‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme]Chapitre 32 sur 49 · PET ACT AN IS SES RSI · texte numérisé non relu

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Cependant, avant de répondre, ils tâchèrent de gagner la bienveillance dn général par de grands présents. Cortès leur en témoigna sa satisfaction, et alors ils eurent le courage de lui déclarer qu'il était impossible d’acquiescer à ce qu'il désirait, Mais quel fut leur étonnement lorsque Cortès, prenant un air sévère, leur répondit €” an ton de maître qu'il persistait dans sa résolution, parce qu'il ne pouvait retourner vers le grand et puissant monarque dont il était ambassadeur avant d’avoir exécuté les ordres dont il était chargé !

Is n’eurent alors d'autre parti à prendre que de le prier de leur donner le temps d'informer l’empereur Montézume de ses intentions et d'apprendre quelle serait sa volonté à cet égard. Cortès y consentit.

Pendant cette conversation, il y avait, à la suite des seigneurs mexicains, des peintres qui étaient chargés de dessiner sur des toiles blanches de coton toutes les choses remarquables qu'ils auraient occasion d'observer chez les Européens. Cortes, ayant appris que ces peintures devaient être envoyées à l’empereur, résolut de leur offrir à peindre des objets encore plus intéressants, et dont la représentation pourrait faire sur le cœur de Montézume une plus forte impression. Pour cela, il fit ranger toute sa troupe en ordre de bataille et donna aux Mexicains étonnés l’effrayant et magnifique spectacle d’un combat à la manière d'Europe. Tous les spectateurs indiens furent tellement saisis de frayeur, que les uns prirent la fuite; d’autres, tout troublés, se jetèrent à terre; et on eut bien de la peine à persuader un petit nombre d’entre eux que ce qu’ils voyaient et entendaient n'était qu’un jeu pour les amuser.

Les peintres essayérent de retracer le spectacle nouveau et effrayant pour eux des prodiges de la tactique européenne. Ils le firent d'une main peu assurée; et lorsque leur ouvrage fut achevé, on le fit transporter à Mexico,

136 VOYAGES ET CONQUÈTES

capitale de l'empire, avec la relation de ce qui s'était passé et quelques présents pour que le tout fût remis à l'empereur, Sur tous les grands chemins de ce pays, depuis les provinces les plus éloignées jusqu'à la capitale, il y avait en tout temps, à des distances réglées, des coureurs bien exercés, par le moyen desquels l'empereur pouvait être informé, en peu de temps, de tout ce qui se passait dans son vaste domaine.

JEAN. Combien pouvait-il y avoir de l'endroit où sont maintenant les Espagnols jusqu’à Mexico?

M. Hunter. Environ soixante lieues.

Les coureurs partirent donc, et quelques jours après on reçut la réponse de l'empereur. Elle était négative; mais pour adoucir ce que ce refus pouvait avoir de désagréable, Montézume l'avait fait accompagner de présents vraiment dignes d’un roi. Pilpator et Teutile, chargés de cette commission délicate, commencèrent par livrer les présents, pour préparer, s’il était possible, l'esprit de Cortès à prendre ce refus en bonne part.

Ces présents étaient portés avec beaucoup de solennité par cent Mexicains, et furent étendus sur des nattes aux pieds de Cortès. Avec quelle avidité les Espagnols y attachèrent leurs regards! Quelle fut leur surprise à la vue de ces échantillons d’une richesse au-dessus de tout ce que leur imagination avide leur avait représenté des trésors de ce pays ! Ici c’étaient des étoffes de coton semblables à la soie par la finesse et le brillant ; là c'étaient des figures d’animaux, d'arbres et d’autres objets naturels, faites de plumes de différentes couleurs, et avec tant d'art qu’on les prenait pour des peintures.

On voyait d’un autre côté des bracelets, des colliers et d'autres bijoux précieux entièrement d’or, et travaillés avec beaucoup d’art et d'élégance. Mais toutes ces magnificences étaient éclipsées par deux globes volumineux, dont l’un, d'or massif, représentait le soleil, et l'autre, d'argent, représentait la lune. Il se trouva aussi parmi ces présents quelques caisses remplies de pierres précieuses, de perles et d’or

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Cortès reçut ces riches présents avec toute l'apparence du respect le plus profond pour le souverain qui les lui faisait. Les ambassadeurs crurent alors que le moment propice pour s'acquitter de la partie la plus désagréable de leur commission était arrivé. Ils déclarèrent, au nom de leur maître. qu'on ne pouvait accorder l'entrée de la capitale à des troupes étrangères, ni leur permettre un plus long séjour dans l'empire du Mexique; qu’on les priait, en conséquence, de hâter leur départ.

Quelque juste et raisonnable que fût cette réponse , Gortès n’en prit pas moins un air offensé, et prétendit encore plus orgueilleusement et plus impérieusement que la première fois qu’il ne pouvait admettre ce refus. Quel fut alors l'étonnement de ces Mexicains, accoutumés à la soumission | la plus complète envers leurs princes, de voir devant eux un homme qui insistait sur une chose que leur souverain absolu avait refusée! Une pareille désobéissance était, à leurs yeux, une abomination. Toutefois ils demandèrent un nouveau délai pour instruire leur souverain de la persévé- 7 rance du général espagnol : Gortès y consentit, mais à con- “ dition que la réponse ne se ferait pas longtemps attendre. Quelque courage qu’il fit paraître dans toute cette négociation, il s'en fallait bien qu’il fût au fond sans inquiétude. Tout lui prouvait qu’il avait affaire à un État puissant et bien gouverné; et il lui semblait que c'était la plus grande témérité du monde de penser à renverser un empire si forinidable avec une poignée d’aventuriers espagnols. Il n’en persévéra cependant pas moins dans cet audacieux projet. Après sa désobéissance aux ordres de Vélasquez, la gloire seule pouvait l’absoudre.

La réponse de l'empereur ne se fit pas longtemps attendre; mais elle n’était pas telle qu’on l'avait espérée : quelque eflroi qu'eùt causé à Montézume et à son conseil l’opiniàtreté du général espagnol, ils prirent la résolution de persister dans leur refus. Teutile fut chargé de ce nouveau

1:38 VOYAGES ET CONQUÊTES message, qu'accompagnaient encore de magnifiques présents,.

Cortès répondit, avec beaucoup de tranquillité, que les chrétiens se croyaient obligés d’instruire leur prochain d’une religion qui nous montre le chemin du bonheur; que le grand monarque son souverain l'avait envoyé pour tirer l'empereur du Mexique et ses sujets d’une erreur où l’on ne pouvait sans pitié les voir rester plus longtemps; qu’il lui fallait pour cela une entrevue avec l'empereur, et qu’il insistait fortement pour qu'elle eût lieu au plus tôt.

Teutile, bouillant d'impatience, n’entendit qu'avec peine la fin de cette explication; il se leva plein d'indignation et déclara que, puisque les représentations amicales étaient inutiles, il allait être obligé de recourir à d’autres moyens pour exécuter les ordres de son maître. En prononçant ces dernières paroles, il se retira précipitamment : sa suite et tous les Mexicains qui se trouvaient dans le camp des Espagnols le suivirent, et peu après les habitants de la contrée où ils se trouvaient l’abandonnèrent entièrement.

Cortès fut consterné, et ses compagnons encore davantage. Ils voyaient avec effroi les suites que cet incident pouvait entraîner ; et le moindre mal qu'ils en attendaient, c'était une disette totale de vivres, dont les bons Mexicains les avaient jusque-là pourvus abondamment. Les mécontents de l’armée profitèrent de ce découragement universel pour essayer de faire reprendre au général le chemin de Cuba : ils parlèrent hautement contre lui, l’accusèrent de folle témérité et excitèrent leurs compagnons à ne pas se laisser conduire plus avant.

