PR ETAT M LES
186 VOYAGES ET CONQUÈTES.
val. Ces animaux étaient alors très chers , et un presq pareil achat ne pouyait être fait que par des per: Baitr sonnes aisées.
Alvarado jeta l’ancre à Porto-Viego, située un peu vers le sud en sortant de la ligne, Il partit ensuite de là pour pénétrer dans l’intérieur des terres et s’avancer vers Quito, Les chemins qui s’offrirent sur son passage sont regardés encore aujourd’hui comme les plus mauvais de l'Amérique. Tous les dangers auxquels Pizarre avait été exposé partiellement sur diverses routes s’y trouvaient réunis à lak: fois, et lorsqu’on trouve la relation de tous ces dé tails, on peut à peine comprendre comment de hommes ont pu triompher de tant d'obstacles. Il tuèrent leurs chevaux pour satisfaire au besoinl cruel de la faim, et, dans uneprivation totales, d’eau, ils calmaient leur soif brûlante avec la rosé@lc ha, qui chargeait les feuilles de quelques planteskaraq, Soixante succombèrent au froid mortel qui régnaifentés surles montagnes qu’ilsétaient contraints de gravifrares Les terrains moins hauts leur réservaient d’auss terribles épreuves. C’était une poussière de feu québs rer le. vent poussait vers eux des volcans contigus don à Quito. Ces tourbillons brâlans les inyeslissaien}ernie tellement , que la respiration en était souvent infles pré terceptée. Mais rien de tout cela ne, pui arrête Piüfatigable-Alvarado. Il fat vainqueur de tous lérait obstacles, et arfiva, après d'aussi cruelles épreuvéikte suje
ES. PIZARRE. 187 chers , et un
presque à la ville de Quito, dont #’était déja rendu e par des per-
maître Benaicazar.
dés ES minis
go ; située un e. Il partit enieur des terres qui s’offrirent re aujourd’hui ique. Tous les xposé partielle ent réunis à la
nl ENTRETIEN XHI.
ss
M. Hunter. Benalcazar, que depuis quelques jours Almagro avait joint avec sés soldats , fut vive: de tous ces défment inquiété en apprenant Parrivée d’une armée > comment déféuropéenne, On ne connaissait pas les intentions d'obstacles. L d’Alvarado : venait-il en allié ou en ennemi ? aire au besoi On résolut, dans cét embarras, de s'avancer rivation total@,crs jui » et sept cavaliers furent à la découverte. te avec la rosé@Le hasard les poussa au milieu des troupes d'Alelques plantesharado, où on les fit prisonniers. lis furent prériel qui régnaikentés au commandant, qui, après quelques léaints de gravihrères questions sur le nombre et la situation de rvaient d'auslhurs troupes, eut pour eux beaucoup d’égards, et sière de feu quêles rendit libres sans leur dontier aucune commisans contigus dfion auprès de Benalcazar. Mais les soupçons de ce inyeslissaienljernier etd’Almagroredoubièrent, et:on commença ait souvent infos préparatifs d’une lutte vigoureuse. ne, put arrél® L’exécrable Philippino, dont le vil intérêt ouieur de tous lérait toujours le cœur aux laches détours, ourdit à uelles épreuvélté sujet une horrible perfidie. H s’avançga daus Je
camp d’Alvarado , et lui fit l’offre de lui livrer Almagro et tout le pays. Alvarado , usant d’une noblesse généreuse, refusa cette vile proposition : une fois du moins, le erime et la trahison ne profitaient pas à ce malfaiteur.
Les deux armées continuaient cependant leur route. Quand elles se virent en présence, elles s’arrétèrent comme pour attendre l’une de Pautre , ou une attaque ou une embuscade concilia-hf trice ; mais aucun des deux partis n’était prêt à commencer ; et tout porte à croire que le combat se serait engagé, sans l’intervention d’un homme prudent qui n’était pas militaire. Il conseiila auxk deux armées de mettre bas les armes vingt-quatre} heures pour conclure une paix : ‘une conventionk dans les règles fut faite alors. On fit à Alvarado la promesse de Ini donner cent mille piastres pour le dédommager de tous les frais qu’avait nécessités cette éxpédition; moyennant cette somme, il promit,} de son côté, de reprendre son gouvernement et de ne plus s’aviser des entreprises qu’on pourrait ten ter sur le Pérou. Il implora et obtint la grâce de Philippino, dont la vie fut encore un tissu de nou veaux crimes.
