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bientôt convaincu que les renseignemens donnés par les habitans de l'ile étaient véridiques. IL n°y avait pas, ilest vrai, de mines ouvertes, ies Indiens n’ayant jamais pris taut de peines pour rechercher un métal dont ils ignoraient, en quelque sorte, l'usage ; mais dans tous les ruisseaux roulaient des paillettes et des grains d’or que l’eau avait détachés des montagnes, preuve évidente que ces montagnes en renfermaient une grande quantité.
L'amiral, voulant s'assurer la possession d’un canton si riche , y fit construire une forteresse dans laquelle il laissa une petite garnison ; puis il revint sur ses pas ,| se hàtant d’aller annoncer à sa colonie une si heureuse découverte. À son retour, elle était dans un état pitoyable : on manquait de vivres ; on n’avait pas encore eu le temps de s'occuper de l’agriculture; et les maladies auxquelles on est exposé, dans les pays chauds et non cultivés, avaient fait des progrès effrayans. Tous s’attendaïent à périr d’un moment à l'autre, ou par la contagion ou par la famine; tous déploraient la folie qu'ils avaient eue de sacrifier leur fortune, leur patrie et leur santé, pour aller mourir de misère sous un ciel étranger ; tous maudissaient lesauteurs de leur détresse , les séducteurs qui, en les trompant à force de leur exagérer la beauté de ces nouveaux pays , les avaient engagés dans cette funeste entreprise. À la tête des mécontens figurait Le prêtre
84 VOYAGES ET CONQUÈTES.
mème qu’on avait amené d’Espagne en qualité d’aumônier , et qui, à force de crier contre Colomb, croyait soulager son infortune. Mais ce n’était pas le premier assaut que le cœur de l'amiral avait eu à soutenir. Les dangers innombrables auxquels il avait déjà été en butte, l'expérience qu’il avait acquise, l’avaient armé d’une prudence rare et d’une constance inébranlable. Il parvint donc encore une fois à ramener le calme dans les esprits et à étouffer la révolie.
La tranquillité étant rétablie , il prit la résolution de courir à de nouvelles découvertes , et il désigna son second frère, don Diégo, pour commander pen: dant son absence.
HenRt. Il avait alors deux frères, Barthélemy, qui avait fait le voyage d'Angleterre, et Diégo , appelé don depuis que Christophe a recu des titres de noblesse pour lui et pour sa famille,
M. Hunrer. C’est cela même. Colomb se remit donc en mer avec un vaisseau et deux chaloupes, et gouverna vers le couchant. La plus importante de ses découvertes, durant ce nouveau voyage , fut celle de la Jamaïque. Y| mouilla à la hauteur de cette île, et fit descendre des hommes armés dans la chaloupe pour aller sonder le port ; c’est à dire, mes enfans , qu’ils devaient jeter la sonde en différens endroits, afin de savoir si l'eau était assez profonde pour porter les navires.
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CHRISTOPHE COLOMS. 85
Bientôt ces chaloupes furent entourées d’une multitude de canots remplis d’Indiens en armes , qui cherchaient à les empêcher d’aborder le rivage. On essaya en vain tous les moyens de douceur pour s'en débarrasser ; on n’y parvint qu’en leur envoyant une volée de flèches. Il est bon de vous dire ici, mes enfans, que l’usage des fusils n’était pas encore général, et que la plupart des soldats se servaient de l'arc.
Comme le port avait été jugé praticable , l’amiral y entra et y fit réparer ses bâtimens, et, pendant ce temps-là , visita le pays, dont le sol lui parut supérieur à celui de l’île Hispaniola; aussi en prit-il pessession au nom du roi d'Espagne.
De la Jamaïque , il mit à la voile pour Cuba, vou-
| lant examiner si c’était une île ou bien une partie de | la terre ferme; dès lors commenca pour lui une | série de fatigues et de dangers avec lesquels on peut | à peine comparer toutcequ’ilavaitsouffert jusque-là.
Tantôt, ii était exposé à d’horibles iempètes,
| dans les endroits les plus périlleux d’une mer in- | connuc; tantôt il se voyait enfermé entre des écueils et des bancs de sable, qui, à chaque instant, mena:
çaient &e submerger ses vaisseaux; tantôt ils’embarrassait dans des basses, et dans le même temps, les bâtimens tiraicnt tant d’eau que les équipages, sans cesse occupés à pomper , avaient peine à les tenir à flot ; tantôt il avait à souffrir , ainsi que ses compa-
VOYAGES ET CONQUÈTES.
gnons, la faim et la soif ; et quand, par nn heureux hasard, on se procurait quelques rafraîchissemens, il était toujours le dernier à en profiter, toujours plus disposé à s’occuper des autres que de lui-même; tantôt il avait à lutter contre le mécontentement ct le désespoir de ses compagnons, qui se vengeaient sur lui par les reproches les plus amers de ce qu’ils souffraient sous sa conduite, quoiqu'il participât généreusement à toutes les peines et à toutes les privations dont ils se plaignaient. Ce grand homme, toujours calme et inébranlable au milieu des dangers de toute espèce qui l’environnaient, cherchait, par ses discours et par ses exemples, à relever lespoir et le courage de ses compagnons abattus. Cette conduite est vraiment admirable, et vous pouvez, mes amis, juger, par vos propres lectures, s’il n’est pas vrai, comme l’a dit un auteur de l’antiquité, qu’il n’est point de spectacle plus sublime que de voir un homme ferme aux prises avec la mauvaise fortune. Colomb apprit, dans ses diversdébarquemens etde Ja bouche desIndiens, que Cuba étaitune île dont certains cantons étaient infestés d’une immense quantité d’oiseaux et de papillons. Il trouva, du côté du nord , la mer couverte d’ilots et donna à cet archipel le nom de Jardin de la Reine. Dans une de ses courses à travers ces îlots, il rencontra une barque avec des pêcheurs, qui employaient, pour prendre le poisson, un stratagème curieux et digne d’être
cité.
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cité. Ils se servent, pour pêcher , de poissons appelés reves, qui ont la grandeur d’un hareng et les dents extrêmement aiguës ; ils leur atlachent une longue ficelle à la queue, puisles jettent à la mer. Dès qu’ils rencontrent un autre poisson , ils s’y attachent fortementen le mordant, et alors les pêcheurs les retirent avec leur capture. C’est ainsi qu’on les vit se rendre maîtres d’une tortue pesant cent livres. I] fut facile de la retirer de Feau, tant le reve la serrait avec force dans ses dents.
Quand ces pêcheurs aperçurent les chaloupes qui précédaient les vaisseaux, ils leur firent signe de ne pas approcher, comme s’ils se fussent adressés à des personnes de connaissance ; on obtempéra à leurs désirs, et dès qu’ils eurent pris la tortue, ils vinrent l'offrir à Colomb, qui, répondant à cette honnêteté, leur présenta à son tour. des babioles qu’il savait avoir tant de prix à leurs yeux.
Errant ainsi dans ces différentes iles voisines de Cuba, Colomb fut témoin d’un phénomène étonnant que lui offrit la mer. Dans un endroit , sa surface paraissait mouchetée de vert et de blanc, dans un autre blanche comme du lait, et dans un troisième noire comme de l'encre. On ne peut connaître la cause de ce phénomène.
Enfin , après avoir long-temps navigué entre des rochers et des bancs de sable , on jeta l’ancre sur la côte de Cuba, ct l’on descendit à terre. On éleva
ne asie rence 2 2
aussitôt sur le rivage un autel où on célébrait l’ofice divin, lorsque l’on vit arriver un vieux cacique. Apréslacérémonie, pendantlaquelleilavait gardé un silence respectueux, il vint présenter à Colomb quelques fruits du pays; puisils’assit par terre, rapprocha ses genoux de son menton et, dans cette attitude, lui parla avec fermeté. Voici à peu près en quels termes, les interprètes rendirent son discours à l'amiral : « En abordant à main armée ces terres que tu ne connaissais pas, tu as jeté l’épouvante parmi nous. Sache cependant que nous cspérons, dans une autre vie, un lieu de délices réservé aux hommes pacifiques qui veulent le bonhour de leurs semblables, ainsi qu’un lieu de ténèbres et d’angoisses où les méchans seront précipités. J'espère que tu ne feras pas de mal à qui ne veut pas l'en faire, si toutefois tu crois à la mort, si tu crois qu'après cette vie l’on te rendra le bien ou le ma! que tu auras fait. Nous n'avons rien à reprocher à l’acte que tu viens d’accomplir; je pense, en effet, que tu n’as pas eu d’autre intention que celle de rendre grâce à Dieu. » Colomb lui répondit qu'il le voyait avec satisfaction croire à l'immortalité de lame; que son but, en venant sur ses terres, n’était pas de faire du mal ; qu’au contraire, le roi d'Espagne, son souverain, ne l’y avait envoyé que pour s'assurer s’il s’y trouvait de ces hommes qui ne vivent que de carnage comme les
l’ofüice acique.
ardé un b quelproche e attiprès en son dismée ces jeté l’éue nous e délices tle boneu de tént précinal à qui ois à la erendra p’ayons omplir; re inten- Colomb n croire nant sur ’au conl'y avait
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CHRISTOPHE COLOMB. 89 Caraïbes; qu’il avaitordre de les châtier , et de faire goûter à tous Îles habitans de ces îles les douceurs de la paix.
Cependant la santé de Colomb s’altéra par suite de ses peines et de ses fatigues continuelles. Il ne pouvait goûter un instant de repos, et tel était son état d’épuisenent et d’insomnie, qu’en peu de temps il avait perdu la mémoire. Déjà on désespérait de sa guérison, lorsqu’on retourna en toute hâte à Isabelle. À son arrivée, l'amiral eut le bonheur inespéré de revoir son frère bien-aimé, don Barthèle: qui avait apporté les secours qu’il avait demandés roi d’Espagne. La joie que cette rencontre lui fit éprouver est inexprimable, et un évènement si heureux fut plus puissant que tous les secours de l’art , et sa guérison fit de rapides progrès.
Il y avait treize ans que ces deux frères , qui se chérissaient mutuellement , étaient éloignés l'un de l’autre, sans s’être écrit, sans s’être donné la moindre nouvelle. Barthélemy, vous le savez , avait èté se présenter au roi d'Angleterre, et il lui avait fait goûter ses propositions. Il retournait en Espagne pour porter cette heureuse nouvelle à son frère , lorsqu'en traversant la France il apprit que
| celui-ci avait déjà exécuté l'entreprise à laquelle il
voulait prendre part. Colomb était déjà parti pour Sa deuxième expédition , lorsqu’il arriva à Cadix. Le roi l’invita à se présenter à la cour, où il fut
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accueilli avec de grandes marques de distinction. Lorsque ensuite on connut , par ses dépêches, les besoins et les embarras de Colomb, on désigna Barthélemy pour lui porter des secours.
L'arrivée de Colomb fut un bonheur inattendu pour ces établissemens, qui, dès leur naissance, étaient menacés d’une ruine prochaine. Le désordre et la consternation y étaient à leur comble : les deux tiers de la colonie avaient été ravagés par les épidémies, si communes dans ces contrées. Margarita, que l'amiral avait mis à la tête de ses troupes, s’était révolté. Ayant échoué dans son entreprise , il s'était sauvé en Espagne avec son complice, le père Boyl, sur un des vaisseaux de la flotte. Les troupes sous ses ordres s’étaient dispersées par bandes dans le pays ; et avaient exercé tant dé cruautés
sur les Indiens, que ceux-ci durent recourir aux À
armes pour se défendre ; aussi plusieurs Espagnols furent surpris et payèrent de leur vie les mauvais traitemens dont ils s'étaient rendus coupables.
De tels malheurs auraient dans peu anéanti cette colonie. Bientôt, jetant un regard sur lPavenir, les Indiens, jusqu’alors si tranquilles, mais exaspérés par le malheur auquel ils étaient en butte, n’envisageant que l’esclavage ou la mort, ne prirent p'us les Espagnols pour des êtres surnaturels, mais ne virent en eux que des tyrans dont il fallait, à tout prix, se débarrasser. Simples dans leurs goûts, ils
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CHRISTOPHE COLOMSB. 91
habitaient une terre qui n’avait pas besoin d’être cultivée pour suffire à leurs besoins , et poux eux l’indolence était le bonheur suprême. Un peu de maïs ou de cassave , telle était leur nourriture habituelle. Voyant avec étonnement qu'un seul Espagnol mangeait plus, dans un seul repas, que quatre d'entre eux , ils finirent par croire que ces Européens n'étaient venus chez eux que poussés par la faim ; qu'après avoir consommé toutes les provisions de leur pays, ils s'étaient vus forcés de chercher ailleurs les moyens de soutenir leur existence, et que de pareils hôtes ne tarderaïent pas à les réduire à la famine.
De telles considérations, jointes aux mauvais traitemens qu’ils énduraient depuis long-temps, les décidèrent à secouer le joug. Ils formérent bientôt une armée nombreuse , et se réunirent sous les ordres de leurs caciques.
Telle était la disposition des esprits, lorsque Colomb arriva à Isabelle. Tout respirait le sang, le carnage ; à l'exception du seul Guakanahari, qui était toujours resté fidèle aux Espagnols, tous les Haïtiens étaient sous les armes , et formérent une armée de cent mille combattans. Combien Colomb n’eut-il pas à gémir quand il vit que les atrocités que des chrétiens avaient fait souffrir aux Indiens allaient les réduire à combattre un peuple qui ne voulait que défendre sa liberté etsa vie! Quant à
92 VOYAGES ET CONQUÈTES.
l'orage qui allait peut-être éclater sur lui et sur sa troupe, son cœur, noble et magnanime, n°y fit aucune attention. ’
Ce fut dans cette cruelle circonstance que le fidèle Guakanahari vint le trouver et lui offrir ses secours , tout en lui témoignant la peine qu'il ressentait. Les autres caciques , irrités de le voir toujours l’ami et le protecteur des Espagnols, lui avaient juré une haine implacable ; tous ses intérêts et son cœur lui faisaient un devoir de se joindre aux Espagnols. Colomb le remercia, et tous deux se préparèrent au combat.
Nousallons donc voir la premiérescène guerrière, qui fut suivie de tant d’autres qui ensanglantèrent si long-temps l'Amérique. Cet évènement est assez important pour en faire le sujet d’un entretien par-
ticulier.
mille Ir sues , d hérisséc l’autre
d’'Euro] à la dis
CÉRISTOPHE COLOMB.
ENTRETIEN XI
O mes enfans , que ne puis-je jeter un voile épais sur la suite des évènemens tragiques qui ont désolè le Nouveau-Monde ! Toujours l’humanité élevera sa voix contre les atrocités des chrétiens envers des frères dont ils n'avaient jamais eu à se plaindre. Je ne vous cacheraï rien de cescruautés inouïes. Puisse mon récit vous faire prendre , dès aujourd’hui, en horreur les crimes dont les hommes se rendent coupables en immolant tout à leurs passions déréglées.
Les deux corps d'armée se présentent, et voici l'instant fatal qui va mettre en balance la vie des | Espagnols et la liberté des Indiens.
D'une part, se déploient, dans la plaine, cent mille Indiens armés de cimeterres de bois, de massues , de lances et de javelots dont les pointes sont hérissées d’arêtes de poissons ou de cailloux ; de l’autre, deux cents soldats à pied et vingt cavaliers d'Europe , appuyés par une petite troupe d’Indiens à la disposition de Guakanahari : différence prodi-
94 VOYAGES BT CONQUÈTES.
gieuse ; mais, à ce désavantage du côté des Européens, suppléaient la tactique , des armes plus re. doutables, des chevaux , et même, puisqu'il faut le dire, une troupe de chiens.
Cuances. Eh quoi. de chiens!
M. Huwrer. Oui, Charles. On s'était muni d’une troupe de dogues énormes qui devaient assaillir les pauvres Indiens tous nus, de la même manière qu’on les lâche contre les sangliers et les autres bêtes.
CuarLorre. Que je déteste les Espagnols !
M. Huwrer. Le danger était donc le même des deux côtés , et l’issue du combat bien incertaine.
Colomb attendit la nuit pour commencer cette horrible bataille; il espérait que l'obscurité doublerait l’effroi dont les Indiens seraient saisis à une attaque inattendue.
IL partagea ses petites troupes entre son frère Barthélemy , le cacique Guakanahari et lui-même, et fondit sur les Indiens à Pinstant où les malheureux le soupçonnaient le moins. Les cris et la rage des Espagnols , le bruit terrible des mousquets, les chevaux qui hennissent, les chiens qui aboient les ont tellement glacés d’épouvante, qu'après une faible résistance, le désordre se met dans les rangs, et qu’ils prennent la fuite, le désespoir dans l’ame. Quelques uns sont tombés sur le champ de bataille ; d’autres ont été écrasés sous les pieds des chevaux ;
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CHRISTOPHE COLOMB. 95 mis en pièces par les dogues, ou faits prisonniers : le reste s’est dispersé dans les bois.
C'en est donc fait : ce peuple, qui n’est coupable d’aucun crime, doit se courber sous le joug des Européens.
Colomb met à profit son triomphe; il traverse toute la contrée : chacun se soumet sans opposer la plus légère résistance. Dans quelques mois, l’Espagne dictera des lois à cette île si puissante et si nombreuse.
Jusqu’ici Colomb est encore digne de notre amitié et de toute notre admiration, mais il est homme ; aussi devez-vous attendre de lui bien des erreurs et des faiblesses : puissiez-vous comprendre par là combien il faut se méfier de soi-même, pour ne faire
aucun faux pas dans le sentier de la vertu!