Cortès, qui réunissait la prudence et souvent la ruse au courage, fit sonder par ses confidents les dispositions du gros de l’armée ; et ayant appris avec plaisir que les discours des partisans secrets de Vélasquez ne faisaient pas une forte impression sur ia plus grande partie des soldats, il fit assembler les principaux auteurs de la révolte. Il se présenta devant eux avec &u air serein et affable et ieur demanda leurs sentiments sur le parti qu'il v avait à prendre dans les

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DE CORTÉS. 139 circonstances présentes. Ceux-ci ne déguisèrent pas ce qu'ils pensaient, et opinèrent pour qu’on s’embarquât le plus tôt possible.

Cortès, après les avoir écoutés fort tranquillement, leur répondit que, pour sa part, il ne voyait pas tous ces dangers qui les effrayaient ; que, son intention n'étant pas cependant de les forcer à le suivre, il se rendrait à leur vœu.

Aussitôt il fit publier dans le camp que chacun se tint prêt à se rembarquer. A cet ordre inattendu, les Espagnols, qui n'avaient jusqu'alors rêvé que les trésors du Mexique, furent comme frappés de la foudre. Ils voyaient s’évanouir leurs espérances de gloire et de fortune, et perdaient par une retraite honteuse le brillant avenir qu'ils s'étaient promis. Tout le camp retentit bientôt de murmures contre l'irrésolution du général.

Cortès, ravi des reproches qu'on lui faisait, chercha même à augmenter la mauvaise humeur et le mécontentement des soldats en chargeant ses affidés de renchérir encore sur les plaintes, et de répandre que, par pure poltronnerie, on voulait les arrêter dans le plus beau chemin de l'honneur et des richesses. Il résulta de cette manœuvre une insurrection générale ; toute l’armée demanda avec fureur que Cortès parût. C'était tout ce qu'il désirait.

Il se montra aussitôt, et même avec l'air du plus grand étonnement. À son aspect, les reproches éclatèrent de toutes parts; ses intrépides compagnons se laissent aller aux discours les plus séuitieux, le menaçant même de se choisir un autre chef s’il persistaii à vouloir les abandonner.

Ces choquantes expressions, loin d’exciter la colère de Cortès, remplissaient tous ses désirs. Il assura qu’il ne lui serait jamais venu à la pensée de renoncer à des espérances qui paraissaient aussi grandes que bien fondées: mais que, d'après les représentations qui lui avaient été faites sur le découragement de l'armée, il avait pris, malgré lui, la résolution de la satisfaire. Ses soldats, animés par ce discours, l’interrompirent en s’écriant unanimement qu’on l'avait trompé; que quelques lâches, en petit nombre,

110 VOYAGES ET CONQUÊTES avaient supposé qu’il en était ainsi de toute la troupe; mais qu’ils étaient bien loin de partager la pusillanimité de ces poltrons, et qu'ils étaient prêts, au contraire, à répandre leur sang et à exposer leur vie pour venir à bout de leur grand

dessein; qu’il pouvait donc les conduire où il voudrait:,

qu'ils étaient bien résolus de supporter avec lui toutes sortes de fatigues, et de le suivre jusqu’à la mort à travers les plus grands dangers,

Cortès à l'instant, d’un air qui exprimait la joie, la confiance et le courage, loua leur constance et promit d'agir conformément à leurs désirs, qui s’accordaient entièrement avec les siens; il ajouta qu’il allait faire tous les préparatifs pour former un établissement dans l'endroit où ils étaient, et pour pénétrer ensuite avec la plus grande partie de son armée dans le centre du pays. Un cri de joie universel exprima la satisfaction des soldats sur cette résolution.

Le dernier acte de cette comédie restait encore à jouer, Depuis que Vélasquez avait révoqué les pouvoirs qu’il lui avait donnés, Cortès n’était plus commandant légitime. Pour obvier à cet inconvénient, voici la ruse qu’il imagina : il créa une cour de justice pour la colonie qu’il allait fonder et la composa d'hommes qui lui étaient entièr ment dévoués. A peine fut-elle établie, à peine les nouveaux magistrats se furent-ils assemblés, que Cortès parut devant eux de la manière la plus respectueuse, son bâton de commandant à la main, et leur parla à peu près en ces termes :

« Dès aujourd'hui, messieurs, je vous considère comme représentant notre grand monarque. Vos arrêts, par conséquent, seront toujours pour moi des lois sacrées. Vous sentez sans doute combien il est nécessaire que notre armée soit commandée par un général dont l'autorité ne dépende pas de la volonté inconstante du soldat; or la mienne en dépend absolument. Depuis que le gouverneur a révoqué la commission dont il m'avait chargé, la validité de mes prttentions au commandement peut devenir douteuse; c’est pourquoi je me crois obligé de remettre entre vos mains mon commandement, qui n'est fondé que sur un droit

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DE CORTÉS. dal équivoque, et vous prier de nommer commandant, au nom du roi, et selon le pouvoir que vous en avez, celui qui vous en paraîtra le plus digne. Quant à moi, je suis prêt à donner à mes compagnons, comme simple soldat, l'épée à la main, l'exemple de l’obéissance due à celui que vous aurez légitimement élu pour leur général, »

En disant ces derniers mots, il baissa son bâton de commandant, le présenta respectueusement au président et se retira.

Les juges continuèrent cette espèce de comédie. Ils recurent en apparence la démission de Cortès, feignirent une longue délibération, et procédèrent enfin à une élection nouvelle. Cortès, pour la seconde fois, fut élu général d'une voix unanime. On assembla les troupes; la cour de justice leur annonça le choix qu’elle avait fait, et il fut ratifié par l'approbation générale.

CINQUIÈME ENTRETIEN

Fondation de la Villa Rica de la Vera Cruz. — Entrevue de Cortès et du cacique de Cempoalla. — On aborde à Quiabislan. — Un grand nombre de caciques contractent alliance avec Cortès. — Les tentatives de Montézume pour se débarrasser des Espagnols échouent contre la persévérance de leur général. — Cortès abolit l’usage atroce des sacrifices humains. — Résolution héroïque de Cortès. — Départ pour la conquête du Mexique.

M. Hunter. La nouvelle cour de justice nomma l’endroit où l’on voulait fonder une colonie Villa Rica de la Vera Cruz, c’est-à-dire la ville riche de la vraie croix. Ils appelaient riche cette ville naissante, parce que c’est là qu’ils avaient eu la première occasion de connaître les richesses des Mexicains par les présents qu’ils avaient envoyés, et parce qu'ils espéraient que les trésors de ce peuple, opulent pour son malheur, afflueraient bientôt dans ce lieu. Ils

142 VOYAGES ET CONQUÈTES ajoutèrent de la vraie croix, parce que le jour qu'ils avaient débarqué était celui où Jésus-Christ avait été crucifié,

Cette singulière dénomination de la première colonie européenne au Mexique est un monument qui montre les deux passions principales qui gouvernaient alors les aventuriers espagnols, l'avarice et l'enthousiasme religieux. Ils brülaient également du désir de remplir leur bourse d’or et le ciel de chrétiens. C’est ainsi que la superstition sait ordinairement allier la terre avec le ciel, la cruauté avec une humanité apparente et les passions honteuses avec une piété prétendue.

Taéopore. Cette ville que les Espagnols bâtissaient alors n'est-elle pas la même que celle qui est connue aujourd’hui sous le nom de la Vera Cruz?

