‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme] (volume 3)Chapitre 9 sur 29 · ENTRETIEN XV · texte numérisé non relu

ENTRETIEN XV

M. Hunrsn. — Pour mettre un terme à une lutte aussi meurtrière que prolongée, Gortès résolut de porter un coup décisif, et fit tous ses préparatifs, afin de donner le lendemain un assaut général. En conséquence, il ordonna aux commandans de chaque corps de se porter sur la ville assiégée, d’yentrer de vive force, quelque obstacle qu'ils eussent à franchir, et d'y prendre position. Il voulut commander en personne“les soldats désignés pour attaquer la digue de Cujocan, décidé , à tel prix que ce fût, de ne cesser le combat que lorsqu'il serait aussi entré dans la ville.

. Dès que le jour parut, chaque commandant étant à son poste , l'attaque commença ; les assiégeans et les assiégés se présentèrent au combat avec la même valeur et le même acharnement. Le corps à la tête duquel était Cortès, stimulé par l'exemple de son chef intrépide , se signala par une valeur prodigieuse. Tout cédait devant lui; il franchissait successivement chaque ouverture ; il enlevait tous les retranchemens avec une ardeur à laquelle rien ne pouvait résister; il mettait en

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:CORTÈS. 81 . pièces ou terrassait tout ce qui s'opposait à sa

| marche, et poursuivant l'ennemi l'épée dans les

reins , il pénétra dans la capitale au milieu de ses succès. in

Le général songea à se conserver des moyens de retraite dans le cas où la fortune viendrait à le trahir. Il donna en conséquence à Julien d’Aldrète , officier qui faisait partie du renfort récemment arrivé d'Hispaniola, l’ordre de rester en arrière avec un détachement suflisant, afin de combler entièrement les ouvertures de la digue, pendant qu’il marcherait en avant. Par malheur, cet officier regarda comme honteuse cette mission sans péril, et ne jugea pas à propos de la remplir pendant que ses compagnons cueillaient des lauriers sur le champ de bataille. Loin donc de se conformer à l'ordre de son général, il suivit le mouvement , et se jeta dans la mêlée pour participer aux dangers et à la gloire de ses camarades. À peine Guatimozin fut-il informé de cette faute, qu’il fit avancer plusieurs corps considérables vers les digues abandonnées, avec ordre d’en élargir autant que possible les ouvertures, et de s’y poster. Les autres corps qui étaient engagés aux portes de la ville avec les Espagnols, reçurent l’ordre de céder peu à peu du terrain, afin d'attirer insensiblement l'ennemi vers le centre de la ville. Le succès couronna cette supercherie. Gortès,

persuadé que ses ordres avaient été exécutés par Julien d’Aldrète, poursuivit vigoureusement les Mexicains qui recalaient à son approche , et arriva enfin jusqu’au lieu où Guatimozin l’attendait avec ses soldats les plus aguerris.

À l'instant, et au signal donné par l’empereur, le bruit sourd et solennel du tambour sacré du dieu de la guerre, se fait entendre près de là, du haut du principal temple. À ce bruit, qui leur est connu, les Mexicains sont subitement animés d’un courage incroyable, et courent au devant de la mort qu'ils méprisent. Tout-à-coup, les Espagnols sont attaqués de toutes parts, et surpris, harcelés dans tous les sens, ils ne peuvent opposer une plus longue résistance, malgré leur bravoure et leurs connaissances dans l’art de Ja guerre. Ils se replient sur eux-mêmes , d’abord en co lonnes serrées, len-

tement, et en faisant face à l'ennemi ; mais comme à tout moment celui-ci devient plus nombreux et les attaque avec plus de fureur, ils finissent par songer moins à se défendre qu’à veiller à leur sûreté. Ils rompent les rangs ; Espagnols et Tlascalans, infanterie et cavalerie, tout fuit pêle-méle vers l'ouverture de la digue la plus voisine , qu'ils trouvent occupée par un nombre considérable d'enneunis.

Cependant, Cortès fait tous les efforts possibles pour rallier ses soldats; il ordonne , il prie : rien

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‘conTks. 85 ne peut arrêter la confusion et la fuite de son armée: Sans rien entendre, sans rien voir, chacan se sauve comme il peut. Ils s’élancent par pelotons entiers en bas dela digue, par l'ouverture, se noient ou sont pris par les Mexicains, Cet endroit du lac n’avait malheureusement pas assez de profondeur pour permettre aux brigantins de s’en approcher pour les secourir.

