‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme] (volume 3)Chapitre 4 sur 29 · ENTRETIEN. X · texte numérisé non relu

ENTRETIEN. X

Tauéar.— Malheureux Montézume ! que va-t-il devenir? .

M, Hunrsa. — La suite va nous. l'a appreodce.

On s'occupa du.partage des trésors qu’on avait amassés. Gortès, à cet effet, fit fondre en lingots tous les grains et les ornemens d'or qu'on avait recueillis, et il s’en trouva six cent mille marcs, outrois cent mille livres pesant ; le poids de l’argent ne fut que de cinq cents marcs, ou deux cent cinquante livres.

TukoemLe. — L'argent est donc moins comœun que l'or, au Mexique?

M. Huxren. — Non pas aujourd'hui ; maisdans ce temps-là il y avait plus d'or que d'argent, par la raison que souvent l'or se trouve pur, et qu'il n'en est pas de même de l'argent. Tu sais ce qu’on entend par or et argent purs?

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. M: Hunesa:— C'estcola même. L joint, alnei que les autres. métaux, %e-tire, on général, du sein-da,la terre ; et ilest nécessaire. de le: purifier par:le-feu des matières brutes qui y. sont inhérentes ; mais les. Mexicains igooraient absolument cet art. C'est la nature elle-même qui; avait purifié l'or ekFargent qu'ils possédaient, et qu'ils-n’avaient fait que ramasser pour en:faire des-ornemens ; car ce métal n’avait pas pour eux:la;mémp:valbusque celle qu'il a.:pour nous; aussi, ee: n'était qu'avec uns espèce d'indifiérence qu'ils allaient:àea recherche, même dans le ble des rivières: et dans la terre des mines d'or qu’on lavait. C'est pour ce motif que la cupidité des Espagnols fat loin d'être satisfaite, et qu'ils n’en trouvèrent pas la qui qu'ils espéraient avoir accumulée.

Le général espagnol fit cinq lots de ces richesses. Le premier fut destiné au roi d'Espagne: il s'adjugea le second en sa qualité de général, et en vertu de l'usage déjà établi; le troisième fut réservé pour les personnes qui avaient avancé les frais de l'équipement, et les deux autres furent partagés entre tous les soldats et matelots. De sorte que chacun de ceux-ci trouva sa part bien minime, et que tous murmurèrent hautement sur ce partage. Mais Cortès apaisa bientôt leur mécontente-

24 TOYAGBS AT CONQUÊTSS.

tent, : en faisant à lear eranieù Pobasions d'ane partie de ce qui lui revenait.

Le malheureux Montérume s ‘tait som à bo tes les exigences de Cortès : ‘il ne tésista qu'à une seule, qui: avait rapport à son culte et à celui de sa nation, Les flatteries et les menaces furent en vain mises en üsage;on le trouva inébranlable dans ses sentimens religieux.

Irrité enfin d’un pareil entétement, Cortès sr la résolution de se port dans le temple, et de briser les idoles qu’on y adorait.

Mais quelle fut sa surprise, en voyant au dodins les prêtres, les armes à le main, disposés à défendre l'autel de leurs dieux, et au dehors toute la milice mexicaine environner le temple , et venir au secours de leur-clergé®.IL vit alors qu “il s'était trop avancé, et, pour cette:fois , il se borna à sub- . stituer à une des idoles-qu'il avait renversées, le portrait de la sainte Vierge , et remit à un autre moment l'exécution de sa folle entreprise, de convertir un peuple qui ne partageait pas sa croyance.

Cet événement dessilla les yeux des Mexicains, qui virent alors à quels hommesils avaient affaire. Jusqu'à ce moment, ils avaient eu pour les Espagnols une espèce de vénération ; maïs ce sentiment fit place à la crainte, et ils ne s'occupèrent plus que des moyens de s’en défaire d'une manière ou de l’autre.

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Les prêtres et les grands de l'empire qui, plus que par le passé, s’entretenaient secrètement avec Montézume captif, indignés de l'offense que leurs dieux avaient eu à souffrir, demandaient vengeance, et la position de l’empereur n’en fut que plus embarrassante. Quelle résolution lui restait il à prendre? à quel parti s'arrêter? Devait-il parler au nom de son peuple ? il s’exposait à être immolé par les étrangers qui le tenaient en leur pouvoir. Devait-il s'entendre avec lesétrangers ? il avait à redouter la rébellion de son peuple entier. D'ailleurs, quelle confiance pouvait-il mettre en ses soi-disant alliés ? La manière dont ils s'étaient comportés jusqu’à ce moment à son égard, lui donnait la mesure de ce qu'il devait-en attendre à l'avenir. Dans son anxiété et son incertitude, il finit par prendre un parti moyen qu'un homme faible qui se fait illusion, peut seul qualifier de prudent,