M. Hunrer. Non. Nous apprendrons bientôt que Gortès trouva utile de transporter cette colonie dans une autre contrée qui lui parut plus favorable, à quelques milles plus avant dans le sud. C’est là maintenant que nos cartes placent la Vera Cruz. Nous en parlerons dans la suite.

On se prépara au départ, et un heureux hasard aplanit la route. Cinq Indiens, envoyés par un cacique dont le pays n’était pas fort éloigné, demandèrent : être conduits au général, et dirent que le cacique de Cempoalla, leur maître, ayant appris les grandes actions des Espagnols à Tabasco, désirait contracter alliance avec eux.

En questionnant ces ambassadeurs, Cortès apprit d’eux que Montézume, dont le cacique de Cempoalla était vassal, se faisait craindre et haïr par son orgueil et sa cruauté, qu'on était las de porter son joug, et qu’on n’attendait qu'une occasion favorable pour le secouer.

Gortès eut peine à cacher la joie que lui causa cette nouvelle. Il savait combien il est aisé de renverser l'empire le plus puissant dès qu’il s’est élevé des mécontentements entre le souverain et ses sujets; et il ne douta plus du succès d’une entreprise qui, sans cette heureuse circonstance, n'eût été qu'une folle témérité. Les ambassadeurs furent comblés de témoignages d'amitié pour eux et pour leur

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DE CORTÉS. 143 maître, et renvoyés avec l'assurance que Gortès leur rendrait visite au plus tôt.

Pour remplir cette promesse, et en nièine temps pour pouvoir examiner une contrée qu’on lui avait indiquée comme un endroit bien plus commode pour un établissement que celui où il se trouvait, il se mit aussitôt en marche avec toute son armée, après avoir ordonné à la flotte de longer la côte jusqu’à ce lieu. A la fin de la première journée, on arriva à un village indien entièrement abandonné de ses habitants : toutes les maisons et les temples étaient vides, on n’y rencontra que quelques idoles, quelques restes d'hommes sacrifiés, et quelques livres, les premiers qu'on eût trouvés jusqu'alors en Amérique.

Taéopore. De véritables livres?

M. Hunrer. Non pas tels, sans doute, que sont les nôtres, mais pourtant quelque chose qui pouvait en tenir lieu. Ils étaient faits de parchemin ou de peaux enduites de gomme et pliées en forme de feuillets. Toutes sortes de figures et de traits significatifs tenaient lieu de lettres, et on soupçonna que leur contenu regardait le culte abominable des idoles mexicaines,

Le lendemain, Cortès continua sa marche; mais, à son grand étonnement , il trouva tous les lieux abandonnés et n'aperçut aucun homme, quoiqu'il fàt déjà arrivé sur le territoire de Cempoalla. Gela parut suspect; mais, vers le soir, il vint douze Indiens portant des vivres qui étaient envoyés par le cacique. Ils prièrent le général espagnol, au nom de leur maître, de s’avancer jusqu’à sa demeure, qui n'était éloignée, disaient-ils, que d’un soleil, cela voulait dire d’un seul jour de marche; que là il trouverait pour lui et pour les siens tous les rafraichissements qu’il pourrait désirer. On leur demanda pourquoi ie cacique n’était pas venu lui-même à leur rencontre: ils répondirent qu’il était retenu par une incommodité. Cortès renvoya six de ces Indiens aver de grands remerciments, et garda les autres pour lui servir de guides.

Le jour suivant, on aperçut la ville de Cempoalla. Elle

était située dans un pays agréable et fertile et semblait considérable. Quelques-uns des soldats qui faisaient l’avantgarde revinrent en courant pleins de joie annoncer que les murailles de cette ville étaient toutes d'argent. C'était une erreur; elles n'étaient qu’enduites d’une chaux si blanche et si brillante que, le soleil donnant dessus, des gens qui jour et nuit ne rêvaient qu’or et argent avaient bien pu sy méprendre. En entrant dans cette ville, on trouva les rues et les places remplies d’une prodigieuse quantité de peuple que la curiosité y avait fait accourir de toutes parts; la plus grande tranquillité et l’ordre le plus parfait régnaient au milieu de cette multitude désarmée.

On approchait de la demeure du cacique, et alors Son Altesse indienne parut. On vit au premier coup d’æil quelle était l’incommodité qui ne lui avait pas permis de venir audevant de ses hôtes. Il était d’une grosseur si monstrueuse qu’il avait peine à se remuer de place, et que quelques-uns de ses officiers étaient obligés de le soutenir et de le trainer en avant. Gette grosseur difforme, jointe à ce qu’il ne pouvait ni se remuer ni s’aider en rien, avait quelque chose de tellement choquant, que Cortès eut beaucoup de peine à empêcher ses gens d’éclater de rire et de se tenir luimême dans les bornes de la gravité. Au reste, l'habillement de ce cacique était magnifique : il portait un manteau de coton tout couvert de pierres précieuses; son nez et ses oreilles, percés d'outre en outre, en étaient également ornés,

Le discours qu’il tint à Cortès en l’abordant fut trèsobligeant et très-sensé; et il le termina par la prière qu'il fit à son hôte de venir chez lui pour causer plus à l'aise de leurs intérêts communs. Le reste du jour fut employé à se rafraîchir avec les fruits du pays, qu’on leur fournit en abondance.

Dans l'entretien que Cortès eut avec le caciqueÿ il lui fit entendre à dessein qu'il avait été envoyé par l’empereur d'Orient, en partie pour détruire toute oppression et mettre fin à la tyrannie dans cette partie du monde. Gette explica-

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DE CORTES, 145 tion donna au cacique le courage d’exhaler des plaintes amères contre l’orgueil et les injustices de Montézume, dont le despotisme était devenu depuis longtemps insupportable tant à lui qu'aux autres caciques. En faisant ce récit, le sentiment de sa douleur devint si vif, qu'il en versa des larmes.

Cortès s’efforça de le tranquilliser et l’assura de sa protection. 11 ajouta que la puissance du tyran était ce qui l'inquiétait le moins, parce qu'il savait qu'on ne pourrait résister à la sienne, qui avait le ciel même pour appui.

Le lendewiain, Cortès se remit en route pour gagner le Quiabislan, contrée qu'il avait choisie pour y faire un établissement. On traversa des plaines fertiles et des forèts charmantes ; et après une petite journée de marche, on vit la ville de Quiabislan, située sur une hauteur et environnée de rochers. Les habitants avaient pris la fuite; mais lorsqu’on fut arrivé sur la grande place, on vit sortir d'un temple environ quinze Indiens qui vinrent saluer les étrangers et assurèrent à Cortès que leur chef et tous les habitants reviendraient sans délai si on leur promettait de ne faire de mal à personne. Cortès leur en donna les assurances les plus sacrées; et peu de temps après le cacique parut, suivi de tous les habitants de la ville, que la crainte avait fait fuir.

On vit avec plaisir qu’il était accompagné du cacique de Cempoalla. Tous deux étaient portés sur des brancards. À peine l'entretien fut-il commencé, qu'ils firent éclater les plaintes les plus amères contre la tyrannie de Montézume. Cortès, qui écoutait ces plaintes réitérées avec un nouveau plaisir, les consola et leur promit de nouveau sa puissante protection.