Parlons un peu maintenant des infortunés Péru viens. Depuis leur réglement, Titu-Autaché, le frère d’Atahualpa, dont je vous entretenais hier, avai droit au trône; mais la mort vint mettre fin à s&
c lui livrer Alsant d’une nooposition : une \ ne profitaient
jours, et son frère, appelé Manco, hérita de ses pré: lentions. Ce dernier résolut d’a!ler droit à Cusco, pour avoir un entretien avec Apu; c’est le titre que, dans leur langage, les Péruviens donnaient au chef espagnol. Ses amis lui conscillérent de sc désister de pendant leurk, projet; de se défendre plutôt les armes à la main, présence , ellesh Ge forcer Pizarre à ie regarder comme seul et lél’une de Pau- fitime souverain du Pérou : on ne pouvait. disaientscade concilia-W, bonorer d'aucune confiancé ces perfides Euron'était prêt à péens, qui pourraient bien, un jour, le traiter avec que le combath,, {0 ja cruauté dont ils avaient usé envers son frère n d’un homme \tahualpa : Manco ne les écouta pas. Né généreux, 1 conseiila aux£ disait ne devoir redouter aucun danger de “eux es vingt-quatre ers qui il ne s’avançait que pour négocier la paix ; ne CONVENTONE Lénétra donc dans Cusco. Dans cette circonstance, à Alvarado lbiarie eut la noblesse de ne pas abuser de la conpiastres PONE Rhino que Manco semblait avoir en lui: il fit à avait nécessités l'Inca un accueil plein degards, et le ceignit du mme, il promit,R, ndeau rouge, insigne qui distinguait les rois. ernemen L:e6 de Cependant Alvarado, désirant voir Pizarre avant n pourrait (enBe Dortir pour le Mexique, se dirigeait vers Quito int la grâce d@, Benalcazar et Almagro, qui ’accompagnaient. Quisquiz les inquiétait, et ils furent obligés de lirer plusieurs combats, dans lesquels ils eurent qua: Lrze tués et cinquante blessés; mais enfin, lorsqu'ils utaché, le frère urent près de la ville où Quisquiz s’était retiré, ceais hier, aval hi-ci ne sut pius quel parti prendre.’ Quelques offi-
nettre fin à Srs Jui conseillaient de demander la paix ; mais il
déclara qu’il tuerait le premier qui lui ferait une seconde fois cette proposition, tant était grande sa haine coutre les tyrans de sa patrie ; d’autres étaient d’avis de tenter une bataille décisive; mais ayant repoussé cette proposition, un officier, outré d’indignation, le perça de sa lance. A l’instant les soldats péruviens se séparèrent : les Espagnols prirent possession de la ville sans difficulté.
A la nouvelle de l’arrivée d’Alvarado, et d’après l'accord qui avait été fait avec lui, Pizarre pensa qu’il y aurrit du danger à ce qu’un rival aussi redoutable eût connaissance du riche butin qu’il avait trouvé à Cusco. Il se décida à aller au devant de lui, et lengagea à remplir sa promesse de revenir à Guatimala. Pour flatter sa vanité, il lui fit mille politesses:et le combla de témoignages d’estime et d’égards ; il joignit même cent mille piastres, en gra tification, aux cent mille piastres qu’il lui avait pr mises, ebil y ajouta même des vases maguifiques e beaucoup de belles picrreries. Alvarado laissa dans le pay. la plus grande quantité des hommes qu’ avail amenés, el repartil pour son gouvernement,
Pizarre, étant obligé de se porter vers les cûtes pour exécuter un projet dont je vais parler , fi partir Almagro pour Cusco, lui recommandant de traiter avec douceur lInca et tous les Péruviens qui s’élaient rendus volontairement et qu’il avai laissés sous la surveillance de ses frères, Cette hu
ES
PIZARRE, 191 i ferait une setait grande sa l’autres étaient je; mais ayant er, outré d'ininstant les solagnols prirent
manité ét cette sage politique n'auraient jamais dà l'abandonner.
Pizarre avait formé le projet de fonder une ville qui fût le centre de ses conquêtes et Ja capitale de son gouvernement. À cet effet, il choisit, sur le bord d’un fleuve appelé Kimac , et qui prit le nom de Lima , et peu loin de la mer, une vallée agréadble ct fertile, à treize degrés de latitude sud. Il en posa la première pierre le jour des Rois, d’où il pnomma celte ville de Los-Reyes.
Cette nouvelle ville parut sortir de terre, tant les travaux furent poussés avec rapidité. Pizarre ÿ ft bâtir un palais superbe, ct ses officiers, à son exemple, des maisons suivant leur fortune.
