ENTRETIEN IX
LS Howren.
On mit dé suite à exécution le projet téméraire adopté par tous les chefs de l'armée espagnole. Afin d'être prêts, au premier signal, à marcher à la défense de leur général, les troupes furent consignées dans leurs quartiers respectifs. Plusieurs détachemens furent mis en observation dans les rues qui conduisaient au palais impérial; mesure qui devait d'autant moins éveiller l’attentioh des indigènes , que ceux-ci étaient accoutumés à voir les Espagnols marcher toujours armés: Cortès, ac- C<ompagné de cinq de ses officiers.et de trente soldats d'élite, s’achemina vers le palais, à l'heure où il avait l’habitude de s’y rendre.
Le général espaguol, ses officiers ct ses interprètes furent immédiatement introduits dans l’appartement del’empereur, qui leur fit un accueilgracieux. Les domestiques s’éloignèrent et le drame commençe. D'abord, feignant le plus extrême mécontentement , il accusa de trahison le général mexicain Qualpopoca, qui contre le droit des gens,
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et.en pleine paix, avait provoqué au combat ses.
soldats et-ses alliés, et immolé un prisonnier espa-
gnol dont on avait porté la tête de province en
À province. Ensuite il accusa, d'après | le bruit.pu-
4 blic, Montézume d’être le provocateur de cette
attaque et de ce meurtre infâme , ajoutant qu'il se
i regardait comme obligé de. demander réparation
pi de l'outrage ! fait à son souverain, k prpmien prince méraire de la terre.
pagnole À ces mots, le vissge de l'empereur pélit d'é-
archer à pouvante; ; cependant il prit ses dieux à témoin
rosé de son innocence ; et pour prouver combien il était
lusieurs étranger à cet attentat, il dit à Cortès,. qu'il allait
dans les à l'instant ordonner l'arrestation de Qualpopoca
mt-pèsr et de ses complices, et les faire amener à Mexico.
ioù ‘des Alors Cortès prenant un air moins sévère , dit à
s à voir Montézume qu'ilse contenterait volontiers de cette
ès, ac- explication, mais qu'il fallait quelque chose de
nte sol- plus pour : satisfaire son armée irritée; qu’on ne
l'heure
pourrcit jamais lui faire croire que l'empereur n’ait pris aucune part à de pareils événemens, à moins qu'il ne consente à lui prouvér son entière confiance et sa sincère affection, en venant ‘passer quelques jours au milieu d'elle ; que le cas échéant, il serait bien reçu dans le quartier et traité par les soldats avec tous les égards dus à son rang ct à sa personne.
À une pareille proposition, Montésume, frappé
14 VOYAGES Et CONQUÊTES.
d’indiguätion'et de stupeur, ‘ne ‘sut d'abord que répondre ; revenant enfin de son troublé, il-s’exprima ainsi, affectant un ‘air de: dignité LE » inonürque” dé: l'empire” du’ Mexique n'est pas » habitué à se constituer prisonnier; s'il étuit ns 3 sez lâche pourlle faire , ses sujets, indignés ,Cm- » pécheraient qu'on'le traitât de la’ sorte ! 5"
Cortès, ne voulant recourir à la force ‘qu’à la dernière extrémité, mit en usage tous Îles’autres moyens; pour engäger Montézume à répondre à ses desseins.: Cette négociation aussi délicate que bisarre durait depuis plus de trois heures quand Valasquez de Léon , jeune officier espagnol, d’un caractère impatient, s'écria : « Pourquoi tant de » façons ! qu’on s’emparé de lui et qu'il moure à »> nos pieds. » L'empereur, curieux de‘savoir ce que cé jeune furieux avait dit, s'adressa à l'intérprète marine; celle-ci satisfit sa curiosité en ajoutant que s’il tardait à se rendre, elle trémblait pour ses jours. L'infortuné monarque sentit alors défaillir son courage ; il s’aperçat qu’il avait tont à redouüter, s’il opposait une plus longue résistance à ces hommes püissans qui le tenaient en leur pouvoir. I se soëmit donc à sa destinée, et dés cendant de son siége, il dit au géhéfal'espagnol qu'is'en rapportait h'sa promesse et qu'il rs prét à le suivre.
A l'instint, après avoir appelé auprès de dat les
‘tant de noure à voir ce l'intér:
in ajousemblait it alors hit tont » résisen léur st dés Pagnol l était
lüi les
‘tgénthes 15 sisnitililantilhesenisne
D que lai ont suggéré des motifs graves ; de :s6 fixer
pendant quelque temps au: miliéa des ‘troupes. espagnoles. Quoique ceux-ci-fussent extrémement
| surpris d'un projet si extraordinaire et'si dange -
reux, ils n'osèrent néanmoins opposcr : aucuneobjection à la volonté absolue de leur souverain. On: alla chercher son palanquin , et lemialheureux prinee fut conduit comme un prisonnier pâr es. propres sujets au milieu des soldats cspagnois. Le bruit de son enlèvement se répandit bientôt dans la ville, où tout fut dans: la consternation. L'épouvante était peinte sur tous les visages ; descris de douleur se faisaient entendre de toutes
e | parts. L'empereur, pour ‘apaiser la maltitude-
éplorée, composa son visage et lui donna, en sot:riant, l'assurance qu'il allait de sa propre volonté habiter quelques jours parmi ses hôtes et se récréer en leur:compagnie ; cette assurance calma les infortunés Mexicains, qui n'opposèrent aucun obstacle à la marche des Espagnols, et ceux-ci arrivèrent dans leur quartier avec leur illustre -captif.
