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25 La Sciences
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182 VOYAGES ET CONQUÈTES.
réflexions, etenfin de connaître à fond leur intelligence.
“Tlest, en effet, impossible de ne pas donner des marques de l'émotion douloureuse qu’on éprouve en se représentant la cruauté des Espagnols , qui, pour se défaire de malheureux Indiens, leur coupent les mains, que ceux-ci accrochaient à leurs chaloupes afin d’échapper à la mort. Pourrait-on ne pas s’indigner en voyant Colomb, cet homme si vertueux ct si désintéressé, finir ses jours dans un cachot , victime de l’ingratitude et de la méchanceté de ces mêmes hommes , dans l’intérêt desquels il avait exposé si souvent sa vie ?
M. Hunter , bien convaincu qu’il touchait toujours le cœur de ses enfans, et qu’il captivait leur attention, persistia dans sa manière de les instruire en les amusant , et lorsqu'il réunissait tous ses enfans pour leur raconter quelques nouvelles anecdotes , ils l’entouraient avec joie ct lui disaient : Tu nous as promis l’histoire de Cortez, racontela-nous, et tous se rangeaient le plus près possible, afin de ne pas en perdre un seul mot.
Le papa , cependant , ne cédait pas à leurs instances ; mais ces jeunes enfans étaient si soumis à la volonté de leur pire, qu'ils ne se plaiguaient pas de ce retard.
M. Hunter la leur fit désirer pendant quelque temps , jouissant de leur impatience ; mais enfin il
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des Juve qui»
couleurs >yn ne me Si ns un chansquels
it touit leur struire ses ens anecaient :
acontessible,
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uelque
enfin il
mit fin à leurs instances, en se décidant à les satisfaire.
M. Huxrer. Mes enfans , avant de vous raconter
mon histoire, je vous avertis que vous devez vous persuader qu'elle sera souvent triste et affligeante. Nous allons nous reporter vers un temps barbare, où les hommes , peu civilisés, égalaient en cruauté les bêtes féroces. J'aurais désiré éviter la peinture de ces barbaries ; maïs vous y verrez des leçons qui ne vous seront pas inutiles, el vous aurez une grande consola:iun eu pensant que maintenant les hommes sont meilleurs, grace à une éducation bien mieux soignée , et vous vous trouverez heureux d’être nés dans un temps où il est si facile d'être honnêtes et bons. Cette leçan ne doit donc pas rester stérile, ct nous devons mettre à profit l'histoire de ces époques barbares ; alors nous sentirons notre honheur, et comparant nos contemporains à leurs aïeux , nous les aimerons davautage, puisqu'ils seront plus vertueux. |
Dans cet espoir, je me décide à vous raconter cette triste histoire,
Velasquez, comme nous l'avons vu, s'était emparé de l’ile de Cuba, il voulait ne dépendre de personne, et suppor!ait avec peine la supériorité de Diégo- Colomb; pour y échapper, il résolnt de faire des découvertes assez considérables, qui lui donnassent le drvit de gouverner lui seul.
184 VOYAGES ET CONQUÈTES.
À cet effet , il disposa deux vaisseaux et un brigantin, il choisit l’ouest, vers lequel on présumait , non sans fondement, qu’il devait y avoir un grand continent, quoique d’ailleurs nul habitant de l'Europe n’y fût jamais allé,
Frépéric. Qu’appelle-t-on un brigantin?
M. Hunrer. On appelle ainsi un petit vaisseau de guerre, un bâtiment armé. Hernandez de Cordoue fut chargé du commandement de cette escadre, et partit aussitôt. |
Nous allons prendre, mes enfans , une carte qui nous représente cette parlie de l'Amérique qu’il va parcourir, le Mexique ou Nouvelle-Espagne. Nous voyons, au fond delacarte, le vieux Mexique, quis'étend au dessus du nouveau; nous avons, à notre côté droit, une partie de la Floride et la Louisiane ; la grande mer du Sud ou Océan Pacifique se montre en partie à l’ouest du continent ; et à lorient nous avons une partie du golfe du Mexique. Toutes ces mers, ainsi que cescontrées, ne vous sont pas inconnues, et vous vous souvenez de leur position ; mais il faut nous les mettre sous les yeux et ne pas nous en rapporter à notre mémoire: plaçconsdon: ‘arte devant nous; elle nous guidera dans le vo} que nous allons suivre.
Hermandez se dirigea vers le Yucatan, et quandil fut verslacôtede cette terre ferme, ilremonta jusqu’à la baie de Campéche.
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l'Eu-
eau de )rdoue re, et
rte qui w'il va . Nous quis’étre côté ane ; la montre nt nous utes ces s incon- A ; mais Das nous ” «arte up que
quand il a jusqu’à
Joux. Estce de ce pays que l’on tire le bois de
campêhe dont se servent les teinturiers ?
M. Huwrer. Oui, mon ami: Hernandez aborda er . divers-endroitsde la côte, et eut, avec les habitans de ces parages; des rencontres dans: lesquelles le sang: coula; mais passons outre; arrivons à de'plus grands : évènemens: Dans tous les endroits qu’ils parcoururent, ils trouvèrent les naturels bien:moins sauvages et bien plus courageuxque tous les habitans dés diverses contrées qu'ils avaient pareourues; leurs habits étaient en tissu de coton piqué; leurs armes : consistaient en arcs, flèches, lances et boucliers ;ils se servaient aussi-d’épées de bois garnies d’un caillou pointu ; leur tête ‘était ornée d'un::panache ; et leur visage peint de plusieurs couleurs. Ce fut seulement chez eux que l’on vit des maisons bâties régulièrement , avec des pierres-et de la chanx; les Espagnols furent quelquefois vaincus par les Américains. Dansuue deleurs batailles ils prirentdeuxgarcons indiens, et les firent baptiser, leur donnant le nom de Julien et de Melchior ; tous deux servirent d'interprètes et de médiateurs, aussi acquirent-ils une grande célébrité.
Une cinquantaine d’Indiens surprirent des Éspagnols, qui étaient descendus au rivage renouveler leur eau; ils les questionnèrent pour savoir s'ils ilaient du pays où le soleil se lève : sur leur réponse affrmative , ils furent conduits dans un édifice de
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pierre, dans lequel se trouvaient des idoles de forme bizarreencore fumantesdesang; deux hommes, couverts d’un manteau blanc, avec de longs cheveux noirs roulés par derrière, se présentèrent à eux, et, jetant une espèce de poudre de résine dans des réchauds en terre qu’ils avaient daus leurs mains, il en chassérent la fumée sur les Espagnols, et, après avoir terminé cette cérémonie, ils enjoignirent aux Espagnols de quitter leur contrée, s'ils voulaient conserver leur vie; ceux-ci, jugeant tout engagement avec ces gens-là inutile, se retirèrent dans leur vaisseaux.
Joux. Quel était le but decette bizarre cérémonie ? M. Hunres. Les Américains étaient superstitieux et croyaient aux sorciers ; par cette cérémonie, ils pensaient se mettre à l'abri de ses effets ; et, assimilant l'esprit malin aux mauvaises odeurs, ils employaiïent les mêmes moyens pour les chasser, ayant remarqué qu’en effet la fumée chasse les exhalaisons désagréables, c’est pour cela qu’ils pensaient paralyser les mauvaises intentions des Espagnols. Dans une autre contrée , étant descendus près de Pontouchan, ils furent assaillis par un grand nombre d’Indiens, qui tombèrentsur eux avec tant de rage, que quarante-sept Espagnols y périrent, et Jes autres, grièvement blessés, gagnèrent leurs vaisseaux avec peine. Hernandez fut de ce nombre. Ce désastre les obligea à s’en retourner à Cuba;
Herna et mot Ce ; velles promit brigan rageux on lui « établiss recomn Grije rans l’:
forme $, COU- Leveux ux, et, des réins, il » après ntaux ulaient sement ns leur
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stitieux nie, ils assimiils em- , ayant exhalainsaient guols.
s près de grand ec tant rirent , t leurs ombre.
Cuba ;
Hernandez rendit un compte détaillé à Velasquez, et mourut dela suite de ses blessures.
Ce gouverneur appritavec grand plaisir les nouvelles découvertes faites d’après ses ordres, et se promit de les pousser plus loin. Trois vaisseaux et un brigantin furent équipés , et Grijalva, officier courageux et très habile, en reçut le commandement : on lui défendibexpressément de former le moindre établissement daus les pays qu’il découvrirait , lui recommandant de se borner aux découvertes.
Grijalva gouverna vers Yucatan, mais les courans l’ayant entraîné au sud sans qu’il s’en doutt, il se trouva vers une partie de terre où se trouve cette coupure de la carte. Près de la côte orientale de Yucatan, il trouva l’île de Cosumel, qui se trouve encore aujourd'hui appartenir à l'Espagne ; de cet endroit, en Jongeant la côte, il arriva à Poniouchan, dont les habitans avaient maltraité Hernandez : Grijalva consentit à descendre à terre, sur les sollicitations de ses compagnons qui brûlaient de venger linjure faite an 10m espagnol.
Les habitans de l'ile, enflés d’orgueil par l'avanage qu’ils avaient déjà obtenu, s’avancérent vers ux avec courage ; mais ils furent battus, et deux eu{srestèrent sur la piace , victimes de leur audace; creste s'enfuit, et tout le pays fut dans la conster ation.
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188 VOYAGES ET CONQUÈTES.
Grijalva continua sa route en longeant la côte ; les Espagnols virent avec surprise,sur tousles points, des villages et des villes bâtis avec régularité , en pierre et chaux, et dont V'apparence était, à leurs yeux, plus belle et plus considérable que la réalité, au point qu'ils donnérent. à ce pays le nom do Nouvelle-Espagne, qu’il porte encore aujourd’hui, à cause de sa es avec leur pays.
On parvint à l'embouchure du Tabasco, fleuve ainsi nommé par les habitans du pays, et auquel les Espagnols attribuërent le nom de leur général Grij- Va, pour honorer leur commandant. Le voilà sur la carte ; il a encore ce nom; quoique | le pays qu'il parcourt ait retenu celui de Tabasco.
Grijalva conçut une si haute idée d’un tel pays, qu’il voulut le connaître dans tous ses détails ; il débarqua avec ses troupes bien armées : les Lnilibus, rassemblésen grand nombre.lui défendirent à grands cris d’aller plus loin. Cet ordre ne l’arrêta pas ; cependant , quand il fut à la portée du trait, il s'arrêta: sa petite armée fut rangée en bataille ; puis Julien et Melchior, deux jeunes Américains enlevés par Hernandez , allèrent, de sa part, leur proposer une alliance.
Le maintien , l’uniforme et les armes des Européens avaient frappé les Indiens ; cette déclaration
les surprit davantage. Quelques chefs s’apprchè-
rent ; ils furent bien accueillis par Grijalva, et l’in-
» ga » VO » d' » vai » àV » pal » chic pons à ques chan gueri et qu sent Le sarmé tation gnifiq ses et cepter
Côte ;
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Indiens, agrands pas ; ces'arrêta:
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terprète leur apprit qu’ ils étaient sujets d’un grand souverain , maître de tous les pays qu’éclaire le soleil , et qu’ils venaient pour leur proposer de reconnaitre sa puissance : il attendit leur réponse.
Les Jndiens manifestèrent aussitôt leur indigna- | tion : un des principaux parla ainsi : « Votre lan- » gage pacificateur n'est nullement d’accord avec » VOS projets de soumission : pourquoi nous parler p d'un autre maitre, sans vous informer aupara- » van{ si nous sommes contens de celui que nous » 4VOnS? Puisqu’il est question de guerre ou de » paix, je vais communiquer vos propositions à mes » chiefs. »
Il laisse aussitôt les Espagnols, étounés d’une ré- PRE t es
Quelques instans après, il revint dire à Grijalva que ses chefs savaient ce qui s'était passé à Pontouchan , et que cependant ils ne craignaient pas la guerre ; qu’ils aimaient mieux la paix néanmoins, et que, pour le lui garantir , ils leur faisaient pré: sent d'une grande quantité de vivres.
Le cacique parut en même temps ; il était désarmé ct presque sans escorte. Après quelques salutations réciproques, il présenta à Grijalva de magnifiques armures d’or , garnies de pierres précieuses et ornées de plumes peintes ; il Pengagea à accepter ces présens , et lui dit que, pour éviter tout
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sujet de mésintelligence , il ferait bien de quitter le pays sur-le-champ.
Différens présens furent offerts au cacique par le général espagnol, qui s’engagea à se retirer au plus tôt, eten effet il se hâta de mettre à la voile.