L'Espagne avait déjà vu le retour de Margarita et du père Boyl, ses deux plus mortels ennemis. Il savait qu'ils n’omettraient rien pour rabaisser son mérite, et faire croire au roi, ‘soupconneux et crédule , que ses conquêtes avaient peu de prix: il voyait donc s’amonceler sur lui un orage dont il serait la victime s’il ne se hâtait de l’écarter. Il ne lui restait qu’un seul moyen , c'était de faire parvenir à la cour d’Espagne un brillant échantillon des trésors qui devaient être le résultat de ses découvertes : pour que cet envoi fût possible, il se vit forcé de
. 96 VOYAGES ET CONQUÈTES.
mettre de considérables impôts sur les pauvres ndiens. |
FrÉDERIC. Qu'est-ce qu’un impôt?
M. Hunrer. Un impôt , qu’on appelle aussi tribut, c’est ce que les habitans d’un pays sont contraints de payer à leur souverain ou à leurs gouverneurs, en récompense de la protection qu’on leur accorde.
Colomb donna ordre aux Indiens rangés sous son joug que ceux d’entre eux qui se trouvaient dans les cantons des mines d’or lui fournissent, par trimestre, une cerlaine quantité de ce métal , et que les autres lui apportassent, aux mêmes limites, chacun 25 livres de coton. C'était plus que les malheureux Indiens ne pouvaient donner : dès leurs premiers ans, habitués à un genre de vie peu laborieux , ils réclamérent contre l’obligation qu’on leur imposait de travailler sans cesse, comme de véritables esclaves , à chercher de l’or et du coton, produits dont la quantité devait par là même décroitre nécessairement chaque jour ;maisleursplaintes étaient frivoles , les ordres étaient lancés , et les Européens en poursuivaient l’exécution avec la dernière sévérité.
Pour se soustraire à un esclavage qu’ils ne pouvaient plus porter , les infortunés prirent un parti que le désespoir seul pouvait leur inspirer.
Ils avaient plus d’une fois remarqu' la voracité de leurs tyrans : il leur sembla donc possible de les
con leur char siren puis ticab des rent quel i seurs.
les au sépara faibli Suppor accabli
CHRISTOPHR COLOMS.
yres eontraindre bientôt, par la faim , à abandonner leur île dès qu’ils ne semeraient plus, dans leurs ibut, champs, le maïs et le manioc. D'accord , ils détruiaints sirent les semences que la terre avait déjà reçues , eurs , puis ils se dispersèrent dans des montagnes impraorde. ticables , où ils se condamnèrent à ne manger que 15 SON des herbes sauvages. Bientôt, hélas! ils éprouvé- , dans rent eux-mêmes le tourment cruel de la faim , auar tri- quel ils voulaient abandonner leurs avides oppreset que seurs. Les uns périrent de la mort la plus misérable; mites ; les autres succombèrent aux épidémies , fléaux ines mal- séparables de la famine, et le reste se trouva si afs leurs faibli, qu’ils étaient moins capables que jamais de peula- D supporter les-lourds impôts dont ils se voyaient qu'on à accablés.
ame de Les Espagnols furent , sans doute, un peu les coton, MR victimes d’un vrojet inspiré par le désespoir ; mais, ime dé- D grace au travail et à de nouveaux alimens qui leur rsplain- D arrivèrent d'Europe , ils n’éprouvèrent pas les hors,etles Æ reurs d’une entière disette. Malheureux Indiens ! avec la D vous vites ainsi s'envoler pour toujours l'espoir d’échapper à vos persécuteurs.
ne pou- Pendant ce temps, on vit tomber sur la tête de un parti Colomb l'orage qui le menaçait de Join. En arrivant en Espagne, Margarita et le père Boyl avaient voracité Efait un tableau si méprisable des contrées qu’il avait le de les découvertes, et avaient tellement noirci ses actions,
que la cour ne tarda pas àse défier beaucoup de L. 5
08 VOYAGES ET. CONQUÈTES.
lui, On prit donc le parti de dépécher'aux Indes ju orientales un homme qui examinerait la situation ne des affaires, la conduite de Colomb , et. qui en fe- co rait au roi un fidèle rapport. | Celui que lon choisit était bion éloigné de pos- da: séder ce qu’il fallait de lumières: et de probité pour l'es exécuter une aussihaute affaire. C’étaienit les enne- rou mis de Colomb qui l’avaient proposé, certains qu'il par partagerait leur trahison. Îlse nommait Aguado, et Ce. était gentilhomme de la chambre de lareine. app: Tout fier de ses fonctions., cet homme présomp- que tueux n’eut pas plutôt atteint l’ile espagnole, qu’il doit fit peser son pouvoir sur l’amiral, et traitaile héros jour. avec le dédain le.plus méprisant: Il promit la pro- chen
tection des lois aux Espagnols et aux Indiens qui auraient quelque chose à lui reprocher, et les excita à se présenter devant son tribunal: H' rassembla avec avidité tous les griefs portés parles mécontens, pour donner les traits d’un monstre à celui dont il ayait juré la perte.
Malgré toutesa patience, Colomline put se plier aux humiliations que lui fit: sapperter le: vain Aguado. Il résolut de partir pour l'Espagne, pour se soumettre à la juste décision duroi.et de là-reine.
Pour remplir:ce but:, il nemima: son frère Bar
thélemy adelantado, où. vire-gouvernenr, et lui conféra le commandement dé Pile, pendant. son absence; mais il établit malheureusement, chof:de
ndes ation n fé-
p poss pour -enne- S qu'il do , et résomp- 2, qu'il le héros k Ja proiens qui es excita as sembla contes, i dont il
at se plier
le: vain pue; pOur e lâreine.
frère Bar RD» el li nd ant: S01 at: chef à
justice un nommé Roldan , qui, comme la suite nous l’apprendra , abusa de son autorité et de la confiance dont l'amiral l’avait honoré.
Ignorant encore combien les vents alizés, qui, dans ces parages, soufflent presque toujours de l’est, lui seraient défavorables et retarderaicnt sa route , il cingla droit vers l'Espagne, croyant ainsi parvenir plus promptement au but de son voyage. Ce fut donc par une malheureuse expérience qu’il apprit ce que connaissent tous les marins modernes, que le vaisseau qui revient des Indes-Occidentales doit, pour se soustraire à ces vents contraires, toujours se diriger vers le nord. H faisait si peu de chemin dans cette direction, qu’au bout de trois mois il était encore en pleine mer. Les vivres commençant à diminuer, il se vit contraintde réduire de beaucoup la ration de pain de son équipage, et, pour éviter le mécontentement de ses compagnons,
. il s’imposa les mêmes privations. Mais, de jour en
jour, la faim devenait plus pressante ; les matclots, exaspérés par le besoin , résolurent d’égorger les Indiens qui étaient.à bord, et.de se nourrir de leur chair, ou au moins de.les.jeter à la mer, afin dè n’avoir plus à partager avec.eux le peu de vivres qu'ils. avaient: encore.. Daus ce moment: critique , Colomb n'abandonna point les: sentimens d’humanité: qui le: distinguaient ,. et. sut s'opposer à cette atroeilé ; il montra à.ces forcenés que ces malheu-
100 YOYAGES ET CONQUÈTES.
reux, qui avaient partagé leur sort, étaient hommes sb eux, et qu'ils devaient trouver leur part dans le reste des provisions : il calma ainsi leur fureur , jusqu’à ce qu'enfin les côtes d’Espagna s'élevèrent devant eux.
ENTRETIEN XII
tion de Colomb à la cour d’Espagne.
M. Huxrur. Nous allons voir quelle fut la récep- qui déve
u'il m Colomb parut devant ses juges avec courage : |
respect; il n’eut qu’àse présenter pourf aire , les espérances de ses accusateurs, Ses jiges e ‘ou mes eurent honte d’avoir si facilement st calomniateurs, et il sortit de leur tribuna gp à et couvert de gloire et d'estime. se Le 44 rent encore cette fois écrasés > et l’or qu 14 tait servit à augmenter son triomphe ; aussi on
de fran:
destinés de tout Connais escadre
temp manc qu'il teurs fire pe Ja crai de rec nés à:
travail fut acc qui aff refuge Mais
à ralen!
même a opérer 1 port « toutes lé an apré
Car
homleur i leur
pagna
a récep-
rage el syanouir eux-mioutè se al absous mis se vi il rappor si on ob
tempéra, avec enthousiasme, à tout ce qu’il demanda. Il voulait que l’on envoyât, dans la colonie qu’il avait fondée dans l'ile espagnole , les cultivateurs et les artisans nécessaires pour qu’elle pût suffire par elle-même aux besoins les plus urgens. Dans Ja crainte de priver l'Espagne de ses colons, il offrit de recevoir à Hispaniola tous les criminels condamnés à mort ou aux galères, se proposant de les faire travailler à la mine. Ce fut à cette demande, qui lui fut accordée, que l’on dut les nouveaux désordres qui affligèrent cette nouvelle colonie, devenue le refuge de bandes d’assassins.
Mais les ennemis de Colomb parvinrent encore à ralentir l’armement de la flotte que le roi luimême avait ordonné. On attendit une année pour opérer le changement de deux vaisseaux de trans-port qui devaient porter à la colonie les vivres et toutes les provisions nécessaires , et ce ne fut qu’un an après qu’il put mettre à la voile avec l'ecadre qui devait le seconder dans les nouvelles découvertes qu'il méditait.
CarLorre. Comment reconnait-On des vaisseaux de transport ?
M. Hunter. Des vaisseaux de transport sont destinés au passage des hommes, des animaux et de tout ce qui est nécessaire dans une creme. Connais-tu aussi, ma chère amie, ce que c’est qu’une escadre ?
L ChanLotre. Tu nous l'as appris quand nous avons lu la gazette. C’est un rassemblement de plusieurs vaisseaux.
M. Huwren. Quand il y a une si and de vaisseaux , c’est une flotte.
Joux. Et-quand il y en:a peu, c'est une jdoftille.
Feroinans. Ainsi, flottille et escadre sont synonymes.
M Howre. Oui; seulement escadre signifie queïquefois une flotte considérable; fottille, au contraire, se prend pour un petit nombre de bätimens. L’escadre que commandait Colomb ne se composaïit que de six voiles.
Dmrer. Combien un vaisseau a-t-il donc de voiles?
M. Hunter, Un vaisseau en.a plusieurs ; comme je le pense, tu l’as déjà vu ; mais quand on dit qu'une escadre se compose de six voiles, l'on ne parle pas de la toile, on entend six vaisseaux , dont chacun porte plusieurs voiles.
Voulant découvrir cette terre qu’il supposait êire l'Inde, Colomb prit une nouvelle route. Ainsi, parvenu aux Îles Canaries, il poursuivit jusqu'aux
iles du Cap-Vert, dont nous devons la découverte aux Portugais. Il envoya , en quittant des Canaries, la moitié de ses vaisseaux porter à la colonie des rafraichissemens, et ordonna aux commandans de
ses vai mière l'ancre que le:
atteint Evo M.:
le sang frique était u maux de les :
de s’éc! île qu’ ni arbr boire © sable.
bonne parven parer sud ; ( à la h aale, lant dé les viv même
repos.
udiSTOPHE COLUMS. 103 ses vaisééntix de se häter. IL dépassa ‘ensuite la première fleidu Cap-Vert, uppelée PIlesde-Sol, et jeta l'ancre près d’une aûtre petite île inculte; c’ést là que lesPortägais ‘envoient céux des leurs qui sont attéinits'de la lèpre.
Lucie. Pourquoi donc ? |
M. Huwrien. On avait rémarqué que la chair et le sang des tortues qui viennent des côtes de l’Afrique déposer leurs œufs dans cette petite île était un remède certain contre la lèpre ; ces animaux ne sont pointdifficiles à prendre. Il suffit de les mettre sur le dos, pour leur ôter tout moyen de s'échapper : duü reste, on ne voyait dans cette île qu’une grande quantité de chèvres, il n’y avait ni arbres ni eau ; aussi les lépreux ne pouvaient boire que des eaux pluviales conservées dans le sable. Il n’y eut jamais que sept personnes en bonne santé. | |
Bien résolu de ne tourner à l’ouest qu'après être parvenu à l'équateur, ce cercle que l’on pense séparer la terre, Colomb courut toujours vers le sud ; mfuis bientôt un calme plat vint ile surprendre à la hauteur du 3° degré de latitude septentrioâale. La chaleur était insurmontable, un soleil brûlant détraisait tout, lei tonneaux s’entr’ouvraient, les vivres et l'eau secortotpirent. L’amiral était luimême atteint de la goutte qui ne lui laissait aucun repos. Tout l’éqétpage redoutait devoirles vaisseaux
4104 VOYAGES ET. CONQUÈTES.
prendre feu, tant la chaleurétait viveet menaçante. Une plaie abondante vint enfin mettre un terme. à leurs souffrances. On ne pouyait plus se tenir sur le tillac, l'air était encore pesant ; mais du-moins la chaleur avait un peu diminué, et l’on put au moins se désaltérer. Prêts à rendreles derniers soupirs, ces malheureux revinrent à l’espérance ; ils conjurèrent Colomb d’abandonner son dessein d’avancer plus au delà du sud, et l’on fit voile vers l’ouest.
Au bout de quelques jours, on entendit retentir ce cri joyeux terre! terre! En effet, une ile se présentait à eux offrant l’image de trois montagnes, ce qui lui fit donner le nom de trinité qu’elle conserve encore. Elle est près de l'embouchure de l’Orénoque.
Fnénénic. C’est là que se trouvent ces singes étonnans.
M. Huxren. Que veux-tu dire?
Frèépénic. Je parle de ces singes que l’on pres si singulièrement.
M. Huwren. Comment donc les prend-on ?
Fnépénic. Ces singes sont très gourmands, aussi les chasseurs placent une bouteille où il y a du maïs au pied d’un arbre, etdès que quelquessinges y sont descendus et ont fourré leur patte. dans la bouteille ,
ils ne peuvent plus Ja retirer. Le chasseur alors revient et s'empare du singe, qui préfère se laisser prendre plutôt quede quitter le maïs.
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M: Huwren. L'Orénoy |estun fletive qui se précipite aveë tant dé füreur dans la mer, que dans cette partie là navigation est très dangereuse : Colomb aussi pensa-t-il y laisser les vaisseaux. Parvenus sur cé point ävant de ‘s’en douter, ses vaisseaux étaient ballottés à droite et à gauche d’une manière horrible, tantôt ils s'élevaient au haut des nues avec une rapidité qui ne le cédait qu’à la vitesse avec laquelle ils retombaient au fond dé l'abime. Il parvint cependant à se sauver de ce précipice par un détroit qui paraissait si affreux qu’on lui donna le nom de la bocca del drago, la gueule du dragon. Il est entre Trinidadet la côte de Cumana, qui est une partie dela Terra Ferma. |
Prenre. C’est donc aussi à Colomb que nous devons la découverte du continent de l'Amérique,
M. Huwrer. Oui, car voyant l’Orénoque en sortir pour se précipiter avec tant de violence dans l'Océan, il était persuadé que ce n’était pas une île,
Pienne. Pütequoi ne ège a-t:on pas donné le nom de Colombie ? :
M. Huwren. Voilà, certes , une injustice que ses vontemiporains n’auraïènt pas dû commettre.
Cuancorrs. D'où lui vient le nom d'Amérique ?
M. Huwren. Nous le saurons plus tard. En co moment n’abandonnons pas les vaisseaux de Colomb. Persuadé qu’il touchait la terre ferme du Nouveau-Moude , Colomb cingla toujours à l’ouest,
le long de la côte : étant plusieurs fois descenda à
terre, il trouva que les-habitans ressemblaient beaucoup. à ceux de l’île espagnole; mais ils avaient plus d'esprit et de courage, et leur teint.était plus blanc. Les feuilles d’or et les perles précieuses-qu'ils échangesient avec plaisir pour des futilités de notre gays étaient leur parure. Curieux de respirer un air, frais, Colomb était un jour descendu à terre, lorsqu'il fut joint par un de ces habitans que Colomb prit pour un cacique, et qu’il traita avec beaucoup d'honneur. Après s’être approché de Colomb , il lui retira son bonnet de velours cramoisi, et lui donna en place une couronne d’or. Un mouchoir de diverses couleurs leur enveloppait la tête , etune étoffe de mêmes couleurs leur ceignait le devant du corps, depuis la ceinture jusqu'aux genoux. Hs avaient les cheveux longs, mais coupés ; ils n'avaient pour armes que la flèche, Parc et le bouclier. Sans l'avance de:ses vaisseaux, Colomb fût resté plus long-temps pour étudier l’intérieur du
pays; mais il se vit obligé de renoncer àses désirs et
de retourner vers l'ile espagnole. C'est dans ce retour qu'il découvrit l'ile Sainte-Marguerite, si renommée par la pêche des perles, et arriva enfin dans sa colonie, croyant enfin pouvoir se reposer de ses fatigues. ; L
Col.
avait € suyer, avait ç beauco ville à ] mingque ville, considé donné :
Laiss gue ».0 * la tête les Proy été; me juré Ja maitre arrivé, celui ae restés ç
Colomb ne devait pas encore goûter de repos ; il avait encore bien des revers et des traverses à essuyer. Pendant son absence, son frère Barthélemy avait conduit la coiomie d'Isabelle dans des contrées beaucoup plus avantageuses; il y avait bâti une ville à laquelle il avait donné le nom de Sainé-Domingue., en l’honneur.de Dominic, son père. Cette ville , qui est encoretrès florissante, était la plus considérable des Indes-Occidentales ; aussi avait-elle donné son nom à toute l’ile.