Au milieu de cette conférence, quelques Indiens entrèrent d'un air troublé : ils dirent, à l'oreille des deux caciques, quelques mots qui les jetèrent dans la plus grande consternation. Ceux-ci sortirent effrayés et tremblants : on les suivit. Six officiers de Montézume, superbement vêtus et accompagnés d'un cortége considérable d'esclaves, dont

Campe. 10

quelques-uns portaient au-dessus de leur tête des parasols de plumes, traversèrent le quartier des Espagnols. En passant devant Cortès et ses officiers, ils jetèrent sur eux des regards pleins de mépris : cette fierté irrita tellement les soldats, que l'on eut bien de la peine à les empêcher de se jeter sur ces Mexicains.

Marine, qui avait été envoyée aux informations, revint avec la nouvelle que ces officiers avaient sommé les deux caciques de comparaître devant eux, et leur avaient fait les reproches les plus amers de ce qu'ils avaient poussé la perfidie jusqu'à recevoir des étrangers ennemis déclarés de leur monarque; que, pour punition de ce crime de lèse-majesté, ils devaient, outre le tribut ordinaire, livrer encore vingt Indiens pour un sacrifice aux divinités offensées.

L'indignation de Cortès était à son comble; la prudence seule l’empècha d'éclater. Il défendit aux caciques d’exécuter les ordres sanguinaires du tyran et leur ordonna d'arrêter ses envoyés. Comme ils semblaient hésiter, Cortès réitéra ses ordres avec tant de fermeté, qu’ils n’eurent pas le courage d’y faire la moindre objection. Les officiers furent donc arrêtés, sans qu’en apparence les Espagnols y eussent la moindre part. Alors ces caciques voulurent porter leur ressentiment plus loin, et sacrifier ces officiers à la place des vingt Indiens que Montézume demandait: mais Cortès s'opposa avec horreur à cette barbarie et ordonna que les prisonniers fussent gardés par ses propres gens.

Il désirait éviter, autant qu’il lui serait possible, d’en venir à des hostilités ouvertes avec le puissant Montézume, et la ruse lui en fournit un moyen; il voulut même faire croire à ce prince qu’il n’avait eu aucune part à ce qui était arrivé à ses officiers, et qu’il lui avait au contraire des obligations à cet égard.

Dans ce dessein , il se fit amener pendant la nuit deux des prisonniers et leur rendit la liberté, leur enjoignant de dire à leur‘maître qu’il s’efforcerait de la procurer aussi

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DE CORTÉS. 147 aux autres; le lendemain, on fit croire aux Indiens qu’ils s'étaient échappés.

Il se trouva encore d'autres caciques des montagnes voisines qui haïssaient également l’empereur et qui désiraient se rendre indépendants. Tous ces chefs de races indiennes, qui portaient collectivement le nom commun de Totanaques, firent avec Cortès une alliance dans les formes et prêtèrent hommage au roi d’Espagne, comme à leur unique seigneur.

On travailla alors à la fondation d’une colonie espagnole entre Quiabislan et la mer. La fertilité du sol, de belles forêts et le voisinage des côtes rendaient ce lieu trèspropre à y former un établissement. On lui laissa le nom déjà donné de Villa Rica de la Vera Cruz; mais aujourd'hui on la nomme ordinairement par abréviation la Vera Cruz.

Tous les Espagnols furent obligés de mettre la main à l'œuvre et de travailler à la construction des murs et des bâtiments de la nouvelle ville. Personne n’en fut exempt, et Cortès lui-même se crut obligé de se mettre à la tête des travailleurs, pour les animer par son exemple. Aussi les travaux avancèrent avec une célérité incroyable, et dans peu de temps la place fut fermée et assez forte pour résister à toutes les machines de guerre des Indiens.

Dans cet intervalle, les deux Indiens relâchés étaient arrivés à la capitale et avaient beaucoup fait valoir à Montézume les bons offices qu’ils croyaient que Cortès leur avait rendus. Cette nouvelle calma en quelque sorte la colère de leur maître, qui dans le premier moment avait déjà donné ordre de mettre une puissante armée sur pied pour exterminer ces étrangers, ainsi que les Indiens leurs partisans. Il résolut de tenter encore une fois les voies de la douceur pour se débarrasser, s’il était possible, de ces hôtes incommodes et terribles.

Il fit donc partir une nouvelle ambassade avec des présents d’une très-grande valeur, et il chargea même du soin de les présenter deux jeunes princes, ses parents. Ils arri-

ls VOYAGES ET CONQUÊTES

vèrent au camp espagnol dans le temps même que les forti. fications de la nouvelle ville venaient d'être achevées : ils s’acquittèrent de leur commission, remirent les magnifiques présents, remercièrent le général de son assistance, et finirent par le prier de vouloir bien quitter les États de leur maître.

Cortès fit le plus brillant accueil à ces ambassadeurs; il fit amener devant eux les quatre prisonniers, les mit en liberté, et leur répondit ensuite, par la bouche de Marine, qu'il était fâché que l'on eût causé du déplaisir à l'empereur par l’emprisonnement de ses officiers; mais qu'ik s'étaient attiré cette disgrâce.par une demande barbare, que la religion des chrétiens regardait l'usage de sacrifier des hommes comme une grande abomination, et qu'il était obligé de l'abolir partout, de quelque manière que ce fût. 1 ajouta qu'il se flattait que l'empereur, à sa prière, voudrai bien pardonner au cacique de Gempoalla et à celui de Quiabislan, qu'il avait pris sous sa protection en reconnaissance de l'accueil qu'il en avait reçu et de leurs soins à lui faire oublier la conduite offensante de Teutile; qu'en ce qui touchait son départ, il avait déjà eu l'honneur de faire savoir à l'empereur qu'une comtuission de la dernière importance lui imposait la nécessité de ne retourner dans sa patrie qu'après avoir eu une entrevue avec lui; qu'au reste les guerriers européens ne connaissaient aucun danger qui pût les empêcher de faire ce que leur maître leur avait ordonné.

Les ambassadeurs furent surpris du sang-froid et de l'air majestueux avec lesquels Cortès leur fit cette réponse, et ils s'en retournèrent admirant sa courageuse persévérance, et méprisant en secret la conduite faible et irrésolue de leur propre maître.

La nouvelle ville espagnole se trouvait alors en état de défense, et Cortès se prépara sérieusement à se rendre dans la capitale, ainsi qu'il l'avait arrêté. La fortune semblait s'être déclarée en sa faveur; cependant il s’en fallut bien peu que son zèle pour la religion ne renversât tous ses projets. On lui rapporta que dans un temple de ses alliési

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devait se faire un sacrifice humain. Irrité de la superstition barbare qui osait commettre sous ses yeux une telle abomination, il se rendit au temple, suivi de quelques gens armés, et menaça de tout mettre à feu et à sang si dans l'instant même on ne mettait en liberté les malheureuses victimes,

Les prêtres se jetèrent à ses pieds en gémissant ; le cacique tremblait : ce fut en vain. Comme on refusait de renverser ces idoles, il donna ordre à ses soldats de le faire par la force. Les prêtres crièrent aux armes, et dans peu de moments Cortès et sa petite troupe se trouvèrent environnés d’une si prodigieuse quantité d'Indiens, qu'il y avait de quoi intimider les plus résolus; mais, sans s'étonner et d'un air terrible, il cria à la multitude assemblée que la première flèche qu'on oserait tirer coûterait la vie à leur cacique et anènerait la destruction de tout le peuple. Marine leur rendit ces paroles en langue du pays, et les soldats s'empressèrent d'exécuter les ordres de leur général. Dans un instant on vit rouler en bas de l'escalier la plus grande et la plus affreuse de ces idoles; toutes les autres, ainsi que les autels et les vases sacrés, eurent le même sort : on mit tout en pièces: on nettoya le temple, on lava les taches de sang humain dont la muraille était souillée, et l'on mit à la place des idoles une image de la Vierge.