Les Espagnols suivirent les côtes, et arrivèrent peu après daus une ile, où ils trouvèrent des maisons en pierre, et un temple; il était ouvert de tcut côté, et au milieu, sur un autel peu élevé, se trouvaient toutes sortes d’idolces qui faisaient horreur. dis
On vit, à l’entour , les corps de six hommes, qu'on pensa avoir été sacrifiés la nuit précédente. Les Espagnols en eurent horreur, et c’est de là que lui vint le nom d'Ile des Sacrifices. Ils ne tardèrent pas à découvrir encore une autre île, appelée Culva par les habitans ; on y trouva un grand nombre de cadavres, récemment égorgés en l’honneur des idoles, et ils eurent, dès lors, la conviction que cet usage féroce et dégoûtant régnait chez tous ces peuples. Les soldats eux-mêmes en eurent horreur. Cette île, aujourd’hui appelée Saint-Jean d’Ulloa de Juan, nom que portait Grijalva, et qui, en français, veut dire Jean.
L'or abondait partout : aussi les Espagnols voulaient s’y fixer ; mais Grijalva , n’oubliant pas les ordres du gouverneur Velasquez, se borna à
la p Esp nag la pl rivié cont côtes reprc et bi:
belle
fertile
prendre possession, au nom de son maître, de tous ces pays.
Enfin , il arriva , en suivant ainsi les côtes, dans la province de Panuco, la dernière de la Nouvelle- Espagne et du Mexique, et il fit un horrible carnage d’un corps d’Indiens qui fondirent sur lui, avec la plus grande impétuosité, à l'embouchure d'une rivière. Effrayé par des courans qui lui étaieut contraires , il renonça à visiter plus long-temps les côtes, et reprit le chemin de Cuba.
Il eut, à son retour, à supporter les plus durs reproches de la part de Velasquez, toujours injuste et bizarre; le blâmant de n’avoir pas, dans une si belle occasion , fondé une colonie dans un pays si fertile, malgré la défense qu'il lui en avait faite.
Tuéopuie. Quelle inconséquence et quelle injustice de la part de Velasquez !
M. Hunrer. C’est bien vrai; et c'est ainsi que va le monde ; mais nous sommes souvent consolés par le témoignage de notre conscience, lorsque, par bizarrerie, on nous fait un crime de notre exactitude à nous acquitter de notre devoir.
TaéoPmi:E. Je m'attendais à ce que papa nous parlerait de Cortez, et il n’en a rien dit. |
Cortez, notre grand homme, se montrera luimême demain sur la scène.
VOYAGES ET CONQUÈTES.
ENTRETIEN. II
L'ambition, la défiance et l’inconstance firent prendre à Velasquez la résolution de poursuiyre
les grandes découvertes qu'on faisait en son nom...
et de profiter des avantages qu’elles paraissaient ofr. frir. Il équipa, en. toute hâte, dix vaisseaux de quetre-vingts à cent tonneaux.
CuanLes. Des tonneaux ?
M. Hunter. Tu me fais naître, par ta question, l’idée de vous faire connaître.une expression qu'on est dans l’usage d’employer en parlant de navigation. Le mot tonneau signifie, non une barrique quelconque, mais deux mille livres , ou vingt quintaux pesant, le quintal compté pour cent livres. D’après cela , cent tonneaux , dans la langue des marins, n’est autre chose qu'un vaisseau qui peut porter deux cent mille livres.
Joux. Qu'est-il besoin de dire un tonneau pour dire un poids de deux mille livres ?
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hom solue lui la néfice l’hom ractèr sort, :
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M. Howren. Par la raison qu’on a reconnu qu'un vaisseau, portant cette charge, fait, en s'enfonçant, remonter autant d’eau que peut en contenir un tonneau d’une contenance déterminée.
Il était question , dans ce moment , de savoir qui serait chargé du commandement de la flotte , par Velasquez , car il n’était pas fixé sur son choix. Un homme entièrement dévoué , d’une soumission absolue, sans ambition, et dont le désintéressement lui laissät toute la gloire des découvertes , et le bénéfice pécuniaire qu’il pourrait en retirer, était l’homme qu'il désirait trouver. Il cherchait ce caractère, quand , par bonheur pour l'Espagne , le sort, trompant sa jalousie et son avarice , fit paraitre un homme qu’on eût dit né pour mettre à exécution un tel projet. |
Cortez, né à Medelin , petite ville d’Espagne en Estramadure, d’une origine noble, fut cet homme: dès sa jeunesse , il avait donné des preuves d’une valeur extraordinaire , soutenant toutes les fatigues , avec une patience admirable , une activité et une ardeur inexprimable de s’illustrer.
Les Indes occidentales attiraient alors tous les regards. Il conçut le projet de suivre ces hommes audacieux , qui ne comptaient pour rien les périls, afin d'acquérir de nouvelles possessions à leur patrie, et obtenir , pour eux , une grande réputation.
Il avait vingt ans, lorsqu'il partit pour Saintk 9
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gence, et monta rapidement à l'emploi d’alcade de Sant-[ago , capitale de Pile.
Voilà l’homme qui fut proposé à Velasquez pour commander la flotte qu’il équipait ; le choix tomba sur lui et il réunit l’approbation de tous les hommes qui devaients’embarquer pour cette expédition, ilsse félicitèrent d’avoir à leur tête un homme d’une telle capacité et d’un tel courage, et chéri de tout le monde : il ne fut pas fâché lui-même de trouver le moyen de déployer ses talens ; il distribua ‘tout ce qu’il avait à ses hommes, afin de se pourvoir d’une plus grande quantité de munitions et ‘suffire aux frais de leur équipement , ne pouvant le faire euxmêmes, parce qu’ils étaient pauvres : il se concilia lous les cœurs par une gratification faite si à propos.
La flotte fut enfin mise au cc nplet à Sant-Iago , trois cents hommes formaient tout l’équipage, deux cents de Cuba s’y joignirent avec quelques volonaires des maisons les plus nobles ; ils étaient favorisés par le vent et la saison. Cortez mit à la voile le 18 décembre 1518.
FerpinanD. C'était la vingt-sixième année de la découverte de l'Amérique.
M. Hunren. Tu as raison. C'était à la Trinité où à flotte devait d’abord se rendre , de là elle devait asser à la Havane pour y prendre des hommes et des provisions de bouche et de guerre. Velasquez
196 VOYAGES ET CONQUÈTES.
ne parut pas fâché de son choix, jusqu’au départ de Cortez, quoiqu’on eût déjà essayé de lui faire naître de la défiance ; mais sa jalousie ne tarda pas à éelater dès qu'il fut parti, et si vivement, qu'il ordonna à l’alcade dela Trinité de se faire restituer par Cortez les provisions qu’il lui avait données.
Frépéric. Qu’entend-on par provisions ?
M. Hunter. Un emploi n’est accordé à une personne qu'avec une lettre décachetée, où sont écrits tous les ordres dont elle est chargée: on appelle cette lettre provision.
Les ordres que reçut l’alcade furent notifiés à Cortez , qui ne voulutpas s’y soumettre, parce qu’il n'avait rien à se reprocher : il prétendit qu’un changement si prompt chez le gouverneur ne pouvait être que le résultat d’un malentendu ; il dit qu’il lui écrirait, et partit de suite pour la Havane.
Il s’y arrêta pour prendre les objets qui lui paraissaient nécessaires pour une telle entreprise et pour attendre un renfort qui devait lui arriver.
L'objet principal fut des cuirasses avec un pourpoint doublé de coton : ce ne fut que par le manque de fer qu’on les fit ainsi. Cependant l'expérience lui montra que du coton piqué entre deux toiles est préférable au fer contre les flèches et les javelots
américains ; car le coton retient les traits par la pointe , et leur ôte toute leur force, tandis que les cuirasses en fer ont le vice de repousser le fer, et
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blessent l’homme qui est à côtè. D’après cette remarque , et eu égard à la chaleur du climat , ils adoptèrent , dès ce moment, ce genre d’armure, qui les fatiguait moins que le fer. Depuis, tous les guerriers européens ont suivi le même usage. C’est de cette manière que les besoins ont donné naissance à l’art.
Les apprèts furent bientôt disposés. Onze vaisseaux composaient l’escadre ; on choisit le plus grand , pour en faire le vaisseau amiral , quoique pourtant il ne füt que de cent tonneaux, et plus petit qu’un vaisseau marchand à deux mâts. Trois, parmi les autres , étaient de quatre-vingts tonneaux environ , et enfin le reste n’était rien autre que des barques sans pont. Six cent dix-sept hommes montaient cette petite flotte, sur laquelle étaient environ cent matelots et ouvriers; tous les autres étaient soldats.
Presque tous n'étaient armés que d’épées et de lances , excepté 13, qui avaient des mousquets , et 32 des arbalètes. On peut juger, par là, combien les armes à feu étaient peu en usage encore. Quant à leur armement, ils avaient 16 chevaux, 10 cauons appelés pièces de campagne, #4 fauconneaux ou coulevrines , canons très minces et très alongés, qui ne sont plus en usage. C'est ainsi que Cortez se hasarda vers un monde inconnu, pour subjuguer un roi puissant, dont les États étaient plus
198 VOYAGES :ET CONQUÈTES.
vasles que ceux du roi d’Espagne, etqui devait infailliblement résister, sans peine, à ses prétentions, et se rire de ce si chétif équipage ; enfin le roi du Mexique, dont la magnificence vous surprendra. Conrar. Quelle offense le roi d’Espagne avait-il reçue de ce roi?
M. Hunrer. Aucune.
Coxran. Pourquoi donc lui faire la guerre ?
M. Huwrer. Pour s’emparer de ses villes, de son peuple , du pays, et surtout de ses richesses.
Coxrar. Les Espagnols n'étaient donc que des pillards?
M. Hunter. Rien de plus, mon bon ami.
Conran. Je hais Cortez aussi; je lavais cru homme d’honneur.
M. Hunter. Il l’était sous certains rapports, et cependant il faisait les actions d’un brigand , sans s’en apercevoir : soyez attentifs, mes amis, Vous verrez comment tout cela peut s'arranger.
L’affreuse superstition , sous l’empire de laquelle vivaient ces hommes , leur faisait regarder
toutes les créatures qui n’étaient pas chrétiennes |
comme des animaux ne méritant que leur haine, maudits de Dieu, et destinés à souffrir éternellement. D'après une telle conviction, loin de croire
commettre un crime en dépossédant ces malhet- |
reux, en les maltraitant, en les réduisant en cs
que ct envo} neur ( s'emp de sui éscort Co!
csqui:
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t infailtions, et e roi du prendra.
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ii, vais Cru orts, el
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clavage, en leur donnant même la mort, ils croyaient faire un acte agréable à Dieu; ils les contraignaient donc à embrässer la religion chrétienne , et malheur à qui voulait résister. Cortez, aussi superstitieux que ses compagnons, quoique plus sensé , se regardait comme celui que Dieu avait choisi pour punir ces hommes du crime de n’être pas nés chrétiens. Cessez donc de yous étonner s’il faisait une guerre aussi cruelle et aussi injuste que lorsqu'on va chasser un renard ou un lièvre.
C’est ainsi que le même homme peut être pieux etinhumain , un brigand, quoique héros , cet joindre la cruauté à la générosité.
Velasquez éprouva un grand dépit que Cortez fût parti, malgré les ordres qu’il avait mandés à la T'rinité. L’officier chargé de cette mission fut accusé de trahison : les soupçons devinrent tels qu’il se mit en devoir de s’assurer de Cortez, à quelque prix que ce füt , et J’empêcher de quitter la Havane. Il envoya donc un de ses confidens au sous-gouverneur de cette ile , lui enjoignant, formellement , de s'emparer de la personne de Cortez, et de l’envoyer, de suite, à Sant-lago, chargé de chaines et bien escorté.
Cortez, prévenu à temps de ce qui le menaçait, esquiva l’orage. Sûr de l'affection de son équipage, il l’assembla , et prit son avis sur Le parti qu’il avait à suivre. Leur cri unanime fut que l'injustice du
200 VOYAGES ET: CONQUÈTES.
gouverneurne devait pas l’inquiéter, qu'ildevaitconserver le commandement qui lui avait été confié, et qu’il devait bien se garder de se mettre entreles mains d’un juge aussi injuste que défiant, le conjurant de ne pas les abandonner, lorsqu'il s’agissait d’une expédition si importante; qu’il avait toute leur confiance ; et qu’ils juraient de nouveau de le suivre , jusqu’à la mort, quels que fussent les fatigues et les périls.