Cependant Ferdinand Pizarre, porteur de l’immense quantité d'or et d’argent qui revenait. à l'empereur, arriva en Espagne. L'empereur et la nation furent dans l'enthousiasme à la vue de ces immenses richesses. Ferdinand fut comblé de caresses et, de preuves de considération par la cour et a ville. Il fut nommé chevalier de Saint-Jacques, honneur qui était brigué par les plus anciennes familles d’Espagne. Son frère François et Almagro furent nommés marquis, et Pizarre fut confirmé dans sa qualité de gouverneur du Pérou , dont le gouvernement fut étendu soixante-dix lieues de côtes vers le sud ; èt on donna à ces vastes contrées lk nom de Nouvelle-Castille, Almagro fut nommé
ado, et d’après
Pizarre pensa rival aussi reutin qu’il avait : devant de lui, > de revenir à lui fit mille pol'estime et d’éastres, en gra il lui avait pr maguifiques e ado laissa dans ; hommes qu'il ouvernement, r vers les côtes ais parler , fi ommandant dd
les Péruviens t et qu’il avai rères, Cette hu
vice-gouverneur, comme Pizarre le lui avait promis, avec plus de deux cents lieues marines vers le sud, comme gouvernement indépendant , depuis les liwites de celui de Pizarre.
Herr. Ne donnait-on pas à Almagro le gouvernement d’un pays’ encore inconnu aux Esnaguols? :
M. Huwren. C’est vrai, mais on pensait qu’ils s’en rendraint maitres.
. Jonx. C’est le Chili.
‘M. Huwree. Précisément , et qui fut appelé la Nouvelle-Tolède dans la patente que délivra l’empereur. .
- Tout cela ft connu aù Pérou avant le retour de Ferdinand. Qu'en résulla-t-il? ce qui arrive presque toujours aux hommes, de devenir .insolens et de prendre une trop haute opinion de soi-même. Nous eu verrons un exemple demain dans les deux chefs de l’armée espagnole. *
CS
ENTRETIEN XIV
Joux. Pizarre et Almagro se querellèrent entre eux sur le partage des fruits de leurs crimes et de Ë leur cruauté.
à dence
lui avait pronarines vers le dant, depuis
M. Hovren. Almagro eut à peine connaissance ju’on venait de lui donner un Souvernement indé-
perdant, qu'il soutint que la ville de Cusco, rési- |
dence des Incas , était dans le Pays qu’il devait conquérir du côté du sud i
et qu'en conséquence Pizarre devait lui céder cette ville. Mais celui-ci,
que les faveurs dont il venait d’être comblé renaient encore plus avide de domination , se refusa fortement à sa demande. La querelle s’anima , et es Espagnols prenant parti les uns pour Pizarre et Les autres pour Almagro, les Péruviens étaient sur le point de voir la guerre civile allumée entre leurs Ippresseurs.
Ces deux chefs désiraient cependant secrètement parveuir à un accommodement , tant ils avaient ine haute opinion l’un de l’autre. Pizarre fit des propositions de paix, et Almagro, natureïlement franc , ne fut pas éloigné de les écouter. On convint donc, qu’Almagro commencerait à tenter de s’emparer du Chili, et que si ce’ pays n'était pas aussi
agro le gouau aux Esna-
pensait qu’ils
fut appelé la délivra l’em-
1t le retour de arrive presque nsolens et de -même. Nous les deux chefs
L Quoique Almagro sût, par l’expérience qu’il en ivait faite | combien il pouvait peu compter sur les promesses de son associé , il consentit à cet arranfement ; qui fut scellé avec les mêmes cérémonies religieuses que le premier serment de leur confé- TOM. 11. 9
ellèrent entre crimes et de
494 vovaczs HT CONQUÊTES.
déretion , et Almagro se prépara de suite pour son | expédition contre le Chili. |
Îl rassembla une armée proporlionnée à son en- à. treprise. Six cents Européens se rangèrent sous ses drapeaux, et l’Inca Manco fournit un corps de quinze mille Péruviens.
