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DE CORTES. 129 rehausser leur taille, ils portaient sur la tête plusieurs grandes plumes attachées ensemble.
Leur musique guerrière s’accordait avec cet ajustement : elle consistait en une flûte de roseau, en un gros coquillage dans lequel on soufflait et en un tambour fait d’un tronc d'arbre creusé. L'art de combattre en rangs leur était absolument inconnu : ils gardaient pourtant un certain ordre, en partageant toute leur armée en petites troupes, dont chacune avait son chef. Ils avaient aussi cela de commun avec notre manière de faire la guerre en Europe, qu'ils ne conduisaient pas toutes leurs forces à la fois à la bataille, mais qu’ils en réservaient une partie pour secourir et protéger au besoin ceux qui étaient engagés.
Leur première attaque était extrêmement vive, et commençait toujours par un cri effroyable; mais s’il arrivait que l'ennemi la soutint, et qu’il réussit à repousser les premiers qui se présentaient , alors toute l’armée prenait la fuite et la déroute devenait générale.
Tel était l'ennemi que le petit corps espagnol voyait s’avancer contre lui en nombreux bataillons. Ferme comme un mur, la petite armée européenne attendait l'attaque en silence. Arrivés à la portée du trait, les Indiens commencent la bataille par un cri affreux et par une grêle de flèches qui obscurcissent l’air. Les Espagnols leur répondent à coups de canon et de mousquets. La mitraille enlevait des masses entières ; mais Les Indiens, loin d’en être effrayés, remplirent, en jetant des cris, les vides qu'on faisait parmi eux, Ils jetèrent du sable en l'air, comme pour s’envelopper d’un nuage de poussière , et se hâtèrent de tirer leurs flèches et d'en venir à la mêlée.
Les Espagnols, malgré leur vigoureuse défense, n'auraient pu résister longtemps à un ennemi si acharné et trop nombreux. Ils avaient déjà été rompus en plusieurs endroits, et c'était l’affreux prélude d’une entière défaite, lorsque tout à coup Cortès sortit du bois à la tête de sa cavalerie et tomba au milieu de cette nuée d’ennemis. Ce fut une apparition aussi nouvelle que terrible pour ces pauvres Indiens,
Campe. n
qui n'avaient jamais vu d'homme à cheval. L'idée que c’était un seul et mème animal leur causa une telle surprise, que les armes leur tombèrent des mains. Cela donna le temps aux Espagnols de se remettre en ordre. Le feu de leur artillerie devint plus vif; et les Indiens, pressés de tous côtés et à demi morts de frayeur, prirent la fuite.
Alors Cortès, satisfait de leur avoir montré une seconde fois sa supériorité, ordonna d'épargner les fuyards ; il se contenta de faire quelques prisonniers, pour s'en servir à conclure la paix avec toute la nation. Les Indiens avaient laissé sur le champ de bataille huit cents des leurs, et les Espagnols n'avaient perdu que deux hommes, mais il y en eut soixante-dix de blessés. Geux des Indiens dont les blessures n'étaient pas trop graves ayant tous pris la fuite, on n'en put savoir le nombre.
Le lendemain, Gortès se fit amener quelques-uns des prisonniers. La frayeur était peinte sur le visage de ces malheureux, car ils s'attendaient qu’on allait prononcer leur sentence de mort; mais quelles furent leur surprise et leur joie lorsqu'ils se virent reçus par le général espagnol avec la plus grande bonté et entendirent annoncer par Aquilar qu'ils étaient libres! Leur ravissement fut au comble quand Cortès ajouta à cette grâce inespérée le don de quelques bagatclles d'Europe qu’il savait leur être agréables. Ivres de joie, ils se hâtèrent d’aller apprendre à leurs compatriotes comment on les avait traités. Cette générosité politique changea complétement les sentiments des Indiens. Bientôt plusieurs d’entre eux apportèrent des vivres aux Espagnols et furent bien récompensés. Le cacique leur envoya des ambassadeurs avec des présents pour demander la paix, qu'on s’empressa dé lui accorder; et comme il vint bientôt après lui-même, on la confirma par des présents réciproques qui furent agréables aux deux partis. Entre autres, le cacique fit amener vingt jeunes filles qui savaient faire le pain de blé d'Inde , et il en fit présent à Cortès. Une d'elles, qui fut baptisée sous le nom de Marine, était fille
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DE CORTES. ul nesse, et avait ensuite été vendue au cacique de Tabasco. Elle réunissait à une grande beauté des talents ertraordinaires; et comme elle apprit en peu de temps la langue espagnole, elle rendit de très-grands services au général dans ses négociations avec les Mexicains, On dit que Cortès l'épousa par reconnaissance, et en eut un fils appelé Martin Cortès.