Laissant Roldan , le grand-juge, à Saint-Domingue, qu'il venait de fonder, Barthélemy se mit à
* la tête d’une partie de ses forces, et pénétra dans :
les provinces de Pile où son frère n'avait pas encore été; mais Roldan , qui, depuis long-temps, avait juré la perte de Colomb, et qui voulait. se rendre maitre de l'ile, pensa que le moment d'agir était arrivé. Fort de l’éloignement de Barthélemy et de celui de l’amiral, il souleva les Espagnols qui étaient restés contre Barthélemy et contre Diégo , son au-
D MR ET 2 RE ET en mhrEse a PUS
2e areas
108 VOYAGES ET CONQUÈTES.
tre frère. I] n’eut pas de peine à leur faire embras ser son parti : il se fit donc déclarer leur chef, prit les armes contre l’adelantado, s’empara des vivres et voulut même enlever d’assautle fort quel'onavait construit à Saint-Domingue; mais, grace à l’activité et à la vigilance du commandant , il ne put réaliser cette coupable espérance, et se vit forcé de se retirer dans une autre partie de l’île. IL parvint à décider les habitans à lever l’étendard de la révolte, et bientôt tout Saint-Domingue se rangea SOUS ses ordres. |
Les trois vaisseaux que Colomb avait détachés des Canaries n’étaient pas encore arrivés. Après bien des échecs et des tempêtes essuyés , ils parvinrent enfin à l’ile espagnole, à l'endroit qu’occupaient Roldan et ses complices. Jgnorant la révolte, les commandans des trois vaisseaux “ rent débarquer une partie de leur monde qui devait être conduit à Saint-Domingue. À peine à terre, Roldan leur fit goùter ses projets, et ces vils scélérats, croyant qu'il y aurait Pillage et impunité, se rangèrent sous les drapeaux du traître Roldan. L’amiral fut bien peiné Jorsqu’ il apprit tous ces désagrémens. Ces trois vaisseaux n'étaient plus d'une grande utilité pour Colomb , et l'insolent Roldan, fier de sa supériorité, ne cessait de rire hautement de la faiblesse de son ennemi. Peu s'en fallut qu'irrité par tant de malheurs, Colomb ne se mit à le
tête résol tion.
taire douc dans gocia et il.
{ous sang.
pour :
Fermi venu telles étaien ainsi ‘Rolda tre l’a à leurs fiance Jetd sur u ce tem lans.
Le d’avoi répare Orien
tête deses troupes, et ne marchât contre les rebelles, résolu à périr plutôt que de vivre ainsi dans l’inaction. Mais Colomb, toujours maître de lui, sut faire taire son amour-propre froissé, et chercha, par la douceur , à faire rentrer Roldan et ses complices dans le devoir. Après bien des pourparlers et des négociations ennuyeuses, Colomb parvint à son but, et ileeut la gloire de faire rentrer dans le devoir ous ces mutins, sans verser une seule goutte de saug. Il dépécha aussitôt un vaisseau en Espagne, pour annoncer à la cour la découverte de la Terre Ferme : il fit part aussi de la révolte qu’il était parvenu à apaiser. Aux productions du continent , telles que lingots, perles , il joignit son journal où étaient notées toutes les avaries qu’il avait essuyées, ainsi que la route que ses bâtimens avaient suivie.
‘Roldan et ses complices écrivirent aussi au roi con-
tre l’amiral , pour justifier leur conduite , et ce fut à leurs odieuses calomnics que la cour ajouta confiance.
Jetons maintenant , mes enfans, un coup d'œil sur une autre partie du monde , qui , pendant tout ce temps, était aussi le théâtre d’évènemens imporans.
Le roi de Portugal n’avait pas tardé à se repentir d’avoir rejeté les offres de Colomb. Voulant , pour réparer cette faute, trouver le chemin de l'Inde- Orientale, il résolut de ne rien ménager pour ar-
140 VOYAGES ET CONQUÈÊTES.
river à ce but, eten‘chargea un marin expérimenté , nommé Vasco de Gama. H'fit donc:équiper une escadre , et-lui en donna le commandement.
Gama était comme Colomb, un de ces hommes que rien ne peut arrêter ; aussi , malgré toutes les-contrariétés qu'il’ eut à supporter, malgré toutes les tempêtes qu’il lui fallut essuyer, et les longues chaînes, hérissées de rochers , ‘que lui offrent les côtes de l’Afrique , it parvient au Cap de Bonne-Espérance ; mais ce n’était pas là que devait s'arrêter un génie pareil à eelui de Gama ; il passe outre, remonte la côte opposée , et arrive à Mélinde , situéc (comme vous le voyez sur la carte ) sur la côte de Zanguebar . Quel ne fut pas son étounement quand, au lieu de peuples barbares et sauvages qu'il s’attendait à trouver, il vit une nation civilisée , professant la religion mahométane ; son commerce était étendu. Plein de confiance dns le succès de son entreprise, il remet à la voile, et le 22 mai 1498, il atteint la côte de l’Inde , objet de ses vœux etde:son ambition.
Jon. À quel point de la côte aborda-t-il ?
M. Huwrer. À Calicut, sur la côte du Malabar , dans la presqu'île en deçà du Gange. Il fut charmé de la fertilité du pays , de ses’ richesses, ainsi-que de la-douceur de ses habitans. H'n°y Séjousna pas long- ” temps, car les Indiens n’étaient nullement:avides d’éthanger léurs riclies marclrgrdises contre ces fu-
nous était d'auc Portu déses] de se sie t:
Bient rois , voulu dece secon com lui d ques.
accéd
enté , ne es-
que -cOnes les ngues nt les ve-Esrrêter utre , située ôte de xand , l s’at- > Pro- € était on en- 98, il de:son
labar , harmé que de s longavides ces fu-
CHRISTOPHE COEOMS. 441
tilités, qui. charmañent tant les sauvages; aussi, enchanté de son voyage ; il s'empressa:de retourner en Europe porter à son roi: cette heureuse nouvelle. | | don:
Ainsi, grace à la navigation , pendant que Colombétait occupé àladécouverte du Nouveau-Monde, nous entrons dans une-autre partie du globe qui était déjà connue, mais’ qui, jusqu'alors, n’avaitété d'aucun avantage. Mais alors, le petit royaume de Portugal vit abonder tous les trésors de l’Inde , et, désespéré de n’avoir pu seulement retirer les frais de ses armemens, il vit avec beaucoup de :jalou-
sie tant de richesses abonder chez ses voisins.
Bientôt tout le monde voulut faire des découvertes ; rois , république, bourgeois et gentilshommes , tous voulurent tenter la fortune et courir les mers. Un
‘de ceux qui avaient accompagné Colomb , dans son
second voyage, nommé Ojeda, décida plusieurs commerçans de Séville à armer quatre vaisseaux , à lui donner le cammandement pour aller tenter quelques découvertes, On: ne consulta pas Colomb pour accéder à cette demande , malgré leitraité qu’il avait
faitavecla cour d’Espagne. Bièn'plus, pour mortifier
Colomb, dontil:s’était déclaré l’énnemi. juré, l’évôque de Badajos:etiministre-du roi, ayant le dé-
, partementd@8 Indes-Occidentales:, CommUuNnIqUe à
Ojeda les: cartes marines ainsi que: le journal, que Colomb avait:adressés à lacour. Ileut pour compa-
119 VOYAGES ET CONQUÈTES.
gnon un Italien, nommé Amerigo. Vespucet, ou, selonlesFrançais,-Améric Vespuce. Améric ne tarda pas à inspirer tant de confiance à ses compagnons, qu’il était plutôt le maître qu’Ojeda. Après avoir tenu la route qu’avait suivie Colomb, il aborda la côte de Paria; il y fit quelques échanges avec les habitans; il longea ensuite la côte, pour s’assurer que cette-terre était une partie du continent, et quand il n’en douta plus, il retourna plein de joie en Espagne, fit sonner si haut ses exploits, que l’on oublia que Colomb l'avait déjà auparavant découvert ; et, pour comble d’injustice, au lieu de donner à cette terre le nom de l’illustre Colomb, l'Espagne lui donna le nom d’Améric.
Depuis ce temps l’on ne cessa plus d’entreprendre
des voyages pour découvrir de nouvelles terres, mais il nous faut retourner vers Colomb. Encore un mot cependant.
Le roi de Portugal, voulant profiter de la découverte du chemin de l’Inde:Orientale qu’avait fait Gama , fit équiper une flotte, qu'il chargea de touta espèce de marchandises , et en donna le commandement à Pabral. Connaïssant combien la côte d’Afrique ‘était dangereuse pour la navigation , il se dirigea vers l'ouest , à travers le vas@ Océan , passa la ligne, et fut fort étonné de se voir sur la côte
-d'une terre très étendue ; c'est ainsi que le hasard
M.HE laissé d bien fai y avail
fit découvrir à Pabral le Brésil. Après s'en être emparé au nom de son maître, itlui dépécha un vaisseau pour l'informer de cette heureuse nouvelle.
ENTRETIEN XIV
M. Hunien. Passons à Colomb, que nous avons laissé dans une position un peu critique. Il avait bien fait rentrer les mutins dans Île devoir ; maisil y avait encore loin pour obtenir une paix parfaite : c’était un feu qui couvait sous la cendre , et Roldan , quoique soumis en apparence, n’en avait pas, pour cela, abandonné ses cruels projets, il cherchait tous les moyens de noircir la conduite de Colomb aux yeux du prince. L'indulgence naturelle de Colomb, que l’on taxait de faiblesse , lui suscita de nombreux soulèvemens, qui donnèrent tant de tracas à l'amiral qu'il ne put continuer ses décou-
vertes. . Telle était sa position, quand l'orage le plus terrible allait fondre sur sa tête.
Au lieu des trésors sur lesquels ils avaient compté, les Espagnols, qui avaient quitté leur pays pour aller au Nouveau-Monde, ne trouvèrent que la plus ‘ affreuse misère ; désespérés , ils étaient rentrés dans leur patrie, et rejetaient sur Colomb la cause de leur malheur ; aussi ne lui épargnèrent-ils point les injures et les malédictions. Les guenilles qui les couvraient, leur air souffrant , la pâleur de leurs traits commandaient la piué, et faisaient croire à leurs plaintes. Le roi et la reine venaient-ils à sortir, leur chemin était couvert de ces infortunés , que les ennemis de Colomb allaient rassembler. Leur cri n’était qu’un cri de vengeance ; aussi le roi, toujours méfiant, ne tarda pas à ajouter foi à ces clameurs. IL fut même bientôt abandonné de la reine, qui
toujours l'avait protégé.
On décida donc que ‘l’on enverrait en Espagne un commissaire , avec ordre d’cxaminer la conduite de l'amiral, et le pouvoir de le destituer , si'sa conduite était répréhensible', ct, dans ce.cas, de le remplacer dans son commandement. Ce fut à l’un des ennemis de Colomb, à François de Bovadilla , .que l'on confia cette affreuse mission.
Au moment même où sa perte était jurée, Colomb était parvenu à assurer la tranquillité dans ce pays, la paix régnait partout , Espagnols et Indiens, tous
obeiss cultu: de ch tion é De:
à se Certes
ainsi ( envoy quico:
ordon Colon dre de Jui su huissi ter de Sa CO donn e tiaire.
il ave ] avec
partis.
dres \
lus
té, our plus ans > de t les coutraits leurs leur s en- 1 n’éjours eurs.
> qui
i agne aduite A CONde le à l'uo dilla ,
olomb pays;
5, tous
. CHATOPHÉ CÔLOMS: 115
obéissaient aux lois ; les tnifres étaient ouvertes , la culture des'terres était en vigueür, Certes, cet état de choses aurait dû le justifier , maissa condamnalion était prononcée d'avance.
Des affaires importantes avaient forcé l'amiral à se rendre dans une contrée éloignée de l'ile. Certes , la justice voulait au moins que le juge attendit son retour avant de lé condamner; mais un homme comme Bovadilla ne pouvait comprendre ce qu'exigent la justice et l'équité. | À peine débarqué à Saint-Domingue , il se fait conduire à la maison de l'amiral, dont il s'empare ainsi de ce qu’elle renfermait , annonce qu’il est envoyé pour destituer Colomb, et rendre justice à quiconque aurait eu {à se plaindre de l'amiral; il ordonne même de mettre en liberté tous ceux que Colomb avait arrêtés, et les engage à venir se plaindre des injustices dont il ont été victimes. Cela ne lui suffit pas encore : le cruel Bovadilla envoie un huissier à Colomb lui intimer l’ordre de se présenter de suite à son tribunal pour rendre compte de sa conduite ; il y joint une lettre du roi, qui lui ordonne de se conformer aux ordres du plénipotentiaire. Colomb pouvait répondré les afmes à la main, il avait des troupes sous ses ordres , son frère était avec lui; il n’eût qu qu’à.parler pour s’attirer des partisans ; mais Colomb ne: savait qu'obéit aux ordres de: ses matleus, <e s cotisidérer s'ils étaient
og
eg.
name = RTS ee mme RS Us Poe
116 VOYAGES ET. CONQUÈTES.
justes. Résolu à se conformer à la sentence de ses juges, il se-rend à Saint-Domingue. À peine arrivé , Bovadilla, sans vouloir Fentendre, ordonne qu’on lui mette les fers et qu’on le {traîne en prison. Ses ordres sont exécutés ; on charge de chaînes l’infortuné Colomb, et on le conduit à bord d’un bàtiment. |
Figurez-vous , mes amis, cet odieux spectacle, Voyez Colomb, couvert de chaînes comme un criminel par les ordres de son ennemi juré , qui vient jui ravir ses biens, ses honneurs, et c’est devant ses domestiques , c’est sur cette terre qu’il a su découvrir , et dont il a garanti la possession à son roi, par mille dangers et mille fatigues , que cette scène se passe ; et lui, il supporte toutes ces disgrâces avec un calme etune dignité qui démontrent son innocence. Mais il n’a pas encore assez souffert, il faut encore qu’il endure les outrages et les insultes de cette populace de la colonie, qui, comme nous le savons, n’était qu’un amas de brigands. O horreur ! à infamie |...
Mais tout cela n’a pu encore contenter la fureur de Bovadilla : les frères de Colomb sont mis aux fers , et conduits, chacun, dans un vaisseau particulicer ; il fit avancer leur procès, et les condamna , sans formalité, à mort. Il n’eut heureusement pas l'audace de faire exécuter cette horrible sentence,
ear il en redoutait les suites ; mais, pensant que son
pare lol les p D ses f taine ôter m’on puiss D’, devai Pévéq facili.
malhe s’esqu lettre s’étai La ainsi :
rope le-cha ses frè cour , êlat co Dès reine tant | venait
> $es » ar- >nne son.
l’inbaàti-
tacle.
n crivient levant su dépn roi, » scène es avec à innoil faut \tes de nous le orreur !
fureur nis Aux u partidamnua ; ent pas ntence, que son
parent, l’évèque de Badajoz , ennemi juré de Colomb, ferait exécuter cette sentence, il lui envoya les prisonniers avec l'instruction du procès.
Dès que le vaisseau , qui devait porter Colomb et ses frères en Espagne, eut mis à la voile, le capitaine s’approcha de lui avec respect, et voulut lui ôter ses fers. « Mes maîtres, répondit Colomb, m’ont condamné à les porter , il n’y a ‘qu'eux qui puissent me les retirer. »
D’après les ordres de Bovadilla, les prisonniers devaient , à leur arrivée en Espagne, être remis à l'évêque de Badajoz , pensant ainsi leur retirer la facilité d’implorer la reine Isabelle. Mais, touché du malheur de l’amiral , un pilote, nommé Martin, s’esquiva du vaisse® , pour porter à la reine une lettre dans laquelle Colomb Pinformait de ce qui s'était passé. :
La cour était loin de croire que Bovadilla agirait ainsi : on vit toute l’horreur qu’iuspirerait à l’Europe un traitement aussi injuste , et on expédia surle-champ un courrier pour faire mettre Colomb et ses frères en liberté ; on l'invita même à venir à la cour , et on lui remit l'argent pour paraître dans un état conforme à son rang.
Dès qu’il entra dans le palais, où le roi et la rcine l’attendaient, ilne put quese jeter à leurs pieds, tant l'émotion et le sentiment de l'injustice qu’il venait de souffrir l'avaient affecté. Lorsqu’enfin il
£ts VOENGES ET ODNQUÉTES.
ent entrepris de se justifier , le roi et Isabelle farent bientôt convaincus de son innocénce; ils lui témoignérent leurs regrets de ce qui s'était passé. Bovadilla fut destitué , et ils cherchèrent à encourager Colomb , par l'assurance de toute leur protection ; mais ils n’osèrent pas mettré un homme , qui avait été si mal récompensé, malgré les services qu’il avait rendus, dans un poste où il lui serait facile de se venger. Colomb fut donc retenu à la cour sous de flatteurs prétextes, et l’on conféra le commandement des Indes Occidentales à Necolas Ovando.
Colomb ne put cacher combien cette injustice lui
était sensible : il ne voulut plus quitter les fers dont on l’avait chargé pour prix de ses nobles services; il les conservait pour prouver Ÿingratitude dont il avait été payé : il les avait toujours devant les yeux, et il ne voulut même pas qu'on l'en séparât après sa mort.
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el, arré éprouv fr uits d Il ét tration point d n'avait:
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; dont vices; jont il Jeux,
après
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Les plaintes de Colomb furent vaines : Ovando fut maintenu dans son poste, et se prépara à aller prendre le commandement qui lui était conféré. Jamais les Indes - Occidentales n’avaient vu une flotte aussi nombreuse.
Elle était composée de 32 voiles et montée par 2,500 hommes, destinés la plupart à s'établir à Saint-Domingue,
Ovando s’embarquaavecces forces considérables, et, arrêtant Colomb dans sa noble carrière, lui fit éprouver la douleur de voir un autre recueillir les fruits de ses soins.
