ENTRETIEN XII
M. Hunter. — Cortès se complut dans l’idée qu'il pourrait facilement réprimer la révolte, et mettre les Mexicains à la raison par la force des armes. En conséquence, il envoya Ordaz, l’un de ses officiers les plus courageux et les plus dévoués,
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l’idée lte, et ce des l’un de
:CconTès. 45 avec un détachement de 400 Bomiles composé d'Espagnols et de Tlascalans, afin de s'assurer des mg Doc du peuple, 5
(Ordaz, pour accomplir la mission qui lui. avait été confiée, parcourut d’abord les rues de Mexico, mais il ne fut pas long-temps sans fencontrer une troupe d’indigènes en armes. Ordaz marcha à leur rencontre, dans l'intention d'en ‘saisir quelques uns afin d'en tirer des renseignemens; mais tous reculèrent à son approche, non par crainte, mais par ordre de leur commandant, dont Je but était de faire tomber les Espagnols dans une embuscade. Ce but fut atteint : Ordaz, en les serrant de près, fut ainsi amené jusqüe dans un quartier de la ville où , soudain, une foule immense de Mexi-cains le cerna et l’attaqua de toutes parts. Bientôt fondit sur sa petite troupe une grêle de flèches, de javelots et de pierres, lancés de tous les quartiers, de toutes les rues , de toutes les maisons, et même du haut des toits, qui étaient couverts d’assaillans, Mais le capitaine espagnol n’était pas homme à se laisser intimider par cette attaque aussi meurtrière qu'imprévue, Il disposa avec le plus grand sang-froid, sa petite armée en bataillon carré, de manière à pouvoir riposter à l'ennemi dans toutes les directions : au centre de ce carré, il mit les arquebusiers, et aux angles, les hommes armés de lances, ceux-ci pour repousser les Mexicains qui
les serraient dé trop près; ; ceux-là pour tirer aux fenêtres et sur les toits.
Dans cet ordre de bataille, il s "avança vers le . “pointoù l'ennemi était én plus grand nombre, lui . fit lâcher pied, se fraya un passage en marchant sur le cérps de tous ceux qui lui résistaient , et, ‘après un carnage hôrrible, parvint à rejoindre le quärtier-général. Un Espagnol et huit Tlascalans restèrent sur la place; Ordaz lui-même et la plu- . part des siens fürent blessés, On crut, après cette épouvantable défaite, que les Mexicains n’oseräient pas revenir à la charge ; mais ce fut une erreur, car Ordaz et son détachement victorieux . étaient à peine rentrés dans la forteresse , que les Mexicains parurent au loin, s’avançant comme un torrent et par bataillons épais. S’attendant à ün assaut général, Cortès se disposa aussitôt à leur Ôpposér une vigoureuse résistance ; et alors s’en- ‘‘gagea une bataille à toute outrance, une lutte terrible, qui peut-être n’eut jamais son égale. L’ennemi se présenta en faisant un tintamarre épouvantable avec ses tambours et ses cornets, et en poussant de si affreux hurlémens, que l’on avait peine à distinguer le bruit de l'artillerie. Pour le coup , les Mexicains paraissaient unanimement dé- ‘sirer Ja victoire ou la mort. Les uns obscurcissaient les airs d’unc pluie de flèches et de pierres ; les autres, bravant la mort, s’efforçaient d’escala-
1 avait our le nt déurciserres ;
scala—
. CONTES. 45 der les murailles; et de s'emparer des portes. Pour arriver à la hauteur des murailles, ils g'impaient sur les épaules de leurs camarades, et.s'ilsé* ‘nt
renversés, MOris ou couverts de blessures: au
même instant d’autres les remplaçaient.
Îls combattaient avec tant d’acharnement, que,
pour ne pas laisser de vide dans les rangs , ils fou-
laient aux pieds les morts et les blessés. Quoique foudroyés par l'artillerie et la mousqueterie » ils marchèrent constamment à l'assaut, qui dura jus-
qu’à la nuit; alors, après un horrible carnage, leur superstition leur fit une loi de se retirer, croyant
qu'il leur était défendu de combattre après le s0-
“leil couché. Néanmoins, s'ils n’osèrent plus con-
tinuer le combat, ils ne se reposèrent pas pour cela. Pendant la nuit, ils mirent le feu aux bâtimens occupés par les Espagnols, et ceux-ci eurent une peine infinie à l'empêcher de réduire leur quartier en cendres, Dès le lever du soleil, tout harcelés qu’ils étaient par leurs travaux nocturnes
et leur combat de la veille, ils reprirent leurs
postes pour recommencér l'assaut.
Mais n’exigez pas, mes enfans, que jé déronle sous vos yeux le tableau sanglant de ces scènes affreuses, dignes de celles qui les ont précédées.
Autant il me serait pénible de le développer dans
toutes ses parties, autant il vous ferait horreur. Sachez seulement que rien n’était capable de cal-
mer la fureur des. Mexicains exaspérés. Jusque-là leurs efforts contre la citadelle espagnole avaient été vains ; dansplusieurs sorties, Cortès avait fait
mordre la poussière à plusieurs milliers d'entre eux;
une partie :de leur ville était consamée par le feu; pourtant leur acharnement n’en était point ralenti.
Mais laissons là tous ces détails: pour arriver promptement à une catastrophe déplorable, qui excitera toute votre pitié, et dont le récit réveille dans mon cœur des sensations bien douloureuses.