Cortès, au milieu de ce désordre effroyable , oubliait entièrement son propre danger, pour ne s'occuper que de ses compagnons; au moment où äl délivrait l’un d’eux des mains de l’ennemi, il fut lui-même pris par trois capitaines mexicains, qui l'emmenèrent en poussant des cris de joie. Deux de ses ofliciers voyant qu’on entraîne leur général, prennent, à l’instont même, la résolution de le délivrer au péril de leur vie. Ils se précipitent à travers la foule des ennemis , atteignent ceux qui tiennent Cortès, leur font mordre la poussière, et trouvent eux-mêmes un glorieux trépas; mais Cortès a recouvré sa liberté : il s'échappe, quoique dans un état digne de compassion. Plus de soixante Espagnols et mille Tlascalans avaient été tués ou faits prisonniers, et tous ceux qui n’avaient pas succombé étaient criblés de blessures. Le cœur de Cortès saignait à ce désastre affreux; mais une scène plus déchirante encore devait, à la fin du jour, se développer devant lui, et jeter dans son âme le désespoir et l'horreur.

Dès que la nuit fut venue , toute la ville parut illuminée, Le son lugubre des instrumens de guerre se fit entendre au milieu des joyeux cris es féroces vainqueurs, qui s’apprêtaient à célébrer leur victoire par une horrible fête. L’illumination du temple principal était telle, qu’il fut aisé d’apercevoir-la foule- qui l’entourait, et les préparatifs des prétres pour égorger leurs prisonniers : spectacle affreux , auquel l'imagination des Espagnols ajoutait encore ! Parmi les victimes , ils croyaient re- «onnaîitre, à leur peau blanche, leurs infortunés cumarades ; ils croyaient voir comme on les faisait sauter de force devant les hideuses idoles auxqueiies ils devaient être immolés; ils croyaient même entendre distinctement la voix de leurs amis, au milieu des douloureux hurlemens que poussaient les malheureux qu'on trafnait vers l’autel pour les y massacrer. Cette vue glaça d’effroi

‘les moins sensibles, et Cortès lui-même ne trouva

que des larmes pour apporter quelque soulagement à la douleur qui l’oppressait.

Pendant que ses soldats étaient dans la consternation, ses ennemis, au contraire, avaient senti se relever leur courage, au pviat que , dès ls lendemain matin , ils hasardèrent une sortie, et poussèrent l’audace jusqu’à attaquer le quartier-général , que les Espagnols et leurs alliés eurent toutes les peines du monde à défendre, Mais ce qu'il y eut de plus redoutable encore, ce fut le résultat

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d’une ruse de guerre, enfantée par fe 4 our hâter la ruine de ses ennemis, Il sa ans EE les contrées de l'empire, les têtes wr< spauols qu'on avait égorgés, en faisant publier Lt Le courroux du dieu de. la guerre était Fer ar le sang de ces ennemis sacrifiés ; que, 2e 8 à déclaration, ces odieux étrangers pa détruits, et que dans sw. ee ci un seul d'entre | illerait le sol de l'empire.

"1 robe les Indiens ; alliés des Esmn fut la conséquence de ce stratagème. Ils A tèrent plus un seul instant que leur dieu de L ne n’effectuêt ses menaces, et cette supersre La Le fit rompre de suite toute liaison solidaire pisse bise dont la perte avait été décrétée HE ciel Les Tlascalans eux-mêmes, abandon- HP h leur cause, commençaient : Le téert néral espagnol, pour arrêter ce " ds rh 25 Bb à un moyen qui rw ke 4 “heureux succès. Il ordonna que pendant Û " = on s’abstint de tout engagement avec sm im disposa les brigantins de manière : pren ss troupes bien retranchées, et atten it a cs “rs up férir, l’époque que , dans son imprudence, G “imeste avait fixée d’une manière trop précise. Le délai fatal étant expiré, sans a " bon gnols, dont la ruine avait été prédite, A souffert la moindre atteinte, les alliés virent q

les avait induits en erreur. Leurs yeux s'étant des-

sillés, honteux de leur sotte crédulité, ils embras. sèrent de nouveau le parti des Espagnols, plus

que jamais décidés à coopérer au renversement de l'empire mexicain qui leur était à charge.

D’autres Indiens, qui, abusés par leur foi aveugle,

avaient regardé comme infaillible un oracle mensonger, crurent que, pour perdre plus sûrement les Mexicains, cette idole avait bercé ceux-ci d’un faux espoir, et revinrent également aux Espagnols. Ainsi, le nombre des alliés tant anciens que nouveaux , s’éleva en peu de jours d’une manière si rapide, que 150 mille Américains se trouvèrent rangés sous les drapeaux de Cortès.

Nouvel exemple de l’inconstance de la fortune ;

vous le voyez, mes enfans, lorsqu'on s’y attend

le moins, elle nous frappe ou nous sourit alter-

pativement.