ILétait temps qu’Ovando arrivât, car l’administration peu sage et peu juste de Bovadilla était sur le point de perdre la colonie. Cet homme indigne, qui n’avait acquis son autorité que par l'injustice, flattait la populace et pensait par là consolider sa ‘puissance : à cet effet, il laissa chacun vivre à sa guise, et négliga de faire observer les lois qu'avait établies Colomb. Son prédécesseur se voyait obligé de pro-
120 VOYAGES ET CONQUÈTES.
téger les malheureux Indiens contre la dureté des Castillans, comme un père protège ses enfans; celuici, au contraire, livra ces infortunés à toutes lesexigences de leurs oppresseurs. Il fit le recensement de cette population, et la donna ensuite, comme un vil troupeau, à tous les siens, qui occupèrent ces pauvres habitans, avec une cruauté inouïe, aux exploitations des mines. Des travaux ausi durs, des traitemens aussi barbares, enfin, tous les maux qu'ils éprouvaient, firent périr un graud nombre de ces hommes, qui, par leur nature, n’étaicent pas déjà bien forts. Aussi la nation entière a manqué de succomber à ses souffrances et périr. totalement.
Ovando, en arrivant, destitua Bovadilla, ct l’envoya en Espagne ainsi que Roldan , afin qu'ils rendissent compte de leur gestion. Ensuite, d’après les ordres du roi, l'esclavage fut aboli, et les Indiens, devenus libres, furent à l’abri de la violence. Il fit des lois nouvelles, qui bornèrent la puissance des Espagnols ; il leur permit pourtant de rechercher Por, ainsi qu'ils le faisaient déjà , mais il stipula que lé roi, comme souverain de l’île, aurait la moitié de leurs bénéfices, DE
Pour Colomb, réprésentez-vous son chagrin accablant ,voycz ces hommes sourds à sa demande ; en- tendez-le demander justice, faisant valoir un contrat signé de la main même du roi par lequel on lui promet que lui, lui seul sera vice-roi du pays qu'il
décou lui, s° sentez d’un n HE
HEN r'ais pa:
je mes vices à M. 1 à Colon les cour celle d’1 der à pa renonce Dans côte d’u taitune droit ;,m tion qu’ présume tinent d de Darie tlantiqu Il reg ce détroi bien des
découvrira. Eh bien! ses adversaires, si irdignes de lui, s'obstinent à fermer l'oreille à ses instances ; sentez-vous ce que devait souffrir un homme si digne d’un meilleur sort?
Hem. Mais, j'aurais agi autrement.
M. Hunter. Qu’aurais-tu fait, mon ami?
Henri. J'aurais renoncé à obtenir justice, et j'aurais passé le reste de mes jours dans une retraite que je me serais choisie, ou bien j’aurais offert mes services à un autre roi.
M. Huwrer. Ce parti ne pouvait guère convenir à Colomb, car l'expérience lui avait appris que toutes les cours se ressemblent, et ne valaient pas plus que celle d'Espagne. Il ne pouvait pas non plus se décider à passer le reste de sa vie dans l’inaction , ni renoncer à ses grands projets.
Dans son dernier voyage, il avait découvert la cûte d’un continent : il avait d’abord pensé que c’était une partie de l'Inde, qui venait jusqu’en cetendroit ; mais à celte erreur avait succédé la conviction qu'il s'était d'abord trompé. Maintenant, il présumait qu’une mer pouvait bien séparer ce continent de l'Inde, et qu’il devait exister, vers l'isthme de Darien , un détroit qui pouvait conduire de l’Atlantique dansl'Océan inconnu et de là dans l'Inde.
Il regardait comme très important de s'assurer si ce détroit existait réellement, car on devait éviter bien des longueurs et bien des détours, si l’on pou-
#22 VOFAGES EP CONQUÈFES.
vait passer de l’Espagne dans l’Ende en traversant l'Amérique, au lieu d’ahler passer au cap de Bonne- Espérance, que découvrirent les Portagais. Quoique cruellement offensé par son roi, imposa silence à son ressentiment; il voulutencore êtreutile augenre humain, I s’exposadonc denouveau, et sur ses vieux ans, aux chances et aux fatigues d’un autrevoyage.
Il soumit son projet au roi et à la reine ; ils l’approuvérentaussitôt, et, ne doutant pas deses talens, espérant de son bonheur , ils ordonnèrent de préparer une escadre; ilsse débarrassaient ainsi de sa présence, qui ne cessait deleur rappeler leur ingratitude envers lui.
Cette tristeescadre n’était composée quede quatre pauvres navires. Le plus beau était de moitié plus petit qu’un vaisseau marchand , et c’est ainsi qu’il allait tenter une entreprisesiconsidérable. C’estavec une telle escadre qu’il devait s’exposer sur une mer inconnue et trouver une route par laquelle on comptaitfaire venir les richesses de l'Inde! Quelles minces ressources pous obtenis un si grandi résultat!
Colomb seul pouvait se: hasarder x exéeuter un pareil projet ; il aurait effrayé tout autre, mais lui, encouragé par ses prenriers succès, n’hésita pas: à entreprendre ce nouveau voyage: avec une embarcation pareille à celle qu’il avaiteue-autrefois-sur lv grand Océan. H fat accompagné par som frère Bar-
thélemy., et par son fils aîné, qui avait alors treize ans; ce fut lui qui, plus tard, fit l'histoire de sa vie.
IL s’embarqua à Cadix le 29 juin 4502, dix ans après-sa première-expédition , et fit voile vers les Canaries, comme.de coutume. Ils firentun très heureux voyage, et ne furent eontrariés que par le plus grand vaisseau, qui était très mauvais et qui ne pouvait suivre les autres. H se dirigea d’abord vers Saint- Domingue , afin de pouvoir remplacer ce vaisseau par un autre. | |
Lorsqu'on fut arrivé vis à vis cette île, Colomb fit savoir à Ovando l’objet de sa demande , et désira entrer dans le port; mais ce gouverneur ( est-ce possible, mes enfans? ) eut linsolence de lui refuser. Colomb, à qui lexpérience avait beaucoup appris, jugeant qu’on allait éprouver une horrible tempête, fit avertir Ovando; il lui fit demander la permission de passer ce temps-là dans le havre. Comme ce gouverneur se disposait à faire partir une flotte pour l'Espagne, Colomb l'engageait aussi à retarder cette embarcation de quelques jours : inutiles efforts ; sa prière fat méprisée, ses conseils repoussés , ct l’on regardases prévisions commeun vain rêve. Il n’entra pas dans le: port ,:et la flotte partit pour l'Espagne.
Latempête eutlieu : Colemb, qui s’y attendait, préserva ses vaisseaux par ses sages précautions, lan : disque lasuperbe flotte qui avait fait voile vers Espague, forte de dix-huit vaisseaux, périt, sauf trois
124 VOYAGES ET CONQUÈTES.
batimens. Roldan et Bovadilla, qui se trouvaient dans cetteembarcation, reçurent la juste récompense de leur horrible conduite envers Colomb ; ils trouvèrent la mort dans celte tempête, et la fortune considérable qu'ils avaient amassée dans l’île Hispaniola fut ensevelie avec eux. On remarque que le vaisseau qui portait les débris de la fortune de Colomb et auquel on avait donné la préférence, parce qu’il était le plus mauvais de tous, fut le seul qui ne reçut aucun mal et qui fit Ja route jusqu’en Espagne, tandis que les deux autres revinrent à Saint- Domingue en fort mauvais état.
Les personnes superstitieuses éprouvèrentun effet remarquable de cette particularité, et au lieu d’admirer la justice divine, qui sait punir les méchans et récompenser les bous, ils supposèrent que Colomb était un sorcier, et qu’il avait suscité cette tempête à ses ennemis; car clles ne concevaient pas que le vaisseau qui portait ses richesses fût seul épargné.
Trrité avec raison, Colomb quitta cette île, qui lui avait refusé un coin où il pût échapper aux dangers de la tempête, et ils’achemina à l'ouest versle continent.
Pendant ce voyage, ils éprouvèrent bien de la peine ; ils abordèrent enfin à une île appelée Guanaia, près de la côte du continent nommée Honduras.
On jeta l’ancre, et aussitôt Colomb envoya son frère et quelques hommes pour visiter cette terre.
Comme il s’approchait du rivage, il rencontra une barque de forme indienne, mais mieux construite que les canots des sauvages ; elle était très longue, et avait huit pieds de largeur. Au milieu était un toit de feuilles de palmier sous lequel des femmes. et des enfans étaient à l’abri : elle contenait vingtcinq hommes.
On tâcha d'arriver jusqu’à eux; et, quoiqu'ils eus sent des armes, ils se rendirent volontiers lorsqu'ils virent qu’ils allaient y être contraints. On visita les objets qui se trouvaient dans le canot : il y avait des matelas, des espèces de chemises qui n’avaientpas de manches, en fil de coton; d’autres vêtemens, et des toiles dont les femmes se servaient en guise de mante; on trouva encore des épées de bois, ayant un tranchant des deux côtés, formé par des cailloux que l’on avait fixés avec de la ficelle et de la résine ; des haches en cuivre et d’autres objets également en cuivre. Tous ces sauvages étaient couverts au milieu du corps; ils se nourrissaient à peu près comme à Saint-Domingue, mais ils buvaieut d’une boisson de maïs qu’ils faisaient bouillir , et qui semblait de la bière : on leur trouva également une petite quantité de cacao; ils paraissaient s’en servir comme de la monnaie, et par conséquent en faisaient grand cas. Ce sont les premières amandes decegenre queles Européens aient vues.
Colomb, enchanté de cette rencontre , ordonna
qu'on les traität avec les plus grands ménagemens, espérant, par cemoyen, obtenir d’eux les renseignemens dont ïl avait besoin : il reçut de leurs marchan- dises en échange de celles d'Europe; il s’informa de cequ’ilavaît intérêt desavoir, et puisleur rendit leur canot et la liberté. Un seulvieillard, qui ne parut pas du tout contrarié de rester avec eux, ne partit pas, et comme il paraissait intelligent, Colomb se promit de l'employer dansles relations qu’il aurait avec les autres sauvages, et d’apprendre de lai ce qu’il aurait besoin de savoir.
Il sut, parce vieillard, que l’or était abondant dans le pays qui était vers l'ouest; ïl comprit aisément, par ses signes, que les naturels de ce pays avaient sur leur tête des couronnes d’or, ainsi que de gros anneaux, également d’or, aux bras et aux jambes , et qu’ils garnissaient tous leurs meubles avec ce métal; il assura que lon y trouvait aussi desproductions précieuses, telles que du corail, des épices, comme luien montrait Colomb. T1 parlait du Mexique : les compagnons de Colomb insistèrent fortement pour se diriger vers ces régions ; mais quelle que fût leur
“envie , le seul désir d’arriver au but de son voyage l'emporta chez Colomb, il espérait trouver vers cet endroit du détroit qu’il cherchaît, et, sans égard pour les murmures de tous ses compagnons, méprisant cette quantité d’or qui était si près de lui, il alla vers l’est, côtoyant la terre ferme.
‘CÉRISTOPHE COLOMS. 127
M"° Hunran.Quellegtandeur d’ame, quelle cons tance ! dédaigner l’occasion de s’enrichir pour suivre ses projets, sacrifier ses intérêts à l’intérét du mondeeatier , et supporter le mécontentement de tout l’équipage plutôt que de se détourner de la ligne qu’il s'était tracée. Mes chers amis! si jamais l’occasion se présentait, Dieu veuille que l’on vous trouve aussi vertueux, aussi désintéressés, et que vous sachiez vous oublier vous-mêmes pour ne vous occuper que de l'intérêt commun. Rien n’est plus beau et plus digne d’un homme d'honneur.
ENTRETIEN XVI
Henar. Nous sommes très impatiens, papa, de savoir si Colomb finira par être plus heureux dans
son voyage.
M. Huwren. Ï suivit la côte d'Honduras vers
l'est, cherchant toujours le détroit qui devait être dece côté, d’après l'assurance des sauvages.
Joux. Les sauvages avaient donc menti?
M. Hunren. Non; mais on ne s'était pas compris : ils avaient pris pour un isthme le détroit que Colomb leur avait dessiné , et alors ils avaient indiqué le Darien, et avaient eu raison.
Pendant cette route, ils trouvèrent, sur ces côtes, des hommes tout différens des premiers, vivant tout autrement et bien plus sauvages. Ils étaient absolument nus; ils mangeaient la viande et le poisson crus , et sans y faire le moindre apprèt. Leurs oreillesétaient si longues , qu’au moyen des objets qu'ils pendaient après, elles tombaient jusqu'à l’épaule. {ls avaient leur corps couvert de figures d’animaux, tels que lions, cerfs, etc. , qu’ils marquaient avec le feu. Leurs marques de distinction étaient des bonnets rouges et blancs de toile de coton. Certains avaient le visage peint en noir , d’autres se le peignaient en rouge ; ceux-ci ne se colorient que leslèvres, les narines et les yeux; ceux-là font des raies de diverses couleurs.
Ils se perçaient, aux oreilles, de si grands trous, qu’un œuf de poule serait passé à travers. C’est de là que Colomb donna à ce pays le nom de Costa de
as Orejas , autrement Côte des Oreilles.
Il contiaua sa route ; mais, ayant contre lui et les vents et les courans, il ne put aller que fort lentement. Enfin, ilarriva à un promontoire qui tournait vers le sud , et dès lors il eut pour lui le même
vent qui lui était contraire. Ce cap fut nommé Gracias à Dios, ou Graces à Dieu, n’oubliant jamais de reconnaitre la main du Tout-Puissant dans toutes les circonstances heureuses qui se présentaient à lui. ‘ “ur
: Au bout de quelques jours, s’étant arrêtés dans an autre lieu, plusieurs canots de sauvages vinrent s'opposer à leur débarquement ; mais voyant que les Espagnols ne paraissaient point vouloir leur faire de mal, ils vinrent sans défiance, et offrirent l'échange de leurs marchandises, qui étaient des armes de toute façon , des massues, des bâtons d’un bois noir et dur, ayant au bout une arête de poisson, des gilets de coton et de leurs bijoux, qui consistaient en morceaux d’or pâle, et dont ils ornaient leur cou. Colomb leur donna quelques légers objets, mais refusa l’échange ; il refusa aussi de descendre à terre , malgré leurs instances : ce refus les fàcha ; ils résolurent de faire finir cette défiance, qui les blessait.
IL se présenta donc à eux un vieillard d’un aspect vénérable , portant un étendard en signe de paix ; deux jeunes filles, qui avaient à leur cou des plaques d’or, étaient avec lui. L’amiral les reçut avec bonté ; il les invita à manger , leur fit présent d’habits, et ils s’en retournérent auprès des leurs, satisfaits de la manière dont ils avaient été accueillis.
Le lendemain , Colomb envoya son frère à la
130 VOYAGES ET CONQUÈTES.
terre ; il trouva en tas tous les objets qu'ils leor avaient donnés la veille. Deux d’entre eux le reçurent dans leurs bras , et s’assirent sur l'herbe avec lui. Don Barthélemy accepta gracieusement l'offre qu’on lui fit de se reposer auprès d’eux ; puis, à l'aide d’un interprète indien , il leur adressa diverses questions. Son secrétaire se mettait en devoir d'écrire leurs réponses.
Dès que ces hommes virent les plumes , le papier et le cornet, ils s’enfuirent en toute hâte, ainsi que tous les autres habitans que la curiosité avait attirés autour d’eux. Ces sauvages, extrêmement superstitieux, prirent le secrétaire pour un sorciér, et la plume, l’encre et le papier, pour les objets nécessaires au sortilége qu'on voulait employer contre eux. On ne put leur Ôter cette idée bizarre, et ce ne fut qu'avec bien de la peine qu'on les décida à revenir auprès des Espagnols; ils ne le firent toutefois qu'après avoir pris leurs précautions, pour se mettre à l'abri de l’art magique : ils lancèrent donc sur les Espagnols une poudre qui fit de la fumée , ils la chassérent vers celui qu'ils écroyaient l’enchanteur , et par ce moyen se crurent hors de sa puissance.
Don Barthélemy alla avec eux jusque dans leur village: il n°ÿ remarqua qu’un grand édifice de bois dans lequel ils enterraient leurs morts. Les corps étaient enveloppés dans du drap de coton; un d’en-
tre eux était embaumé ; le dessus de.chaque sépulture était couvert d’une planche ornée de figures d'animaux , et certains avaient le portrait de la personne qu’elle renfermait. Colomb, ayant désiré obtenir de ces hommes quelques renseignemens , retint certains d’entre eux auprès de lui; mais les autres pensérent qu’il voulait les garder comme prisonniers, et qu’il voulait faire payer leur liberté : ilsluienvoyèrent, en conséquence, deux jeunes porcs en forme de rançon ; mais Colomb leur prouva qu’il n'avait pas entendu les retenir malgré eux, en payant les deux pores et leur promettant de renvoyer leurs compatriotes.