On se rendait de Cusco au Chili par deux routes : ; lune , dans la plaine , tout le long de la mer, était frayée et pratiquée ; et l’autre, traversant en droite ligne les hautes montagnes qui séparent le Chili du Pérou, était beaucoup plus courte. Mais ce n’est qu’au cœur de l'été que cette roule est praticable À: à cause du froid excessif et des neiges dont ces
montagnes sont couvertes ordinairement , et mêmek.:
on y éprouve en èté des difficultés presque insurmontables. On n’écouta pas le conseil des Péruviens, qui élait de prendre le chemin le plus aisé, quoiqu’il ft plus long. Aussi Almagro et sa troupe le payèrent bien cher, car plus ils avançaient dansk ces montagnes horribles, plus ils acquéraient lal certitude de ce que leur avaient dit les Péruviens. À Le froid était si violent, que le mouvement seulE. pouvait les empêcher de périr. Cependant cet exercice continuel épuisa bientôt leurs forces, et les horreurs de la faraine se joignant à toutes leurs autres misères, puisque dans ce pays continuelle: ment couvert de neiges ils ne trouvaient aucun | moyen de subsistance, ils furent obligés de manger]
La
suite pour son |
urs chevaux. Mais ce qui accrut leur malheureuse : osition , c'est qu'ils étaient souvent attaqués par S Sauvages qui habitaient ces montagnes , el qui ‘étaient pas moins Courageux qu’habiles à tirer e l'arc. :
L'armée d'Almagro diminuait ant de calamités réunies. On voyait des Espagnols tdes Péru iens encore plus gelés, sans vie, debout mme des statues , adossés contre un arbre ou n rocher, dans la même position où ils s'é
ouvés en expirant. Au rapport méme de istoriens,
npée à son en- ‘angérent sous it un corps de
r deux routcs : sensiblement par le la mer, était rsant en droite ‘ent le Chili du Mais ce n’est | est pralicable eiges dont ces nent, et même presque insurseil des Péruin le plus aisé, ro el sa troupe vançaient dansk acquéraient la les Péruviens. à
laient quelques cette armée, de retour cinq mois après, urait v'\ ces hommes gelés dans la même po-
ion , tenant les rênes de leurs chevaux gelés mme eux, et dont la chair encore bonne serait à rassesier les Espagnols affamés, qui trouvaient es mets excellens. |
Enfin ils arrivèrent au pays fertile cet enchanté
u Chili, après des fatigues inexprimab!es. Ils fu-
ent entièrement satisfaits de la partie basse, qui,
u levant au sud, longe les côtes de la mer. Le
ouvement sul 1 ect des plus agréables et des plus tempérés,
dant cet exer- à Le fertilité du sol est incomparable. Ce pays,
forces, et sk, près de l'équateur, devrait étre regardé
à loutes leursh très chaud, mais les hautes montagnes des s continuelle-
ordillières ou Andes d’un côté, et l'Océan du sud — aucung, l'autre, tempèrent la chaieur et entretiennent ges de mangerk agréable printemps. Toutes les plantes euro-
196 VOYAGES ET CONQUÈÊTES.
péennes y viennent comme sur le sol natal. Les bêtes à cornes et les chevaux qu’on y a introduits de l'Espagne ont tellement gagné en taille et en beaute, qu'ils surpassent les plus belles races espagnoles. Enfin, le climat a tous les avantages de la convéniens; il n’est pas sujet aux orages et aux tremblemens de terre qui affligent les habitans de cette contrée.
Lima et Saint-Tago , capitales du Pérou et du
Chili, font entre elles le- commerce, quoiqu’elles}
ne soient pas sur l’Océan, mais sur des fleuves qui ont à leur embouchure deux petites. villes nommées Calao et Valparaiso, qui servent de port à Lima et à Saint-Tago. Avant qu’on eût porté les connaissances de la navigation au point où elles sont aujourd’hui, la crainte de s'égarer dans l’O-
céan du sud faisait qu’on ne se hasardait pas äll
perdre les côtes de vue. Ces côtes, comme on le voit sur la carte, font un grand contour, et comme la navigation est plus dangereuse près des côtss qu’en haute mer, on mettait alors un an pour aller de Calao à Valparaiso.
Cette route longue et pénible a été suivie pendant un siècle ; mais enfin un habile pilote sa. vança plus loin en mer, trouva les vents alisés, et indiqua une route plus accélérée dans laquille o était exposé à moins d’écuecils,
elle province de Quito, et il n’en a pas les in:|
M Chili trou simp
‘patic
posés fiers
j euro
sol natal. Les y a introduits en taille et en elles races eses avantages de
Ce pilote était digne d’une récompense ; mais
Pinquisition vit sa conduite d’une tout autre ma-
nière ; {rop peu éclairée pour juger les avantages
de la nouvel'e route, elle pensa qu’il n’avaitpu . exéculer ce long voyage en un aussi court espace
| de temps, à moins qu’il ne füt sorcier. Il fut mis
en prison et allait périr sur un bûcher, suivant la
coutume de cet infame tribunal.
