‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme]Chapitre 11 sur 49 · EEE ET EP EN ESS · texte numérisé non relu

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DE CHRISTOPHE COLOMB. 19 C’est le privilége des hommes supérieurs de dominer les volontés des âmes vulgaires. Colomb triompha de la rébellion. Déjà les révoltés cédaient à ses discours et à ses promesses, lorsqu'une circonstance imprévue vint lui prêter un nouvel appui. Le vent, qui avait toujours été à l’est, tourna au sud-ouest, Colomb se hâta de faire remarquer cet heureux changement, et la confiance revint avec l'espérance. Quelques jours après, la Pinta, qui marchait en avant, crut découvrir la terre vers le nord : on pressa l'amiral de gouverner de ce côté; mais, convaincu de sa bonne route, il s’y refusa constamment, et continua de marcher à l’ouest. Bientôt on aperçut un grand nombre de ces oiseaux de mer auxquels on a donné le nom d’alcatras; c'était un indice de terre : la sonde fut jetée, et cependant on ne trouva pas de fond à deux cents brasses. D’autres oiseaux, parmi lesquels on remarqua un oiseau du tropique, se perchaient sur les vergues et prenaient ensemble leur direction vers l’ouest. D'autres fois des poissons volants rasaient la surface des eaux, et en cherchant à s'élever retombaient sur le pont. La mer se montrait parfois couverte d'herbes, et cependant, malgré ces indices favorables, la terre ne paraissait pas encore. L'esprit de mécontentement reparut de nouveau, les murmures recommencèrent; cette fois, ce ne fut pas seulement parmi les matelots que la révolte éclata : les officiers, jusqu'alors fidèles, se rangèrent de leur côté, et le général resta seul comme un chène isolé au milieu de la tempête. Son éloquence et ses prières furent inutiles; on le menaça même de la mort s’il ne retournait de suite en Espagne. Dans cette situation désespérée, il se vit obligé de promettre aux mutins qu'il se rendrait à leurs désirs, sous la condition qu'ils s’engageraient à lui obéir encore pendant trois jours seulement, protestant que si, dans cet espace de temps, on ne découvrait pas de terre, il revirerait de bord! le quatrième jour pour les ramener en Espagne. Quoique la mauvaise humeur des mutins fût extrême, ils ne purent

1. Virer, c’est tourner d’un côté sur l’autre; revirer ou revirer de bord, c’est tourner d’un autre côté.

20 VOYAGES ET CONQUÈTES

s'empêcher de trouver cette proposition raisonnable. Ils y consentirent, et cette convention fut scellée de part et d'autre par les plus saintes assurances.

Colomb était bien persuadé qu'il courait peu de risque ; car les signes du voisinage de la terre se multipliaient tellement, quil était presque sûr d'y aborder dans le temps convenu. La sonde avait déjà atteint le fond depuis plusieurs jours, et on avait trouvé une terre vaseuse qui annonçait la proximité du rivage. On voyait des essaims entiers de petits oiseaux diriger leur vol vers l’ouest, et qui ne semblaient pas appartenir à ces espèces d'oiseaux qui se hasardent dans des courses lointaines. On pêcha dans la mer un buisson dont le fruit était rouge et dans toute sa fraîcheur; l’air devenait plus doux et le vent plus variable, surtout de nuit : signes heureux qui annonçaient qu’on était près du but où la’ patience et la constance de Colomb devaient être couronnées.

Aussi fut-il peu après si sûr de son fait, que le lendemain au soir il rappela à ses gens leur devoir de reconnaissance envers Dieu, protecteur de leur entreprise périlleuse ; il les exhorta à la vigilance, et ordonna de carguer les voiles, dans la crainte d’être jetés sur la côte pendant la nuit.

Colomb leur rappela encore que la reine avait promis une pension viagère de trois cent douze écus d’Espagne à celui qui, le premier, apercevrait la terre inconnue, et promit d'ajouter une mante de velours à ce riche cadeau. Tout le monde passa la nuit sur le tillac dans une grande agitation, et les yeux fixés du côté où ils espéraient voir cette terre désirée.