Un matelot avait pris un chat sauvage, di était moins gros qu’un chien lévrier et de couleur grise ; ce chat est très agile et très adroit , il grimpe sur les arbres avec la légèreté de l’écureuil, et se suspend aux branches par sa queue. On s’aperçut qu’à son aspect, les jeunes porcs voulaient s'enfuir; alors on en prit un que l’on présenta au chat : aussitôt celui-ci s’accrocha au pauvre animal, après lui avoir entortillé le museau de sa queue, et ne le lacha que lorsque les gens de l’équipage furent venus à son secours. | |
Arrivés à l'embouchure d’une rivière, après plusicurs jours de voyage, Colomb fit descendre quelques soldats sur Je rivage ; mais un grand nombre d’Indiens armés ne leur permirent pas d’aborder ;
* 132 | VOYAGES ET CONQUÈTES.
ils s’avancèrent dans la mer, au nombre de plus de cent ; ils sonnaient du cor , battaient du tambour, jetaient de l’eau vers leurs ennemis, mâchaïient des herbes et les crachaient vers eux, leur montraient leurs lances avec des gestes menaçans. Cependant, voyant que toutes leurs menaces n’effrayaient pas cesétrangers, et que, fidèlesaux ordres qu'ils avaient, ils ne répondaïent à leur colère que par la patience, ils renoncèrent à leur opposition , ils entrérent en relations, et échangèrent avec les Espagnols, contre quelques sonnettes , seize plaques d’or qui valaient 150 ducats.
Réflexion faite , les sauvages se persuadèrent que la modération qu’avaient montrèc les Espagnols à leurs menaces provenait de leur faiblesse, et dès le Jendemain ils lancèrent des sagaïes sur ia chaloupe qui venait de nouveau à eux : il fallut donc que les Espagnols se montrassent capables de leur répondre ; en conséquence, d'après l’ordre de l’amiral, on ‘Jeur tira un coup de canon. Cette explosion, jointe à une blessure que reçut un des sauvages atteint par une flèche , les mit tous en fuite : alors lés Éspa- ‘gnols descendirent sur le rivage, les laissant fuir en paix. | On leur fit des signes, pour lesengager à revenir; ils y consentirent, étant bien convaincus que ces ‘hommes blancs pouvaient bien leur faire du mal , mais qu'ils ne le voudraient pas; ils se rendirent
jet ces tioi la P près les 1 mir:
O posil gesd clou:
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À endr mée .
dant profit seaux mit e: il ent, de el,
Ils !
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donc au rivage sans armeset continuèrent à échanger leurs plaques d'or.
Dans l'espoir de trouver ledétroit qui faisait l’objet de ses recherches, Colomb côtoyait le long de ces terres, sur lesquelles il avait pris des informations sur les productions du pays, la manière de vivre des habitans ; il arriva dans une baïe dont la position valait un port commode, grand, et auprès de laquelle était une grande ville peuplée par les Indiens ; les terres étaient bien soignées : l’amiral lui donna le nom de Porto-Bello.
On trouva, chezleshabitans de cette ville, des dispositions toutes favorables ; ils offrirent des échanges de différens vivres et du fil de coton , contre des clous, des aiguilles, des sonnettes et autres ustensiles que leur montrèrent les Espagnols.
A la distance de huit milles, Colomb arriva à cet endroit de la côte où l’on a bâti depuis la ville nommée Nombre de Dios : il fut forcé de s’arrêter là pendant quelques jours , à cause du mauvais temps; il profita de cette halte pour faire réparer ses vaissceaux , qui se trouvaient en mauvais état : il se re: mit en route ; mais, le mauvais temps continuant YA il entra dans un petit port, auquel il donna le nom de el Retrette, la Retraite.
Ils furent d’abord bien accueillis ; mais, quelques matelots s'étant mal conduits envers les habitans ,
134 VOYAGES ET CONQUÈÊTES.
ceux-ci changèrent à leur égard. Les Espagnols, se sentant assez forts pour attaquer ces sauvages , résotarent de leur livrer un combat : en vain l’amiral s’efforça de les détourner de cette résolution , toutes ses exhortations furent inutiles ; il fallut leur céder. Alors il fit tirer un canon à poudre sur les Indiens, “pensant que le bruit seul suffirait pour les épouvanter. Il n’en fut pas ainsi ; les sauvages , reconnaissant que ce n’était que du bruit, en devinrent plus hardis , ils frappatent les arbres de leurs bâtons et jetaient de grands cris, en signe du peu de cas qu’ils faisaient de leur tonnerre : il fallut donc leur en faire connaitre les véritables effets. L’amiral ordonna de diriger un canon chargé à boulets sur une colline où les Indiens étaient en grand nombre ; plusieurs furent tués: reconnaissant alors que cette arme faisait plus que du bruit, ils s’enfuirent dans les forêts, demi-morts de frayeur.
Les habitans de cette contrée étaient , de tous les Indiens que l’on avait vus, ceux dont le corps était le mieux fait ; la plus jolie tournure, leurs mem-. bres des mieux formés, les rendaient très beaux ; ils
n'étaient pas défigurés comme tous les hommes de ces pays. On trouvait là de fort gros alligators (je vous ai déjà parlé de ces animaux ), qui vont dormir sur le rivage. Ils remplissaient les environs de cette odeur de musc qui s’exhale de leur corps; ils paraissaient timides , cependant ils saisissaient quel-
quefois celui qui tentait de les attaquer, et le dévorailent.
N’espérant plus trouver ce passage si recherché pour se rendre de l'Océan Atlantique dans la mer du Sud , et voyant que le mauvais temps continuait à s’opposer à ses recherches, Colomb résolut de revenir sur ses pas, et de se diriger vers une contrée nommée Veragua, dans Faquelle se trouvaient de superbes mines d’or, s’il faHait en croire Je rapport de tous les sauvages.
Cette navigation fut très dangereuse et très difficile : une tempête terrible.et très longue, jointe à la disette, mit les Espagnols dans wne position affreuse. Ils étaient en route depuis huit mois, et leurs provisions de bouche étætent près d’être épuisées ; il ne leur restait que quelques biscuits totalement gâtés par l'humidité et læ chaleur. Ils étaient pleins de vers , et l’on mangeaït non du pain, mais des poignées d’insectes ; cependant ils les dévoraient et se contentaient de se mettre à l'obscurité, afin de ne pas voir ce qu’ils mangeaient. elles sont, mes enfans, les extrémités auxquelles om peut se trouver réduit.
Les-vaisseaux, dans çe même moment, furent assaillis par un grand nombre de requins.
Cuancorrs. Qu'appelle-tesx un sequin:?
Jows. Un requin est uu poison énorme , qui pourrait à peine être contenu dans cette chambse;
il a une gueule effrayante ; ses dents, placées sur |! trois rangs, se croisent et coupent un membre | comme le ferait une hache. Sa queue, très forte et sans cesse agitée , casserait les bras à un homme et pourrait même le tuer.
Frépénic. Quel monstre!
M. Hunren. Sa voracité est telle qu'il avale | tout ce qui se présente, soit du fer, même des haches. Un voyageur, dont les relations sont dignes de foi , uous raconte qu’un jour ayant jeté à la ! mer un cadavre enveloppé dans une grosse pièce | de toile, comme on fait en pareil cas, ne pouvant ! enterrer les morts, le lendemain on trouva le | corps de cet homme, tel qu’on l’avait enveloppé, | dans le corps d’un requin que l’on venait de prendre. Les nègres de l'Afrique mangent la chair de cet animal avec plaisir, quoiqu’elle sente l’huile, et qu’elle ait mauvais goût ; ils attendent, pour la À manger, qu’elle ait passé huit jours environ au soleil , et qu’elle commence à puer.
Le compagnon de Colomb, homme très superstitieux , considérait comme un mauvais pronostic la présence de ces animaux abominables ; cependant, quels que fussent leur frayeur et leur dégoût pour la chair du requin, ils se décidèrent à la manger , car elle était moins rebutante que leur biscuit.
placées sur n membre ès forte et | homme et
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FenviNanr. Comment faisaient-ils donc pour se les approprier ?
M. Huwrer. C'était très facile en mettant leur avidité à profit; ïls se laisser’ prendre par ce penchant, comme les hommes se laissent entrainer par leurs passions. Les matclots, sachant que
‘les requins se jettent sur tout ce qui se présente , mettaient quelque chose de rouge à un crochet en fer attaché au bout d’une chaine : les avides requins venaient se prendre de suite à cet hameçon ; aussitôt on retirait la chaîne, et l’on montait l’animal à bord du vaisseau. On trouva, dans le corps d’un requin que l’on avait pris, une tortue en vie , qui marcha dès qu’on l’eût délivrée; et, dans un autre, il y avait la tête d’un requin , ce qui fait penser qu’ils se mangent entre eux.
ENTRETIEN XVIL
M. Hurer. (Colomb sc vit souvent obligé de jeter l’ancre dans d'autres endroits de la côte, avant d'arriver au Veragua, renommé pour les
mines d’or, et cela afin de laisser calmer les bourrasques.
138 VOYAGES ET CONQUÈÊTES.
Une chose remarquable frappa sa vue, les habitans de l’une de ces contrées avaient. bâti leurs maisons en l'air.
Frépéric. Quoi! cela est-il possible ?
M. Hunren. Ils employaient le même moyen que la reine Sémiramis, qui avait, dit-on, fait des jardins suspendus ; tu t'en souviens, sans doute ?
Frépénic. Oui, oui, c’est bien cela , les jardins
suspendus.
M. Hunrer. Ces sauvages avaient donc établi leurs cabanes sur des branches de grands arbres , comme on faisait alors des terrasses et des jardins sur des voûtes élevées ; de sorte que ces sauvages paraissaient vivre en l’air comme les oiseaux, et non sur la terre.
Crancorre. Expliquez-nous pourquoi ?
M. Huxren. Ils craignaient, sans doute, les inondations , les bêtes ou les ennemis.
Crances. Comment pouvaient-ils y monter?
M. Huwren. Avec des échelles; et, pour empêcher que personne ne püt y monter, ils ne manquaient pas de retirer l'échelle après eux.
Ils arrivèrent heureusement à Veragua , pensant aux trésors qu’ils espéraient y trouver. La rivière dans laquelle ils mouillèrent fut nommée par l’amiral Bétem ou Bethléem (1). Ayant appris de quel-
(1) Parce qu’il y arriva le jour des Rois.
ils ram nonce Cols une co projet, Sons (ot tant d'a minée e el couve alors q établit i|
ques habitans qu’en remontaut la rivière ils trouveraient , à quelques journées de distance , Quibio, ou. selon d’autres historiens, Quibia, résidence de leut roi, ils décidèrent de s y rendre ; et, àcet effet, Colomb fit avancer son frère Barthélemy , avec les barques ; pour complimenter ce roi, qui, averti de l’arrivée des blancs, accourut au devant d’eux et les accueillit très bien.
Le lendemain , le roi voulut visiter l’amiral luimême : Colomb le reçut avec les honneurs dus à son rang , et s’attira facilementson amitié , en lui faisant présent de quelques bagatelles d'Europe.
On prit ensuite quelques indications sur les mines d'or , où dom Barthélemy se rendit avec sa troupe. Ils trouvèrent, en effet , de l’or à fleur de terre, aux racines de gros arbres, ce qui les convainquitquece précieux métal devait y êtreabondantils ramassèrent donc ces grains épars, et vinrent annoncer à l’amiral le succès de leur voyage.
Colomb, qui avait déja formé le dessein d’établir une colonie dans ce pays, fut confirmé dans ce projet, et ordonna de construire de suite des maisons tout près de l'embouchure du Bélem. On mit tant d'activité dans cette opération , qu’elle fut terminée en peu de temps. Ces maisons étaient de bois et couvertes de feuilles de palmier. Colomb choisit alors quatre-vingts hommes de son équipage et les établit dans cette colonie, mettant à leur tête son
140 VOYAGES ET CONQUÈTES.
frère Barthélemy ; il les pourvut de tout ce qui était nécessaire pour leur sûreté et les besoins de la vie, leur donna aussi les ustensiles propres à la pêche, cette rivière étant très abondante en poisson. Il y avait une espèce de sardine ou d’anchois , que les habitans prenaient assez singulièrement. Ces poissonsise lancent hors de l’eau etse jettent à sec toutes les fois qu’ils se croient poursuivis : alors les Indiens couvrent de feuilles de palmier le milieu de leurs canots, et font beaucoup de bruit avec leurs avirons en traversant la rivière; ce poisson, se croyant poursuivi , saute sur le canot croyant sauter sur la terre, et se trouve pris.
Toutes les dispositions étant faites , Fa pensaità retourner en Espagne, lorsqu'il fut très étonné d'apprendre que le roi de Quibio, voyant avec jalousie la nouvelle colonie que les Européens venaient de fonder sur ses terres, avait résolu de mettre le feu aux maisons. Il chercha, avec son frère, les moyens de parer à ce malheur , et ils crurent indispensable de prévenir ce prince et de l’arrêter, résolution dont les résultats furent bicn funestes.
Don Barthélemy, chargé de cette expédition, prit, à la tête d’un fort détachement , le chemin de la ville de Veragua, et s’approcha de la maison du cacique , située sur un coteau , à peu de distance, Alors Quibio le fit prier dé ne pas aller plus loin,
tait vie, che, y e les poisoutes diens leurs irons pourterre,
b penat très voyant opécns solu de ec son ils crude l’arnt bien
édition, emin de aiSON du distance:
us loin,
lui manifesta le désir qu'il avait d’aller au devant de lui. Barthélemy, sur cette invitation, s'avança, escorté seulement de cinq des siens, ordonnant aux autres de le suivre un peu de loin , et de marcher vite en avant , au premier coup de feu qu’ils entendraient, afin de cerner la maison du cacique, et d'empêcher que qui que ce soit ne püût s’en échapper. Le cacique s’approche , il se dispose à accueillir son hôte ; on s'empare de lui. Les Espagnols accourent au signal donné, investissent la maison, et tous ceux qu’elle renfermait subissent, sans coup férir , le sort de leur maitre.
Combien je désirerais , mes enfans, pouvoir effacer cette seconde tache de l’histoire de Colomb et
de son frère!
Dinier. C’est le cacique qui , le premier, s'était rendu coupable de trahison , et on n’avait d’autre but que d'arrêter ses intentions perfides.
M. Hunter. C’est très juste , mon ami; mais qui avait pu autoriser les Espagnols à agir ainsi en maître et à envahir ses États?
Diner. Personne.
M. Hunrer. Qui peut blâmer un prince de refuser le séjour , dans ses États, à des hommes qu’il croit dangereux peur lui et pour ses sujets?
Dinrer. Persvnne, assurément.
M. Hunrer. De quelle injustice les Espagnols ayaient-ils donc à se plaindre, pour violer ainsi les
droits del’hospitalité? Tont ce qu’on peut dire pour
excuser l'amiral , c'est qu'en fondant cette colonie et la mettant sous le commandement de son frère, son but était de civiliser les Indiens et de les convertir au christianisme , et qu’en s’assurant de la personne du cacique il espérait entamer une négociation avec lui et gagner son cœur par des témoignages d'amitié. Cette fin était digne d’éloges, sans doute ; mais les moyens mis en usage étaient indignes de cet homme rempli de sagesse et d'humanité.
Quoi qu’il en soit, c’est à cette conduite qu’il faut faire remonter la nouvelle série de malheurs qui ne cessérent de l’accabler pendant tout le reste de sa vie. On décida que l’on menerait le cacique, pieds et poings liés, à bord des vaisseaux ; la nuit arriva : on le met sur une barque. Attaché au bateau, le mal heureux cacique supplie son conducteur de desserrer les liens qui blessent ses mains ; son conducteur se laisse toucher par ses plaintes, et, sans cependant le laisser libre, il desserre ses liens.
Le cacique se précipite aussitôt dans les flots, et entraine son garde avec lui. Tout est aussitôt'en rumeur sur la barque. Toutes les recherches furent inutiles ; l'obscurité de la nuit, jointe à son adresse à nager, lui permit de se soustraire aux yeux de ceux qui le poursuivaient, et ileut ainsi le bonheur de se sauver.
Les Espagnols s'emparérent auseïtôt de ses biens
(is. ( seme avec les m de mc seul h bre fu au mil ne fut
Loi !
n’en cc qui, Va qu’il n° soluren
chaloux Ils n'av lerribler il fallut |
CHRISTOPHE COLOMB, | | pourle Punir d’avoir ser son fut pillée , et ils se onie | levait à 300 ducats.
ère,
à Mais Quibio se Prépara à se venger de ses en. 4 la nemis.
recouvré sa liberté, sa mai.
distribuèrent son or; qui sé.
égo- Il se précipite sur Ja colonie , et lance sur les mai-
moi- sons des flèches enflammées ; Mais il était trop éloi.
sans Sné pour pouvoir les atteindre.
indi- éngagea entre les deux Par-
nité. Barthélemy que cet établis.
qu'il * Î chargea les Indiens
neurs rompit leurs rangs et reste
que,
nuit
é au
nduc-
ains ;
mn 4 N Loind’étre intimidé par cette victoire sp n'eu conçut que plus de hain
ess qui, voyant à quels
urent
» le cacique € pour les Espagnols P
mbarquèrent dans leurs chaloupes , et atteignirent le vaissæau de }
’amiral, Ils n'avaient plus que trois bâtimens qui. aun;
terriblement endommagés, Püussent tenir la mer ÿ il fallu abandonner Le quatrième, et on le diriges
vers Hispaniola. À peine avaient-ils perdu la côte de vue, qu’il s’éleva un de ces ouragans violens, si terribles et si ordinaires dans cette mer ; ils y perdirent un vaisseau; mais, à force de faire jouerles pompes, on parvint à sauver les deux autres. Ils cinglèrent donc vers Cuba , espérant y arriver; mais une nouvelle tempête les en empécha , et les poussa sur la côte de la Jamaïque. Déjà les vaisseaux allaient couler à fond , tout l’équipage allait périr, lorsque lamiral parvint à les faire échouer , et réussit ainsi à conserver sa vie et celle de ses marins.