Mais heureusement le pilote , dans sa prudence, : avait conservé le journal de son voyage, où il avait détaillé avec exactitude le chemin qu’il avait parcouru chaque jour ; il l'exhiba pour se justifier, et alors on conçut la célérité de son trajet, et on ne put pas le condamner.
>, quoiqu’elles
sur des fleuves
garer dàns l’Ohasardait pas à!
, Comme on le our, et comme près des côtes nan pour alier
ENTRETIEN XV
M. Hunter. Enfin Almagro était parvenu au Chili, qu’il avait trouvé excellent ; mais il ne trouva pas les habitans de ce beau pays aussi A simples et aussi patiens que ceux du Pérou. La nation était guerrière et ne paraissait guère disposée à subir le joug. Les habitans étaient hardis, fiers et vigoureux. Le premier aspect d’une armée européenne et les effets des armes à feu ies sur-
été suivie penbile pilote s’avents alisés, el ans laquille 0
prirent; mais ils s’enhardirent et résistèrent avec audace aux Espagnols. À chaque combat ik avaient le dessous, et cela les rendait plus opini4 tres, À ces malheurs vint se joiudre une conspi ration ourdie contre Almagro par l’exécrable Phi lippino; il renonça momentanément à ses projets de conquôte et retourna dans le Pérou.
Feroixann. Quelle monstruosité de la part de Philippino! |
M. Hunrer. Aussi, voyant que son action étai découverte, il voulut fuir ; mais arrêté et convainc de son crime, il fut écartclé,
Lorsque cette conspiration fut connue et punie, il se présenta au Pérou un évènement aussi déplorable, qui hâta le retour d’Almagro. 11 apprit que l'Inca Manco , aidé de son peuple, voulait secouer le joug intolérable des Espagnols, et que tout était en désordre. Écoutez comment fut formé et müri ce terrible dessein.
Almagro étant parti, on arréta l’Inca, et, sous un vain prélexte, on le garda dans les fers comme
un malfaiteur. Pizarre, le gouverneur, fit un!
voyage à Lima , sa nouvelle ville; il partit avec un corps de troupes. Il devait rester peu de soldats daus la capitale , car d’après son ordre ils devaient, pendant son absence, faire des incursions dans les provinces qui n'étaient pas encore tout à fait
soumises à l'Espagne. Le prisonnier trompa la|
surv:
quelc sitiot
Ils de le de sc et dé comn déliv prince l'éxa:
À de re Juan prock mieu ses b sollic qui, :
Cusc prisoi
Al Jlant:1 ment couvY1 nie, ( fut e
Par P
Se
ésistèrent aved surveillatice active de ses gardiens, cet fit savoit à
ls quelques chefs de l’État quelle était sa triste position,
Ils connaissaient depuis long-temps les malheurs de leur patrie; toutefois il leur était très difficile À de se réunir, étant dispersés dans les montagucs, et dès Icrs comment se rallier sous uu drapeau commun? On était prêt à tous les sacrifices pour | délivrer PInca et la patrie. Les cruautés dont le prince était victime augmentaient de. tout côté l'éxaspération.
À cette époque reparut Ferdinand Pizazze, qui, de retour d’Espagne, allait rejoindre ses frères Juan et Gonzalés à Cusco. Plus humain que ses proches, il se fit un devoir de soulager de son mieux la misère du prisonnier. L’Inca, touché de ses bons procédés, eut confiance en lui, et osa I solliciter la faveur d'assister à une fête solennelle qui, tous les ans, était célébrée à quelques lieues de Cusco. Ayant été autorisé à s’y rendre, il sortit dè prison.
Alors lès hommes notables de la nation voulant-réparer la honte d’avoir supporté si patiemment le despotisme des étrangers, voulurent recouvrer la liberté et secoucr le joug de la tyrannie, On leva l'étendard, et aussitôt tout le Péroù fut en armes. Tous les Espagnols qui, détachés [par petits corps, $e trouvaient dans Îles provinces ,
de la part de
on action était té et convainc
nnue et punie, nt aussi déplo-
Inca , et, sous »s fers comme roeur, fit un!
partit avec un eu de soldats » ils devaient, rsions dans les > fout à fait r trompa la
furent impitoyablement massacrés. De toute part il venait des hommes qui demandaient vengeance. En peu de temps, Manco, à ce que disent les historiens espagnols, marcha contre Cusco avec deux cent mille hommes, et en fit marcher autant contre Lima, afin d'attaquer ces deux villes en même temps. |
Les trois Pizarre étaient à Cusco, lorsque Manco J’attaqua; ils n’avaient que cent soixante-dix Espa-
gnols : ils pouvaient donc opposer un homme contre |
mille. À la première attaque, on tua Juan, le plus humain des Pizarre.