Sensible à l'affection de ses soldats, Cortez leur témoigna sa reconnaissance, et mit, à l'instant, à la voile,
ENTRETIEN HE
Vers quelle partie du Mexique Cortez dirigeait-il ga course ? Ë
M. Hunrer. La même qu'avait suivie Guyalva , avant lui. Il devait donc voir d’abord Pile de Cosumel,
itconfié, et mains juranit d’une
r conuivre , rues et
2z leur ant, &
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yalva , de Co-
T1 mit la en liberté un Espagnol qui avait autrefois fait naufrage sur cette côte, et était resté esclave des Indiens. Son nom était Aquilar ; il avait passé huit ans chez ces sauvages, et s'était tellement accoutumé à leurs mœurs, parlait si bien leur langage, sa figure, sa couleur, tout le rendait st semblable aux naturels, qu’on eut de la peine à lo reconnaître pour Espagnol , ayant même perdu totalement les usages européens. Comme eux , il était nu, il avait la peau basanée et portait les cheveux tressés autour de sa tête, ainsi que les portaient les naturels. Il portait sur son dos un bouclier et des flèches, une rame sur l’épaule , et un arc à la main. Une bourse tricotée, qui contenait ses vivres, un vieux livre de piété, qu'il lisait fort souvent, formaient toute sa fortune. Son langage était si dénaturé, que les Espagnols avaient de la peine à le comprendre.
D’après lui, dix-neuf avaient fait naufrage aux environs de cette côte , et sept d’entre eux étaient péris d'inanition et de fatigue. Les autres étant tombés au pouvoir du cacique de ces contrées, cet homme barbare en immola cinq à ses idoles et les mangea ; le reste fut enfermé dans une cage, afin qu’ils engraissassent : ils furent assez heureux pour s'échapper ; ils rôdèrent dans les forêts, sans but , sans secours, mangeant de l’herbe et des racines ; enfin, ils furent pris de nouveau par des Indiens,
202 VOYAGES ET CONQUÈTES,
qui les amenérént à un autre cacique, qui les traita avec plus d'humanité , parce qu’il était ennemi de autre cacique ; mais il leur donna une occupation très rude.
Tous ces malheureux périrent de fatigue, excepté deux : Aquilar et Guerrero furent ceux qui échappèrent à cette triste fin. Peu de temps après, ils furent utiles au cacique dans la guerre, ce qui leur valut beaucoup d'affection. Guerrero parvint à épouser une Indienne de distinction, et peu après devint commandant ; peu à peu il prit tellement les apparences et les goûts américains , qu’il dédaigna de reprendre ses anciennes habitudes , et même de se présenter à ses anciéns compatriotes. Peut-être aussi, d’après le rapport d’Aquilar, était-il un peu honteux de s'être fait percer le nez et tatouer le corps. |
Cortez pressa le pauvre Aquilar dans ses bras et lui donnason manteau pour cacher sa nudité ; sa rencontre le remplitde joie, parce qu’il pensait que, dans ses négociations avec les Indiens, il pourraît lui être fort utile.
De Cosumel , il marcha vers la province de Tabasco , du côté où le fleuve de Grijalva se jette dans la mer : il espérait y être aussi bien reçu que celui qui Pavait précédé , et qui avait donné lenom aufleure ; iaïs son espérance fut trompée. Dès que son vaïsseau fut en vue , les habitans accoururent sur le ri-
raita ni de ation
cepté chapls fu- | leur int à après nt les aigna mé de it-être in peu ner Île
ras et é ; sa tque,
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dans uiqui euve ; vaisle ri-
vage, pour s'opposer à son débarquement. Il leur dépécha Aquilar ; mais ses propositions de paix ne furent pas écoutées, et ilse vit forcé de se retirersans avoir rien obtenu.
Cortez sentit d'autant plus vivement ce désagrément, qu'il ne l'avait pas prévu ; il ne prétendait pas commencer lases conquêtes ; car, pour entreprene dre ce qu’il avait projeté , il voulait aborder au plus tôt aux terres les plus voisines du grand empire du Mexique, et c’était avec regret qu’il se voyait forcé ou à accroître l’audace des Indiens en cédant , ou à commencer , contre celte contrée éloignée , une guerre qui, quoique faite avec succès, lui ferait perdre du temps et des hommes.
Mais, après avoir mürement réfléchi , il crut nécessaire de les attaquer ; dès lepoint du jour, tout fut disposé pour l’attaque. Il remonta d’abord le courant avec son escadre en demi-cercle ; mais il voulut, avant l’attaque, faire encore des propositions de paix. Aquilar fut donc envoyé de nouveau aux insulaires, pour leur dire qu’il ne dépendait que d'eux d’être amis ou ennemis ; Aquilar se disposa donc à remplir son mandat, mais les sauvages refusèrent de l'écouter et s’avancèrent avec leurs canots vers la flotte.
On en vint aux mains : les Indiens lancèrent les premiers une si grande quantité de flèches et de pierres, que les Espagnols en souffrirent beaucoup :
204 VOYAGES ET CONQUÈTES.
jusque-là ils ne s'étaient pas défendus , mais enfin Cortez ordonna de riposter ; une seule décharge de son artillerie suffit pour terminer le combat. Les sauvages , étonnés de ce feu imprévu et éponvantés de ses terribles effets, se jetèrent à l’eau, et se sauvèrent à la nage; les vaisseaux espagnols s’approchèrent du rivage, et Cortez n’éprouva plus de difficulté pour son débarquement.
Mais tout ne finit pas là : les insulaires qui s’étaient sauvés s’enfuirent dans les bois, où un plus grand nombre de ces sauvages s'étaient réunis , et dans le temps que Cortez disposait ses troupes , ils marchèrent sur lui et lui lancèrent une nuée de flèches et de pierres , en poussant un cri épouvantable. Cortez, sans s'émouvoir, mit ses lignes en ordre , et alla au devant d’eux avec un courage admirable ; il s’enfonça dans des marais et des bois épais, et se porta sur des masses innombrables de ces sauvages : la terreur et le carnage marchaïent avec lui. L'aspect d’un corps de guerriers en ordre et armés à l'européenne était aussi nouveau qu’effrayant pour ce peuple ; ils n’eurent pas le courage de l’attendre, s’enfuirent , et s’enfermèrent dans Tabasco, ville fortifiée, mais seulement par un rang de pieux enfoncés dans la terre, dont les deux bouts se croisaient, sauf un petit intervalle qui servait de chemin pour conduire à la ville en serpentant. Cortez ne balança pas à s'engager dans ce passage
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tortueux , quoique le péril fût évidemment grand ; mais, à l'entrée de la ville, il la trouva fermée , et les habitans, disposés à se défendre , avaient même barricadé les rues avec des pieux. Malgré la résistance opiniâtre qu’ils opposèrent , deux fois la ville fut prise, et les habitans qui ne furent pas tués se sauvérent dans les forêts.
Cortez défendit de les poursuivre. Les Espagnols ne trouvèrent pas le butin qu’ils espéraient , car les sauvages avaient emporté dans les bois les choses les plus précieuses ; ils ne trouvèrent que queiques vivres fort à propos pour apaiser leur faim et les délasser.
Dès qu’il fut nuit , Cortez lozea toute sa troupe dans trois temples qui étaient dans les quartiers les plus élevés de la ville, et ne manqua pas de placer des sentinelles pour prévenir toute surprise ; il s’assura lui-même si les sentinelles faisaient bien leur devoir par des rondes fréquentes qu'il fit. Au jour, il fit fouiller les bois environnans, mais aucun Indien ne fut aperçu ni entendu, ce qui lui inspira quelques soupçons; il poussa ses reconnaissances plusloin, eton luirapporta qu’on avait vu unequantité innombrable de sauvages, qu'on évaluait à quarante mille au moins, et qui sans doute se disposaient au combat.
Ce rapport aurait pu intimider l’homme le plus intrépide, car, que ne peuvent pas oser des hommes
206 | VOYAGES ET CONQUÈTES.
cent fois plus nombreux , réduits à combattre pour leur patrie , leur religion, leur liberté et leur vie ? Cortez apprécia bien le péril qui le menaçait , mais, sans se déconcerter , il conserva tout son sang-froid comme s’il ne se fût agi que d’une parade.
IL mit sa faible armée en bataille au bas d’une colline , qui, par sa hauteur, empéchait qu’il ne fût tourné, et du haut de laquelle il pouvait faire agir son artillerie avec plus d’avantage et de facilité.
Il s'embusqua lui-même, avec sa cavalerie, dans un bois voisin , pour se jeter à limproviste sur l'ennemi ; tout étant ainsi disposé , il l’attendit avec le plus grand silence.
L’ennemi se présenta, et afin de vous donner une idée bien juste de la manière dont ces peuples font la guerre, je vous ferai un exposé détaillé de leur armure et de leur ordre dans le combat.
Le plus grand nombre d’entre eux était armé d’arcs et de flèches. Un boyau ou du poil de cerf tressé servait de corde à leur arc, et les flèches portaient au bout un os tranchant ou une arête forte : ils avaient, de plus, un javelot, qu’ils lançaient quelquefois de loin, ou qui leur servait de près ; mais leur arme la plus meurtrière était un sabre fait d’un bois très dur, dont le tranchant était formé avec des pierres aiguës qu'ils y avaient enchâssées, et qui était si lourd qu'il fallait employer les deux mains pour en faire usage.
dont des p Le coto de to terri visag( ils or sembl Le arme coquil tambo à rang pècé d’ qui, ch nous, leurs t de rése avaien!
aux ma Ils é mière :
terrible en déso prenait.
Voili
Il ÿ en avait avec des massues ct des frondes, dont ils se servaient fort habilement pour lancer des pierres souvent fort grosses.
Les chefs seuls portaient une cuirasse faite de coton piqué, et un bouclier de bois ou une écaille de tortue. D’autres, tout nus, pour paraître plus terribles, se pcignaient , de diverses couleurs , le visage et le corps, et, afin de paraître plus grands. ils ornaient leur tête de grandes plumes liées ensemble.
Leur musique guerrière était analogue à cet armement : c'était une flûte de roseau et de gros coquillages , et un tronc d’arbre creusé servait de tambour. Ils ne connaissaient pas l’art de se. battre à rangs serrés, cependant ils observaient une espècé d'ordre, car ils se divisaienten petites troupes, qui, chacune, avaient leur chef, etils avaient comme nous, le soin de ne pas mener au combat toutes leurs troupes à la fois ; mais ils formaient des corps de réserve pour aller au secours de ceux. qui en avaient besoin, etsoutenir ainsi ceux qui en étaient aux mains.
Ils étaient extréèmement ardens dans leur première attaque. poussant , en commençant, un cri terrible ; mais si l’ennexi se soutenait, et qu’il mit en désordre les premiers assaillans , toute l’armée prenait: la fuite, qui devenait générale,
Voilà l'ennemi que la petite troupe espagnole
voyait marcher contre elle. Ferme comme un rempart , elle attend silencieusement le premier choc. Dés que les sauvages furent à la portée du trait, ils poussèrent un cri effroyable et lancèrent üne nuée de traits : les Espagnols ripostaient avec leur artillerie et leurs fusils. Des bataillons entiers d’insulaires tombaient sous la mitraille ; mais les sauvages, sans s’effrayer , remplaçaient les vides que faisait dans leurs rangs le feu des Espagnols , et comme pour faire un nuage de poussière qui les dé. robât à la vue de leurs ennemis, ils jetérent du sable en l’air , lancèrent leurs flèches en hâte, et coururent à la mélée.
Les Espagnols n’auraient pu tenir long-temps contre un ennemi si nombreux et si acharné, quoiqu'ils se défendissent avec intrépidité ; ils avaient même été déjà rompus sur plusieurs points , ce qui présageait une défaite totale, lorsque Cortez sortit du bois avec sa cavalerie, et se jeta au milieu de cet essaim d’ennemis. Cette apparition subite fut aussi terrible que nouvelle pour ces malheureux insulaires, qui n’avaient jamais vu de cavaliers. Se figurant que l’animel et l’homme ne formaient qu'un seul corps , ils furent tellement étonnés, que les armes leur tombèrent des mains. Ce désordre donna le temps aux Espagnols de reprendre leurs rangs ;
feu de l'artillerie se ranima, et les sauvages, pressés sur tous les points, se mirent en déroute.
Co conde les fu pour < cents il n°y de ble sauva!
que lé Le nt q peigne croyai ils fur que le lar leu très vi bagatel beauco d'aller et leur Il suffi entière d’entre et reçu une an mande Jui-mér
\remchoc.
it, ils > nuée r artill’insusauvaes que ols , et les déent du Ate, et
r-lemps , quoiavaient ce qui z sortit de cet t aussi
Cortez, content de leur avoir fait voir une seconde fois sa supériorité, donna l’ordre d’épargner les fuyards ; il tit seulement quelques prisonniers, pour s’en servir à faire la paix avec la nation. Huit cents Indiens restèrent sur le champ de bataille , et il n’y eut que deux Espagnols tués et soixante-dix de blessés. On ne put pas connaître le nombre des sauvages blessés , parce que ceux qui ne étaient que légèrement prirent la fuite.