Colomb ne voulut pas laisser son équipage aller à terre ; il redoutait pour eux les attaques des Indiens ; il fit donc étayer des deux côtés ces vais- “eaux, ct fit construire sur le pont des baraques.
Bientôt les Indiens vinrent à bord en grand nombre ; Colomb ordonna de les recevoir avec amitié: cet accueil leur donna de la confiance , et ils apportèrent bonne quantité de provisions. Les échanges commencèrent : leurs oïes , leur pain fait avec des racines de manioc, et tout ce qu’ils avaient derare, fut troqué contre une feuille de clinquant , un morceau de verre ou une sonnette.
Décidés à quitter cette ile, Colomb et ses amis cherchèrent les moyens de réussir; ils jugèrent qu’il fallait prévenir le gouverneur d’Hispaniola de leur misère, et le prier de leur accorder un bâtiment ; mais comment parvenir jusqu’à lui? ils n’avaient
e de terirent npes; èrent
| NOUsur la it cOUue l’aainsi à
ze aller des Ines vaisques.
nd nomamitié:
ls ap pOTchanges avec des derare, un mor-
ses amis ent qu'il a de leur atiment ; n'avaient
pas une seule chaloupe, et, comme vousle voyez sur la carte, il y a trente lieues de la Jamaïque à Hispaniola.
Les Indiens , charmés de la douceur et de la bonté de Colomb, consentirent à lui vendre deleurs canots. Mais quelle triste ressource ! ce n’étaient que des arbres creusés, informes, mal travaillés, le moindre vent devait nécessairement les faire chavirer , le moindre flot les submerger.
Malgré tous les dangers que devait présenter une pareille navigation , il se trouva, parmi les compapagnons de Colomb , deux hommes assez courageux pour tenter , au risque de leur vie , à sauver l’amiral : et ses compagn: . .. Ce fut Mendez et Fieski. Ils prirent chacun un canot particulier, s’embarquèrent avec six Espagnols et quatre sauvages, pour aider à ramer. Il fut arrêté que , dès qu'ils auraient eu le bonheur de toucher à Hispaniola, Fieski viendrait prévenir l'amiral de cette heureuse nouvelle, tandis que Mendez irait à Saint-Domingue , par terre, s’acquitter de sa commission auprès du gouverneur : ils partirent, mais après avoir tenu la mer pendant quarante-huit heures , par une chaleur insupportable , sans s’écarter de la direction qui leur avait été prescrite , ils commencèrent à redouter de s’être engagés dans une autre route, et d’être dans la grande mer , qui est bien au delà de Saint-Domingue.
146 VOYAGES ET CONQUÈTES.
Jugez du désespoir de ces hommes, qui manquaient totalement d’eau douce, et qui étaient tourmentés par une soif brûlante.
Ce fut, pour quelques esclaves, le coup de la mort; les autres virent alors le sort qui les attendait. Ils n’avaient, dans cette cruelle position, que le seul moyen de se remplir la bouche d’eau de la mer , etce moyen ne servait qu’äirriter leur soif, loin d’être un remède à tant de souffrance.
Tout à coup lespoir vient renaître dans leur cœur ; ilest nuit, mais la lune leur permet d’apercevoir une éminence : bientôt on reconnaît que c’est un rocher. Mais, Ô malheur ! il est stérile : eruel désenchantement! Ils abandonnentcépendant leurs canots ; et, pleins de désespoir , ils parcourent ce rocher rempli de pierres. Leurs souffrances vont finir: dans le creux de ce rocher, on trouve une abondante provision d’eau de pluie ; elle est claire , elle est fraiche. Ils ne connurent plus de modération; ils burent avec tant d’excès, que les uns tombérent morts, les autres gagnèrent les fièvres. C’est ainsi que l’imprudence fait , des dons célestes, une cause de destruction , et que les alimens les plus sains devienuent un poison. Ils avaient cependant pu satisfaire le plus pressant de leur besoin, mais ils n’avaient pas encore tout ce qui leur était nécessaire. Ils trouvèrent aussi quelques poissons, qui purent satisfaire leur appétit, aussi résolurent-ils de passer
mant ‘our-
de la atten- 1, que a de la » soif ,
1s leur l’aperit que térile :
endant ourent es vont e abonre , elle ration ; nbèrent st ainsi ne CAUSE ains depu satisy ils n’acessaire. A purent le passer
CHRISTOPHE COLOM8.
la journée sur çe rocher, roule qu’à la nuit. Laisson fatigues, et demain nous
aven{ures, qui seront san Santes.
Dinrer. Mais a Joux. Satisfais M. Huwrer. No de ces infortunés, et après une nuit de trav la côte occidentale d’'H
> Mon cher père, notre US allons donc troub les remettre en ail , ils abordèren ispaniola.
Pprends-nous s’ils doivent périr.
curiosité.
ler le repos mer. Enfin, avec joie à
ENTRETIEN XVIII
Nous avons Ficski aborder
{ournons donc vers Colomb :
core de lui; car je crois être Derdre,
donc vu nos braves la terre, objet de leurs
Mendez et VŒœux , re-
OCCUpons-nous enforcé bientôt de le
TaéoPmire. J'espère, cependant, qu'il ne mourra pas encore.
CunarLorre. Je t'en prie, mon cher père, ne le fais pas mourir , ou je me sauve.
M. Huwrer (gravement). C’est en vain que nous nous affligerons de la perte de ce que nous aimons, si les destins ont parlé. Le sage sait supporter avec courage et fermeté tous les évènemens de la vie. On ne voyait pas revenir Fieski, comme il l’avait promis. Tous les jours, les compagnons de Colomb jetaient les yeux sur celte partie de l'Océan qui devait leur montrer Fieski, et chaque jour leur espoir était trompé. Ils crurent enfin que les deux envoyés avaient péri dans les eaux ; ils accusèrent Colomb de leur mort , le chargèrent de malédictions, jurèrent de ne plus lui obéir, et de le mettre à mort. La goutte retenait Colomb dans son hamac.
Porras, un des chefs de la révolte , étant venu le trouver , lui demanda pourquoi il ne retournait pas en Espagne ; Colomb lui répondit, avec douceur, qu'en vain il le désirait, qu’il ne voyait pas de moyen possible, que si quelqu'un pouvait lui en présenter il l’adopterait avec plaisir. Cette réponsenefit qu’augmenter la furie de Porras, qui le quitta aussitôt, et, s'étant présenté devant l'équipage , s’écria : qui veut me suivre , avance.
Ce fut le signal d’une révolte générale : en vain Colomb, malgré ses souffrances, voulut chercher
ourra >, ne
e nous mons »
Tr avec la vie.
l'avait >vlomb in qui leur eseux en- ‘ent Coictions ;
chercher
à l’apaiser ; ses domestiques , craignant que les ré- Voltés ne le missent à mort, s dar à ce qu'il se présentàt devant eux.
Les révoltés , s’étant emparés des dix batelets que Colomb avait achetés des esclaves , résolurent de se hasarder en mer, et Colomb , Ferdinand et Barthélemy eurent la douleur : 2. ‘oir abandonné: '; leurs, excepté de leurs domestiques et des gens de l'équipage , que la maladie avait empêchés de suivre les autres. Colomb les assembla et les remercia de ne pas l'avoir abandonné, les pria de persévérer dans ces bons sentimens pour lui, et leur promit qu’un jour leurs maux finiraient. |
Cependant les rebelles s'étaient embarqués, et, comptant se rendre à Hispaniola, ils côtoyèrent la pointe orientale de l'ile. Quand ils descendirent à terre, ils maltraitérent cruellement et tuèrent même les naturels du pays , après les avoir volés ; ils en enlevèrent même quelques uns pour s'en servir comme de rameurs. Au bout de quatre lieues , unc violente tempête se déchaina ; leurs misérables batelcts se remplirent d'eau, et allaient les submerger, quand ces forcenés , pour soulager leurs batelets, massacrèrent les Indiens qu'ils avaient à bord, ou les précipitèrent dans la mer. Ces infortunés, échappés au fer de leurs assassins , nageaient à côté de leurs canots ; et, quand la fatigue épuisait leurs forces, ils se cramponnaient aux batelets, cherchant
150 VOYAGES ET CONQUÈTES,
ainsi à se reposer un instant; mais aussitôt, leurs bourreaux leur coupaient les mains, et les précipitaient dans la mer : enfin, voyant qu’ils ne pouvaient continuer leur route, ils retournèrent à la Jamaïque. Fendant que ces monstres marchaient de crime ex crime , Colomb donnait tous ses soins à ses malades, et veillait à ce que l’on leur prodiguât tous les soins que réclamait leur position ; ses efforts furent enfin couronnés de succès ; il vit tout son équipage revenir à la santé. Mais de nouveaux malheurs , qu’il n'avait pu prévoir , devaient encore l’accabler. Les Indiens, qu! iusaue-là avaient fourni à leurs besoins, craignant de voir les Européens rester ainsi chez eux, et, d’un autre côté, irrités des mauvais traitemens que les leurs avaient essuyés de la part des rebelles, cessèrent tout à coup de leur porter des vivres.
Colomb trouva encore le moyen de remédier à ce malheur, ct ce fut à ses connaissances astronomiques qu’il le dut: sachant qu’il devait y avoir une éclipse de lune, il résolut de se servir de ce moyen pour s'attirer le respect et la bienveillance des insulaires ; il envoya donc un esclave, qu’il avait amené d’Hispaniola , vers les chêfs des Indiens, pour les convoquer au sujet d’une affaire très importante pour eux. Il leur annonça, par ses anterprètes, que son Dieu , seul maître de la terre , était courroucé de voir leurs cruautés, et qu’il les pré-
ration et rem mois « n'en a de leu:
leurs cipipout à la aient soins rodi- 1, Ses t tout veaux ncore fourni 1s r'esés des yés de le leur
dier à ronoavoir de ce Ilauce lavait diens , ès iminter- , était >s pré-
venaitques’ils n’envoyaientpas, commede coutume, à son équipage, les vivres nécessaires , la colère céleste tomberaitsur cux ; que, ce soir même , ilsverraient la lunc se lever avec un visage ensanglanté , etqu’alorsils pourraient juger des maux qui allaient tomber sur eux, s’ils persistaient dans leurs cruels refus.
Sa prédiction ne manqua pas d'exciter les ris des naturels du pays, mais, quand le soir fut venu et que la lune eut paru, comme l’avait annoncé Colomb, les Indiens furent déconcertés, et, voulant détourner la vengeance céleste , ils promirent à Colombque, dorénavant, ilslui fourniraient, comme par le passé, les vivres nécessaires, et le suprlièrent d’intercéder son Dieu en leur faveur. Colomb s’enferma dans sa chambre tant que dura Péclipse, et n’en sortit qu’au moment où elle cessait ; s’adressant alors aux naturels, il leur dit : Dieu voit avec plaisir vos bonnes résolutions ; il ne tirera pas veng 'ance de votre cruauté passée ; ne craignez plus : la lune va reparaitre dans son éclat habituel pour preuve du pardon qu’il vous accorde. Tout se passa comme il l’avait prévu : les Indiens, pleins d’admiration pour le Dieu des chrétiens , s’agenouillèrent et remplirent leurs promesses. Il y avait déjà huit mois que Mendez et Fieski étaient partis, et l’on n'en avait pas entendu parler ; l'on. était persuadé de leur mort, et les compagnons de Colomb, voyant
152 VOYAGES ET CONQUÈTES.
qu'il n’y avait plus de ressources pour retourner
| | | dans leur pays, se décidèrent à abandonner Colomb +. | et à rejoindre lesautresrebelles, qui vivaient, depuis ce temps , de rapine et de brigandage.
Prêts à exécuter leur dessein, l’on vit un petit Æ navire européen jeter l’ancre à peu de distance de R ce la côte ; le commandaui se fit conduire à terre , et DR bic remit à l’amiral une lettre , un baril de vin et quel- Æ
| ques provisions ; à peine débarqué, il rentra daus BE mé | la chaloupe , regagna son vaisseau et mit àla voile. Æ me LL IL n°y avait, dans cette lettre, que defaibles compli- î ll mens. | cha
Les gens de Colomb ne comprirent pas plus que ét vous ce que signifiait cette missive ; je vais vous que expliquer : Ovando, quenousavonstoujours connu , . comme l’ennemi juré de Colomb, ne voulait que qui s'assurer de sa détresse et le voir y succomber ; car Fies il redoutait que , de retouren Espagne, il ne de- Lu mandât son rétablissement, et qu’il ne perdit son rt gouvernement.
Ce message ne devait s’assurer que de l’état de détresse de Colomb et revenir aussitôt. Quelques historiens n’attribuent aucun mauvais dessein à cette conduite; d’autres prétendent que le gouverneur ne voulait que s'assurer de la mort de Colomb , et retarder , jusqu’à ce moment, l'envoi d’un bâtiment : vous pouvez choisir celle de ces
ourner |!
*olombh depuis
n petit nce de rre , et et quela daus la voile.
compli-
lus que ais VOUS rs connu ulait que ber ; car \ne derdit son
l’état de t. Quelvais dest que le \ mort de , l'envoi
de ces
opinions qui vous paraîtra lameilleure ; je désire connaitre celle que vous avez choisie. |
Tous. La derniére.
M. Huwrer. Pourquoi celle-là plutôt que Pautre ?
Herr. Je nepuis croire à Ovando autant de noirceur, et dans l’incertitude, j'aime mieux croire Île bien que le mal.
M. Huwrer. Très bien , pense toujours ainsi, et, même quand tu viendrais à prendre un homme meilleur qu’il n’est, tu n’auras pas à Le fâcher.
Trop grand pour céder au désespoir , Colomb cacha à son équipage les soucis qui le rongeaient et l’état désespéré où il se croyait réduit ; il leur dit que Fieski et Mendez étaient arrivés heureusement à Hispaniola ; que le vaisseau n’était parti que parce qu’il était trop petit pour les contenir tous; que Fieski et Mendez avaient ordre d’acheter un navire qui pt les contenir, et qu’ils ne tarderaient pas à arriver. En effet, il avait été instruit de leur sort. Maintenant que nous savons qu’ils sont arrivés, nous allons dire ce qui a empêché Fieski de revenir.
Malgréla maladie qu’il avait gagnée sur le rocher, Fieski, toours fidèle à sa parole , vaulait revenir porter cette nouvelle à Colomb ; mais tousses compagnons s’y opposèrent et ne voulurent plus s’exposer à de pareils dangers. Son autorité fut même méconnue, et il fut obligé de se rendreàSaint- Domingue retrouver Mendez ; là, ils unirent leurs
154 VOYAGES ET CONQUÈTES.
efforts pour décider le gouverneur à leur vendre un vaisseau et aller rejoindre leurs compagnons d’in-
fortune ; mais le gouverneur sut toujours éloigner .
Paccomplissement de leur désir.
Colomb cepeudant avait en vain cherché à faire rentrer les rebelles dans le devoir ; refusant toujours de reconnaître son autorité, ils exigérent qu’il leur fit délivrer la moitié des hardes et autres effets qui se trouvaient danslesbâtimens échoués, le menaçant de prendre les affnes pour les obtenir en cas de refus ; mais on ne voulut point les écouter , et ils se préparèrent lors au combat.
La maladie de Colomb continuant touiours, il donna à son frère Barthélemy tous ses hommes en état de porter les armes, et lui ordonna d’aller au devant d'eux, avec larecommandation expresse d’agir avec modération , et de n’user de ses armes qu'il n’y fût forcé par une légitime défense ; don Barthélemy exécuta ponctuellement ses ordres, mais il eut beau inviter les rebelles à la paix , ils regardèrent cela comme un acte de faiblesse et engagèrent le combat. Six des rebelles avaient pris, par serment,
l'engagement d'attaquer uniquement Barthélemy , et de s’acharner à lui , jusqu’à ce qu’il eût succombé sous leurs efforts ; mais Barthélemy soutint leur attaque avec ce courage qui le caractérise, et aidé par la valeur de sa petite troupe, il repoussa si vivement les rebelles, que peu d’instans lui suffi-
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rent pour chtenir:la vi plusieurs furent fait irouva son salut dans belles , fut saisi et dés Barthélemy; Jes priso enchaînés.
ctoire. Quelques uns Périrent, $ PriSonniers ct une partie la fuite. Porras, chef des rearmé de la Propre main de nniers furent embarqués ct
mence de l'amiral, qui,
pardonner à se venger, monde se soumit, ct lorsqu'on était loin de s’y attendre, la tranquillité fut rétablie, On accorda la grâce à (ous, excepté aux chefs de la révolte, qui furent retenus prison-
niers pour recevoir la condamnation qu’ils avaient encourue,
» Préféra
Cependant Mendez et Fiesk: avaient toujours continué leurs sollicitations auprès du gouverneur, Pour qu’il leur fut Permis d'acheter un vaisseau Pour l'amiral ; et celui-ci, enfin, craignant d’être blâmé par la Cour d’avoir laissé en peine ce grand
instances.
» COnservait ant que, dé-
guisant sa haine, il le flattait, il mit en liberté les auteurs de la révolte, que l’amiral voulait faire juger en Espagne, et fit même des menaces à ceux qui ne s’élaient pas révoltés, leur faisant craindre des informations sur leur compte.
Colomb , dont la patience n’avait pas été poussée à bout par tant de provocations , eut encore la force de cacher son indignation, et dès que les deux navires frétés furent prêts , il fit voile pour l'Espagne, abandonnant un pays dont la découverte paraissait faire son malheur.
Le sort qu’il avait éprouvé au commencement de ses grandes entreprises sembla le poursuivre dans ce dernier voyage. Le vaisseau sur lequel il était embarqué fut misen si mauvais état par les tempêtes qui l’attaquèrent après son départ, qu’il fut obligé de le renvoyer à Saint-Domingue : le second fut aussi mis en tel état, que c’était trop hasarder que de faire sur ce vaisseau un aussi long trajet ; il avait perdu son grand mât et son mât de misaine, indépendamment de beaucoup d’autres avaries.