Les Indiens, étourdis et effrayés, s'attendaient à voir tomber dans le moment le feu du ciel, pour venger cette profanation ; mais comme ils ne virent pas même la moindre étincelle, et que les audacieux destructeurs de ce temple se promenèrent à leurs yeux sains et saufs et en triomphe, cet événement ébranla leur croyance et leur inspira des doutes. Ils pensèrent que les Espagnols avaient aussi une divinité qui devait être plus puissante que leurs idoles : alors, sans autre délibération, ils se joignirent à eux, et ramassant les débris de ces idoles qui leur semblaient auparavant si sacrées, ils les jetèrent au feu avec mépris. Le temple fut aussitôt transformé en église chrétienne; et ce même jour encore, en présence de beaucoup d’Indiens, on

y célébra l'office divin selon le rit de l'Église romaine, que les Indiens admirèrent à la vérité, mais sans y rien comprendre.

À peine Cortès fut-il hors du danger où son zèle religieux l'avait mis, qu'il s'éleva un orage dangereux sur sa tête, Quelques soldats et quelques matelots, las d’errer depuis si longtemps, et effrayés de la vue des périls qu’ils couraient pour arriver à la capitale, avaient fait le complot de se rendre maîtres d’un vaisseau et de s'enfuir à Cuba, où ils porteraient au gouverneur des nouvelles de Cortès, Gette conspiration fut découverte avant qu'elle eût réussi. Cortès en fit arrêter et punir le chef; mais en même temps il s’apercut qu'il y avait encore des germes de sédition dans sa petite armée : il chercha le moyen de les étoulfer à jamais ; et le parti auquel il s'arrêta était sûr à la vérité, mais tellement dangereux qu'une âme moins forte que la sienne aurait reculé devant son exécution. Il résolut de détruire sa flotte pour convaincre les plus lâches mêmes qu'il ne leur restait plus aucun moyen de fuir et qu’il fallait vaincre ou périr.

Mais autant il avait fallu de courage pour concevoir un tel projet, autant failait-1 d'adresse pour le faire agréer par toute l'armée. Heureusement Cortès possédait à un degré égal ces deux qualités nécessaires à un grand génie. Il commença par faire dégréer ses vaisseaux.

FRéÉDÉRIC. Qu'est-ce que cela veut dire, papa?

M. Huwrer. Cela veut dire qu’il fit ôter tous les cordages des vaisseaux, ainsi que les mâts, qu’il les fit porter à terre avec tous les canons et tout ce qui pouvait se transporter. Après quoi il ordonna aux charpentiers d'examiner l’état de chaque vaisseau, et les engagea de déclarer ensuite qu'ils étaient tous si endommagés, que leur radoub était impossible. Alors Cortès sut enflanmer ses soldats d’une si vive ardeur, qu’ils coururent eux-mêmes détruire ces vaisseaux, leur unique ressource en cas de malheur dans leur expédition, et traînèrent à terre les planches et les poutres qui sy trouvaient.

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DE CORTÉS. 154 On n’en réserva qu'un seul pour l'envoyer en Espagne, Cortès avait, à la vérité, été confirmé dans sa dignité de général par la chambre de justice qu'il avait créée ; mais dans le fond cela ne signifiait guère autre chose, sinon qu'il s'était nommé lui-même. Il désirait donc voir son droit au commandement établi sur un fondement plus assuré; il voulait avoir sa commission du roi même, et le titre de gouverneur des pays qu'il allait conquérir. Il savait un moyen sûr de réussir : c'était d'adresser au gouvernement un échantillon considérable des trésors dont il voulait le mettre en possession. Mais, pour que cet échantillon fût de quelque importance, il fallait y consacrer tous les présents reçus de Montézume ; et en ce cas, soldats, officiers et matelots devaient consentir à se désister de leur part. C'était là exiger une chose bien dure ; cependant Cortès la hasarda et y réussit, Chacun rapporta ce qu'il avait reçu en partage, et cela pour acheter la permission de répandre son sang et de prodiguer sa vie dans mille dangers : circonstance qui prouve quel était l’ascendant de Cortès sur ses soldats.

Alors il se prépara au départ, Toute sa troupe était composée de cinq cents fantassins, de quinze cavaliers et de six pièces de campagne. Il laissa cinquante hommes environ, presque tous invalides, et deux chevaux pour la garnison de la Vera Cruz. Les caciques alliés lui offrirent toutes leurs forces pour troupes auxiliaires ; mais il se contenta de quatre cents hommes avec eux cents Tamènes, c’est-à-dire deux cents portefaix, pour les charger des fardeaux nécessaires, des provisions et des vivres de toute l’armée, Pour la sûreté de ceux qu’il laissait en arrière, Gortès choisit parmi les Indiens qui l’accompagnaient cinquante des plus considérés du pays, qui, sans le savoir, devaient lui servir d'otages.

Ici, mes enfants, une nouvelle scène s'ouvre à vos regards, scène de prodiges, d’héroïsme et de cruautés, de bravoure et de perfidie, de gloire et de brigandage : la conquête du Mexique va commencer.

SIXIÈME ENTRETIEN

Répuolique de Tlascala. — Les Tlascalans refusent les propositions des Espagnols, qui remportent la victoire. — Les hostilités recommencent. — Un événement inespéré empêche la défaite des Espagnols et entraine la déroute des Tlascalans. — Les hostilités sont reprises, les Espagnols sont encore une fois vainqueurs. — Les Espagnols sont attaqués la nuit. — La paix est enfin conclués — Générosité de Xicotencail, général tlascalan. — Entrée triomphante des Espagnols à Tlascala.

M. Huwrer. Ce fut le 16 août de l’année 1519 que Ja petite armée de notre aventurier partit de Gempoalla. Les premiers jours de leur marche, il ne leur arriva rien de bien important. Ils traversaient des pays dont les caciques alliés des Cempoalliens étaient en même teinps les leurs. Ils arrivérent aux frontières de Tlascala, où il faut nous arrêter avec eux. Pendant ce temps-là examinons la situauvon de ce pays.

Le territoire de Tlascala avait environ cinquante milles de tour. Les montagnes qui le traversent sont regardées comme une suite des plus hautes montagnes du monde, qui s'étendent le long de l'Amérique méridionale, et qu’on appelle Cordilleras, les Cordilières.

Les habitants de ces montagnes se distinguaient de tous les autres Indiens par un courage extraordinaire et par le fanatisme de la liberté. Ils avaient hardiment secoué le joug des Mexicains, et furmaient déjà depuis longtemps une république invincible. Chaque habitation de ce pays guerrier avait ses députés ou représentants dans Tlascala, la ville capitale, et l'assemblée de ces députés composait le conseil supérieur et :. puissance législative de la nation entière.

L'orgueil et l'amour, l'indépendance, le courage et le désir de la vengeance formaient les principaux traits du caractère de cette nation, petite, mais formidable. En vain Montézume avait tâché de les assujettir, en vain des ambi-

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DE CORTÉS. 152 tieux s’élevèrent au milieu d'eux et voulurent s’ériger en tyrans ; ils surent courageusement résister aux usurpateurs, et ils étaient jusqu'alors restés invincibles.