Le jour suivant, Cortez ordonna qu’on lui amenât quelques uns des prisonniers. La frayeur se peignait sur la figure de ces malheureux ; car ils croyaient qu’on allait les condamner à mort; mais ils furent bien étonnés, lorsqu'ils virent la bonté que leur témoigna le général espagnol , et qu’Aquilar leur annonça qu'ils étaient libres. Leur joie fut très vive, surtout, quand on leur donna quelques bagatelles d'Europe , que l’on savait leur plaire beaucoup. Au comble de la joie, ils s’empressèrent d'aller porter cètte nouvelle à leurs compatriotes, et leur apprendre comment ils avaient été traités. Il suffit de cette généreuse politique pour changer entièrement les sentimens de ce peuple. Plusieurs d’entre eux portérent des provisions aux Espagnols; et reçurent des présens. Le cacique leur envoya une ambassade pour leur offrir des présens, ct demander la paix , qui fut accordée, et vint ensuite lui-même pour la confirmer par des présens récipro-
210 VOYAGES ET CONQUÈTES.
quement agréables, parmi lesquels vingt jeunes filles qui savaient faire le pain, que le cacique donna à Cortez. Une de ces filles, qui reçut en bap. tème le nom de Marine, était fille d’un cacique indien : on l’avait enlevée dans sa jeunesse ; elle avait été vendue au cacique de Tabasco, et avaitunce grande beauté et de grands talens. En peu de temps elle apprit à parler l’espagnol, et rendit d’impor. tans services à Cortez dans ses négociations avec les Mexicains. Cortez, dit-on , l’épousa par reconnaissance , eten eut un fils nommé Hfartin Cortez. Dansle moment où le cacique et les principaux insulaires étaient avec Cortez, on entendit, par hasard, Ichennissement deschevaux espagnols: lessauvages, saisis de frayeur, demandèrent ce que voulaient ces êtres extraordinaires (des chevaux qu'ils parlaient), on leur dit qu’ils étaient irrités de ce que le cacique et ses sujets n’avaient pas reçu un châtiment sévère, pour avoir osé résister aux chrétiens. A cette réponse, ils allèrent chercher des couvertures, pour les faire reposer, et toutes sortes de volailles pour les faire manger, espérant pouvoir ainsi se concilier avec eux, ils demandèrent pardon, et leur promirent d’t- ‘tre à l’avenir soumis aux chrétiens.
Après cela, les Espagnols se préparërent à partir pour s’avancer vers les côtes occidentales ; demain, ils partiront, sile vent est tant soit peu favorable.
M. H vait lui!
dansses a il quitta torieuse , tout fut par un b:
Pendai les endroi
Il arrix entretenu et la terre rogues , fa y étaient de marqu ni de défia lions les |
qu’ils dési
jeunes cacique en bapcacique e ; elle vaitunc le temps ’imporns avec * recon- Cortez.
paux iuhasard,
ENTRETIEN IV
M. Hunter. Le succès de cette guerre, qui pouvait luiêtre funeste, et l’espoir d’üne pareille réussite dans ses autresentreprises, remplirent Cortez de joie; il quitta la province de Tabasco , avec sa troupe victorieuse, et continua sa course périlleuse. Dés que tout fut embarqué, on mit à la voile, et, poussée
par un bon vent, l’escadre se dirigea vers l’oucst.
Pendant cette seconde course , Cortez revit tous les endroits où Grijalva l’avait précédé.
IL arriva à Saint-Juan d'Ulloa, dont je vous ai entretenus derniérement, et jeta l’ancre entre l’ile et la terre ferme : il vit bientôt "venir à lui deux pi-
rogues, faites du tronc d’un arbre ; les Indiens qui
y étaient embarqués paraissaient être des hommes de marque, et ne donnèrent aucun signe de peur ni de défiance. Cortez les reçut avec les démonstrations les plus amicales : il espérait apprendre ce qu’ils désiraient par son interprète Aquilar; mais
VOYAGES ET CONQUÈTES.
il fut trompé, parce qu’Aquilar, rougissant, lui dit qu’il n’entendait pasun seul mot deleur langage, qui était le mexicain, et qu’il ne connaissait que la langue d’Yucatan , qui est entièrement différente.
Mais Cortez s’aperçut qu'une de ses esclaves de Tabasco, Marine, dont nous avons déjà fait men. tion , avait lié conversation avec quelques uns de ces Indiens ; car cette fille, née dans le Mexique, avait été menée à yucatan après son enlèvement, avait appris cette dernière langue. Ainsi, Marine rendait en Yucatan, à Aquilar, ce qu’avaient dit les Mexicains, et à son tour celui-ci le rendait à Cortez en espagnol.
Par ce moyen, Cortez fut instruit que Pilpator, gouverneur du pays, et Teutile, général du grand empereur Montezuma, lui avaient envoyé ces députés pour savoir quelles étaient ses intentions, et lui offrir ce qui pourrait lui être nécessaire pour continucr sa roule.
Cortez fit une réponse très polie, et leur dit quil était venu, dans des vues très amicales, apporter à leur chef des nouvelles intéressantes pour tous les pays, et renvoya les députés avec des présens, ct, sans attendre leur réponse, il mit à terre sa troupe, ses chevaux, son artillerie et tout son équipage de guerre : les paisibles habitans de ces contrées venaicnt en foule pour aider ceux qui devaient être bientôt leurs oppresseurs, et leur construire des ca-
ban.
sen hosr pou ven: Le avec train dele son c | aux !
souyYe ordre toute silenc grano répon était « sante gé de des pr de lui Qu encore fasse nomm que, d Ferdin
ai dit >, qui a lane.
es de menns de ique , ment , farine dit les Cortez
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it qu'il orter à ous les ns , ct, roupe ; age de es ve-
nt être des ca-
banes de feuillage. Les malheureux! que ne pressentaient-ils les suites funestes de leur généreuse hospitalité , et que ne faisaient-ils tous leurs efforts pour rejeter dans la mer ces avides étrangers , qui venaient leur apporter l'esclavage ou la mort!
Le lendemain, Pilpator etTeutile se présentèrent avec une nombreuse suite de Mexicains armés ; leur train était magnifique, et répondait à la puissance deleur souverain : Cortez jugea à propos d’étaler, de son côté, autant deluxe qu’il le pouvait pour donner
aux Mexicains une haute idée de sa personneet du
souverain dont il se disait l’ambassadeur; il donna ordre à sa troupe de se placer auprès de lui, avec toute la pompe militaire, et dans le plus profond silence, et accueillit les Mexicains avec un air de grandeur, qui dut leur inspirer du respect ; il leur répondit, avec affectation et laconiquement, qu’il était envoyé par Charles d'Autriche, grand et puissant empereur d'Orient, par lequel il avait été chargé de faire à l'empereur Montezuma, en personne, des propositions; qu’il demandait, en conséquence, de lui être présenté.
Quelques uns d'entre vous ne connaissant pas encore l’histoire moderne, il est à propos que je vous fasse connaître Charles d'Autriche, que Cortez nomme ici empereur d'Orient. Vous vous rappelez que, du temps de Colomb, le roi d’Espagne était Ferdinand , surnommé le Catholique.
Ce Ferdinand n'eut qu’une fille nommée Jeanne, qui épousa un prince autrichien appelé Philippe.
Elle eut un fils nommé Charles; c’est celui dont Cortez parle; car, Ferdinand étant mort, son petitfils fut le plus proche héritier de sa couronne, son péreétant décédé avant lui. Il en hérita en effet, ety réunit les Pays-Bas, qu’il gouvernait depuis un an; il fut élu empereur d’Allemagne, et fut par là undes princes les plus puissans qui aient jamais régné en Europe : on le nomme Charles-Quint, parce qu'il était le cinquième du nom.
L’énergique proposition de Cortez jeta les Mexicains dans le plus grand embarras, persuadés qu’ils étaient que l’entrevue que demandait le général espagnol ne serait pas agréable à leur empereur Montezuma.
Joux. Eh! pourquoi?
M. Hunter. Montezuma était tourmenté par les plus vives inquiétudes depuis la première venue des Européens sur les côtes du Mexique.
Une ancienne tradition portait qu’il existait vers
lorient un peuple puissant qui viendrait un jour
attaquer l’empire du Mexique , et s’en emparcrait. Il n’est pas facile de savoir d’où avait pris naissance ce bruit , mais cette ancienne prédiction avait jeté les Mexicains superstitieux, et l’empereur lui-même, dans la plus vive crainte , à la première apparition des Européens, D’après cela, la demande de Cortez
ropéer être er des où unepl tout sc ter aux lacre d présers s’enfui ne put
d’être présenté à Montezuma jetait les deux envoyés dans une pénible situation.
Ils tâchèrent, avant de répoudre , de gagner, par de grands présens , la bienveillance de Cortez, qui leur en témoigna sa reconnaissance, ce qui les enhardit à lui déclarer qu’ilsne voyaient pas la possibilité de lui accorder ce qu’il demandait. Mais leur étonnement fut impossible à peindre, lorsqu’ils entendirent que Cortez, d’un ton sévère, leur dit qu’il était obligé de persister, parce qu’il ne pouvait pas se présenter devant le grand monarque dont il était ambassadeur sans avoir rempli ses ordres. * Alorsils lui demandèrent un délai suffisant pour informer l’empereur Montezuma de sa demande , pour connaître sa volonté ; et Cortez y consentit.
Durant cet entretien, des peintres, qui étaient à la suite des Mexicains, dessinaient sur des toiles blanches les choses les plus remarquables chez les Européens. Cortez, instruit que ces peintures devaient être envoyées à l’empereur , voulut leur présenter des objets plus intéressans, et dont la peinture fit une plus vive impression sur Montezuma. Il fit mettre tout son corps en ordre de bataille, et fit représenter aux Mexicains , remplis d’étonnement , le simulacre d’une bataille européenne. Tous les Indiens présers éprouvérent une telle frayeur , que les uns s’enfuirent, d’autres se jetérent à terre, et qu'on ne put que très difficilement convaincre un petit
— ms
216 VOYAGES ET CONQUÈTES.
nombre d’entre eux que ce n’était qu’un jeu pour les amuser.
Les peintres tâchèrent de représenter sur la toile ce spectacle, si terrible pour eux, de la manœuvre européenne: ils le tracèrent d’une main tremblante, et cette peinture fut transportée à Mexico, capitale, avec la relation de ce qu’on avait vu, et quelques présens, pour être mis sous les yeux de l’empereur. On avait sagement établi, dans ce pays, sur tousles grands chemins, depuis les points les plus éloignés du royaume jusqu’à la capitale , des ‘coureurs à des distances fixes pour informer promptement l’empereur de tous les évènemens. ".
Joux. Quelle pouvait être la distance de l'endroit où sont les Espagnols à Mexico ?
M. Howrer. Plus de cent dix-huit milles anglais.
Les coureurs se mirent en mouvement , et, peu de jours après, la réponse de l’empereur arriva. Il répondit qu’il ne pouvait pas accorder la demande; et, pour adoucir ce refus, Montezuma envoya des présens dignes d’un monarque. Pilpator et Teutile offrirent d’abord les présens pour disposer favorablement Cortez à la réception de la commission délicate dont ils étaient chargés.
Cent Indiens portaient ces présens avec beaucoup
de pompe, et ils furent étalés sur des nattes aux pieds de Cortez : comme les Espagnols y attachérent leurs regards avides!
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Mais sion , à qui sur giner d des étof et en éc
diverses les pren:
Ici de cieux bi élégance très volu soleil , et Pemport:
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désagréab au nom d ne pouva ni permet.
l'empire , départ.
Mais leur surprise fut au dessus de toute expression , à la vue de ces échantillons d’une richesse qui surpassait tout ce que leur avidité avait pu ima giner des trésors de ce pays. D’un côté, on voyait des étoffes de coton , qui égalaient la soie en finesse et en éclat ; d’un autre, c’étaient des animaux , des arbres et d’autres objets faits avec des plumes de diverses couleurs , et avec un art si admirable qu'on les prenait pour des tableaux.
Ici des bracelets , des colliers et d’autres précieux bijoux, tout d’or, et travaillés avec art et élégance, attiraient les regards ; mais deux globes très volumineux, l’un en or massif, représentant le soleil, et l’autre en argent, représentant la lune, Pemportaient sur tout le reste. Il y avait aussi des caisses pleines de pierres précieuses, de perles et d’or en grains, comme on le trouve dans quelques rivières ou dans les mines.