Colomb ne se découragea pas pour cela , etavec ce vaisseau presque brisé , fit sept cents lieues. IL arriva enfin au port de San-Lucar , en Andalousie, après avoir couru les plus grands dangers.
Ne pensez pas que ce fut là le terme de ses malheurs; car, en mettant pied à terre, il apprit la plus triste nouvelle qu’il pouvait recevoir , la mort
Ce servi pénil rer le roi p ses n
Valla année soixa Sa lité d° les pli de sa
Je y
rté les ire ju- UXx qui dre des
poussée la force eux naspagne;, iraissait
ment de vre dans | il était les temqu’il fut e second hasarder rajet ; il nisaine, avaries.
tavec ce Il arriva ie , après
, ges malapprit la , la mort
des Ma je sig protectrice, la reine Isabelle. C'était ke e qu il espérait pour obtenir justice de tous ; pres traitemens qu'il avait éprouvés; mais elle n’existe plus. Un | monarque ombra eux a j d c as de grandes pensées , et qui semblait ox sa gloire , ne pouvait le rassurer.
Cependant il se rendi it auprès du roi , dès u rétablissement de sa santé le lui permit v Ni a 4 rapport sur la réussite de son entreprise. Sa réce ë er fut froide, ses plaintes contre les sis g il hi reçues de ses ennemis ne furent pas écou es, et l’on éluda, sous de vains pré ù 3, SOU prétextes, sa] demande d’être rétabli dans ses droits. LE LM
Ce grand homme, qui avait r i services à l'Espagne , fut réduit : pe V he pénible carrière , el toujours inutilement, à i « lorer la justice d’un mauvais juge et les rad - : roi prévenu contre lui. Mais enfin le ciel mit fi à Le Mae accablé de chagrins. », il À «
alladolid , l’an 1506 , dansla cin année de son âge, ou, suivant A + soixante-cinquième. sd
: nt ne démentit pas sa vie; car la tranquil-
“ nge “28 avait montrée dans les évènemens s plus affreux ne l
na a abandonna pas au moment
Je vais, à présent, vous faire connaître, si vous
le désirez, ce que les historiens ont dit de la personne et du caractère de ce grand homme.
Tous. Oh! oui, mon papa.
M. Hunter. Sa taille était haute ; il était dans de belles proportions ; il avait de la noblesse dans son regard et dans toute sa personne : sa figure était longue , le nez aquilin, les yeux bleus et vifs et le teint blond : ses cheveux tiraient d’abord sur le roux, mais ils blanchirent bientôt par l’impression que firent sur lui les malheurs qu'il éprouva , et par ses travaux. Il éprouva rarement de la satisfaction, car il n’y eut pas, peut-être, un jour en sa vie qu'il n’eût à souffrir des douleurs ou des chagrins.
Il était bien constitué du corps, et ses membres étaient aussi forts qu’agiles ; il était d’un accès aisé et prévenant et de mœurs douces ; il montrait beaucoup d’affabilité pour les étrangers , d'humanité pour les gens de sa maison , et était gai avec ses amis ; mais, ce qui était le plus remarquable en lui, c'était l'humeur égale dont il était dans toutes les positions.
Les évènemens de sa vie prouvent sa grandeur d’ame, son génie , la pénétration de son esprit, la fermeté de son caractère , et surtout sa prudence et sa circonspection dans toutes ses actions. Peu l'ont égalé en valeur et en constance dans les périls, et sa patience résista aux plus grandes difficultés.
prem de ce bité à tion, ‘veme bien temer timen Voi ses co!
reculé Icra to
a per- À peine eut-il changé de condition , que, quoiqu'il eût vécu plus de la moitié de sa@ie dans la médiocrité, il sut prendre des mauières relevées et
ans de dignes d’un homme né pour commander. Il savait
ns Son donner du poids à l'autorité par une gravité bienre était séante et une éloquence insinuante , que personne fs et le n'avait à un plus haut degré que lui : peu de paro-
Abo le les, mais beaucoup de grace et de force.
ression mN |
etpar Sa table était frugale et son costume simple, et il
faction. faisait le sacrifice de toutes les jouissances que ses
vie qu'il
compagnons ne pouvaient pas partager avec lui,
toutes les fois qu’on se trouvait dans la disette et dans la peine.
ns. membres ccès aisé ait beaujumanité avec ses leen lui, outes les
Il s'était appliqué à l’étude des sciences dans ses premières années, et l’avait emporté sur la plupart de ceux de son âge ; mais sa piété et sa sévère probité méritent surtout notre estime et notre admiration. Opposant les principes de la religion aux mouvemens de colère auxquels il était enclin , il sut si bien modérer ce penchant , qu’il opposa aux traitemens les plus durs de ses vils adversaires les sentimens de la plus douce modération.
grandeur sprit, la prudence
Dns. Peu Voilà l’homme qui trouva si peu de justice dans ns les pé- À ses contemporains, mais que la postérité la plus ndes dif-
reculée n'oubliera jamais , et dont le nom réveillera toujours les sentimens d’estime et d’admiration
160 VOYAGES ET CONQUÈTES.
dans le cœur des véritables appréciateurs de ses vertus.
M. Hunter cessa de parler , et son silence jeta ses jeunes auditeurs dansunerêverietriste et profonde.
ENTRETIEN XIX
Les jeunes gens avaient bien remarqué , à la fin du dernier entretien , que M. Hunter n'avait pas terminé sa narration , et auraient bien voulu deviner le reste.
« Vous verrez que papa s'est encore moqué de » nous , disait l’un : Colomb, comme autrefois » Robinson, va revivre, contre notre attente. Vous » ER Souvenez-vous ?»
« Pour moi, je ne le crois pas , disait un autre; » son air , cette fois-ci, paraissait plus sérieux. »
« Eh! il ne l’était pas moins l'autre fois, s'é- » criait celui-ci , et pourtant c’était un badinage. »
ta ses onde.
à la fin avait pas
lu devi-
| oqué de autrefois ate. Vous
in autre; rieux. ”
| ois , s'édinage. ”
CHARLOTTE. « Mais, cher papa, si tu ne nous dis » pas la suite, nous ne fermerons pas l’œil de toute » la nuit. »
«. Chère petite ! lui répondit-il , j'aurais bien du » regret de vous empêcher de dormir : rappelle » donc tes frères. »
CHarLorre (criant) : Mes bons amis ! mes chers amis ! accourez , papa veut continuer.
Tous. Ah! c’est bien , c’est bien !
M. Hunter. Voici ce que j'ai à vous dire:
écoutez.
Colomb est réellement mort, mes amis ; nous allons parler d’un autre homme qui ne figure pas mal sur la scène.
Quecques uns. Quel est celui-là ?
M. Huwrer. Doucement, je vous dirai son nom.
Je vais d’abord vous raconter ce qui arriva depuis la mort de Colomb jusqu’à l’époque où cet homme, que je n’ai pas encore nommé, commença à paraîitre; car , sans cela , vous ne comprendriez pas son histoire.
Revenons à Saint-Domingue, pour connaitre ce qui y est arrivé sous le gouvernement d'Ovando.
Ovando traitait bien les Espagnols qui s'étaient établis dans cette île. On lui dut de sages réglemens, ainsi que la tranquillité et la concorde , qu'il rétablit dans cette colonie. Le roi, ses compagnons et lui-même s’enrichirent par l'exploitation des mines.
Mais une chose très avantageuse pour cette île et pour l’Europe, c’est qu'il fit venir , des Canaries , le plant des cannes à sucre , dont il introduisit la culture dans les Indes occidentales.
Jusque-là toutétait bien ; et pouvait-on s’attendre que cet homme , dont les dispositions étaient si prudentes , agit comme un monstre exécrable envers les malheureux habitans de ce pays? Voici comment il les traita : écoutez-moi , et vous jugerez si mon opinion sur son compte est injuste.
Il considéra comme une troupe de bestiaux ces anciens propriétaires de l'ile, ce peuple indien si doux , si inoffensif, quand il aurait dû se contenter de l’avoir soumis , de l’avoir assujetti à de pénibles travaux et à des impôts annuels qui surpassaient ses forces. Il disposa donc de ces malheureux à son gré; car , pour satisfaire l'avidité de ses compagnons, il en donna vingt à l’uu, cinquante à un autre, et enfin jusqu'à cent, comme un propriétaire donne tant de moutons ou de cochons à ses fermiers, avec l’autorisation d’user de ces malheureux et de les traiter comme ils le trouveraient à propos.
Ces misérables furent traités avec tant de rigueur par leurs barbares maîtres, que la plupart succombèrent à leur misère et à leur fatigue ; il y
en eut même qui mirent fin à leur triste existence. Quinze ans après la découverte de ce pays, la population fut réduite à soixante mille ames, d’un mil-
| Espa,
lion
pas n | dans
étend core £ amie tribut
Plu homm s'étaie traiter bitans temps reine
les irri Ils con pl, àc table de Ovandec volter f gnols ; ( parcr d Ovan juger le linjusti, de croir.
le et les , it la
ttennt si e en- Voici igerez
1x ces ien si tenter > péniurpaseureux
>s COMte aun iétaire miers, x et de
de riplupart 1e ; il y stence.
j popuin mil-
ion qu'on la croyait en premier lieu; il ne périt pas moins de neuf cent quarante mille personnes, | dans ce court espace de temps, par la cruauté des | Espagnols.
Il existait-encore, dans l'ile, une province assez étendue et fertile, qui, quoique tributaire, était encore gouvernée par une reine nommée Anacoana , amie des Espagnols , et qui payaîit exactement le tribut auquel elle avait été assujettie.
Plusieurs des anciens complices de Roldan, hommes dépourvus de tout sentiment d’honneur, s'étaient fixés dans cette province ; malgré les bons traitemens qu’ils recevaient de la reine et des habitans, ces misérables se rendaient, de temps en temps, coupables de quelques actes de violence ; la reine fut enfin forcée de punir leur insolence : cela les irrita au point qu’ils résolurent de s’en venger. Ils conçurent l’affreux projet d'attirer sur ce peuple, à qui ils devaient l’hospitalité, le plus épouvantable de tous les malheurs. Ils dirent au gouverneur Ovando que la reine Anacoana songeait à se révolter pour se soustraire à la domination des Espagnols ; qu’il ferait bien de la devancer et de s’emparcr de sa personne et de ses biens.
Ovando n'était pas ignorant au point de ne pas juger le but de ces misérables, et ne pas apprécier l'injustice de leur accusation ; mais il fit semblant de croire à la vérité de ce rapport, et résolut d’agir
164 VOYAGES ET CONQUÈTES.
en conséquence pour s’approprier les terres de la reine, qu’il convoitait depuis long-temps.
Mais les forces de la reine n’étaient pas à dédaigner ; sa province était d’une vaste étendue : on dit qu'elle avait trois cents caciques pour vassaux.
CHances. Qu’appelez-vous des vassaux ?
M. Huwrer. Tu en es un toi-même, et tu ne sais pas ce que c’est :
Cuances. Moi , j'en suis un!
M. Hunrer. Certainement, toi, ainsi que tous tes frères , vous êtes des vassaux.
" Querques uxs. Mais de qui?
M. Huwren. De qui? de moi : je vous ai attribué à chacun un morceau de terre pour en faire un jar. din avec l'obligation , en retour , de bécher , sarcler et arroser le mien toutes les fois que je le demande, je vous protège afin que personne ne cause de dommages dans le vôtre, et n’ÿ arrache quelqu chose malgré vous; et, si vous me quittiez , ous vous veniez à mourir, j'aurais le droit de reprerdre le terrain et de le céder à un autre.
Cuanres. Eh bien même ?
M. Huxrer. Eh bien ! vous êtes, par cela, mes va saux , et je suis votre suzerain. Sens-tu à présent mon cher ami , ce que l’on entend par ce mot ?
Cnances. Oui, oui, je le comprends très bien
M. Hunter. On dit donc que la reine Anacoan avait pour vassaux trois cents caciques, qui to
s de la
à dédaidue : on vASSAUX.
1 ne sais
que {tous
i attribut re un Jar er , sarclet demande, cause d& ne quelqu jez ; OU de reprei
a, mes v# à présent mot ?
s très biel
Anacoal
, qui to
devaient marcher à son secours, si elle en avait besoin. Ovando , qui le savait bien, sentait qu’il ne pouvait pas l’attaquer ouvertement , avec le peu de monde qu’il avait; il résolut alors d'employer la trahison.
Pour exécuter son projet, il fit annoncer à la reine qu’il allait lui faire une visite avec une suite digne de sa grandeur , afin de resserrer les liens d'amitié qui les unissaient. Il se mit donc en route, avec trois. cents hommes d’infanterie et soixante-dix hommes de cavalerie. La reine, ne soupconnant rien , les accueillit comme des gens à qui elle était véritablement attachée , et , ayant assemblé ses vassaux , elle alla , avec cette brillante suite, au devant d’Ovando.
Le traître arrive, et la reine, suivant l’usage du pays, le reçoit et le conduit dans son palais au milieu des chants et des danses. Elle s’efforce, avec la bonté qui la caractérisait, à lui rendre ce séjour agréable , etordonne, à cet effet, qu’on célèbre, pendant plusieurs jours, les jeux et les divertissemens ordinaires.
Ovando lui témoigne toute sa satisfaction , et lui offre une fête à l’européenne. La cour s’assemble le lendemain, et une foule d’Indiens est attiré à ce spectacle par l curiosité. Ovando, feignant d’aller donner des ordres pour cette fête , qui doit être un tournois, quitte l’assemblée.
166 VOYAGES ET CONQUÈTES.
Il reparaît à la tête de sa cavalerie et de son infanterie, qui occupent toutes les issues de la place, au fur et à mesure qu’elles arrivent. Il s'avance luimême avec sa cavalerie , à rangs serrés, vers une vaste salle , dont le comble est porté par un grand nombre de colonnes, et dans laquelle toute la cour est rassemblée. Les Indiens , dans une parfaite sécurité , admiraïent la beauté de ce spectacle militaire. A l'instant, Ovando porte la main à sa croix, et, à ce signal convenu d'avance, les cavaliersmettent l’épée à la main et massacrent les Indiens épouvantés. Un nombre infini périt, sans égard pour l’âgenile sexe. La reïne est saisie et chargée de fers, les caciquessont attachés aux colonnes de la salle ; le monstre y fait mettre le feu, et toutes ces malheureuses victimes de sa perfidie et de sa cruauté périssent au milieu des flammes.
Vous êtes saisis d'horreur, mes enfans, vous avez raison; mais vous frémirez sur le sort de la princesse mille fois plus infertunée que les malheureux qui viennent de périr; comme un agneau sans défense sous les griffes du loup, elle est traînée à Saint-Domingue par ses bourreaux, non pour lui faire grâce, maispour prolonger son supplice, et lui donnerune forme de justice. On lui fait son procés, et sans autre preuve que celledes monstres qui l’ont si perfidement trompée, elle est condamnée à être pendue, et cet ahominable jugement futexécuté.
Le l'affr Isabe avide
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‘Saint-Domingue les habi
CHRISTOPHE COLOYR. 167 n'osérent plus résister à
Ccablait, Tant que régna oujours Protégé ce peuple » Ses ‘étaient tenus dans une certaine
» il fut la proie de
e{pendanttoute sa
> Qui repoussaient ses meilleures lingots d’
or qu’ils envoyaient en
yes; vous vous
îles que Colomb remier voyage.
M. Huowren. Ovando prop
oSa donc de transporter tans de ces iles , afin, di-
mnissst mi
Eu ©
plus aisément ces hommes si confians, et il en ;a+ venta une digne de la noïrceur de son ame. bas Quelques vaisseaux furent équipés avec la plus bre grande diligence, et on les envoya aux Lucayes, où gué les députés d’Ovando, qui parlaient déjà la langue R €to des îles, débitèrent aux crédules insulaires la fable auq suivante. | leur Nous vous apportons, leur dirent-ils, une nouvelle E très agréable : uous venons du lieu où séjournent Æ très les ames, du pays des bienheureux; nous y avous B telpc vu vos aïeux qui y mènent une vie si heureuse, que E au bc nous ne savons comment vous la dépeindre : ils vous Hi prient de vous y rendre pour prendre partàleur Æ vécu bonheur, et si vous êtes assezsages pour vous rendre R un fr à leur désir, nous vous offrons de vous y conduire. M. Tel fut le langage de ces imposteurs , et les habi-Æ mieux sans s
tans, trop ignorans pour soupçonner la trahison, montèrent en foule dans leurs vaisseaux, joyeux de revoir les personnes qu'ils avaient tant aimées pendant leur vie : quarante mille furent victimes de ce Stratagème.
Mais à peine furent ils à Saint-Domingue qu'ik reconnurent la tromperie; il en mourut beaucouy de chagrin ou de rage, et quelques uns firent les derniers efforts pour se soustraire à ces monstres. On dit qu’un navire espagnolen rencontra plusieurs en pleine mer, à plus de cinquante lieues de Saint- Domingue, montés sur un tronc d’arbre, ettàachant
merci tem ps To heure Améri un zèle truisit d’ache bustes
| Ployer et delà
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la plus \L où langue la fable
nouvelle
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art à leur us rendre conduire.
CHRISTOPIIE COLOMB. 169
de regagner leur pays à force de rames. Des calebasses, remplies d'eau douce, attachées au tronc d’arbre, formaient toutes leurs provisions; ils n’étaicnt guère éloignés de leur île lorsqu’on les rencontra, et on les força à revenir subir le joug de l'esclavage auquel ils cherchaient à se soustraire au péril de leur vie.