Cortès aurait bien voulu compter au nombre de ses alliés une nation aussi belliqueuse. Dès qu'il fut arrivé sur leurs frontières , il résolut de leur envoyer une ambassade de paix à la manière indienne, et avec toutes les cérémonies usitées chez eux. ‘#

On choisit pour cette ambassade quatre des principaux Cempoalliens, et Marine se chargea de leur composer un discours solennel qu’il leur fallut apprendre par cœur. On les revêtit d’un long manteau d’'étoffe de coton; au bras gauche ils portaient une grande coquille en guise de bouclier, et dans la main droite une large flèche ornée de plumes blanches, dont la pointe était tournée en bas : c'était un symbole de paix. Ainsi parés , ils partirent, bien sûrs qu'on ne leur ferait aucun mal; mais il fallait aussi qu'ils eussent attention de ne pas se détourner du grand chenin : c'était là seulement que ces ornements d'ambassadeurs les garantissaient de toutes insultes.

Le lendemain de leur arrivée à Tlascala, ces envoyés furent mandés devant le conseil supérieur qui devait écouter leurs propositions : tous les membres du conseil étaient assis, selon leur âge, sur des blocs faits d’un certain bois rare. Les ambassadeurs entrèrent #vec les marques du plus profond respect, c’est-à-dire la tète couverte de leur manteau , en tenant la flèche haute: et les membres du conseil se levèrent un pen de leur siége : alors ils firent à chacun une révérence et s'avancèrent à pas mesurés jusqu'au milieu ‘le la salle, s’v jetèrent à genoux, et attendirent, les yeux baissés, la permission de parler : après qu'on la leur eut accordée, ils s’assirent à terre, les jambes croisées; et celui d'entre eux qui avait appris le discours par cœur parla en ces termes :

« Nobles États libres ! peuples courageux et puissants! vos amis alliés, le cacique de Cempoalla et les caciques des montagnes, vous saluent, vous souhaitent une riche mois-

154 VOYAGES ET CONQUÈTES

son et la ruine de vos ennemis. Ils vous font aussi savoir que des gens tout à fait extraordinaires, venus de d’orient, sont arrivés dans leur pays. Ils sont plus semblables à des dieux qu'à des hommes : ils sont arrivés ici par mer dans de grands palais, et ont en main les mêmes armes dont le ciel seul a coutume de se servir, le tonnerre et les éclairs. Selon leur rapport, ils sont serviteurs d’un Dieu plus grand que les nôtres, lequel ne peut souifrir ni lagiyrannie ni les victimes humaines. Leur capitaine est l’envoyé d’un monarque très-puissant, qui, par principe de religion, veut anéantir les abus et les violences que Montézume exerce parmi nous. Ce capitaine nous a déjà affranchis nous-mêmes de l’oppression dans laquelle nous languissions. Il se voit obligé maintenant de traverser votre territoire pour se rendre à Mexico, et 1l désire savoir quel est le genre d’offense dont vous avez à accuser le tyran, pour qu’il puisse défendre vos droits en même temps que les siens et les compter parmi les autres motifs de son voyage. Il vient donc dans des intentions amicales, et ne désire de vous que la liberté du passage. Croyez fermement qu'il ne cherche que votre propre intérêt, que ses armes ne sont que des instruments de justice, et que ceux qui les portent sont naturellement doux et pacifiques, et n'usent de rigueur qu'envers ceux qui les ont attaqués ou offensés les premiers. »

Gette harangue finie, les ambassadeurs se remirent à genoux, s'inclinèrent profondément en cette posture; puis, croisant de nouveau les jambes, ils attendirent la réponse. On leur dit qu’on les remerciait des nouvelles qu’ils avaient apportées, qu’on délibérerait sur leur demande, et qu’ensuite on leur donnerait une réponse en forme.

Les opinions furent partagées. Quelques-uns étaient pour la paix, d’autres pour la guerre. À la tête des derniers était le général Xicotencatl, jeune seigneur ardent et courageux, mais trop prompt à tirer l'épée. Son parti prit peu à peu le dessus, et il fut décidé qu'on retiendrait les ambassadeurs sous toutes sortes de prétextes, pour gagner du temps et se mettre en état de défense,

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Huit jours se passèrent ainsi. Cortès et ses alliés commencèrent à soupçonner la cause de ce retard. Il résolut d'avancer pour apprendre ce qu’étaient devenus les ambassadeurs et savoir à quoi s’en tenir sur les propositions dont ils étaient chargés.

Ils n'étaient pas bien loin encore, qu’ils rencontrèrent une troupe de naturels armés qui s’opposèrent hardiment à leur passage. On en vint aux mains, et il en coûta beaucoup de sang aux Indiens, tandis que les Espagnols, garantis par leurs cuirasses de coton, n’eurent que quelques hommes légèrement blessés, quoique leurs ennemis fussent dix fois plus nombreux. Mais que pouvait le seul courage, sans tactique, sans autres armes que des arcs, des frondes et des massues contre la science militaire des Européens et contre ces bouches à feu dont les effets sont si destructeurs?

Après cette première victoire, Gortès pénétra dans le pays, et le lendemain il eut le plaisir de voir arriver deux de ses ambassadeurs, accompagnés de quelques Tlascalans. Ceux-ci rejetèrent l'événement de la veille sur les Otomies, leurs alliés, qui, à l’insu des Tlascalans, avaient, de leur propre mouvement, commencé les hostilités.

Mais on eut bientôt la clef de cette conduite mystérieuse ; car les Espagnols ayant continué de marcher vers Tlascala, ils rencontrèrent le jour suivant les deux autres ambassadeurs dans un état déplorable. Ils tombèrent aux pieds de Cortès en pleurant; ils embrassèrent ses genoux, et se plaiguirent, avec les gestes de la plus vive agitation, que les perfides ‘Flascalans, oubliant le droit sacré des gens, les avaient chargés de fers pour les sacrifier à leurs dieux, mais que pendant la nuit ils avaient trouvé le moyen de s'échapper, et qu'ils savaient que les Tlascalans avaient destiné toute l’armée espagnole à leur être immolée.

Cortès sut à quoi s'en tenir; il se prépara au combat et continua sa marche. Bientôtil se vit environné d’une troupe innombrable de Tlascalans armés et d’autres peuples leurs alliés, à la tête desquels était Xicotencatl, qui les commandait en chef. On en vint aux mains, et la bataille fut des

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156 VOYAGES ET CUNQUÈTES

plus meurtrières. Un événement de peu d'importance en lui-même faillit causer la ruine totale de l'armée espagnole. Un cavalier de cette nation s’enfonça tellement dans les bataillons épais des ennemis, qu'il fut entièrement coupé des siens; environné de toutes parts, il reçut plusieurs blessures, et son cheval fut percé de tant de coups, qu'enfin il tomba mort. Aussitôt les Indiens coupèrent la tête du cheval, la mirent au bout d’une lance, et la portèrent partout en triomphe pour montrer à chacun que ce monstre n'était pas invincible comme ils l'avaient cru, mais qu’il pouvait être tué.

Cet incident inspira aux Indiens un courage inexprimable; et ils combattirent avec une telle ardeur, qu'insensiblement les Espagnols ne pouvaient plus résister. C’est alors qu’on crut voir le moment affreux d’une entière défaite, lorsque, au grand étonnement des Espagnols qui pliaient, l'effroyable cri de guerre de leurs ennemis et toutes les hostilités cessèrent subitement.

On entendit leurs cors qui sonnaient h retraite; on vit leur nombreuse armée s’en retourner en silence par des raisons incompréhensibles.

THéopaise. Que pouvait-il leur être arrivé?

M. Huwrer. On apprit ensuite des prisonniers que leurs principaux chefs avaient été tués, et que leurs places ne pouvaient être aussitôt remplies;-que, d’ailleurs, ils regardaient la tête du cheval comme la plus grande marque de leur victoire. Xicotencatl l'emporta de sa propre main et l'envoya au conseil supérieur.