Le. général espagnol, partageant le sort de.la majeure partie des siens; avait eu la main gauche percée par une flèche. El mit cet accident à profit pour se retirer dans son appartement , afin de réfléchir en liberté sur sa position critique.et sur les moyens. de la faire cesser. Mais au bout de quelques instans, il entendit sonner l'alarme de tous les coins du fort, devant lequel:les Mexicains en foule se présentaient pour l’assaillir. Oubliant donc sa blessure, il courut se remettre à la tête de ses soldats, et se convainquit bientôt que jamais sa présence n'avait été aussi nécessaire. Cètte fois, en effet, l'ennemi combattait sur tous les points avec
un courage supérieur , s’il est possible, à celui
qu'il avait montré dans les journées précédentes ; et Cortès eut alors besoin de toute la vigilance et detoutlesang-froid quile distinguaient pour donner ses ordres partout où ils étaient indispensables,
1GonTks, d7 Aa; plus fort de 1x mélée, l'infortuné souverain du Mexique, pour ‘apaiser l'eflervescence de :s0s
sujets ,-prit la résolution de se présenter à eux,
couvert des pompeux insignes sous lesquels il leur avait jadis imposé un respect qui tenait de l'adoration. Selon quelques historiens , cette résolution de Montézume était spontanée; d’autres disent qu'elle lui avait:été suggérée par ses persécuteurs. Quoiqu'il en seit, il se hâta de revêtir son manteau impérial, de ceindre son front de sa couronne, ajoutant à son costume une magnifique parure de pierres précieuses, qu’il ne portait que dans les grandes solennités, et sortit escorté des premiers de l'empire, attachés à sa personne. L'un de ceuxci, monté sur la muraille, apprit aux Mexicains étonnés:que l’empereur lait paraître , qu’il venait dans l'intention d'écouter leurs plaintes et de terminer leurs querelles avec les Espagnols.
Au seul nom de leur monarque, les assaillans suspendirent leurs coups et cessèrent leurs cris de combat. Dès que le malheureux Montézume fut arrivé lui-même au haut de la muraille, tous furent comme saisis d'un respect profond ; les uns tombèrent à genoux, les autres se prosternèrent la face contre terre. L'empereur cependant cherchait dans la foule à distinguer ceux qui avaient le plus de crédit auprès de leurs compatriotes ; il les appela par leurs noms, et comme personne n’éle-
-vait encore la voix pour:lui répondre, il s’efforça
: d'abord de leur faire entendre, de la manière la
plus affectueuse , combien il était sensible à l’ac-
“cueil qu'ils venaient de Jui faire, aux preuves de
-évouement qu'ils venaient de lui donner et à l’in-
stérêt généreux qu'ils prenaient à sa liberté, « Mais
+ n'allez pas croire, Mexicains, continuat-il; que .» je suis ici prisonnier ; ma présence au milieu des
:# Espagnols est toute volontaire; moi-même je » suis venu avec plaisir habiter. parmi mes hôtes,
* non seulement pour m'instruire de leurs mœurs
».et de leurs coutumes, mais encore pour leur
- » donner un témoignage éclatant de l'estime que
. »'je porte au monarque puissant dont ils sont les
» envoyés. Aujourd'hui, Mexicains , que mon in-
tention est de sortir de cette forteresse, j'ai
voulu vous faire entendre ma voix, vous annoncer que c’est de tout mon cœur qüe je pardonne une révolte coupable, en faveur des bonnes intentions qui l'ont suscitée. Mais que chacun de vous dépose ses armes qu’une erreur fatale lui
a lait prendre, et rentre en paix au sein de sa
famille ! »
Ainsi parla Mootinamie: Après ce discours, le silen :e fut encore quelques minutes :sans être interrompu; ensuite un bruit sourd se fit entendre,
.s’éleva par degrés et prit de la consistance. Parti
- de quelques points isolés, il-s’étendit bientôt sur la
e Sy: se sv»
fforça ère la à l’acves de àlin- « Mais il; que jeu des me je hôtes, mœurs ir leur ne que ont les non ine, j'ai annonrdonne nes incun de tale lui n de sa
ours, le être intendre, 6. Parti dt sur la
‘ICORTÉS. 49 foule: de plus en plus agitée, ‘et ce murmure tou-. joar#croissant, éclataren cris séditieux. Les injurés les plus ontrageantes furent haatement proférées par ces-mutinsobitinés cuntre la personne d’un prince-qaijasqu'alors avait été l'objet de leur vé-. nération/"« Tu n'es plus-émpereur du Mexique, lui ».criaient-ils ave ‘audace; tu es un scélérat, um ».: misérable ; un’ vil esclave pp ‘ennemis de nôtre po patriehæns. ©°% 2
‘Montézume voulut faire de rééréneà entendre sa voix ;'il'agita la main pour demander du silence, mais ses efforts furent inutiles ; les cris rédoublèreñt;"ettont-k:coup ue ‘pluie dé flèches ct de pierres fut'dirigée ‘contre le malheureux prince. Aussitôt les deax soldats qui l’ossistaient par ordre de'Cortès, chérchèrent k'le protéger de leurs bou. cliers; mais c'en était fait! ‘il était, hélas ! arrivé aurtérime" de sardbatétésisc"debtiiféé. Déjà plu. sieurs flèches l’avaient'atteint, lorsqu'une pierre le frappa violemment au front et: BK renversa à térre sans connaissance,
Le général espagnol, Sleiipé dis js consternation, ordonna de suite qu on transportât dans samaison le 'prinice qui donnait à peine quelque signe: de vie, et qu'on et eût tous les soins possibles ; ensüite , transporté de colère, il courut pour tirer de ses assassins une vengeance éclatante; muis il n’arriva pas à temps, car à