Cortès , loin de se laisser éblouir cette fois par cet accroissement prodigieux de pouvoir , écouta les conseils de la prudence. Il alla jusqu'à proposer la paix aux Mexicains, ainsi qu’il l'avait déjà fait dans mainte occasion ; mais Guatimozin , résolu de sauver sa patrie ou de mourir, repoussa dédaigneusement tout moyen de conciliation, persuadé qu’il était que les liens qu'il pourrait former avec les Espagnols ne seraient jamais pour sa nation, et pour lui-même, que des liens de servitude.

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ois par écouta à proit déjà n, ré-

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Alors la-lutte recommencça de part et d’autre. Cortès se trouvant en mesure d'étendre ses forces,

} bloqua la capitale de si près, qu'aucune espèce de

vivres ne put y parvenir, En peu de jours les malheureux habitans de-cette ville immense snccombèrent par centaines, en proie. à la famine et à la peste. HAE

Cortès cependant gagnait du terrain. Dès que les. Espagnols avaient repoussé les ennemis d’un poste, il le confiait à la garde des troupes alliées qui occupèrent ainsi successivement les ouvertures des digues. De cette manière on s'était déjà approché jusqu’à la capitale par trois côtés différens. Cependant le courageux Guatimozin opposait une résistance opiniâtre et disputait le terrain pied à pied ; mais les soldats de Cortès faisaient de rapides progrès, incendiaient tout ce qu’ils avaient pris de vive force , et consiruisaient des fortifications pour s’abriter. Les trois colonnes avaient ordre de sc réunir sur la grande place. Alvarado fut le premier qui parvint à cerendez-vous. Cortès, qui avait pris le commandement de la colonne dirigée par Olid, ne tarda pas à y arriver, et à se mettre à la poursuite des Mexicains que la troupe d’Alvarado, déjà en ordre de bataille , venait de mettre en déroute. La troisième colonne, conduité par Sandoval, survint presque en même temps , et le ‘massacre devint horrible,

Déjà les Espagnols étaient maîtres des :trois quarts de la ville et ÿ avaient allumé l'incendie. Guatimozin , avec les meilleurs de ses soldats, s’é. tait retranché dans le quartier qui était encore libre. On avait également l'intention de s’en emparer ; mais le général espagnol, désirant arrêter le carnage, et se flattant que l’empereur se fatiguerait d’une vaine résistance , ordonna à son armée de suspendre le combat, et offrit la paix encore une fois. On sembla disposé à accepter ses propositions , et il en résulta une suspension d’armes detrois jours, mais sans autre convention.

Pendant ce temps-là, les deux armées ennemies étaient en présence, et un simple fossé leur servait de limites. De part et d'autre on était parfaitement tranquille, sauf quelques provocations que des Mexicains isolés et franchissant le fossé dirigeaient conire les Espagnols. Ces fanfaronnades recevaieni leur châtiment , quelquefois par le mépris, mais aussi quelquefois d’une tout autre manière. C’est ce qu’on fit sentir à l’un de ces braves qui, portant l'épée et le bouclier d’un des Espagnols qu’on avait sacrifiés, s'était, nouveau Goliath, campé au milieu des deux armées, d’où, avec une fierté insolente, il adressait les défis les plus injurieux. Plusieurs Espagnols manifestèrent soudain l'envie de le punir de son arrogance; mais Cortès réprima celte ardeur, se boruant à charger un in-

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CORTES. 89 terprète de crier à ce Don Quichotte « qu’il pouyait aller chercher dix de ses semblables , et qu'à cette condition il promettait à un jeune homme qu'il lui désigna d'aller leur couper la gorge à tous. » Ce jeune homme était l’un de ses pages, âgé d'environ seize ans, nommé Marcado. Le Mexicain , devénu plus insolent encore par ce refus ironique, persista dans ses bravades et ses provocations. Alors Marcado, se regardant comme chargé de terminer l'affaire d’après la désignation de.son général , s’élance hors des rangs sans rien dire et avec une telle impétuosité, qu'il est déjà loin lorsqu'on s'aperçoit de ce qu'il va faire. Il atteint le rodomont , et l’attaque si violemment, qu’il lui a bientôt fait mordre la poussière. Tandis que de longs bravos répondent à son action, il revient avec l'épée ét le bouclier du vaincu, et dépose son trophée aux pieds de Cortès, qui l’embrasse avec une vive satisfaction, et pour le récompenser,

veut de sa propre main lui ceindre l’épée qu’il a si

vaillamment conquise.

Sur ces entrefaites, les Espagnols recevaient chaque jour de Guatimozin la promesse de venir en personne discuter les articles de paix ; mais celui-ci n’avait d’autre but que de cacher son projet et de bercer ses ennemis d’une sécurité trompeuse, Ses courtisans lui avaient fait croire qu’il n'avait d'autre moyen d'éviter la mort ou l'esclavage qui

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