Cortès choisit une position avantageuse et s’y fortifia. Il tàächa encore une fois, mais inutilement, de négocier avec l'ennemi : Xicotencatl s’opposa constamment à la paix; il traita même avec la dernière barbarie les envoyés de Cortès,

.et les chargea d'annoncer de sa part au général que le len-

demain, au point du jour, 1l paraîtrait accompagné d'une armée iunombrable pour le faire prisonnier lui et tous ses gens, etensuite les sacrifier à ses dieux.

Gette nouvelle n'avait rien de bien consolant. mais elle

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DE CORTES, 157 était accompagnée d’un présent qui pouvait en quelque sorte en adoucir l’amertume : Xicotencatl jui envoyait trois cents poules d'Inde et quantité d’autres vivres, afin que ses ennemis, avant qu'il les fit immoler, pussent s’en régaler : c'était sans doute pour que leur chair, dont ils voulaient faire un grand festin, fût de meilleur goût. Les Espagnols ne firent que rire de cette rodomontade , et se régalèrent de ce qu'on leur avait envoyé, afin d'acquérir de nouvelles forces pour le combat du lendemain. Xicotencatl tint parole. Il parut au point du jour à la tête d’une troupe nombreuse, et la bataille s’engagea avec une furêur extraordinaire des deux côtés. Le succès en parut longtemps douteux; mais enfin la science militaire des Européens l'emporta encore cette fois, malgré ia quantité innombrable d'ennemis et l'opiniâtreté de leur courage. Les Tlascalans se retirèrent, et les Espagnols restèrent maîtres du champ de bataille.

Mais cette troisième défaite ne sullisait pas encore pour abattre tout à fait le courage de cette nation guerrière. Il est vrai qu'alors ils étaient convaincus que tous les Européens en général, et chacun en particulier, étaient des sorciers qui ne pouvaient être vaincus par les moyens ordiaires; mais ils espéraient toujours que l'art de leurs propres sorciers confondrait le sortilége de leurs ennemis.

CHARLOTTE. Ils avaient donc des sorciers?

M. Hunter. C'étaient les prêtres de leurs fausses divinités, qui persuadaient au peuple que par divers prestiges ils pouvaient découvrir l'avenir et faire plusieurs choses qui surpassent la puissance humaine. On les consulta : ils répondirent que les Espagnols étaient enfants du soleil; que pendant le jour, fortifiés par l'influence de ses rayons, ils étaient invincibles, mais que pendant la nuit, lorsque le soleil leur retirait son influence paternelle, leurs forces surnaturelles diminuaient, et qu’ils tombaient dans l'état de faiblesse commun aux autres hommes.

Les superstitieux Tlascalans ne doutèrent pas un moment de la vérité de cette assertion, et se hâtèrent de faire usage d’une découverte si importante par une attaque nocturne,

Mais Cortès était trop prud:nt et trop sur ses gardes pour qu’un tel ennemi pût le surprendre par ruse. Il avait si bien disposé ses sentinelles et ses postes avancés, qu'il devait toujours être averti assez à temps des dangers qui le menaÇaient pour pouvoir prendre toutes les mesures convenables. Lorsque les Tlascalans s’avancèrent, ils trouvèrent les Espagnols déjà sous les armes ; et quoique leur attaque fût extrêmement vive et opiniâtre, ils furent encore re-

poussés.

Cette défaite, qui leur avait coûté un grand nombre des leurs, sans que les Espaghols perdissent un seul homme, les remplit de terreur ; ils commencèrent par sacrifier à leurs dieux les sorciers qui les avaient trompés, et députèrent ensuite vers Cortès pour lui demander la paix.

Les ambassadeurs, choisis parmi les principaux de la nation, s’approchèrent du camp des Espagnols dans leurs habits de cérémonie, ornés de plumes blanches. Ils s’arrètaient de temps en temps; ils touchaient la terre avec la main, qu'ils portaient ensuite à leurs lèvres. Ces démonstrations de soumission et de respect furent répétées plusieurs fois, jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés aux limites du camp

espagnol.

Après les avoir reçus avec cette froide dignité qui impose toujours, Cortès leur permit de parler. Ils obéirent, et tin-

rent ce discours remarquable :

« Êtes-vous des divinités cruelles et ennemies? Voici cinq esclaves que nous vous livrons pour en boire le sang et en manger la chair. Êtes-vous des dieux doux? Acceptez une offrande d'encens et de plumes de différentes couleurs ; mais si vous êtes cles hommes, voici de la viande et du pain

pour vous nourrir. »

Après cette harangue, ils implorèrent leur pardon et demandèrent la paix. Cortès leur accorda l’un et l’autre, en exigeant toutelois une éclatante satisfaction des offenses qu'il avait reçues.

Dès que cette réponse fut arrivée à Tlascala, le conseil fit publier un ordre général à tous les habitants des envi-

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DE CORTÉS. 159 rons de porter des vivres au camp des étrangers, en se gardant bien de recevoir le moindre payement; et cet ordre fut exécuté avec une promptitude et une ponctualité qui surprirent les Espagnols. Deux jours après on vit venir de Tlascala vers le camp une procession solennelle. L'habillement de ceux quila composaient annonçait que c'était une seconde ambassade de paix, et Gortès donna ordre de les laisser entrer sans aucune marque de défiance.

À la tête de cette ambassade se trouvait le brave Xicotencatl. Son cortége était composé de cinquante des principaux de la nation, parés magnifiquement; il portait un long habit blanc, retroussé à la manière des soldats et garni le plumes et de pierres précieuses. Il était grand et maigre, droit et nerveux, et son air annonçait la grandeur d'âme et le courage. Après avoir fait au général espagnol quelques révérences à la manière du pays, il s’assit avec aisance sans en avoir demandé auparavant la permission, et d’une voix haute il dit que lui seul était cause de toutes les hostilités, ayant cru que les Espagnols étaient du parti de Montézume, son ennemi; que pour cela il se remettait entre les mains de son vainqueur pour l’engager à pardonner à l’État, qui n'était coupable en rien, et à lui accorder la paix, qu'il avait ordre de lui demander au nom du sénat, au nom de la noblesse et au nom du peuple; que la ville de Tlascala était prête à le recevoir lui et toute son armée, et à les traiter amicalement.

La générosité et la manière noble et franche de ce jeune guerrier firent beaucoup de plaisir à Gortès, et il ne put s'empêcher de lui témoigner son estime, tout en lui reprochant son inutile résistance ; il finit en l’assurant qu'il se rendrait dans quelques jours à Tlascala.

Sur ces entrefaites arriva une nouvelle ambassade de Montézume, qui avait la double mission d'empêcher Cortès d'aller à Mexico et de s’allier aux Tlascalans. Ceux-ci n'étaient pas sans inquiétude au sujet de cette intrigue diplomatique: ils craignaient que les agents de l'empereur ne parvinssent à exciter la défiance des Espagnols.

160 VOYAGES ET CUNQUÊTES

Ne les voyant pas arriver dans leurs murs, ils décidèrent que le conseil suprême se rendrait dans leur camp et irait s'offrir pour otage : ce qui s’exécuta avec la plus grande pompe. Tous les membres de cette assemblée étaient vêtus de rol blanches, en signe de paix, et chacun d'eux était porté par des officiers inférieurs sur une espèce de litière.