Cortez accepte ces riches présens avec l’apparent lémoignage du plus profond respect pour le souverain qui les lui envoyait. Les ambassadeurs crurent le moment favorable pour exposer le point le plus désagréable de leur commission : ils annoncèrent, au nom de l’empereur , que lentrée de la capitale ne pouvait être accordée à des troupes étrangères , ni permettre qu’elles fissent un plus long séjour dans l'empire , qu’on les engageait donc à presser leur départ.
Quoique cette réponse fût juste et raisonnable, Cortez ne s’en tint pas moins pour offensé , et soutint, encore plushautement quelapremièrefois, qu’il ne pouvait se soumettre à ce refus. Les Mexicains, accoutumés à la soumission la plus absolue , ne purent revenir de leur étonnement, en voyant la résistance qu’opposait au refus de leur souverain un étranger: ilsregardaient cette désobéissance comme une action abominable , et demandèrent un nouveau délai pour informer leur souverain de Pinsistance du général espagnol : Cortez accorda ce délai, mais à condition que la réponse ne se ferait pas attendre long-temps.
Cortez n’était pourtant point sans inquiétude ,
malgré tout le courage dont il faisait parade dans |
cette négociation ; il voyait des preuves certaine: que cet état était puissant et bien gouverné, et que c'était la plus grande folie de prétendre renverser
un empire si redoutable, avec une petite troupe |
d’aventuriers ; ilne se désista pas, pour cela, de son projet audacieux ; la gloire seule pouvait faire oublier ou pardonner sa désobéissance envers Velasquez.
La réponse de l’empereur arriva bientôt, mais elle fut différente de ce que l’on espérait, et malgré l’effroi que la persévérance de Cortez avait causé à Montezuma et à son conseil, on persista dans le
refus. C avec de Corte tiens se ( une reli son sou reur du les voyai qu’il fût plus fort Terntil fin de cet plein d'in employer les ordres amicales 1 il se retir.
cain$ sort les habita Cortez cette bru:
évènemen qui, jusqu vivres , ne n'avaient Ce décour.
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ble , souqu'il ins , e pu- 1 réul un mme nouinsisdélai, xs at-
tude , dans taine:
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e son e ou- Velas-
refus. Ce nouveau message fut porté par Teutile avec de riches présens.
Cortez , sans se troubler , répondit que les chrétiens se croyaient tenus d'enseigner à leur prochain une religion qui met dans la voie du bonheur ; que son souverain l'avait envoyé pour délivrer l’empereur du Mexique et;ses sujets d’une erreur où on les voyait croupir ; qu’il était donc indispensable qu’il fût présenté à l’empereur, et qu'il insistait de plus fort à ce sujet.
Tentile, perdant presque patience, n’écouta la fin de cette explication qu’avec la plusgrande peine ; plein d’indignation, ilse leva et déclara qu’il allait employer d’autres moyens pour mettre àexéculion les ordres de son maître, puisque les représentations amicales restaient sans effet. À ces derniers mots, il se retira promplement : sa suite et tous les Mexicain$ sortirent du camp espagnol et le suivirent ; les habitans de ce pays se retirèrent entièrement.
Cortez et ses compagnons furent déconcertés de cette brusquerie : ils redoutaient les suites de cet évènementet craignaient surtout que les Mexicains, qui, jusque-là, les avaient fournis abondamment de vivres , ne cessassent de leur en porter , et alors ils n'avaient en perspective qu’une horrible famine. Ce découragement général enhardit les mécontens à proposer à leur général de retourner à Cuba ; 1ls blamèrent hautement ses projets, qu’ils appelèrent
220 VOYAGES ET CONQUÈTES.
folie , ils (âchèrent de détourner leurs compagnons de leur soumission , en leur conseillant de refuser un plus long voyage.
Aussi prudent et même rusé qu'il était courageux , Cortez chargea ses confidens de s’assurer des
véritables sentimens de Parmée : il apprit que tous les propos des partisans secrets étaient sans effet auprès des soldats ; alors il rassembla les plus récalcitrans , ct allant à eux , d’un air calme et doux, il les consulta sur les moyens à prendre, dans la situaüon critique où ils se trouvaient. Ceux-ci ne cachèrent pas leur manière de voir, ct furent d’avis que Von mit à la voile, sans retard.
Cortez les écouta jusqu'au bout, et leur dit qu’il ne partagcait pas leurs craintes , et qu'il ne pensait pas que le danger fût tel, qu'ils dussent's’en alarmer ; cependant, leur dit-il, comme je ne veux pas vous entrainer malgré vous, je consens à ce que vous désirez.
Dès lors, il fit travailler aux préparatifs pour le départ. Cette détermination fit l’effet de la foudre sur les Espagnols , eux qui se croyaient déjà en possession de l’or du Mexique. Leur projet de gloire et de fortune s’évanouissait , et ils ne pouvaient y renoncer ainsi. Alors , s’élevèrent de violens murmures contre le général ; on l'accusait d’inconstance,
Cest ce que demandait l’habile Cortez : il tàcha
même d exciter dire qu et les fa la fortu manda lait Cor
Corte tôt , on séditieu déclara allait ch
Corte pos étai réussir d avait eu brillante lait pas, qu'on lu ragemer qu'il n°e des avai les désav bre mêm plutôt qu avaient « (ez partc
nons fuscr
ourar des {ous effet récal- IX , il si(uaachès que
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pour à foudéjà t de pou- Vi0rusait
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même d'augmenter leur mécontentement, en faisant exciter les soldats, par ses amis, qui ne cessaient de dire que la peur seule était cause de cette retraite, et les faisait reculer dans * : voie de l’honneur et de la fortune , enfin tou’ ‘’:quipage se souleva , et demanda que le générai se montrât ; c’est ce que voulait Cortez.
Cortez parut, et affecta de l'étonnement. Aussitôt , on l’accabla de reproches; les propos les plus séditiceux furent proférés de toute part; on lui déclara que, s’il ne revenait de cette résolution, on allait choisir un autre chef pour se conduire.
Cortez était au comble de ses vœux ; plus les propos étaient violens, et plus il se voyait assuré de
réussir dans ses vues, Il leur répondit alors que s’il avait eu la pensée d'abandonner une entreprise si brillante, et de la réussite de laquelle il ne doutait pas, il avait cru se rendre aux désirs de l’armée, qu'on lui avait dépeinte dans le plus grand découragement. Les soldats déclarèrent, hautement, qu’il n’en était rien; qu'une poignée d'hommes timides avaient jugé l’armée sur eux-mêmes, mais qu’ils les désavouaient, qu’ils rejetaient, loin d’eux, l’ombre même de poltronnerie, et qu’ilsmourraient tous, plutôt que de renoncer à la grande entreprise qu’ils avaient commencée. Ils jurèrent donc de suivre Cor-. tez partout où il voudrait les conduire; qu’ils par-
299 VOYAGES ET CONQUÈTES.
tageraient ses travaux et ses dangers, et qu'ils ne l'abandonneraient qu’à la mort.
La physionomie de Cortez exprimait la joie et la confiance ; il fit l'éloge de leur courage et les assura qu'il agirait selon leurs désirs , qui étaient aussi les siens. Il leur fit part de l'intention qu’il avait de former un établissement dans l’endroit même où ils se trouvaient ; il en ordonna lespréparatifs, et puis se disposa à aller, avec le reste de son armée, dans le centre du pays.
Il restait encore à complèter ce jeu. Cortez n'était plus le commandant légitime depuis que Velasquez lui avait retiré ses pouvoirs ; il imagina alors un moyen-pour y suppléer. Il composa une cour de justice qui devait régir la colonie qu'il allait établir, fit choisir pour cela les personnes sur lesquelles il pouvait compter le plus, et, dès la première assemblée, Cortez se présenta à eux avec un air soumis, ct, son bâton de commandant à la main, il leur dit :
« C'est au nom de notre monarque que vous êtes établis, messieurs ; jedois donc me soumettre à vos arrêts. Je sens , ainsi que vous, qu’un général qui ne doit son autorité qu’au caprice des soldats ne saurait convenir à l’armée, et moi, je suis dans cette position ; depuis que le gouverneur m'a retiré les pouvoirs qu’il m'avait donnés, on peut demander si j'ai le droit de commander, je crois
donc ( mande vous que vd droit, gnons trer cc En son b4 retira.
Cet ils fire dant à nomm rasse le choi
qu’ils ne
\ joie et e et les | étaient on qu’il ’endroit les préreste de
tez n’ée Velasna alors 1e cour il allait nes sur
dès la AX avec int à la
e vous imettre \ généles solje suis ur m'a n peut » crois
donc qu’il est de mon devoir de déposer le commandement qui ne m’appartient plus ; veuillez, je vous prie, nommer, ppur me remplacer, l’homme que vous jugerez le plus digne; vous en avez le droit, usez-en. Devenu simple soldat, mes compagnons me verront, les armes à la main, leur montrer comme on obéit à son général. »
En achevant ces paroles , il présenta avec respect son bâton de commandement au président , et se retira.
Cette démission parut être acceptée par les juges; ils firent semblant de délibérer ; et, enfin, proctdant à une nouvelle élection, Cortez fut, par eux, nommé de nouveau à l’unanimité. Les troupes , rassemblées , approuvèrent, avec empressement ,
le choix fait par la cour de justice.
ENTRETIEN Y
M. Huwrer. Le lieu où l’on se proposait d’élablir une colonie fut appelé , par la cour de justice , Villa-Rica-de-la-Vera-Cruz, ce qui veut dire Valle riche de la Vraie Croix.
Ils donnaient le nom de riche à cette nouvelle ville, parce que là ils avaient, pour la première fois, connu les richesses par les présens qu’ils avaient reçus des Mexicains , et parce qu’ils espéraient que là , aussi, serait l’entrepôt général des trésors d’un empire qui, par malheur, en possédait en si grande quantité.
Ils ajoutèrent à cette dénomination celle de la Vraie Croix, parce que le jour de leur débarquement était l’anniversaire de la mort de Jésus-Christ. Par ce nom bizarre, furent mises en évidence les deux passions dominantes de nos aventuriers espagnols : La soif de l'or et l'enthousiasme de la religton. Ils n'avaient, en effet, d'autre désir que de remplir également le ciel et leur bourse.
b ses one celu hont
T aujo gnol
M le l conti situé C’est
Vera O
heure tés q1 citer.
d’une duits Cemp allian faits :
Af dieus poell:
l’obje joug
t d’étaustice , e Valle
ouvelle emière qu'ils
s espé-
al des
ssédait
de la arquehrist.
ice les B CSPa-
a reli-
ue de
C’est ainsi qu’à l’aide de la superstition on fait ses affaires, sous prétexte de travailler pour le ciel; on est cruel , sous le masque de l’humanité ; et sous celui de la piété, on se livre impunément aux plus honteuses passions. |
Taéonorr. N’est-ce pas la ville , que l’on appelle aujourd’hui Vera-Cruz, que bâtirent les Espagnols ?
M. Huwrer. Non : Cortez, comme la suite nous le montrera, transporta cette colonie dans une contrée, qu’il jugea plus convenable , et qui était situéc à quelques milles plus en avant dans le sud. C’est là que se trouve placé, sur nos cartes, Vera-Cruz , dont nous parlerons plus tard.
On fit alors les préparatifs du départ; un heureux évènement vint leur aplanir les difficul- {és que ce voyage n’aurait pas manqué de leur susciter. Cinq Indiens, qu'avait envoyés un cacique d’une ville peu éloignée, demandèrent à être introduits près. du général, et lui dirent: « Le cacique Cempoalla , notre maître, désirerait former une alliance avec les Espagnols, dont il a appris les hauts faits à Tabasco. »
Après diverses questions que Cortez fit à ces Indieus, il apprit d'eux que Montezuma , dont Compoella était sujet, était, par sa cruauté et son orgueil, l’objet de la haine des Indiens, qui, fatigués du joug qu’il leur imposait, n'attendaient que l’oc-
226 VOYAGES ET CONQUÈTES.
casion favorable pour lever l’étendard de la révolte.
Cortez put à peine contenir la joie que lui causait une pareille nouvelle ; il n’ignorait pas que l'empire le plus puissant est bien aisé à renverser, dès que le prince s’est attiré la haine de ses sujets ; et cetie entreprise , que, d’abord , il taxait de témérité , lui parut sous un jour bien différent; il ne douta plus du succès. Aussi, les ambassadeurs n'eurent-ils qu’à se louer de l’accueil du général; il les combla de marques d’honnêteté , les pria d’assurer leur chef de son amitié, et qu’il ne tarderait pas à aller le trouver. |
Il ordonna aussitôt à sa flotte de longer la côte; il se mit à la tête de son armée , et s’empressa à remplir sa promesse , tout en explorant cette contrée, qu’on lui avait dit si propre à former son établissement. Au bout d’une journée de marche, on trouva un village entièrement abandonné de ses habitans. Les maisons et les temples étaient déserts, et, à l'exception de quelques idoles , de quelques membres humains que l’on avait sacrifiés, et de quelques livres, les premiers que l’on trouva en Amérique , on ne put rien y découvrir.