Il manda Cortès M à de lui. Le général espagnol, qui avail remarqué avec méfiance les entretiens mystérieux devenus plus fréquens entre son prisonnier et les prètres et les grands de l'État, ne se rendit à l'invitation de l’empereur qu'en se faisant escorter par douze de ses hommes d'élite, sur lo courage desquels il pouvait compter. En pénétrant dans la chambre de Montézume , l'aspect inattendu de l'air sombre qui régnait contre

il. 9

26 … voyAGES ET CONQUÊTES,

. la coutume sur son visage, donna plus de force à ses soupçons. Sa surprise redoubla encore, lorsque l’empereur lui saisissant la main et lemme nant à part, lui tint çe langage la menace d'la bouche ; « Puisque la mission que ton maître t’a » donnée est remplie selon son désir, j'ai lieu de » croire que tu vas te hâter de retourner vers lui.»

À ces paroles imprévues, au ton ferme et décidé avec lequel elles avaient été prononcées, Cortès , se tournant vers un des hommes de son escorte, lui donna secrètement l’ordre de faire courir de suite tous les Espagnols aux armes; puis, ainsi rassuré, il répondit à l'empereur, d’un air indifférent : « Moi-même je ne désire rien tant que

» de revoir bientôt ma patrie; mais, tu le sais, » mes vaisseaux n'existent plus, et il faut , premiè- »rement, que j'en fasse construire d'autres. Je te » prie donc de me faire donner les sommes néces- » saires pour leur équipement. »

Cette réponse inattendue pénétra Montézume

- d'un sentiment de joie qu'il ne pat s’empêcher de

laisser éclater ; il se jeta au cou de Cortès, lui

prodigua mille caresses, et lui jura que la réponse qu'il venait d'entendre serait répétée aux Mexicoins et dans le temple des dieux; qui tous ne faisaient qu'un vœu : le prompt départ des Espagnols. Ces mots firent connaître à Cortèsles vraies dispositions du peuple et du clergé à son égard ;

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Conrks. Ye: 27 alors, pour écarter lés dangers dont il était menacé, il crut devoir persister dans la dissimulation de ses projets. Dans ce but, il ordonna ouvertement la construction des vaisseaux; mais les chorpentiers reçurent l'ordre secret de ne poïit;se hâ-

ter, mais de travailler avec le plus de lenteur possible, espérant biea que, dans ce laps de temps, la flotte qu'il attendait d'Espagne lui apporterait du renfort. Mais, comme si cet acte déloyal eût

dûrécevoir son châtiment immédiat, une catas-

trophe soudaine mit le général espagnol dans la plus fâcheuse position ; il fut appelé devant l’empereur, qui désirait lui parler , et celui-ci déroula sous ses yeux un tableau dans le genre mexicain, où, sur du coton blanc, étaient dessinés dix-Muit vaisseaux venant d'Europe : un courrier envoyé à Montézume:venait d'apporter, outre cette peinture, la nouvelle que ces vaisseaux étaient à l’an-cre sur la côte.

Cortès , qui se flattait que le renfort qu'il attendait d'Espagne était à bord de ces vaisseaux, ainsi que la confirmation de son grade de gouverneur des contrées qu'il avait découvertes, fut d’abord dans le ruvissement; mais ce sentiment devait bientôt faire place à la plus profonde consternation ; peu de jours après , le gouverneur actuel de Vera-Cruz, Sandoval , lui fit savoir que la flotte qui venait d'arriver, avait été armée par Velus-

Pen e EE

a8 . VOYAGES ET CONQUÊTES. | quez, dans l'unique but de l'emmener lui et ses

adhérens, prisvnniers à Cuba, où l'on se disposait bi à les mettre en jugement. "

‘Ainsi que nous l’avons déjà dit, Cortès envoya v: un de ses vaisseaux en Espagne, avec les échan- ‘

tillons des trésors du. Mexique et une suppliqueau roi, afin d'en obtenir une confirmation de son grade de gouverneur de ce pays. Il fut expressé- ! 8

ment défendu aux commandans de co vaisseau, ré

Montejo et Portôcarrero, d'aborder l’île de Cuba Lie

dans leur traversée ; ils reçurent au contraire l’or- de

dre de laisser cette île à droite, autant que pos- "

sible , et de longer le promontoire de la Floride. : (

Mais Montejo qui avait des propriétés à Cuba, brûlant du désir de les visiter avant de faire voile pour la mère patric , enfreignit lés ordres que son général lui avait donnés ; c’est ainsi que Velasquez fut informé de son apparition sur la côte. Celuici qui depuis le départ de Cortès, était en proie à tous les sentimens de colère, de repentir et de jalousie, sourit à l’idée de se venger, et expédia de suite deux vaisseaux bien armés pour faire main-besse sur celui de Cortès. Montejo et Portocarrero, avertis heureusement à temps, prirent le large, échappèrent à ceux qui leur donnaient chasse, et cinglèrent sans autre obstacle vers les côtes d'Espagne.