Pendant que le cacique, avec les principaux Indiens, était auprès de Cortès, on entendit par hasard hennir les chevaux espagnols. Les Indiens effrayés demandèrent aussitôt ce que pouvaient avoir ces créatures formidables. On leur répondit qu'elles étaient courroucées de ce qu’on n’avait pas puni plus sévèrement le cacique et son peuple de leur audace de s'être opposés aux chrétiens. A peine eurent-ils entendu cette réponse que, pour se réconcilier avec ces êtres redoutables, ils coururent chercher des couvertures où ceux-ci pussent se reposer et toutes sortes de volailles pour leur nourriture. Ils leur demandèrent aussi très-humblement pardon, en les assurant qu’à l'avenir ils demeureraient toujours soumis aux chrétiens.
Les Espagnols firent alors leurs préparatifs de départ, voulant s’avancer vers les côtes occidentales du pays. Demain, pour peu que le vent soit favorable, nous les verrons partir.
QUATRIÈME ENTRETIEN
Cortès quitte Tabasco. -— Arrivée à Saint-Jean d'Ulloa. — Cortès résiste avec opiniâtreté à la volonté de Montézume sur le départ des Espagnols de l'ile. — Montézume résiste également en accompagnant ses refus de présents. — Cortès est inébranlable. — Consternation des Espagnols, à l’assurance ferme des envoyés de Montézume ; les mécontents cherchent à en profiter. — Cortès fait habilement rentrer ceux-ci dans le devoir. — Il est élu général par un simulacre de jugement.
M. Hunrér. Satisfait du succès de cette guerre, qui aurait pu avoir les suites les plus funestes, et plein de l'espérance d’un pareil bonheur dans ses autres entreprises, Cortès, avec sa troupe victorieuse, quitta la province de Tabasco pour continuer sa périlleuse marche. Tout fut rembarqué ; on leva l'ancre; un bon vent d’est enfla les voiles, et l’escadre cingla à l’ouest.
Cortès, dans sa seconde course, visita tous les lieux où Grijalva avait été avant lui.
Il arriva à l’île de Saint-Jean d'Ulloa, dont je vous parlai dernièrement, et y mit son escadre à l'ancre entre l’île et la terre ferme. Il ne tarda pas longtemps à voir venir de terre deux pirogues ou grandes barques longues, faites d’un seul tronc d'arbre. Les Indiens qui s’y trouvaient, et qui semblaient être des gens de considération, ne montrèrent ni crainte ni défiance, et Cortès les reçut à bord de son vaisseau avec la plus grande amitié. Il comptait apprendre leurs propositions par le moyen de son interprète Aquilar ; mais il fut trompé dans son attente. Aquilar, tout confus, lui avoua qu’il ne comprenait pas un mot de leur langage; ils parlaient la langue mexicaine, et il n’avait appris que celle du Yucatan, qui était tout à fait différente.
Cependant Cortès remarqua avec beaucoup de joie qu'une des esclaves de Tabasco, Marine, celle dont nous avons déjà parlé, était en grande conversation avec quelques-uns de ces Indiens; et il se trouva que cette fille, née dans une pro-
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DE CORTÉS. 133 vince de l’empire du Mexique, et qui, après son enlèvement, avait été menée au Yucatan, parlait également bien la langue de ces deux pays. Aussitôt les négociations commencèrent. Marine parlait aux Mexicains dans leur propre langue et rendait ce qu'ils disaient en yucatan à Aquilar, qui l’expliquait ensuite au général en espagnol.