À la tête de cette compagnie était Xicotencatl le père, vénérable vieillard, devenu aveugle par l’âge, mais qui conservait encore toute la vigueur de son esprit, Il se fit porter près @e Cortès, l’embrassa avec une noble franchise, lui tâta le visage et tout le corps pour se faire par le toucher une idée de sa figure. Le discours qu’on lui fait tenir est si énergique et si beau, qu'il mérite d'être rapporté comme un modèle d’éloquence, il était conçu en ces nobles termes :

« Généreux capitaine! que tu sois de la race des immortels ou non, tu n’en as pas moins en ta puissance le conseil suprême de Tlascala, qui par là te donne la plus grande preuve possible de son obéissance. Nous ne voulons pas excuser la faute de notre nation, mais seulement la prendre sur nous dans l'espérance que notre sincérité apaisera ta colère. Nous sculs avons pris la résolution de te combattre; mais c'est aussi nous seuls qui avons résolu de venir te demander la paix. Nous n’ignorons pas que Montézume tâche de te détourner d’une alliance avec nous; mais si tu l’écoutes, il faut que tu te souviennes qu'il est notre ennemi, si tu ne veux pas encore le regarder comme un tyran cruel, tel qu’il aurait pourtant déjà dû te paraître, puisqu'il cherche à te faire commettre la plus grande injustice. Nous ne demandons pas ton assistance contre lui : nos propres forces sont suffisantes contre qui que ce soit, excepté contre toi seul; mais nous sommes affligés de te voir ajouter foi à ses promesses, parce que nous connaissons ses artifices. Et maintenant que je te parle, et quoique je sois aveugle, je vois une certaine lumière à la clarté de laquelle je découvre déjà de loin le malheur où toi et les tiens êtes près de tomber. Montézume veut troubler la paix que tu nous as accordée. Pourquoi écoutes-tu ses envoyés? Pourquoi n'exauces-

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tu pas nos prières ? Pourquoi ne veux-tu pas honorer notre ville de ta présence? Nous sommes fermement résolus ou de gagner ton amitié et ta confiance ou de remettre notre liberté entre tes mains. Choisis ce qu’il te plaira, car pour nous il n’y a point de milieu : il faut que nous soyons ou tes amis ou tes esclaves. »

Qui aurait pu résister à un pareil discours dans la bouche d’un tel vieillard ? Cortès lui répondit qu’il se rendrait à ses désirs, et qu’on lui envoyât des gens pour porter le bagage et traîner l'artillerie. Dès le lendemain matin ii se trouva cinq cents tamènes ou portefaix qui se disputaient l'honneur de porter le fardeau le plus lourd. Cortès se mit en marche les rangs serrés, comme s'il allait au combat: précaution que ce chef prudent observa toujours, et qui ne contribua pas peu au succès de ses entreprises.

L'entrée des Espagnols à Tlascala fut un triomphe; une foule immense remplissait les rues et mêlait ses cris de joie au bruit des fifres et des tambours. Des jeunes filles jonchaient de fleurs le passage de ces étrangers; les prêtres, dans leurs habits sacerdotaux, allèrent au-devant d’eux, en leur prodiguant l’encens; tout le conseil et les principaux du peuple vinrent humblement les complimenter. Partout régnaient la confiance et l'admiration. Ces hôtes qu’on appelait Teules, c'est-à-dire dieux, furent tous conduits dans une vaste demeure. A peine Cortès en eut-il pris possession, que, par une précaution nécessaire, il posa de bonnes gardes à toutes les issues. Il est vrai que cette mesure ne plut pas trop aux Tlascalans, car ils la regardaient comme une marque de défiance; mais dès qu’on leur eut expliqué que c'était la manière des soldats européens, qui, au sein de la paix et dans une entière sûreté, continuaient l'exercice de la guerre pour n’en pas perdre l'habitude, ils n’y trouvèrent plus à redire.

Cortès comprit alors de plus en plus de quelle grande utilité lui pourrait être l'amitié de ce peuple guerrier et généreux : en conséquence, il ordonna à tout son monde d'observer la plus sévère discipline: il employa tous les

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moyens pour entretenir la confiance et le respect qu'on lui avait témoignés; mais l’excès de son zèle religieux fut sur le point de compromettre le succès de son entreprise.

Il eut avec un des conseillers un entretien sur la religion, Il s’efforça de lui faire comprendre qu'il devait renoncer à ses faux dieux et n’adorer que le seul Dieu des chrétiens. Le conseiller lui répondit qu’à la vérité ils pouvaient bien être commandés par un seul et même général qui était un homme, mais que leur unique Dieu n’était pas suffisant pour eux tous ; que pour leur part il leur en fallait plusieurs : un qui les défendit contre les tempêtes, un autre qui les garantit des inondations et un troisième pour les protéger à la guerre. Cortès lui repartit que le seul Dieu des chrétiens pourvoyait à tout, réglait et gouvernait tout. Il parut impossible au Tlascalan qu’un seul être pût avoir soin de tant de choses différentes. Là-dessus, Cortès fit venir l’aumônier pour convaincre le conseiller et les autres Tlascalans qui étaient présents. Celui-ci fit son possible pour persuader : on l’écouta très-attentivement; mais lorsqu'il eut fini, on pria instamment qu'il ne fût point parlé de ces matières hors du quartier des Espagnols : car, disaient-ils, si leurs Teules en apprenaient quelque chose, ils se vengeraient certainement sur les Tlascalans et détruiraient leur pays.

Alors Cortès entra en ‘ureur, et pensait déjà à faire la même chose qu'il avait faite à Cempoalla, à détruire avec violence le culte des idoles; mais l’aumônier Barthélemy d’Olmedo, homme respectable, dont le nom mérite d'être conservé, l'en empêcha, en lui faisant sentir toute l’imprudence d’une telle conduite. « On ne doit pas, disait cet homme éclairé, propager la religion par le fer et par le feu, mais par des instructions paisibles et par l'exemple d’une sage conduite, »

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SEPTIÈME ENTRETIEN

Cortès marche sur Cholula avec les Tlascalans et les Espagnols. — Massacre de ses habitants. — La paix s'établit entre les deux peuples de Tlascala et de Cholula. — Montézume vient au-devant des Espagnols. — Cortès fait son entrée à Mexico.

M. Huwrer. L'armée espagnole, renforcée de six mille Tlascalans choisis entre les plus braves, était déjà prête à partir; mais dans ce moment même arriva encore une nouvelle ambassade de l’empereur Montézume,

Elle ne venait plus, comme les premières, essayer de détourner Cortès de ses projets. Elle lui demandait seulement de diriger sa route par Gholula, où Montézume lui préparait une réception brillante. Cette invitation parut suspecte aux Tlascalans : ils supplièrent Gortès de prendre un autre chemin; mais le héros espagnol ne pouvait supposer une perfidie même dans son ennemi. Il assura les Indiens que ses guerriers ne reculaient devant aucun danger, et partit pour Cholula.

[1 y fut reçu avec de grandes démonstrations d'amitié, mais on ne permit pas aux Tlascalans d'entrer dans la ville: il fallut qu'ils se contentassent de camper hors des murailles, Ils avaient déjà appris des Européens la manière de se fortifier par des fossés et des remparts, et ils profitèrent fort bien de cette science nouvelle.

Les premiers jours furent consacrés au repos et à la joie; mais insensiblement plusieurs circonstances semblèrent confirmer les soupçons des Tlascalans. Les vivres furent moins abondants, les caciques ou gouverneurs se montrèrent plus froids, et les ambassadeurs de Montézume avaient entre eux de fréquentes conférences. De plus, deux Tlascalans, qui avaient trouvé moyen de se glisser dans la ville à la faveur d’un déguisement, apprirent au général espagnol qu’ils avaient vu pendant la nuit une quantité de

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