Enfin , à la ruse succéda la violence, et ces îles très peuplées furent dépouillées de leurs habitans à tel pointqu’on n’y trouva plusun seul homme vivant au bout de quelques années.
Heu. Quelle horreur! plût à Dicu que j’eusse vécu dans ce temps-là ; j'aurais tout osé pour mettre un frein aux excès de ces brigands.
M. Huwres. Cher Henri! crois-tu quetu aurais mieux réussi que le digne Las Casas, qui implorait sans succès le ciel et la terre? Nous devons des remercimens à Dieu de nous avoir fait naître dans un temps où de telles horreurs ne se renouvellent plus.
Tous les efforts de Las Casas pour sauver ces malheureux furent inutiles ; mais, désirant délivrer les Américains, auxquels il était attaché, ilimagina, par un zèlelouable, mais qui l’égara, un moyen qui détruisitune autre espèce d'hommes: il fit naître l’idée d'acheter, sur la côte d’Afrique, des nègres plus robustes et plus forts que les Américains, et deles em-
| ployer aux travaux des mines. Ce conseil fut suivi,
et delà naquit ce trafic de chair humaine, qui, main L $
tenant, coûte tous les ans la liberté et la vic à plus de quarante millenoirs, sausque, pour cela, les Américains en soient moins malheureux et moins esclaves.
dev san!
trib.
| eut Juste pron To M.
cas d un P!
La b venai| main royaut Cette près d rappele rieuse d Domins
ENTRETIEN VI
Diner. Ne direz-vous plus rien de don Barthélemy , frère de Colomb ?
M. Hunrer. Tu fais bien de m’y faire penser ; revenons , il en est temps, aux parens de notre ami.
Le fils aîné de Colomb, Diégo, persista, après
la mort de son père, à demander l'exécution du E Tux contrat passé entre le roi et lui, et, en consé- Ebmp vé quence, à ce que la dignité de vice-roi des Indes LE },
occidentales, stipule à perpétuité pour sa famille, Jui fût contérée, Mais Ferdinand , aussi soupçonneux envers le tils qu'il l'avait été envers le père,
rain m #s onci fonnes d
lus de mérins €S-
es Indes famille,
CHXISTOPHE COLOMB. 17t
n’écouta point sa réclamation, et toutes ses shirsd tations restèrent sans effet.
. Don Diégo n’hésita pas à faire assigner le roi devant le tribunal délégué pour prendre connais. sance de toutes les affaires de l'Amérique, ct ce tribunal se couvrit de gloire , par le courage qu’il eut de prononcer contre Île roi, et de déclarer juste d'accorder à don Diégo ce qui avait été promis à Colomb.
Tous LES ENFANS. Très bien! très bien !
M. Huwrer. Le roi aurait cependant fait peu de cas de cette décision , si don Diégo n'avait trouvé un puissant protecteur de ses légitimes prétentions. La baute dignité à laquelle l'arrêt de la cour venait de l'élever l’encouragea à demander la main de la fille d'un des premiers scigneurs du royaume , la nièce du duc d’Albe, et il l’obtint. Cette famille puissante fit tant de sollicitations auprès du roi qu'il rendit justice à don Diégo. On rappela Ovando, et la famille de Colomb, victorieuse de l’envie ct de linjustice, su pour Saint- Domingue.
Taéoraie. Ah! plût à Dieu que le vieux Colomb vécüt encore !
M. Hunrer. Don Diégo partit donc, avec un train magnifique, accompagné de son frère, de ss oncles et de son épouse. Beaucoup de personnes de distinction le suivirent ; la colonie chan-
172 VOYAGES ET CONQUÈTES.
gea alors de face, et plusieurs des familles distin-
guées qui fleurissent aujourd’hui daus l’Amérique et espagnole descendent des personnes qui accom- ce pagnèrent don Diègo. À
Nous verrons à présent comment les possessions R lPEs espagnoles se sont accrues dans ces contrées. il le
Sous l'administration d’Ovando, un nommé BE lieu Jezm Ponce avait obtenu la permission de former Æ P28n une colonie à Porto-Ricco , île découverte par Co- Æ ‘Utre lomb. Des aventuriers , poussés par l’avidité de ra- Æ ‘qu masser de l'or , le suivirent. Les insulaires crurent Æ Sr la voir en eux des divinités , et leur offrirent l'hospi- Me talité la plus touchante, et suivant l’usage indien, RE M6S 5 un de leurs caciques ajouta à son nom celui de R "0JÉ! Ponce, du fa
; MT. avait
Ces hôtes célestes se démasquèrent bientôt, et pas été montrèrent toute la cruauté des tigres ; mais ce le quil qui ajoutait à leur supér'orité, c'est qu’on les M: de croyait immortels. Les chefs de ces malheureux ha- Mais il bitans voulurent enfin saisir la premiére occasion À Mises qui se présenterait pour s’assurer si la mort n’avaitÆ A
pas de pouvoir sur eux; cette occasion s’offrit bientôt.
Un jeune Espagnol , qui, sans aucune méfiance, parcourait l’île, entra chez un cacique pour y coucher; il fut reçu avec bonté ; le lendemain, le cacique lui donna des hommes pour porter ses hardes,
noncer mourir Cette caciqu mais u avan(ag
Pées, e
distinnérique et lui servir de guides , avec des ordres secrets sur accom- ce qu'ils devaient faire avec lui.
Arrivés au bord d’une rivière, un Indien offrit à sessions Espagnol de la lui faire passer , eten conséquence F il le prit sur ses épaules ; mais lorsqu'il fut au mi-
PRET lieu, il se laissa tomber de manière à ce que l'Estdenr pagnol se trouvät sous lui, et avec le secours des par Co- autres Indiens ,il le tint au fond de l'eau jusqu’à dre ce qu’il fat privé de vie, et alors ils le transportèrent erurent E ‘!" la rive. |
t 'hospi- Mais . force du préjugé était telle chez ces homeindien, À 5 simpies, qu'ils ne purent se persuader que le edlat de noyé füt mort. Ils lui demandèrent mille fois pardon
du fàcheux évènement qui avait été cause qu’il avait tant bu d’eau, assurant qu’il ne leur avai’ pas té possible d'aller plus vite à son secours. Ils nv le quittèrent pas de trois jours , lui faisant toujours des excuses dans la crainte qu’il ne ressuscitàt. Mais ils fureut enfin convaincus qu’il etait véritablement mort , par la puanteur qui s’exhalait do son corps ; et alors ils s’empressèrent d'aller annoncer au cacique que l’on pouvait, en effet, faire mourir les hommes blancs.
ientôt , et s ; mais ce qu'on les reux ha- » occasion rt n’avait nu s’offrit
méfiance, À Cette découverte fut communiquée aux autres pur y cou- Ecaciques, et ils résolurent de faire périr leurs tyrans;
; le caci- E mais un peuple faible et uu ne pouvait lutter avec es hardes, E avantage contre des guerriers aguerris, armés d’é-
pées, et maniant des armes à feu, avec des che-
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revus RE — PTE
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474 VOYAGES ET CONQUÈTES.
vaux et de gros dogues. Ïl est vrai qu'avant que les Espagnols eussent connaissance de leur dessein, plus de cent qui couraient isolement dans Pile furent massacrés ; mais ils ne tardèrent pas à payer cette tentative par la perte entière de leur repos et de leur indépendance.
Ponce, dont la troupe n’était formée que d’anciens soldats, les rassembla , et les Indiens, forcés dans toutes leurs retraitcs , furent toujours battus, massacrés, ou faits esclaves. Pendant cette expédition , il reçut de Saint-Domingue une augmentation de forces; elles furent d’autant plus grandes que les sauvages crurent que les Espagnols qu'ils voyaient étaient les mêmes qu'ils avaient vus mourir, et se persuadèrent que toute défense devenait inutile contre des hommes qu’on ne saurait Luer, ou qui , du moins, ressusciteraient ; ils se souruirent donc sans résistance , et acceptérent le rude esclavage qu’on leur imposa.
Dans la relation du carnage qui se fit dans l’ile de Porto-Ricco , les historiens parlent, avec la plus grande emphase, d’un certain chien appelé Bezarillo, dont lesprit et le courage faisaient des merveilles : « D’après eux, il connaissait ceux qui aimaient ses maitres et ceux qui les haïssaient ; aussi les Indiens le redoutaient-ils étonne: 4 nt ; le chien, pour eux, valait cent hommes ; afin de se le rendre favorable, ils lui donnaient, tout
comr el en plicit chose jugez en ce « déplai le plai anima qu’elle partie reuse.
elle, s seigne!
d’une zarillo l'histor femme 4e D pour ta ce que | Les E cès s’acc rables go, a fut d'y f de la pêc
que les n, plus furent r cette s et de
e d’an- , forcés battus, expédiymen{agrandes ls qu'ils ent vus ense desauïait . ils se érent le
lans l'ile ec la plus
lé Bezades meteux qui issaient ; "tant; afin de nt, tout
comme à un homme, sa portion en vivres, en or et en esclaves ; son maître profitait de cette simplicité. » On va jusqu’à raconter de ce chien des choses qui prouveraient un jugement incroyable, jugez-en par ce que je vais vous en dire, ctcroyezen ce que vous voudrez.
« Une vicille Indienne avait eu le malheur de déplaire aux Espagnols; ils voulurent se donner le plaisir barbare de la voir déchirer par ce féroce animal ; ils lui donnèrent donc une lettre , afin qu’elle allät la porter quelque part ; à peine fut-elle partie, qu’ils lâchèrent le chien sur cette malheureuse. Cette bonne femme, le voyant s'élancer vers elle, se jeta à genoux, et s’écria : « Ah! mon seigneur, ne me dévorez pas, je suis porteuse d’une mission pour des chrétiens: » À peine Be zarillo eut-il entendu ces mots (dit gravemeut l'historien) , qu’il devint doux; il caressa la vieille femme et ne lui fit pas de mal. »
Ce peuple, livré à lesclavage, fut maïheureux pour toujours. Passons à d’autres pays et voyons ce que l’on y fait.
Les Espagnols voyaient tous les jours leurs succès s’accroître : voici les conquêtes les plus considérables qu’ils firent. Les premiers soins de don Diégo, dont le père avait découvert l'ile de Cubague, fut d'y fonder une colonie exclusivement occupée üe la pêche des perles , cela dans le but d'augmenter
les possessions du roi et de se rendre lui-même puissant ; cetteile est située à peu de distance de la Marguerite, île plus grande que celle là, et tout près des côtes de (Cumana.
Frévénic. Je ne savais pas que l’on péchât les perles.
M. Huwrer. Mon bon ami, les perles se trouvent dans certains coquillages comme des huitres et des moules , soit dans la mer, soit dans des fleuves; il faut donc qu’on les pêche afin de les en extraire. Ce iravail pénible, livré à des esclaves, leur cause souvent la mort, car ils sont obligés de se boucher les orcilles et le nez avec du coton et de mettre une éponge imbibée d'huile dans leur bouche, et puis de descendre au fond de la mer, se tenant après une corde pour arracher ces coquillages. Si elles n’oubliaient pasque c’est aux dépens dela vie de ces malheureux pêcheurs qu’elles possèdent de tels bijoux , les dames qui en font leur orncment en voudraient-elles pour leur parure ?
Comme les Indiens nagent et plongent trèsbien, don Diégo pensa qu’ils feraient mieux ce travail que la fouille desmines ; il en partit doncunegrande quantité pour l’île Cubagua , accompagnés par des inspecteurs d'Europe ; ect endroit abondait , en effet, en perles, ainsi que l’avait remarqué le père de don Diégo, et le roi ainsi que son lieutenant 7} trouvèrent des richesses extraordinaires ; mais pres-
cien Diég ame
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U clava gouv tend:
ce ma rivée ple et truire à défe il rect
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Juvent et des ves; il ire. Ce se souher les re une el puis rès une s n’oues mal- Dijoux , vou-
sbien, travail grande
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it, en père de nant y is pres-
que tous les Indiens occupés à ce rude travail périrent , el la colonie fut obligée d’aller rester à la Marguerite , moins stérile que la première.
Ce fut vers cette même époque que don Diégo s’empara de la Jamaïque: les malheureux habitans deces contrées subirent la même destinée que les autres Indiens , et furent les esclaves des colons qui vinrent s’y établir.
Bientôt on voulut posséder Cuba. Velasquez, ancien compagnon de Colomb, fut chargé, par don Diégo de la conquérir ; le désir de s’enrichir y amena beaucoup de monde, Velasquez arriva donc
CPR EAT AS
vers la pointe de cette ile à lorient.
Un cacique nommé Hatuey , qui. pour éviter les clavage à Saint-Dominigue, s'était retiré à Cuba, gouvernait cette île: ildétestait l'oppression, et s'attendait à se voir bientôt forcé à la repousser, enfin ce malheureux jour arriva, et étant instruit de l'arrivée de ses ennemis, il réunit ses alliés et son peuple et lour apprit le malheur qui était près de détruire leur bonheur et leur liberté ; illes encouragea à défendre leurs droits jusqu’à leur dernier soupir ; il reçut leur serment de rombattre jusqu’à la mort.
«C'est bien, mes bons amis, leur répoudit le cacique : mais tout ce que nous pourrions faire pour nous défendre de leur fureur deviendrait inutile si nous ne commençons par une certaine chose ; ils
178 VOYAGES ET CONQUÊÉTES.
viennent chez nous pour y chercher leur dieu; savez-vous qui il est? voyez.»
Alors, prenantun petitpanierquicontenaitdelor, il les assura que ce mêtl , si inutile pour eux , était le dieu quecherchaient ceschréliens etcelui pour!cquel ils bravaient tous les périls et désiraient s’emparer de l'ile, afin de posséder ce panier. « Célébrons uue fête en l’honneur de ce dieu , afin de le rendre propice. » Alors on dansa et l’on chanta autour du panier ainsi que le pratiquent les Indiens , et ils firent durer cette fête jusqu'à ce que tout le monde succombät à la fatigue et au vice.
Hatuey reléchit sur leur position , et dès le lendemain il communiqua aux Indiens ses craintes au sujet de la possession de leur or : il les assura que, malgré ce qu’ils avaient fait pour se rendre favorable le dieu des chrétiens , il ne pensait pas qu’ils dussent le garder dans leur ile, ne sachant où le cacher et persuadé qu’on les éventrerait pour l'arracher de leur sein s'ils avaient l’idée de l’avaler ; ils résolurent de le jeter à la mer, chacun d'eux porta ce qu’il en avait et on l’enscvelit dans les eaux.
Les Espagnols neles visitèrent pas moins. Hatuey voulut se présenter à eux ; mais son armée fut bientôt défaite, et ne put que prendre la fuite. Le cacique fut fait prisonnier, et, afin de le donner pour exem. ple aux autres caciques, on décida qu’il serait brülé vif; en conséquence, on le lia à un poteau, et,
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avant de mettre le feu au bücher, on députa vers lui un franciscain pour le préparer à la mort. Celui-ci lui vantait le séjour bienheureux et toutes les délices du paradis ; mais le cacique lui dit : «Les Espagnols vont-ils dans cette région céleste ? — Certainement, reprit le franciscain ; mais les bons seulement ont le droit d'y entrer. — Il n’y en a point de bons, dit vivement Hatuey ; je renonce au bonheur que vous me vantez, puisqu'il peut être troublé par la rencontre d’un seul.»
Ils ne-manquèrent pas leur but. Cet exemple produisit son effet , et la frayeur fut telle que ces pauvres Indiens renoncèrent à toute espèce de résistance, et acccptérent , le front baissé, l’esclavage qu’on leur portait. Ainsi se fit la conquête des plus grandes et des plus riches îles du monde ; peu de jours suffirent pour cette grande entreprise, et il n’en coûta la vie à aucun Espagnol.
A peu près vers la même époque, les Espagnols fondèrent des établissemens dans le continent qu’avait découvert Colomb, et mirent leurs soins à se rendre maitres des habitans de ces pays. Nous parlerons plus tard de ces diverses colonies.
Il faut maintenant que je vous raconte une circonstance curieuse qui donna lieu à de nouvelles découvertes. Les habitans de ces contrées racontaient que, vers le nord , existait une île possédant une fontaine dont les eaux avaient le pouvoir mira-
180 VOYAGES ET CONQUÈTES.
culeux de rendre à ceux qui s’y baignaïent la jeunesse , la force et la beauté.
Ponce , qui avait déjà subjugué l’ile de Porto- Ricco, eut la crédulité d’a’outer quelque foi à ce conte, et; sans plus d’hésitation , il partit pour chercher cette fontaine extraordinaire.
Il se dirigea sur le nord, vers les iles Lucayes ; lorsqu’il se trouva au 26° degré de latitude septentrionale , ilse dirigea vers l’ouest ; il rencontra une terre qui fait partie du continent de l’Amérique septentricnale. Ponce fut enchanté de cette découverte; il nomma cette belle contrée Floride, parce qu’il y entra le jour des Rameaux , appelé aussi Pâques fleuries, et que, de plus, son sol paraissait toujours émaillé de fleurs. Cette contrée fut donc trouvée sur les rapports d’un conte absurde déhité par la superstition et accueilli par la simplicité.
Dès ce moment, cette découverte fixa l'attention de nos Espagnols, qui ne doutèrent plus qu'il n°y eût encore bien des terres à trouver : ils résolurent donc de pousser plus loin leurs premières tentatives, etbientôt Cortez fut l’homme célèbre qui fut chargé de cette grande entreprise, et que, jusqu’à présent, je ne vous ai pas nommé,