Ce fut vers deux heures avant minuit que Colomb, qui était sur le gaillard d'avant, crut apercevoir une lumière à une certaine distance. Il appela un page de la reine, qui était à son bord, et la lui montra. Celui-ci la vit également, et la fit observer à un troisième qui venait de les joindre. Tous les trois crurent remarquer que cette lumière changeait de place, et jugèrent par là qu’elle était portée par un voyageur.

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Sur les deux heures après minuit, les cris joyeux de terre ! terre ! partis de la Pinta, qui était toujours en avant, pénétrèrent tous les cœurs d'allégresse. L'équipage, dont les espérances avaient été si souvent trompées, attendit avec impatience la pointe du jour pour se convaincre par ses yeux que l’accomplissement du plus ardent de ses désirs n’était pas un songe. Enfin l'horizon s’éclaircit, l'aurore paraît, et l'équipage de la Pinta entonne le Te Deum ! Les marins des deux autres vaisseau* n’ont pas plutôt vu la terre, que, profondément émus, ils font aussi retentir les airs de cris de joie et d'actions de grâces.

À peine leur prière est-elle achevée, qu’ils s’empressent de réparer leur injustice envers le chef qu'ils ont méconnu et si grièvement offensé. Pleins de repentir, ils se jettent aux pieds de ce grand homme et lui demandent pardon de leur conduite criminelle. Colomb ne se démentit point dans cette occasion * la douceur avec laquelle il leur promit d'oublier leurs écarts ne fut pas moins généreuse que la fermeté qu'il avait opposée à leurs fureurs avait été héroïque.

Joux. Quelle partie de l'Amérique viennent-ils de découvrir ?

M. Hunter. C'est ce que Colomb lui-même ne sait pas encore. Attendons qu'il descende à terre et qu'il prenne des informations. N'oublie pas de m'apporter demain la carte de l'Amérique.

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SIXIÈME ENTRETIEN

Découverte de l'ile Guanahani, une des Lucayes. — Étonnement des naturels à l’apparition des Européens. — Colomb se met à la recherche d'un pays d'où les habitants de Guanahani tiraient l'or. — Découverte de l'ile de Cuba. — Trahison d’Alonzo Pinçon. — Découverte d'Haïti.

Joux. Voici, mon père, la carte que tu me dis hier d’apporter.

M. Hunter. Regardez, mes enfants : toutes ces îles-là s'appellent en général les îles Lucayes ou de Bahama. Une d’entre elles, que voici, s'appelle Guanahani, ou bien aussi l’île de Cat : c’est elle qui fut découverte la première. Colomb lui donna le nom de San-Salvador, c’est-à-dire pays dont la découverte le sauva; mais ce nom ne lui est pas resté. j

L’équipage fut encore quelques moments à contempler ce monde inconnu, alors éclairé des feux du soleil levant. Son aspect riant, sa fertilité, ses bois charmants, entrecoupés de mille ruisseaux, augmentaient encore chez les Espagnols le ravissement de cette grande découverte.

Enfin Colomb ordonna de mettre les chaloupes à la mer. Il en monta une, et vogua vers le rivage au bruit d’une musique guerrière, accompagné de ses principaux officiers et de quelques gens armés, portant des drapeaux flottants.

À leur approche la côte se couvrit de naturels, attirés par le spectacle nouveau et merveilleux des vaisseaux européens. On aborde, et Colomb, richement vêtu, l'épée nue à la main, saute le premier et touche du pied ce nouveau monde qu’il a découvert.

Tous ses compagnons, l'ayant suivi, baïsèrent la terre , et, dans cette humble posture, promirent à Colomb, en sa qualité de vice-roi du nouveau monde, une obéissance parfaite. Après ce premier épanchement de la joie la plus vive, on planta une croix sur le rivage, devant laquelle on se prosterna encore une fois, pour s'acquitter envers Dieu

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