Cortès apprit par ces moyens compliqués que Pilpator, gouverneur de la contrée, et Teutile, général du grand empereur Montézume , lui avaient envoyé ces Indiens, afin de s'informer dans quelle intention il était venu, et de lui offrir les secours dont il pourrait avoir besoin pour la continuation de son voyage.
Cortès répondit de la manière la plus polie et la plus gracieuse qu'il était venu dans les intentions les plus amicales pour apporter au chef de leur nation des nouvelles qui intéressaient tout le pays. Là-dessus, il renvoya les ambassadeurs chargés de présents; et dès l'instant, sans attendre de réponse, il commença à débarquer son monde, ses chevaux, ses canons et tout son train de guerre. Les. pacifiques habitants de ce pays accouraient par troupes pour prêter une main secourable à leurs prochains oppresseurs.
Le lendemain, Pilpator et Teutile parurent avec une suite nombreuse de Mexicains armés. Leur équipage était magnifique et conforme à la majesté de leur puissant souverain. Cortès crut qu’il était utile de se montrer aussi de son côté avec autant de faste que les circonstances pouvaient le lui permettre, afin d'inspirer aux Mexicains une haute opinion de lui-même et de celui dont il se qualifiait ambassadeur. Il ordonna à ses guerriers de se tenir près de lui avec toute la pompe militaire et dans un silence respectueux , et il reçut les seigneurs mexicains avec un air de grandeur qui devait leur inspirer du respect. Il répondit à leurs questions, avec une brièveté et une hauteur affectées, qu'il venait au nom de Charles d'Autriche, grand et puissant empereur d'Orient; que ce grand monarque l'avait chargé pour l’empereur Montézume de propositions qui exi-
ET VOYAGES ET CONQUÊTES geaient qu'il eût un entretien personnel avec lui; qu'il demandait donc de lui être conduit.
Comme vous n'avez-pas encore tous appris l'histoire moderne, il faut que je vous dise d’abord ce qu'était Charles d'Autriche, que notre Cortès appelle ici empereur d'Orient. Vous vous souvenez qu’au & ups où vivait Colomb, Ferdinand, surnommé le Catholique, régnait en Espagne.
Ce Ferdinand n'avait point de fils, mais une fille nommée Jeanne, mariée avec un prince autrichien qui s'appelait Philippe. Elle eut un fils à qui on donna le nom de Charles, r: c’est de lui qu'il est ici question; car lorsque Ferdinand, roi d'Espagne, vint à mourir, son petit-fils, dont le père ne vivait plus, se trouva le plus proche héritier de sa couronne. Il la reçut effectivement et y réunit la souveraineté des Pays-Bas, qu'il possédait déjà depuis un an. On le créa ensuite empereur d'Allemagne ; de sorte qu’il fut un des plus puissants princes qui aient jamais régné en Europe. On l'appelle ordinairement Gharle:-Quint, parce qu'avant lui il y avait déjà eu quatre autres Charles qui avaient possédé l'empire d'Allemagne.
Les seigneurs mexicains furent très-embarrassés de cette énergique déclaration du général espagnol ; ils savaient que le désir qu'il manifestait d’une entrevue avec leur maître, l'empereur Montézume, serait extrêmement désagréable à ce dernier,
JEAN. Pourquoi ?
M. Huwrer. Depuis la première apparition des Européens aux côtes du Mexique, Montézume était agité des pensées les plus inquiétantes.
Il régnait dans ce pays une ancienne tradition que vers l'Orient habitait un peuple puissant et formidable qui tôt ou tard viendrait fondre sur l'empire du Mexique et s’en rendrait maître. Ce n’est pas une chose aisée à découvrir que ce qui avait pu donner naissance à ce bruit; mais il est certain que cette ancienne prophétie avait plongé les Mexicains superstitieux, et Montézume lui-même, dans la crainte et l’effroi, à la preinière apparition des Européens sur leurs