On serra de toute part Lima et Cusco; on coupa les communications des Espagnols, et cela augmenta leur embarras. Dès les premièrés hostilités, on avait tué beaucoup d’Espagnols. Les habitans du Pérou voulaient les imiter dans l’art de faire la guerre; ils prenaient leurs chevaux, serraient leurs
rangs à leur manière, maniaient la lance, le sa-|
bre et le bouclier qu'ils leur prenaient ; ils osèrent même tirer des coups de fusil. Plusieurs chefs, et
lInca lui-même, montaient des. chevaux qu'on]
leur avait pris. Les Péruviens imitaient fort mal Part militaire espagnol ; cependant cela contribua puissamment à augmenter la supériorité qu'ils avaient déjà, par leur nombre , sur les bandes espagnoles.
La position des Mach s'aggravait toujours.
Man et rel laicn Cusc deux nouy posit moir mer, crue:
ses ft dats frère men et ci arri!
s’il € ses « Piza dix
sacr zalg vin, Moi ave par
. De toute andaient vence que disent ontre Cusco n fit marcher es deux villes
orsque Manco inte-dix Espahomme contre | Juan, le plus
t Cusco; on gnols, et cela mièrés hostili- . Les habitans art de faire la serraient leurs | lance, le sa-| nt ; ils osèrent ‘urs chefs, et heväaux qu'’on| ient fort mal cela contribua riorité qu'ils les bandes es-
ivait toujours.
Manco s’empara d’une partie de la ville de Gusco,
et refoula les Pizarré dans un quartier où ils voulaicnt se soutenir. Les communications de Lima à Cusco étaient parfaitement interceptées : aussi les deux Pizarre firent de vains efforts pour avoir des nouvelles de leur frère, et tout cela rendait leur position plus pénible. Le gouverneur était néanmoins beaucoup plus à son aise : il était près de la mer, et, par ce moyen, il avait quelquefois des recrues qui venaient de Panama; au lieu de diminuer, ses forces augmentaient.
Il renvoya ses vaisseaux, afin de mettre ses soldats dans la nécessité de vaincre ou de mourir.
En même temps, pour voler. au secours de ses frères de Cusco, il faisait partir un petit détachement sous la conduite de quelques braves officiers, et cela, à mesure que de nouveaux renforts lui arrivaient, Mais quelle eût été sa consternation, s’il eût appris chaque fois le sort qu'avait essuyé ses compagnons d’armes! Son cousin, don Diègue Pizarre, qu’il avait envoyé à la tête de soixantedix cavaliers, fut surpris dans un défilé et massacré avec tous ses soldats jusqu’au dernier. Gonzalg de Tapia, autre officier, commandant quatrevingts hommes, éprouva le même sort. Après eux , Morgoveyco et Gayete, étant détachés également avec un petit corps d'armée, ne purent éviter une pareille destinée. Ainsi, plus de trois cents Espa-
gnols périrent, sans qu’un seul échappât pour apprendre aux autres les désastres dont ils avaient été victimes.
Cependant le gouverneur Pizarre, au moyen d’un renfort que lui avait amené Alphorse de Alvarado, frère du commandant, que nous connaissons déjà, se vit enfin à même de se montrer en rase campagne, et de faire face à l’ennemi. Mettant à l'instant cet avantage à profit, il fit une vigoureuse sortie, et battit complètement les Péruviens, qu'il poursuivit jusque dans les montagnes. Mais sa présence était indispensable à Lima; il se vit forcé de confier la délivrance de ses frères, dont le sort était encore pour lui un secret pénible, à ce même Alvarado, qui, par son arrivée, l'avait sauvé lui-même.
Ce dernier, en conséquence, se dirigea sur Cusco avec, trois cents hommes, qui fureutjoints peu à peu, par deux cents autres, Les Péruviens voulurent.les couper, mais il ne réussirent pas; il eut le bonheur de leur échapper, et courut secourir ses deux frères, qui étaient à la dernière extrémité. Mais avant son arrivée à Cusco, un évènement que nul de nous ne prévoirait, avait changé la scène, et que je vous raconterai avant d’aller plus avant. Sur
Almagro, revenant du Chili, se dirigea vers Cusço, iguorant ce qui y était arrivé pendant son
absenc royale ment ( tes du le con lonté enclav
lentit gnem deuce Le pour tait t les P sil s ses di lui fi tant
péral
jt pour apsavaient été
absence. Dans sa route, on lui remit la patente royale par laquelle lui était attribué le gouverne
ment des contrées situées au sud, au-delà des limie
tes du gouvernement de Pizarre. Réfléchissant sur
le contenu de ce titre, il était persuadé que la vo:
lonté de l’empereur était que la ville de Cusco fût
enclavée dans son gouvernement et non dans celui
de Pizarre : il résolut donc de s'en rendre maître,
et de soutenir ses droits.