Montérume fit choix de la chambre où il désirait établir sa demeure, ct, d'après les ordres de Cortès, il y fut servi avec une grande vénératios par les soldats espagnols. Après y avoir pris quelques. instans de repos, il donna mission à qaciques uns des‘ofliciers qui l'avaient suiri, de parcourir
Les rues pour tranquilliser le penple, le fairé rentrer, : et lui ordonner, sous peine de. la vie, de ne pas fomenter: de troubles; en certifiant de nouveau que: c'était lui-même, et.sans aucune sûggestion étrangère, qui. l'avait. décidé. d'habiter. quelque temps, avec les Espagnols, ses amis, Il-expédia en suite, sous. les yeux de Gortès, plusieurs officiers | de sa garde pour. aller arrêter - Qualpopoca... et | l'amener. prisonnier à Menien, + ainsi. 9e lesautres | chefs ses coinplices, vale: |
Le général espagnol mit. tout en. œuyre qu adoucie la captivité de l'infortuné monarque. il - permit aux ofliciers mexicains, même aux premiers de l'empire, dele voir etde l'entretenir librement; <ependant, sous prétexte d'empêcher: le désordre et la confusion, il eut soin de n’en pas laisser entrer un trop grand nombre à la fois. Montézume continua, aux yeux de ses sujets, de déguiser sous un air de gaîté,-la honte dont il-était-couvert, :et trailait les Espagnols avec une affection et nne munfficence telles que personne ne pouvait soupsRnner qu'il eût à s’en plaindre. | ;
- Sur ces entrefailes, Qualpopoca, son fils el cinq de ses officiers furent. emmenés à Mexico, L’empereur, qui niait constamment. toute participation à l'attentat qu'ils avaient commis, voulut qu'ils fussent jugés.el punis par les Espagnols :eux-méêmés.. En conséquence, :Coriès convoqua us. Conseil : de
rérentrer, | de ne pas | nouveau Pa ”, quelque spédia en- | rsofliciers | des autres À
ivre pour | rarque. . Il -premiers brement ; désordre aisser enontézume aiser sous uvert, et n et nne ait séupset cinq »,. L’emipation à sfussent
ATas à 1?
enariidiéatitiqinsitée saniieens officiers mexicains ; qui, ‘après: s'être ‘téconins coupables du crime :dénit ‘on les: accusait; férétit condamnés à'#tre brûlés vifs. Hs avaient jusqu’à
| ce moment poussé le fidélité" envers leur infor- | uné souverain, jusqu'à soutenir ‘constamment
qu'ils n'avaient reçu de lai aucun ordre pour éxé <uter leur action; mais à: ‘peinié étrenit-ilentendu leur arrêt dé mort, que le: courage Jeur'manqua, et qu'ils confessèrent ce ‘qu'ils avaient ‘si log -
| temps refusé d'avouer, Ve 2. nés fit me:
ner au supplice, * | Vous ‘avez: péine, mes wifi, à coins la pero - ‘audacieuse de Cortès: En effet ‘au: seit ‘une capitale et d'ane-population immense; Fous venez ds le voir s’emparer d’un monärqué puissant, et usurper une juridiction qui n’appartiérit" qu'au pouvoir législatif : votre étonnément est légitime ; mais ce qui. vous ‘rêste à savoir n'est pas moins fait pour Pexciter à uni plos haut deg A Comme pour méttre le comble à Y'hottliätion du malheureux princé ; Cortès de ‘son ‘éutôrité privée et sous les yeux du peuple, fit porter sur la
- place publique uñé imnionse 'qéantité de javelines,
de boucliers et autres instrumens de guerre, que Montézrume conservait dans un arsenal, pour en élever un bûcher et faire brûler les mialhetreux Mexicains, qui n’avaiént sans doute à se reprochèr 1,
VOYAGES. AB OONQUÊTES.
