‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme]Chapitre 10 sur 49 · PRE ES · texte numérisé non relu

PRE ES

DE CHRISTOPHE COLOMB. 17 leur expliquer cette déclinain, qu'il ne comprenait pas lui-même, et il était parvenu à les rassurer, lorsqu'un autre phénomène vint leur faire éprouver de nouvelles terreurs : c’étaient les vents alisés. Ces vents d’orient en occident, qui règnent constamment en pleine mer entre les tropiques, n'avaient pas encore été observés. Lorsque les matelots s’aperçurent que leurs navires étaient sans cesse poussés en droite ligne vers l’ouest, leur inquiétude fut au comble. «Quoi ! disaient-ils, si ce vent d’est régnait ici continuellement, comment nous serait-il possible de retourner dans notre patrie? » Cette idée les fit frémir.

Peu de jours après, leurs inquiétudes augmentèrent encore. Ils aperçurent tout à coup la mer couverte, à perte de vue, d'herbes vertes, qui lui donnaient l’apparence d’une immense prairie. Dans quelques endroits ces herbes étaient si épaisses qu’elles entravaient la course des vaisseaux. « Nous voilà arrivés, pensaient-ils, au terme des mers navigables. Sous ces herbes il y a sans doute des bas-fonds et des écueils, et au moment où nous nous y attendrons le moins, nos Vaisseaux seront mis en pièces. Malheureux ! quel était notre délire en nous laissant persuader de suivre ua aventurier! »

La circonstance était critique; mais le courage et la prudence de Colomb ne l'abandonnèrent pas. « N’êtes-vous pas bien insensés, dit-il à ses compagnons, de vous alarmer d'une chose qui vous prouve, au contraire, que nous touchons au terme de nos travaux? L’herbe peut-elle croître au nilieu de la mer? et n'est-il pas probable que nous sommes peu éloignés d’un continent, et que ces herbes vertes que nous apercevons se sont détachées de ces rivages? »

En l’entendant parler ainsi, les compagnons de Colomb perdaient peu à peu cet effroi qui les avait saisis; et comme en même temps on aperçut différents oiseaux qui prenaient leur vol du côté de l’ouest, l'espérance et la joie succédèrent à leurs craintes ; et, dans l'attente de voir bientôt leur entreprise couronnée d'un heureux succès, ils continuèrent gaiement leur route.

Campe. 2

CINQUIÈME ENTRETIEN

L'équipage se livre de nouveau ax murmures; révolte qui s'ensuit; Colomb parvient à l’apaiser. — Une nouvelle révolte éclate, qu'il apaise également. — On aperçoit enfin la terre.

M. Hunter. Cependant cette espérance ne tarda pas à s’évanouir. Déjà ils avaient parcouru un espace de sept cent soixante-dix lieues marines, et aucune terre ne paraissait encore. Heureusement que personne, dans les trois navires, excepté Colomb, n’était en état de calculer la longueur de la course. Il continua donc de leur en cacher une bonne partie, en les assurant qu’ils n’avaient encore fait que cinq cent quatre-vingts lieues.

Toutefois cette distance leur paraissant prodigieuse, ils se livrèrent de nouveau aux lamentations et aux murmures. Tantôt l'équipage se plaignait de la facilité qu'il avait eue jusqu’alors d’ajouter foi aux vaines protestations de Colomb; tantôt il accusait la reine Isabelle de cruauté, pour avoir sacrifié la vie d’un grand nombre de ses fidèles sujets à l'exécution d’un projet téméraire et sans doute insensé. Tous s’accordèrent à soutenir qu'il était temps de penser au retour, pourvu tou-efois que le vent fixé à l’est ne le rendit pas impossib'e, et qu'il fallait forcer l'amiral à renoncer à ses vains projets. Les plus audacieux furent même d’avis qu’il fallait le jeter à la mer, persuadés qu’à leur retour la mort d'un tel aventurier resterait sans vengeance.

Colomb vit le danger, et ne fut pas intimidé devant son équipage révolté. Il eut recours aux séductions de son éloquence persuasive. Tantôt il employait les représentations amicales ; tantôt il prenait le ton sérieux du commandement; tantôt enfin il faisait entendre la voix de la menace, et effrayait ses matelots du courroux de son souverain et des châtiments dont il punirait leur lâcheté, s'ils persévéraient à l'arrêter au terme de ses glorieux travaux.

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