En approchant de cette ville, quelle fut sa surprise, lorsqu'il apprit que le tiers avait êté la proie des flammes, que Manco possédait un autre tiers, el qu’enfin le dernier tiers était bien encore entre les mains de Pizarre, mais qu’il était sur le point d’être enlevé par les Péruviens. Les circonstances À de cet évènement lui étaient inconnues, il: ralentit sa marche, en attendant d’avoir des renseignemens à ce sujet, et s’avança avec plus de prudence, |
Les deux partis entrèrent en pourparlers avec lui ‘pour le gagner et obtenir son secours. L’Inca sentait tous les avantages de son alliance avec lui, et les Pizarre n'ignoraient pas qu’ils seraient perdus s’il se joignait à leurs adversaires. Il exigeait que ses droits sur Cusco fussent reconnus; et que la ville lui fût remise; mais cette condition répugnait autant à l’Inca qu’à Pizarre.' Enfin, le premier n'es pérant. plus de le faire désister de ses prétentions,
au moyen onse de Al- Jus connaismontrer en anemi. Met- | fit une viit les Pérumontagnes, Lima ; il se ses frères, ret pénible, vée, l'avait
a sur Cusco oints peu à ieus voulu- 1 ; il eut le secourir ses , extrémité.
évènement changé la d'aller plus
dirigea vers >endant son
204 VOYAGES ET CONQUÈÊTES,
rompit les négociations, et résolut de s’en rapporter au sort des armes ; mais le nombre fat forcé encore de céder à la discipline européenne : Manco fut baltu,-et obligé d'abandonner le siège de Cusco; il se sauva dans les montagnes.
mme pme mme
ENTRETIEN XVI
M. Hunter. Les Espagnols étaient seuls alors en gucrre les uns avec les autres. Almagro persistait dans ses exigences, et les Pizarre dans leur refus obstiné. Almagro s’était avancé jusqu’aux portes de la: ville. Comme il avait toujours fait preuve de bonne foi, de franch s> et de grandeur d'ame, il avait gagné l'affection des troupes, au point que, le préférant aux durs et rusés Pizarre, elles se rangérent en grande partie de son côté. C’est ainsi qu’il fut à même de surprendre Cusco pendant une nuit. Cette attaque, à laquelle on était loin de s'attendre, fut si promptement exécutée, que, lorsque les Pisorre s’en aperçurent, Almagro se trouvait déjà, avee ses soldats, en face de leur maison , dans laquelle ils se barricadèrent. Sommés de se rendre, ils se défendirent avec le courage et le sang-froid qui les caractérisaient, jusqu’à ce qu’eufin, leurs forces
s’en rapporter 1 forcé encore > : Manco fut e de Cusco; il
seuls alors en gro persistäit ins leur refus aux porles de it preuve de eur d'ame, il point que, le Îles se rangést ainsi qu’il ant une nuit.
le s’attendre, rsque les Piouvait déjà, on, dans lase rendre, ils ng-froid qui
leurs forces
étant épuisées, ils se virent forcés de se résigner à
[leur sort. Faits ‘prisonniers sans conditions, ils fu-
rent mis en lieu de sûreté.
Cependant Alvarado, qui n’avait aucune connaissaucé de ce qui venait de se passer à Cusco, paru avec ses troupes devant cette Capitale ; pour s’y rendre, il n'avait plus qu'une rivière à traverser.
Mais quelle fut sa surprise de voir les Espagnols qui occupaient la rive opposée, se préparer à le recevoir en ennemi ! Il ne concevait rien à ces démonsrations hostiles. .Ce fut Almagro lui-même qui, cherchant à le gagner, le mit au courant des événemens ; il tenta en vain de lui faire abandonner la cause de Pizarre et d’embrasser la sien ne;en vain, pour le décider, il lui fit des présens et les promesses les plus séduisantes, tout fut inutile : le fidèle Alyarado se montra incorruptible, et rien ne put chanser ses résolutions... ’ “LIN
On estheureux, n’est-ce Pas, mes enfans, de trouer de pareilles: actions , parmi tant d’autres dont humanité doit gémir ?