Taéonore. Quoi ! des livres comme les nûtres ?
M. Huwrer. Non, ils n’étaient certes pas aussi perfectionnés, mais il y avait quelque chose. Ils étaient de parchemin, ou de peaux enduites de gomme, et pliés comme des feuillets, Au lieu de let-
tres ficat duc Le quoi poell était lorsq lui e dire priai éloig là il tous Cort.
venu rent tez, vers | de gu Le que.
consi (ez ay vinre ville mais étaier
tres , il n’y avait que des figures ou des traits significatifs , qui, comme on le crut, ne traitaient que du culte des idoles mexicaines.
Le lendemain, on se remit en marche; mais quoique déjà sur le territoire du cacique Cempoella, l’on ne vit aucune figure humaine. Tout était désert. Aussi , Cortez se croyait déjà trompé , lorsque, le soir, l’on vit arriver douze Indiens, que lui envoyait le cacique, ainsi que des vivres. Ils dirent au général espagnol que leur maitre le priait de se rendre dans ses États, dont il n’était éloigné que d’un soleil ou un jour , l’assurèrent que là il trouverait en abondance, pour lui et les siens, tous les vivres et rafraichissemens qu'il désirerait. Cortez demanda pourquoi le cacique n’était pas venu, lui-même, à leur rencontre : ils lui répondirent que ses infirmités l’en avaient empêché. Cortez, alors, remercia les Indiens, en renvoya six vers leur maître, ct garda les autres , pour lui servir de guide.
Le Icudemain , on vit la ville qu’habitait le cacique. Le pays était agréable et fertile, et paraissait considérable, On vit accourir des soldats que Cortez avait envoyés en avant-garde ; ivres de joie, ils vinrent annoncer à leur chef que les murs de la ville étaient en argent: cela n’était cependant pas; mais, comme le soleil tombait dessus ces murs, qui étaient enduits d’une chaux bien blanche, qu’ils ne
VOYAGES ET CONQUÈTES.
révaient qu’or et argent , ils crurent voir leur rêve accompli. Quand ils entrèrent dans la ville, ils trouvèrent les places et les rues encombrées d’une foule immense d’habitans , qui étaient accourus de toute part pour les voir : ils étaient sans armes, et
conservaient un silence religieux.
Quand Pon fut.arrivé près de la tente du cacique, on ne tarda pas à le voir paraître; on nut, de suite, juger quelle était l’infirmité qui l’avait empêché d'aller au devant de ses nouveaux amis : il était d’une grosseur si démesurée, qu’il pouvait à peine se remuer, et ses officiers étaient forcés de le souteüir et de le faire avancer. Il y avait quelque chose de si bizarre dans la vue de cet homme, qui ne pouvait faire un pas , que Cortez eut beaucoup de
peine à contenir ses gens, et à garder lui-même la gravité qu'il devait avoir en cette circonstance. Du
reste , il portait un babillement magnifique ; son manteau de coton était couvert de pierreries, et son nez et ses oreilles en étaient surchargés.
l’avai espèce diffic zuma autres énergi cherch quant redout ciel, i armes.
Cort rigea v son éta travers!
pénible de Qui:
cntouré se sauvi ils vire
Le discours qu’il tint à la porte fut plein de douceur et d'esprit, et il fiuit par prier son hôte de venir se reposer chez lui, qu’ils pourraient s’y entretenir plus commodément deleurs intérétscommuns. Le reste du jour fut consacré au repos , et on leur fournit des rafraichissemens en abondance. Cortez ne manqua pas, dans l'entretien qu’il eut avec le cacique, de lui direque le roi de l’Orient,son maitre,
sortis d ral et] étaient | promett Cortez | quelque tous les fait que
ève
ils ane s de 9 et
que,
ite,
ché
tait eine jutehose il ne p de ne la . Du
l'avait envoyé pour faire cesser dans ses pays toute espèce de tyrannie ; le cacique alors ne fit plus de difficulté pour exhaler ses plaintes contre Montezuma, qui lui était devenu odieux, ainsi qu'à ses autres vassaux, par sa cruauté : son récit était si énergique , qu’il ne put retenir ses larmes ; Cortez chercha à le calmer, lui promit même sa protection; quant à la puissance du tyran , il lui dit qu’il ne la redoutait pas, parce que, sûr de la protection du ciel, il savait que rien ne pourrait résister à ses armes.
Cortez, le lendemain, reprit sa route, ct se dirigea vers Quiabislan , où il avait résolu de former son établissement; les plaines et les fonds qu’il fallait traverser offrirent un aspect riant, et après une pénible journée de marche, ils aperçurent la ville de Quiabislan, qui était située sur une hauteur et entourée de rochers; à leurarrivée, tous les habitans se sauvèrent : quand ils se trouvèrent sur la place, ils virent venir à eux quinze Indiens qui étaient sortis du temple voisin; ils s’approchérent du général , et lui dirent que le cacique et tous les habitans étaient prêts à rentrer dans la ville, s’il voulait leur promettre qu’il ne serait fait de mal à personne : Cortez leur en donna toute espèce d'assurance, et quelque temps après, on vit arriver le cacique et tous les habitans, qui, tout en le suivant, n’avaient fait que céder à la peur. Cortez fut charmé de le voir
avec le cacique de Cempoalla ; ils étaient tous les deux sur des brancards : dès qu’ils furent entrés en conversation , ils réitérèrent leurs plainteset leurs griefs contre le tyran Montezuma. Cortez les entendit avec un nouveau plaisir , et leur donna l’assurance de sa hau‘e protection. Au milieu de cet entretiensurvinrent quelques Indiens, qui s’approchèrent tout tremblans des deux caciques, et leur parlèrent à l'oreille : leffroi se peignit aussitôt sur leur visage , et ils se hâtèrent de sortir, tout le monde les’ suivit. La cause de cet effroi général était l’arrivée de six officiers de Montezuma, qui, superbement vêtus et suivis d’un magnifique cortège, dont quelques uns avaient, au dessus de leur tête, des parasols de plume, traversèrent le camp des Espagnols. Ils jettèrent même des regards de mépris sur Cortez et sur ses officiers, aussi eut-on beaucoup de peine à empêcher les soldats qui voulaient massacrer les Mexicaius . pour les punir de leur sotte fierté. On envoya Marine savoir ce qui se passait, et l’on ne tarda pas à apprendre que ces officiers avaient appelé ces deux caciques devant eux , et qu'après leur avoir sévèrement reproché d’avoir reçu des étrangers ennemis de leur monarque, ils leur avaient ordonné delivrer, outre le tribut ordinaire vingt Indiens, pour les immoler à leurs dieux, qui se trouvaient offensés. Cette nouvelle indigna beaucoup Cortez, mais, toujours prudent, il sut imposer silence à son indi-
gnati.
les of celte « jusqu’ à lp Zuma; il s’op} humai confia Ne au pui de fai dans 1 officie:
cimens venir, donna:
agir ai croire « Dan:
d'autre joug dl Jurèren
gnation : il dit aux caciques que, loin d’obtempérer à desordres aussi barbares, ils devaien! : saisir des envoyés.Cependant les caciques n’osaient guère prendre une décision aussi énergique; mais Cortez leurayant réitéré ses ordres avec fermeté et indignation, ils n’osèrent paslui résister, ils firent arrêter les officiers. Les Espagnols semblérent étrangers à celte conduite; les caciques alors, poussant la fureur jusqu’à la barbarie, résolurentd’immoler cesofficiers à la place des vingt Indiens que réclamait Montezuma;.ce fut à Cortez qu'ils durent alors la vie, car il s’opposa de nouveau, avec énergie, à cet acte inhumain, ce fut même à ses propres soldats que l’on confia la garde des prisonniers.
Ne voulant point déclarer ouvertement la guerre au puissant Montezuma, il jugea plus convenable de faire croire à ce prince que, loin d’avoir agi dans le malheureux évènement qui arrivait à ces officiers, il lui devait, au contraire, des remercimens. :Voici donc la ruse qu’il imagina. Il fit venir, pendant la nuit, deux des prisonniers et leur donnant la liberté , il leur dit qu'il chercherait à agir ainsi envers leurs amis , et le lendemain il fit croire qu'ils s'étaient évadés.
Dans les montagnes voisines, il y avait encore d’autres caciques, qui tous voulaient secouer le joug de Montezuma ; ils s’allièrent avec Cortez, et jurérent de toujours regarder le roi d’Espagne
239 VOYAGES ET CONQUÈTES.
comme leur seul seigneur. Ce fut alors que l’on se mit en devoir d'établir une colonie espagnole, entre Quiabislan et la mer. Ce licu renfermait tous les avantages que l’on pouvait désirer, car, à un sol fertile , à des forêts magnifiques , il faut joindre le voisinage des côtes. On lui laissa le nom de Villa- Rica-de-la-Vera-Cruz; mais de nos jours on neluia conservé que le nom de Vera-Cruz.
Personne ne fut exempt de travailler , et Cortez lui-même se mit à travailler à la construction des murs et des bâtimens dela ville. Son exemple anima ses compagnons ; les travaux avancèrent avec tant de célérité, qu’au bout de quelque temps la place fut fermée et capable de résister à toutes les machines de guerre des Indiens. Pendant ce temps, les deux officiers que Cortez avait rendus à la liberté arrivèrent près de leur seigneur, ct ne manquèrent pas de s’étendre sur le service qu’ils croyaient que Cortez leur avait rendu. Cette nouvelle calma la fureur de Montezuma , qui d'abord avait ordonné de lever une puissante armée , pour aller écraser les étrangers , ainsi que ceux qui avaient voulu se lier avec eux ; il se décida alors à user de douceur pour faire partir, s’il était possible , ces hommes qui V’incommodaient , et qui pouvaient devenir dangereux.
Il envoya donc une ambassade à Cortez , avec des présens magnifiques: il les fit même offrir par deux
jeunes près di ficatio:
leurs ] avait f bien al Cort des ma autres fit dire déplaisi sant ses vait qu religion sacrifice partout encore reur , D caciques avait pr dont ils pris de 1 avaient avait dé
1 se ole , (ous 1 sol re le illalui a
Tr tez des ima tant place Ma- , les berté quèaient alma onné raser oulu ceur s qui An ge-
c des deux
jeunes princes de ses parens. Ceux-ci arrivèrent près du général espagnol , au moment où les fortifications venaient d’être achevées. Après avoir offert leurs présens, avoir remercié Cortez de ce qu’il avait fait pour eux, ils prièrent Cortez de vouloir bien abandonner les États de leur seigneur.
Cortez reçut les ambassadeurs avec les plus grandes marques de distinction : il fit venir les quatre autres prisonniers, leur donna la liberté, et leur fit dire par Marine qu’il était bien contrarié du déplaisir que l’on avait causé à l’empereur en faisant ses officiers prisonniers, mais qu’il ne le devait qu’à sa demande barbare ; il fit ajouter que la religion chrétienne regardait comme un crime les sacrifices humains, qu’il était chargé de les abolir partout , et par toute espèce de moyen ; il leur dit encore qu’il comptait sur la générosité de l’empereur , pour consentir à sa prière, à pardonner aux caciques de Cempoalla et de Quiabislan, à qui il avait promis sa protection ; car la manière affable dont ils avaient recu , et les soins qu’ils avaient pris de lui faire oublier la conduite de Teutile, les avaient rendus ses amis ; que, pour son départ, il avait déjà prévenu l’empereur qu’il ne pouvait l'effectuer avant d’avoir été admis à l'honneur d’avoir une entrevue avec lui; que, du reste, rien ne pourrait empêcher les soldats européens d’obéir aux ordres de leur maître.
Les ambassadeurs se retirèrent fort satisfaits de Cortez , admirant son courage et son sang-froid , et regardant, au contraire, avec mépris la conduite faible de leur maitre.
Déjà la nouvelle ville espagnole était capable de se défendre ct Cortez résolut de se rendre, ainsi
qu’il l'avait résolu, dans la ville. Tout lui réussissait sclon ses désirs, et cependant son zèle pour la religion pensa lui être funeste. Ayant appris que l’on devait, dans un temple de ses alliés, consommer un sacrifice humain, il en fut irrité à un tel point que, n’écoutant que sa juste indignation, il s’y transporta avec des hommes armés, et jura de tout mettre à feu et à sang, si on ne rendait de suite la liberté aux malheureuses victimes d’une aussi atroce superstition.