“ Alorsla colère de Velasquez n'eut plus de bornes;

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il:mit tout en œuvre pour armer une flotte nombreuse et l'envoyer à la recherche de Cortès. Sur ces entrefaites, il apprit l’heuréuse. arrivée da vaisseau qu'il avait poutfsuivi inutilement, et en même temps le lieu précis où se trouvait Gertès, ainsi que la réussite de son entreprise.

Cette nouvelle qui lui venait d'Espagne l'engagea. à accélérer l'équipement de sa flotte ; elle était réellement formidable pour cette époque et dans cette partie du monde, puisqu'elle était composée de 18 voiles, et montée par 806/fañitassins , 80 cavaliers et 12 pièces d'artillerie, Les forces de Cortès étaient deux fois moins noreues- ss celles de Velasquez.

Quand cette expédition fut prête à appareiller, Narvaez en reçut le commandement avec le titre de gouverneur des étâts découverts par Cortès. Ce Narvaez était brave, il est vrai, mais d’un caractère violent, emporté, et étranger à toute idée de réconciliation.

Figurez-vous, dans ce moment, combien Les position de Cortès était critique, désespéréei Que

.devait-il faire au milieu des périls qui Je menaaient de toutes parts ? S’exposer à marcher con-

tre une armée également disciplinée, plus fraîche

.que la sienne et bien supérieure en nombre? mais äl fallait abandonner la capitale qu'il avait conquise, et perdre le fruit de tant de travaux et de dangers,

LA

VOYAGES ÆET'ICONQUÊTES.

Attendre son ennemi à Mexico ?: mais c'était sé .

poser à se voir aux prises avec:deux ennemis également redoutables ; il ne doutait pas que dès que les Mexicains s’apercevraient de l'attaque dirigée contre lui, ilsne courussent aux armes pour ache: ver sa défaite. Se rendre enfin de bonne volonté et se soumettre au jugement d’un homme qui ne respirait que vengeance ? mais sa ruine élait cer taine. . re

Incertain du parti auquel il devait s'arrêter; chaque jour il recevait des nouvelles de plus en

plus inquiétantes. Entr’autres, on l’informa qué

plusieurs de ses soldats avaicnt déserté; que Narvaez l’accusait de trahison pour avoir, sans l’ordre de son roi, conquis l'empire mexicain ; et qu’il engageait Montézume et sa nation à faire alliance . avec lui, pour s'emparer de leur ennemi commun. On se représente sans peine. avec quelle satis- - faction l’empereur et son peuple, déjà si mal disposés, apprirent cette nouvelle ; aussi leur empressement à se ranger du côté de Narvaez était visible. Mais une seule circonstance ralentissait leur ‘zèle et les émpêchait de manifester hautement, et les armes à la main, combien ils désiraient se débarrasser de leurs oppresseurs : c'était le calme “imperturbable avec lequel Cortès envisageait l'o- -rage qui s’amoncelait sur sa tête. Jamais on ne put découvrir sur son visage le moindre signe d'int-

iance mun.

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)presit vi- ; leur nent, nt se alme | l'oe put d'in-

(1410 c0nTÈs. 3s quiétude , tant l’âme grande et forte de cet homme avait d'influence sur son extérieur. C’est avec l’assurance la plus caractérisée qu'il donna un démenti au bruit que Narvaez avait fait courir, et qu’il déclara que les soldats qui venaient d'arriver étaient envoyés d'Europe par le même monarque auquel il obéissait, pour faire cause commune avec lui et se rallier aux troupes sous ses ordres. Cependant, avec toute la sagacité dont ilétait doué, il s’occupa des mesures-auxquelles il devait recourir, et après avoir entièrement tout pesé et examainé, il décida d’abord d'essayer de: traiter à l'amiable avec Narvaez, et en cas de refus de sa part, de lui résister par tous les moyens qui seraient en son pouvoir, Mais ces tentatives furent infructueuses ; Narvaez ne voulut se prêter à aucun ac- -commodement, croyant venir facilement à bout de . Cortès et de sa poignée de soldats. Ce dernier n’eut donc plus d’autre moyen de salut que d’en appeler à son épée et au courage des siens. Il confia le commandement de la ville de Mexico au brave Alvarado, officier que les Mexicains avaient surtout en vénération, et laissa sous ses ordres une garnison de 150 hommes auxquels il ordonna expressément de maintenir la paix et la tranquillité dans la capitale, et de montrer pendant son ab-

* sence, le plus profond respect à l'égard de Mon-

tézume, qui s'était volontairement engagé à deœeurer dans leur quartier jusqu'après son retour,

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