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DE CHRISTOPHE COLOMB. 33 que jamais que ses hôtes étaient d’origine céleste et qu'ils disposaient comme tels d: la foudre et du tonnerre.
Quelques jours furent ensuite employés à construire un fort, et les insulaires aidèrent les Espagnols dans ce travail. Les infortunés! ils ne savaient pas qu'ils forgeaient euxmêmes les fers qu’on leur ferait porter un jour.
Toutes les fois que l'amiral vint à terre, Guakanahari lui rendit des honneurs distingués, qui étaient toujours reconnus par des libéralités que Colomb lui faisait à son tour. Un jour le caciqué, l'ayant reçu une couronne d'or sur la tête, le mena äans une habitation irès-proprement arrangée ; [à il ôta sa couronne et la mit respectueusement sur la tête de son hôte. Colomb aussitôt détacha un collier de petites perles qu’il avait coutume de porter, et le lui attacha ; il se dépouilla aussi d’un bel habit qu'il avait mis ce jour-là, et en revêtit le cacique de ses propres mains ; il glissa en outre à son doigt une bague d'argent, et envoya chercher une paire de bottines rouges qu'il lui fit chausser. Ces attentions mutuelles mirent le sceau au traité d'amitié qu’ils conclurent entre eux.
Le fort fut achevé en dix jours, au bout desquels Colomb, parmi ceux de ses compagnons qui désiraient rester, en choisit trente-huit, et nomma pour leur commandant Diégo d’Arada. Il leur enjoignit d’obéir ponctuellement à ce chef, de chercher par tous les moyens possibles à entretenir la bonne opinion que Guakanahari et ses sujets avaient * des Espagnols, et de s'appliquer à apprendre la langue du pays. Il donna le nom de Navidad à l'endroit où il les laissa.
Ce fut le A janvier 1493 que Colomb mit à la voile pour retourner en Espagne, au milieu des acclamations des naturels et des gens qu'il laissait dans l’île. Il craignait que Pinçon ne fût en route pour l’Europe et ne portât le premier la nouvelle de sa grande découverte : il redoutait encore qu'un pareil traître ne le calomniât à la cour.
Cependant, pour appuyer auprès de cette cour ombrageuse le récit qu'il avait à lui faire, et ne laisser aucune place au doute, Colomb fit mettre à bord des échantillons
Campe. 3
de ce qu'il avait trouvé de remarquable dans les pays qu’il avait découverts. L'or tenait le premier rang au milieu de ces produits du nouveau monde. Il conduisait aussi quelques naturels de chacune des îles qu’il avait visitées. Il apportait des oiseaux inconnus, et toutes les curiosités de la nature et üe l’art de ces terres ignorées.
Courant à l’est, Colomb rangea d’abord les côtes! de l’île espagnole, pour examiner en passant d’autres parties de ce pays. Le lendemain de son départ, il aperçut au loin quelque chose qui avait l'apparence d'un vaisseau. Il gouverna aussitôt de ce côté, et trouva ce qu’il n’espérait plus trouver, le vaisseau d’Alonzo Pinçon, qu’il avait cherché inutilement depuis six semaines. Vous pouvez penser quelle dut être la joie de l’amiral et de son équipage à cette rencontre |
Pinçon, venu à son bord, chercha à se justifier en rejetant toute la faute sur le gros temps, qui, dit-il, l'avait fait dériver? malgré lui. Colomb, tout persuadé qu'il était de la futilité de cette excuse, suivit, en lui pardonnant, le parti de la prudence et son penchant naturel à la générosité. Il feignit d'ajouter foi au prétexte spécieux de Pinçon, et lui rendit ses bonnes grâces, très-satisfait de n’être plus réduit à confier la relation de ses découvertes à un seul bâtiment , qui était en si mauvais état.
CHARLES. Où Alonzo Pinçon était-il donc resté si longtemps ?
M. Hunter. Il s'était également arrêté sur les côtes de l'île espagnole, pour se procurer de l'or par le moyen des échanges : aussi n’avait-il fait aucune découverte nouvelle,
1. Ranger les côtes, c'est naviguer le long des côtes. On dit aussi longer. 2. Dériver, c’est s’écarter de sa route.
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