CuarLorre. Je ne trouve rien de blämable dans sa conduite.
M. Huwrer. Certes; mais il n’aurait pas dù exiger que des prêtres brisassent leurs idoles et renonçassent à leur fausse religion , puisqu'ils n’en connaissaient pas d’autres.
Les prêtres le supplièrent de ne pas exiger d’eux un pareil sacrilége. Le cacique était tremblant, tout fut inutile : voyant que l’on n’exécutait pas assez promptement ses ordres, il ordonna à ses soldats de les renverser eux-mêmes. Les prêtres crièrent aussitôt aux armes ; bientôt une quantité
imme prêtres avait d lui , sa dange que loi et de la ces par mirent l’on .vit des ido vases f laver le et fit ple Cons daient, ber sur que ces | fiers et mencèr( avoir u puisqu’i sitôt ces auxquel rent pl et les je une égl bré en
its de id , et nduite
ble de , ainsi 'éussise pour ris que >mmer lpoint ilsy ira de dait de d'une
e dans
exiger OnçÇasnnais-
d’eux blant , ait pas à ses brêtres antité
immense d’Indiens se réunissent auprès de leurs prêtres, et entourent Cortez et sa petite troupe. Il y avait de quoi intimider tout autre que Cortez; mais lui , sans s'étonner, et plus terrible par laspect du danger , crie à la multitude que la première flèche que l’on tirerait serait le signal de la mort du cacique et de la destruction de tout le pays. Marine rendit ces paroles aux Indiens, et aussitôt les troupes se mirent à exécuter les ordres de leur chef. Bientôt l’on vit tomber la plus grande et la plus hideuse des idoles; les autres eurent le même sort, les vases furent brisés. Cortez fit nettoyer le temple, laver les taches de sang quel’on voyait sur le pavé, et fit placer , à la place, l’image de la Vierge. Consternés et tremblans, les Indiens s’attendaient, à chaque instant, à voir le feu du ciel tomber sur ces indignes ‘profanateurs ; mais, voyant que ces hommes, après ce sacrilége, se promenaient fiers et tranquilles , ils ouvrirent les yeux, et commencèrent à croire que les Espagnols aussi devaient avoir un Dieu bien plus puissant que les leurs, puisqu'ils ne vengeaient pas leur destruction : aussitôt ces débris d’idoles naguëre si vénéréces et auxquelles ils sacrifièrent leurs semblables ne furent plus d’aucun prix à leurs yeux ; ils les prirent et les jetèrent au feu. On changea le temple en une église, et ce même jour l'office divin fut célébré en présence d’un grand nombre d’Indiens ,
qui n’y comprirent rien , mais ne purent se lasser de l’admirer.
Cortez venait à peine d’échapper au danger que | son zèle religieux lui avait fait courir, quand un | autre orage se formait sur sa tête ; las d’errer ainsi | depuis long-temps pour arriver à la ville, et trem- |
blans des périls qu’ils couraient tous les jours et dont ils n'entrevoyaient pas la fin , quelques soldats et matelots résolurent de s’emparer d’un vaisseau
et de se sauver à Cuba, donner au gouverneur des 1 nouvelles de Cortez ; mais cecomplot fut découvert | avant d'être exécuté. Le chef dela conspiration fut
pris et puni; mais Cortez s’aperçut qu’il n’avait pas encore réussi à détruire tout germe de sédition : il résolut, à cet effet, de tenterun moyen sûr , mais si dangereux , qu’il fallut que ce fût Cortez pour le
mettre à exécution. Pour prouver aux plus timides |
qu’il n’y avait plus moyen de fuir , qu’il fallait vaincre ou périr , il résolut de détruire la flotte ;
mais , pour y réussir, il ne fallait pas seulement du } courage , il avait encore besvin de beaucoup d’a-
dresse, et nous allons voir jusqu’à quel point Cortez possédait ces deux étonnantes qualités : il fit donc démolir ses vaisseaux.
Frévéric. Qu'est-ce que cela signifie ?
M. Hunrxr. C’est à dire qu’il fit enlever tous les cordages des vaisseaux , les mâts ainsi que es ca-
nous, el tout ce qui pouvait se transporter ;ilexhorta |
ensuit ner les état, qi ser son aun te rurent s’ils ve planch.
conser\ car, qu tuée là nomin il voula lui-mé | qu’il se lait en lons des adresser avait re:
voudrai mander prouve | ses {rou térent à de couri Alors en roulc cents far
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r que d un ainsi rem-
rs et | oidats !
Isseau
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avait ition :
, mais |
our le mides fallait otte ; nt du p d’aortez donc
us les s Cahorta
ensuite les charpentiers, qu’il avait chargés d’examiner les vaisseaux, à dire qu’ils étaient en si mauvais état, que leur radoub était impossible. Cortez fit passer son courage à sa troupe ; il réveilla leur ardeur à un tel point, que tous, d’un commun accord, coururent détruire leurs vaisseaux, dernière ressource s’ils venaient à échouer dans leur entreprise ; les planches et les poutres sont trainées à terre ; il n’en conserva qu’un , qu’il voulait envoyer en Espagne, car, quoique la chambre de justice qu’il avait instituée là eût confirmé son grade de général, cette nomination , par le fait, c'était à lui qu’il la devait : il voulait que son grade lui fût conféré par le roi lui-même, ainsi que le titre de gouverneur des pays qu’il se proposait de conquérir ; et pour cela, il fallait envoyer au gouvernement quelques échantillons des trésors qu’il allait lui rapporter : que lui adresser cependant si ce ne sont les présens qu’il avait reçus de Montezuma, les soldats et matelots voudraient-1ls abandonner leur part? c'était demander beaucoup. Il tentace moyen, et ce qui prouve l’ascendant que Cortez avait su prendre sur ses troupes, c’est que tous y consentirent , et achetèrent ainsi la permission de répandre leur sang et de courir mille dangers.
Alors il jugea le temps convenable pour se mettre en route : son armée ne se composait que de cinq cents fantassins, quinze cavaliers et six pièces de
campagne ; il laissa à Vera-Cruz , pour garnison , à peu près cinquante hommes et deux chevaux , presque tous horsd’état, par leursblessures, desupporter les fatigues d’un combat. Les caciques alliés , voulant concourir à ses victoires , lui offrirent d’accepter comme auxiliaires les troupes qu’ils pourraient
lever ; mais il ne prit que quatre cents hommes et deux cents tamenis ou porte-faix, pour transporter les provisions , vivres et fardeaux nécessaires.
Pour s'assurer que ceux qu’il laissait en arrière Cort n'avaient aucun danger à courir, il choisit cinquante des plus considérés parmi les Indiens ; ils devaient , sans qu'ils s’en doutassent, lui servir d’ôtages.
Maintenant, mes amis , nous allons voir un autre spectacle se dérouler à nos yeux , des actes de cou- terons rage , d’hcroïsme, de cruauté et de perfidie ; nous tuation allons voir la conquête du Mexique. Le te
16 aoù marche travers vinrent
milles d qu’en € pour êl l’Amér ï Jonx M.R ou mêm Le cc berté de tinguer voulu s:
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ENTRETIEN VE
Cortez se mit en route, avec sa petite armée , le 16 août de année 1519 ; les premiers jours de leur marche n’ont rien de remarquable. Les pays qu’ils traversaient étaient tous des alliés ; enfin ils parvinrent aux frontières de "‘'ascala ; nous nous arrcterons avec eux ; mais at ::avant examinons la situation du pays.
Le territoire de Tlascala pouvait avoir cinquante milles de tour ; les montagnes qui le traversent et qu’en espagnol on appelle las Cordilleras passent pour être les plus hautes qui s'étendent le long de l'Amérique méridionale.
Joux. En français , on les appelle Cordillières.
M. Huwrer. Quelquefois la Cordillière des Andes, ou même simplement les Andes.
Le courage: extraordinaire et l’amour de la liberté des habitans de ces montagnes les font distinguer des autres Américains; ils n’avaient pas voulu subir le joug des Mexicains , et depuis long
240 VOYAGES ET CONQUÈTES.
temps ils formèrent une république libre et invincible. Chaque ville avait ses représentans ou députés ( nom que l’on donne à ceux qui doivent parler pour le pays ) à Tlascala , et c'était leur assemblée qui formait le conseil supérieur et la puissance lé-
gislative de la nation ; aussi était-ce un gouverne: ment vraiment aristocratique. Sais-tu encore, Conrad, ce que cela signifie ?
Coran. Oui; c'est quand le pouvoir est entre les mains de quelques citoyens.
M. Huwrer. Bien; c’est peut-être le premier peuple que ses mœurs grossières auraient fait regarder comme sauvage , qui donna l'exemple d'une véritable aristocratie.
Ce qui, surtout , caractérisait cette nation si formidable , c'était l’orgueil, le courage , l’amour de la liberté et le désir de la vengeance. Ce fut en vain que Montezuma chercha à les assujettir ; ce fut en vain que des ambitieux voulurent les tyranniser , ils surent toujours repousser les tyrans et conserver le plus précieux don du ciel, la liberté ; jamais encore ils n’avaient essuyé de défaite.
Cortez désirait beaucoup s’allier un peuple aussi belliqueux. Parvenu sur leurs frontières , il leur envoya une ambassade, lui recommandant d’employer tous les usages des Indiens.
Ce fut quatre des principaux Cempoalliens qui furent choisis pour faire partie de cette ambassade ;
Marine cœur.
ils port:
grande une lar pointe donc, d vaient sent ga n’y avai les mett nent à notre d Le co à se pr proposi!
bois rai beaucot teau , € du cons salués , de la s:
yeux it parler.
ils s’ass celui qu « Pa de Cem]
inciputés arler mblée ce léerne-
Con-
re les
peuarder véri-
i forur de À vain ut en iser , nseramais
aussi leur *em-
s qui sade ;
CORTEZ. 2i1 Marine composa un Giscours qu'ils apprirent par cœur. Revètus dun long r'anteiu d'étoffe Ge coton, ils portaient au bras, en guise de bouclier, une grande coquille; ils tenaient, dela main droite, une large flèche ornée de plumes blanches , dont la pointe était baissée en signe de paix. Ils partirent donc, dans cette tenue, bien persuadés qu’ils n’avaient rien à craindre : il fallait encore qu’ils prissent garde de s'éloigner du grand chemin ; car il n’y avait que là que ces ornemens d’ambassadeurs les mettaient à l’abri de l’insulte. Les Indiens donnent à cet usage unc dénomination qui revient à notre droit des gens.
Le conseil supérieur les invita , dès le lendemain, à se présenter devant lui pour faire part de leurs propositions. Tous étaient assis sur des blocs d’un bois rare. Les ambassadeurs se présentèrent avec beaucoup de respect, la tête couverte de leur manteau , et tenant la flèche élevée : tous les membres du conseil se levèrent un peu. Après les avoir tous saluës, ils s’avancèrent gravement jusqu'au milieu de la salle, se prosternèrent et attendirent, les yeux inclinés vers la terre, qu’on leur permit de parler. Dès qu’ils eurent obtenu cette permission , ils s’assirent par terre, croisèrent les jambes, et celui qui avait appris le discours s’exprima ainsi : « Peuple belliqueux ct intrépide, les caciques de Cempoalla et ceux des montagnes, qui ent le LE 11
242 VOYAGES ET CONQUÈTES.
bonheur d’être vos amis , vous souhaitent une heureuse moisson , ainsi que la perte de vos ennemis ;ils vous préviennent aussi que des hommes extraordinaires, venus de l’orient, sont arrivés dans leur pays. Ils ressemblent plus à des dieux qu’à des hommes: venus par mer, dans de superbes palais, ils ont en leur pouvoir les armes des dieux , le tonnerre et les éclairs ; du reste, ils assurent servir un dieu beaucoup plus puissant que les nôtres, qui ne veut plus voir la tyrannie ni les sacrifices humains. Leur chef a été envoyé par un roi très puissant pour les affranchir de la tyrannie et des cruautés de Montezuma. Parlui, déja nous avons recouvré notre liberté. Obligé de se rendre au Mexique, il ne peut s'empêcher de traverser vos États , et désire connaître vos griefs contre le tyran, ne faire qu’une cause avec vous. Il défendra vos droits avec les siens. Venu près de vous comme allié, il ne vous demande que le passage sur vos États ; croyez qu’il ne veut que vosintérêts ; que ses armes ne sont que pour la justice, et que ceux qui les portent ne les emploient que pour punir l’offense ou attaque. »
Il cessa de parler , et aussitôt les ambassadeurs se prosternèrent, attendant une réponse. On les remercia des vœux qu’ils faisaient pour leur bonheur ; qu’on allait délibérer sur ce qu’ils avaient proposé , et qu’on leur ferait connaître la réponse du conseil.