Mais de nouveaux traîtres vont paraître sur la vène. I! se trouvait dans l’armée d’Alvarado un ofiier; qui; soit par soif d'argent, soit par animosité ontre les Pizarre, était prêt à trahie son général. l'séduisit plusieurs de scs camarades, et en fit les omplices de sa honte. Il s'entendit avéc Almagro tielle manière que, pendant une nuit, Alvarado
208 VOYAGES ET. GGNQUÊTES.
se trouva tout à coup prisonnier au milieu de Par-|. me enneunie qui s'était emparée du camp. On avaitfint d poussé la précaution jusqu’à mettre de côté ses armesgfauter et celles de ses plus chauds partisans, afin qu'ils] fussent tout à fait incapables de résister, Comme la
plus grande partie des troupes d’Alvarado était dan
le complot, le reste dut céder au nombre; ils se rendirent et on les emmena à Cusco,
Cmances. Comment Almagro se comporta-t-ilkrmin envérs ses prisonniers? Sans doute il ne maltraite point les Pizarre?
M. Huwrex, Ce que j'ai à vous répondre vou a re réconcilicra, j'aime à le croire, avec le caractère est a
d’Almagro : d'abord il délibéra avec ses intimes amig"*C0, sur le sort qui était réservé à leurs prisonniers. Leÿ&0u plns déterminés d’entre eux décidèrent unanime}. ment que les Pizarre, Alvarado et leurs partisan devaient être sur-le-champconduitsà l’échafaud. Se
lon eux, il n’y avait pas d’autre moyen de se déli
vrer de toute inquiétude ; par ce seul coup, les plu fermes soutiens de la domination de Pizarre lui se
même dn Pérou.
ss. PIZARRE. 207
milieu de l’ar-|. Les ayant écoutés avec attention, Almagro con camp. On avaitfint de la justesse de leurs raisons ; mais il déclara le côté ses armesfautement qu’il ne suivrait pas leurs conseils, parcé ns 600 qu'ilqu'ils blessaient à la fois l'honneur et l'humanité. ster, Comme lall fut plus généreux encore; car, bien qu’il fût très rado était dang'obable qu'en marchant de suite sur Lima avet abre; ils se ren-Pn armée victorieuse, il exterminerait les Pizarre teurs partisans, et que toutes ces dissentions, au Joint où elles étaient parveuues, ne pourraient se » comporta-t-i rminer que par les armes à la main, il voulut se il ne mallrailärner à se tenir sur :la défensive, pour n’être en ien responsable du sang qui serait versé dans cette répondre vouguerre civile, qu’on ne pouvait désormais éviter. vec le caractèrg est avec de pareils sentimens qu’il retourna vers esintimes amiguSC0, afin d’y attendre quelle résolution prendrait prisonniers. LeŸ&ouverneur Pizarre, ‘rent unanimet..
serermsetélliinnmmenrnces
à l’échafaud. Se
yen de se déli ul coup, les plu
ENTRETIEN X VIT
M. Hunrer. Nous allons voir, mes cnfans, quels ile de l'écraserhoyeus Pizarre va mettre en usage pour se tirer de ro n’aurait plbposition critique. Il ne savait encore rien des évéteconnaitraienfmens de Cusco et des environs; les nouvelles qu'il ble et souverai® reçut bientôt Grent sur lui Peffet d’un coup de udre. La mort de son frère Juan, le retour: d’'AL
208 VOYAGES ET CONQUÈTES.
magro, l'arrestation de ses deux autres frères, ll joind prise de la capitale , la défaite de son fidèle ami AU tant varado. Un seul de ces évènemens eût été capable dd doulc faire perdre la tête à tout autre homme moinsfermg Co que notre héros; mais son ame était assez forte poulresté soutenir ces orages redoublés. La franchise d’Alma masqi gro lui était connue; il savait aussi. combien luifétait même était fécond en expédiens et en subtilités ; plus d fonda sur ces deux bases l'espoir d’améliorer bienfyarad tôt ses affaires. Comme il attendait la prochaine arfnouve rivée d’un renfort considérable parti de Panama, ilse réc cherchait à gagner du temps et à tenir Almagro efde leu action jusqu'à ce qu’il eût des forces égales ou mémiaccep! supérieures à celles de son rival. Il sut si bien fairfajouts durer les négociations, qu’il parvint facilement afqu’alo bnt qu’il voulait atteindre. Tantôt il paraissait adh@poten rer à ce qu’Almagro lui proposait ; tantôt il suscital)ereun
un secours tout à fait inespéré. Non seulement s fréres Gonzalg et Alvarado parvinrent à s’échapp de leur prison, mais encore à faire déserter soixauk cavaliers d'Almagro, avec lesquels ils vinrent les =