ; mais il trouva bien da changement en arrivant à Panama : on nvait déposé Pedrarias, et nommé gouverneur à sa place un certain Pedro de los Rios. Celui-ci, peu entreprenant, trouva les projets des triumvirs si hasardeux, et leur exécution si périlleuse, qu’il ne laissa pas Almagro recruter de nouvelles forces. Un navire qu'il expédia, alla chercher Pizarre ct ceux de l'équipage restés avec lui. Retard fortuné! mais trop court, hélas ! pour les Péruviens, qui ne soupçonnaient pas l'orage amoncelé sur leur tête.

Ce navire parvint à l’île de Gallo; mais l'apiniâtre Pizarre se révolta sur-le-champ contre les ordres du nouveau gouverneur, quoique presque tous ses soldats fussent dégoûtés de poursuivre un projet dont plusieurs de leurs camarades avaient été les déplorables victimes, et qui leur avait fait endurer à eux-mêmes tant de maux dont ils ne voyaient pas encore le terme. Avec la pointe de

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PIZARRE, 145 son épée il traça une ligne sur le sable, et donna ordre de passer de l’autre côté, à ceux qui ne vou- Jaient plus le suivre. Il vit avec une douleur bien vive qu'il ne restât que treize Espagnols et un mulâtre, tous braves et résolus comme lui. Avec ces constans et intrépides compagnons il prit le parti de rester, se fiant sur sa bonne fortune et l’empressement de ses associés.

Connan. — Je désirerais apprendre ce que c’est qu’un mulâtre.

M. Hunwren. — C'est le fils d’un Européen ct d’une Africaine ou négresse. Veux-tu que je t’apprenne aussi ce qu’on entend par métis ?

Connan. —dJe le veux bien.

M. Hunrsn. — Les métis sont des enfans de pères et mères Indiens ct Européens.

Tukopons. — Je crois qu'il portent le nom de créoles.

M. Huxren. — Tu es dans l'erreur : on appelle créole celui qui descend des Européens fixés en Amérique. Mais reprenons le fil de notre histoire, :

L'ile de Gallo étant un abri trop peu sûr à cause dela proximité de la terre ferme et de la privation d'eau douce, Pizarre résolut d'arriver à une autre tle dont il avait fait la découverte, et qu'il appela Gorgone à cause de son aspect effroyable. Le vaisseau sur lequel on se mit cn route se trouyait on si mauvais, état qu'on craignait de périr à

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chaque moment. Pizarre arriva pourtant sans malheur , et reprit une manière de vivre qui aurait désespéré des hommes moins fermes et courageux que ses compagnons. D 225

L'ile Gorgone, comme vous pouvez le remarquer sur la carte, se trouve au quatrième degré: de latitude du nord. C'est un horrible séjour, si l'on s’en rapporte à ceux qui l’ont vue, L’obscurité règne dans ses bois épais, et c’est avec effroi que l'œil contemple ses hautes et rapides montagnes. : Peu de climats sont aussi malsains que celui qui y règne. On n'y voit presque jamais la douces :1mière du soleil, dont les rayons combatten. ” vain les brouillards épais dont elle est couver…. Aucun autre endroit de toute l'Amérique n'est infecté de plus de reptiles et d'insectes ailés. À ces funestes désagrémens se joignait la privation depresque toutes les choses nécessaires à la vie, et le danger presque certain pour nos aventuriers, de ne s6 dégager jamais d'une aussi déplorable posi-. tion. Qu'il était admirable, le courage avec lequel Pizarre et ses compagnons se plongeaient dans un état aussi désespérant , plutôt que d'abandonner leur projet !

Leur premier soin fut de construire un canot pour aller pêcher. Le succès couronna leur entreprise. Pizarre lui-même se livra à la pêche areo un zèle incroyable, Quelquelois il pénétrait dans

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ces bois épais, et donnait à ses gens le moilleur de sa chasse. Quelques uns d’entre eux en arrivant: devinrent malades ; les autres se trouvaient si faibles: qu'il leur fallut, pour ne pas succomber à tant de peines, l'exemple et le secours de leur chef, fait aux privations,

Depuis cinq mois entiers aucun navire ne paraissait. Îl leur semblait que le jour de leur délivrance n'arriverait jamais. Leurs forces et leur constance les abandonnaient. Enfin, le désespoir leur suggéra l'idée de construire un radeau, et d'essayer d'atteindre le continent sur une aussi fréle et grossière embarcation. Mais au moment même où ils s'occupaient de ce travail, ils aperçurent un navire qui cinglait du côté de leur file, et qui, dans peu, y jeta l'ancre. Mais leur joic fut plus grande encore, lorsqu'on leur apprit que leurs associés de Panama leur envayaient ce mêmenavire avec l'agrément du gouverneur. Ils montèront aussitôt ce bâtiment , et prirent leur route vers le sud-est, sur les côtes du Pérou. Après avoir navigué vingt-et-un jours, ils arrivèrent- à Tumbès, ville de cet empire, et le navire mouilla dans la baie qui porte ce nom.

Hsnni. — Que signifie le mot baie ou rade?

M: Hunren. —Je vais te le dire. Tu n’ignores pas ce que c'est qu'un port. Eh bien! cette portion de la mer en dehors du port, qui est presque tou-

jours protégée contre les vents d'une ou de plusieurs côtes par les côtes environnantes, et dont la profondeur qui n'est pas très grande permet ordinairement qu’on y jette l'ancre, est ce que l’on nomme baie ou rade, C’est dans cet endroit que séjournent les navires trop lourds pour entrer dans le port, ou qui, aprèsen être sortis, n’attendent pour partir qu'un vent favorable, et ceux encore qui, contrariés par le vent, n’ont pu y pénétrer. -

RAP ARR VAPD LR RL VD VRRE SRLR LAVVILLS URP AY LLS LORS SLR LAS

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