Les op la pab que la tout, de coi l'épée à et l’on divers :
défense Cela de ce re devenu:
Bicn de natu tez. Le ennemi Espagn de cotoi que leur N'ayant de fron( de ces g Après et le len ses amb, calans. I grin l’év
une ennemmes rrivés dieux erbes eux , Li sertres , rifices i très et des avons re au T VOS ran, a vos mme
vos j que ceux punir
Lrs se es reeur ; osé ,
seil.
Les opinions s? partagèrent : les uns demandaient la paix, les autres, au contraire, ne respiraient que la guerre. De cette derattre opinion était, surtout, le général Xicolentall, jeune seigneur plein de courage et d’ardeur, toujours prêt à mettre l'épée à la main. Son opinion devint la plus forte, et l'on se décida à retenir les ambassadeurs, sous divers motifs, pour avoir le temp. ‘e .. mettre en défense.
Cela dura huit jours. Cortez soupconna la cause de ce retard ;‘il résolut d’aller savoir ce qu’étaient devenus ses ambassadeurs, ct quelle était la réponse.
Bientôt ils se trouvèrent en face d’une troupde naturels armés, qui refusèrent le passage à Cortez. Le combat s’engagea , et quoique le nombre des ennemis fût bien supérieur à sa petite troupe, les Espagnols , qui étaient garantis par leur cuirasse de coton, n’eurent que quelques blessés, tandis que leurs ennemis perdirent beaucoup de monde. N'ayant que leur courage, armés seulement d’arcs, de frondes et de massucs , que pouvait-on espérer de ces gens contre la tactique européenne ?
Après celte victoire, Cortez s’avança dansle pays, et le lendemain il vit, avec plaisir, venir deux de ses ambassadeurs, accompagnés de quelques Tlascalans. Ils dirent à Cortez qu'ils avaient vu avec chagrin l'évènement de la veille ; que c’était sans leur
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27,4 VOYAGES ET CONQUÈLES.
consentement que les Otomics avaient commencé les hostilités.
Maïs on connut bientôt la vérité ; carayant, le lendemain, continué leur route vers Tlascala, ils virent les deux autres ambassadeurs, qui, aprèss’êlre prosiernés aux pleds de Cortez, avoir embrassé ses genoux , les larmes aux yeux , se plaignirent vivement qrie les Tlascalans, sans égard pour leur droit d’ambassadeur , les avaient couverts de chaînes , et destinés à être immolés à leurs dieux ; mais que, pendant la nuit, ils étaient parvenus à se sauver, et qu’ils avaient appris qu'ils avaient promis d’immoler à leurs dieux toute l’armée espagnole. Cortez sut alors ce qu’il devait faire : il continua sa route,
en se préparant au combat. Bientôt il fut entguré.
d’une armée innombrable de Tlascalans et de leurs alliés. Le fier Xicolentalt était à leur tête. Le combat s'engagea, et fut des plus meurtriers. Un évènement d’une bien faible importance faillit cependant être cause de la ruine de l’armée espagnole. Un des soldats de Cortez s'était tellement avancé des bataillons ennemis, qu’il fut aussitôt entouré d’une foule innombrable : harassé de coups et de blessures , son cheval tomba mort. Aussitôt les Indiens coupent la tête du cheval , la mettent au bout d’une lance et la promènent avec joie, montrant aux leurs que cemonstre n’était pas invincible, puis-
qu’il © tellem ne po) sa déf:
ZUCrT" Ler se refi Tan NL.
princi aussit croyai coupé portée Cor geuse, chere!
Pamit posa t voyés chef q armée et qu’ accom préser beauc:
un re) sans d
nencé
a, s'être s6 ses L vive- * droit ss , et que, uver , d’imortez roule,
{Quré.
leurs com- 1 évècpenrnole.
yancé {ouré et de es In- L bout itrant puis-
qu’il avait pa être tué. Cette circonstance ranima
tellement l'ardeur des Indiens, que les Espagnols ne pouvant plus leur résister, Cortez voyait déjà sa défaite assurée, lorsque tout à coup les eris de guerre et les hostilités de leurs ennemis cessérent,
Leurs cors sonnèrent la retraite. et leur armée se retira en silence.
Taéopmizrxe. Qu'avaient-ils done?
M. Hunter. Les prisonniers apprirent que les principaux chefs ayant été tués, on ne te aussitôt Îles remplacer ; ; que, Wailleurs, ïls se croyaient sûrs de la victoire, depuis qu’ils avaient coupé la tête du cheval. Xicolentalt l'avait emportée lui-même, et envoyée au conseil suprême,
Cortez, après avoir choisi une position avantigeuse, s'y retrancha c{ commença à se fortifier, H chercha encore, mais inutilement, à contracter Pamitié des Tlascalans ; le fier Kicolentalt s’y onposa toujours ; il traita même avec cruauté les envoyés de Cortez, et les chargea d'annoncer à leur chef qu, dès le point du jour, il irait, avec son armée , le faire prisonnier, lui et tonte sa {ro Pi et qu’ensui!: il en ferait un sacrifice aux dieux. Il accompagna cette nouvelle, un peu dns, us présent ; il envoya à Cortez trois cents poules ct beaucoup d’autres vivres, afin qu’ils pussent faire un repas agréable avant d’être immolés ; il voulait sans doute que leur chair, qui devait servir à un
somptueux festin, füt meilleure. Les Espagnols en rirent beaucoup, et firent un joyeux festin de ce qu’on leur avat exvoyé. Xicolentalt ne se fit pas attendre. Dès le point du jour, il parut avec son armée, et, des deux côtis le combat s’engagea avec
fureur. Long-temps , le succès fut incertain , mais enfin , malgré le nombre , la tactique européenne l’emporta, les Tlascalans furent vaincus , et les Espagnols restèrent maitres du champ de bataille.
Cette nation courageuse.ne se laissa pas encore abattre par cette dernière victoire. Ilscommencèrent, il est vrai , à croire qu’il fallait des moyens extraordinaires et des secours surnaturels pour triompher des Européens, car ils les prenaient pour des sorciers; mais ils comptaientencore sur les leurs pour détruire le charme qui rendait leurs ennemis invincibles.
CuarLorre. Il y avait donc des sorciers dans ce pays ?
M. Huxren. Il y avait des prêtres , qui faisaient croire au peuple que leurs dieux leur permettaient de lire dansl’avenir et defairedes actions surnaturelles. Ils furent consultés, et répondirent que les Espagnols étaient les enfans du soleil , que cet astre lumineux les protégeait pendant le jour , et les rendaitinvincibles, mais que, dès que la nuit était venue, cet astre leur retirait son influence, st qu’its devenaient alors des hommes ordinaires.
Les Tlascalans crurent à ces paroles, et se préparè-
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rent desuite àune attaque nocturne, voulant mettre à profit cette heurcuse nouvelle. Mais la ruse ne pouvait triompher de Cortez: il était toujours sur ses gardes ; ses postes et ses sentinelles avancées étaient placés avec tant d'adresse, que Cortez avait toujours le temps, en cas d'attaque, de prendre toutes les mesures convenables. Aussi les Tlascalans trouvèrent-ils l'ennemi prêt à les recevoir, et malgré la vivacité de leur attaque, ils furent repoussés avec perte. Ce nouvel échec, qui leur avait coûté tant d'hommes , tandis que les Espagnols n’eurent à regrelier personne , les remplit de terreur. ils jetèrent leur courroux sur leurs prêtres, qui les avaient si indignement trompés, les irmmolérent à leurs dieux , et envoyèrent à Cortez demander la paix. On choisit, à cet cffet, les plus considérés du pays: ils allèrent , en habit de cérémonie , ornés de plumes blanches, trouver Cortez dans son camp. Souvent ils s’arrêtaient , touchaient la terre avec la main, puis la portaient à leurs lèvres. Ils répétérent souvent cette cérémonie , qui indiquait leur soumission, jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés aux lignes du camp qu’ils rencontrèrent à plusieurs reprises. Cortez les reçut avec dignité et froideur , leur permit de s’expliquer. Ils obéirent , et parlèrent en ces termes: « Si c’est à des dieux cruels , et qui ont décidé notre mort, voilà cinq esclaves que nous vous offrons , vous pourrez boire leur sang et vous nour-
218 VOYAGES ET CONQUÈTES.
rir de leur chair. Si vous êtes des dienx amis des hommes , acceptez cel encens et ces plumes de &iverses couleurs. Mais si vous n'êtes que des hommes, voici du pain et des viandes pour vous nourrir. » Ils implorèrent ensuite leur pardon et la paix. Cortez obtempéra à leurs demandes ; mais il exigea une éclatante satisfaction pour les offenses qu’il avait reçues.
Aussitôt cette réponserecue, le conseil s’assembla et ordonna aux habitans d'envoyer des vivres au camp espagnol, sans exiger aucun païement; cel ordre fut exécuté si ponctuellement que les Espagnols en furer étonnés.
Deux jours après, une procession solennelle s’avança près du camp de Cortez; habillement de ceux qui la composaient prouvait qu'il n’y avait rien d’hostile dans cette visite, aussi Cortez ordonna de ies admettre sans montrer la moindre crainte: à leur tête, était le vaillant Xicolentalt; il avait, avec lui, cinquante des plus notables de la nation : ils portait un long habit blanc, retroussé comme les soldats, mais garni de plumes et de pierres précicuses; il était maigreet grand, ilse tenait bien; tout dans son air démontrait le courage et laforce. Après avoir salué le général à la manière de son pays, il s’assit sans deraander l'autorisation, il lui dit : « Croyant queles Espagnols étaientles alliés de Montezuma, leur tyran, j’ai seul été cause des hostilités,
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qui, jusqu'à ce jour, ont subsisté entre nous; aussi, je viens me remettre entre ves mains, el implorer fa grace de l'Etat, qui n’a agi que d’après mes instigations. Le sénat m'envoie vous demander la paix; le peuple la désire également, et nous sommes prêts à vous recevoir, vous et votre armée dans Tlascala ; vous pouvez comptersur une réception amicale. »
La grandeur d’ame, la franchise et la noblesse de ce jeune homme plurent à Cortez, qui lui donna des marques de son estime, enluireprochant son inutile résistance; etenfin , ill’assura qu'avant peu il se rendrait à Tlascala.
Cortez reçut peu après une nouvelle ambassade de Montezuma, qui cherchait à le dissuader d'aller à Mexico, et de allier avec les Tlascalans. Craïignant que les envoyés de l’empereur ne parviennent à exciter la défiance de Gortez, et ne le voyant pas arriver , malgré sa promesse, il fut résoiu que le conseil suprème se rendrait à son camp, et s’offrirait en otage ; cette cérémonie cut lieu avec une pompe extraordinaire: tous les membres de ce corps, vêtus de blañe, étaient portés, sur des brancards, par des officiers inférieurs.
On voyait, à leur tête, le pèrede Xicotentalt, vicillard respectable, que l’âge avait privé de la vue, mais qui n’avait rien perdu de la vigueur de son esprit ; il se fit porter vers Cortez , l’embrassa avec cordialité, lui toucha le visage et tout le corps, pour
se faire ainsi une idée de sa figure ; le discours qwil lui tint était si énergique et si touchant qu’il mérite d’être connu comme modèle d’éloquence. Voiei comment les Espagnols le transmirent.
« Bravecapitaine! que tu appartiennesà la racedes dieux ou non, voici le conseil suprême de Tlascala, qui vient se mettre en ta puissance; peut-il te donner une autrepreuve de son dévouement? Nous ne cherchons pas à excuser notre pays, c’est nous qui en sommes la principale cause. Puisse notre sincérité désarmer ta colère, et te faire oublier notre faute ! C’est nous qui avons cru devoir te combattre , c’est nous aussi qui avons résolu de te demander la paix. Nous savons que Montezuma cherche à te dissuader de notre alliance ; si tu crois devoir t'en rapporter à ses discours, souviens-loi qu’il est notre ennemi; et, cependant ne dois-tu pasle regarder comme un tyran? Nous ne te demandons pas ton secours pour le combattre ; il n’y a que contre toi que nous ne pouvons nous défendre, mais nous sommes peinés de voir que tu vas devenir dupe de ses artifices.
» Et maintenant, quoique aveugle, je découvre une lumière qui me montre un précipice affreux où tu vas {e précipiter avec les tiens. Tu nous accorderais la paix sans les perfides insinuations de Montezuma? Pourquoi n’exauces-tu pas nos vœux? pourquoi ne te voyons - nous pas dans notre ville ? Nous voulons absolument ton amitié et ta con-
fiance , tes matt tes escle Qui vieillarc ce qu'il( aurait e gages, tin, il qui, tou:
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