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d'yna foule :maambrabln de spectateurs, .muots d'étonnament, et qui ne van GRR de,co;dont.ils. étaient témoins: :
An.même, instant, Gorièe, suivi. ésotntiiques officiers,eé. d'un soldat portant des-fers, se dirigea vers la chambre de. l'empereur. Ayant abordé le monarque épouventé, il: lui. dit. ces paroles terribles : « Les coupables m'ont avoné que:toi, ». Montézume, tu os l'auteur. de. l'atentat, ils » ont commis. Il est, dope juste. que in partages » la punition qu'ils méritent. .». À ces mots, il. se tourpa.vers le soldat espagnol, qui chargea de fers Je.prince, stupéfait.et déchu de.sa puissance. Montézume,,. après. s'être laissé garotter sans proférer une parole ni chercher à opposer une résistance d’ailleurs inutile, donna eufin un libre cours à ses plaintes et à ses gémissemens, croyant qu'on allait aussi le mener au supplice. Mais ce qui rendit celle scène encore plus touchante, ce fut de voir secs fidèles serviteurs se précipiler à ses pieds, les baigner de larmes, soutenir see fers pouren diminuer le poids, et pour qu'il n’en sen-
it pas le contact, entourer.ses membres de mor- |
ceaux d’une étoffe .moelleuse; c'était, certes, un
senti tout: rs cons ei ehaibalaulsés.i m6 pourait. ée: lasser d'embrasser:s0n Nestes ct de:lui-exprimer toute-sa reconnaissance,
. Le malheureux prince était: dans un tel ravissement, qu'il paraissait avoir oublié que celui: qui le débarrassait: de ses ares a qui les lui avait donnés; :
À partir de ce moment ; Méntérime, puititiletièrement courage ; aulle pensée généreusencsemblait pouvoir naître dans son âme abattue; dès lors, la domination des Espagnols à Mexico paraissait assurée, Mais le prudent Gortès n’était pas encore satisfait : sa pensée se portait toujours vers le moyen de se frayer une route pour sortir à volonté de cette capitale , où il se trouvait enfermé comme dans une:île, dans le cas où les Mexicains viendraient à rompre les digues. |
Dans ce but, il-entretenait souvent l'empereur de la belle construction des vaisseaux européens, cherchant par là à exciter sa curiosité et à lui faire désirer d'en voir construire. Montézume, ainsi que
s0 VOYAGES AY CONQUÊTES.
Je général espagnol s'y étténdait; ayent-ranifests
combien il serait ravi d'im ‘tel'spéctacie ; velni-ci lui promit de l'en faire jouir." Un:gtätid nôtbre de porte-faix futent; en ééniséquénes, var un'érdre de l'empereur, énvoyés à Véré-Craz afin d'y re cueillir et apporter à Mexico les débris des bâtimens espagnols: On én ‘charges d'auts d'aller couper du bois dans ‘les forêts ; ét en peu de temps'les charpentiers espagnols eurent. construit deux brigantins sur lesquels l’empereur prisonnier aimait beaucoup à se promener lorsqu'il:plaisait aux Espagnols de l’admettre à-lèur bord, Mais Cortès faisait servir ces promenades à la connaissanee qu'il voulait acquérir de la situation du lac et despoints environnans , connaissance quis v tord; dd fut d’une grande utilité. ;
- De ce moment, ce génie aclif et aventureux mit __ toût en œuvre pour asservir le peuple mexicain. IE députa des officiers espagnols dans toutes l6s provinces, avec mission de s’enquérir de leurétendue, de leur état , et des endroits où se trouvaient l’or et l’argent. H:fut aussi assez rusé pour convaincre Montézume de la‘nécessité d’éloigner de lui sés officiers les plus braves et les plus habiles pour les ‘remplacer par d'autres dont la softise‘et la poltronnerie n’offraienit rien de dangéreux aux Espaguols. Enfin, pour abaisser complètement l'orgueil
du monarque mexicain , il lui proposa de se recons
aincre ui ses ur les a pol- Espargueil
récohs :
H1LAT D OORTRE, à ar naïre publiquement vassal du roi d'Espagne , et. en’ signe de nr nn on à lui payer un:tribüt annuel Quelle (conduite dersittpcirie palhenrenxles: tézume; déjà humilié de tant de manières? Sa liberté, sa vie, étaient au pouvoir de Cortès; ilne pouvait que se résigner et consentir à tout cequ'on lui demandait, à quelqué prix qu'on l’exigeñt, Les premiers de l'empire furent convoqués.
‘Montézume lui-même rappela à leur mémoire la prophétie qu'ils connaissaient, et leur dit qu’elle allait s'accomplir: que l'heure en était ÿenûe, et que, dès ce moment, il reconnaissait que lui et son empire entier dépendasient du monarque de l'Orient, à qui, conformément aux volontés de leur père commun, la souveraineté était ere en partage.
* Deslarmes; à ces mots, s'échappèrent de ses yeux : preuve manifeste que son cœur était sensible à un pareil sacrifice. Un sourd murmure s'6leva dans l’assembiée des Mexicains ; l’affliction et la surprise étaient peintes sur tous les visages, et on semblait tout prêt à soutenir, ‘les armes à la main, Jes droits de l’empereur et de son peuple. Cortès, cependant, parvint à rassurer les esprits agités, en protestant que’son maître n’entendait pas ôter l'empire à Montézume, mais qu'il se bornait à en être Je protecteur. Cette protestation, et
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l'exemple de Montézume, quise:soumeléait de son ! plein.gré, achexèrent.de :meitre:un terme ces | dispositions hostiles. L'empereur:eonfirma son ! bocisasge au roi des Espagnes.par ‘un .présent magaifique; et:enjoignit - ee e toutes nf pe ea 480
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