‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme]Chapitre 33 sur 49 · B25 LE LES · texte numérisé non relu

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164 VOYAGES ET CONQUÊTES femmes et d'enfants s’enfuir très-vite dans les endroits voisins; qu'ils savaient aussi qu’on : vait sacrifié dans le principal temple six jeunes enfants, ce qu’on avait toujours coutume d'observer lorsqu'on projetait quelque entreprise militaire. Ils lui conseillèrent d’être sur ses gardes, parce qu’on tramait contre lui quelque complot funeste.

Pendant que Gortès employait toute sa vigilance et toute sa sagacité pour pénétrer les desseins des Gholulans, un hasard vint les lui découvrir. Une Cholulane appartenant à une famille distinguée s’était prise d'amitié pour Marine; elle lui confia le projet formé par ses compatriotes d’exterminer tous les Européens, et la pressa vivement de quitter ces derniers. Marine, dévouée aux Espagnols, feignit d'approuver cette résolution et de vouloir profiter de l'avis qu'on lui donnait; elle engagea l’Indienne à n'avoir aucun secret pour elle et à lui tout révéler. Elle apprit donc que le jour destiné au massacre des Espagnols approchait; qu'un corps de soldats mexicains était caché dans le voisinage de Cholula pour paraître tout à coup au temps marqué; que plusieurs rues étaient déjà barricadées, et que dans d’autres on avait creusé des fosses légèrement recouvertes pour y faire tomber les chevaux ; que sur les toits des maisons et des temples on avait apporté une grande quantité de pierres pour écraser les Espagnols, dont la ruine était inévitable,

Marine se hâta d’instruire le général de tout ce qu’elle venait d'apprendre, et celui-ci ne perdit pas un instant à se mettre en état de repousser le péril imminent qui le menaçait. La première chose que fit Cortès, ce fut d'attirer chez lui la dame indienne et trois des principaux prêtres; il les enferma dans un lieu secret et tira d’eux, par menaces, l'aveu du massacre projeté. Il crut alors qu’il était indispensable de donner un exemple de vengeance qui pût détourner à jama.:s Montézume et ses adhérents de semblables entreprises contre lui.

Dans ce dessein, il fit ranger en ordre de bataille ses gens ct les Gempoalliens qui se trouvaient avec lui, dans la

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DE CORTÉS. 165 cour du grand bâtiment qu'on leur avait donné pour demeure; on fit avertir les Tlascalans qu'au premier coup qu’ils entendraient tirer, ils eussent à entrer dans la ville, et on attira sous différents prétextes les principaux chefs des Gholulans dans le quartier espagnol, où ils furent arrètés; alors Cortès donna le signal de la sortie et commença le massacre qu'il avait résolu.

Les Espagnols et les Cempoalliens se répandirent dans les rues, et les Tlascalans entrèrent en même temps dans la ville ; ils pénétrèrent en furieux de tous les côtés, et une multitude de cadavres marquaient leur passage. Les habitants, privés de leurs chefs et comme frappés de la foudre, osaient à peine lever leurs mains tremblantes pour se défendre. A la vérité, la troupe cachée des Mexicains accourut pour les soutenir; mais elle fut obligée, ainsi que beaucoup d’habitants qui avaient échappé au fer de l'ennemi, de s'enfuir sur les tours et dans les temples. Cortès marcha contre eux, et fit publier qu'il ferait grâce de la vie à tous ceux qui se rendraient volontairement; mais il n’y en eut qu’un seul qui descendit des tours : les autres parurent préférer la mort à l’humiliation de se rendre. Entrainé par la colère, enhardi par ses succès, Gortès porta le ressentiment jusqu’à faire mettre le feu aux temples, et la foule des malheureux ui s’y trouvaient fut la proie des flammes.

Cette terrible exécution dura deux jours entiers sans in. terruption, et pendant tout ce temps on ne cesse, de piller, de brûler et de massacrer. Enfin la vengeance parut satisfaite, l’avidité du butin rassasiée et la soif du sang apaisée. Cortès mit en liberté les magistrats prisonniers et leur reprocha leur perfidie ; il exigea que les habitants fugitifs fussent rappelés et que l’ancien ordre fût rétabli. Le pardon général qu’il fit publier et le respect idolâtre de ces malheureux pour les Espagnols ramenèrent bientôt ceux qui avaient pris la fuite. Quelques jours après, la ville se remplit d'habitants humblement soumis, et prèts à obéir en tout aux cruels meurtriers de leurs parents, aux destructeurs de leurs temples.

Préparez-vous, mes enfants, è suivre dans la capitale l'audacieux Cortès; mais auparavant voyez-le faire, de cette même main encore dégouttante du sang des Cholulans qu’il a égorgés, une action qui honore également son humanité et sa politique. Il établit la paix et la concorde entre deux nations qui avaient été jusqu'alors ennemies irréconciliables. D’après ses ordres, les Tlascalans et les Gholulans furent obligés de renoncer désormais à toutes hostilités et de jurer, avec des cérémonies sacrées pour eux, une amitié qui, d’une part, mettait fin à toute effusion de sang entre eux et, de l’autre, lui procurait à lui-même les plus grands avantages; car il laissait maintenant dans ce pays, au lieu d'ennemis secrets ou déclarés, de véritables alliés qui, dans le besoin, pouvaient le secourir. Du moins il assurait par là sa retraite, en cas que son entreprise contre Mexico n’eût pas un heureux succès.

À présent, marchons à Mexico. Notre première station sera Tezcuço, une des villes les nlus considérables du royaume. Bientôt nous apercevrons Mexico au milieu des eaux qui l’environnent.

Taéopxire. Mexico se trouve-t-il donc au milieu d’un lac ?

M. Huwrer. Précisément. Ce grand lac est formé de deux autres, qui ne sont séparés que par deux langues de terre ou chaussées très-étroites. Mais ce qu’il y a de surprenant, c'est que l’un de ces lacs contient de l’eau douce ; l’autre, au contraire, de l’eau salée, phénomène dont on ne connaît pas encore bien la véritable cause. Cependant l’opinion de ceux qui croient que dans le fond de l’un il y a un grand dépôt de sel, et que c’est là ce qui rend l’eau salée, est la plus vraisemblable.

L'armée espagnole marchait à grandes journées ; et plus elle avançait, plus Cortès trouvait de raisons de se promettre la meilleure issue de son entreprise. Partout il n’entendait que des plaintes du despotisme cruel de Montézume; partout il trouvait des gouverneurs prêts à secouer son joug insupportable. Le cacique de Tezcuco se distin-

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DE CORTÉS,. 167 gua particulièrement; car il reçut les Espagnols comme des anges tutélaires envoyés pour sa délivrance. D'ailleurs on s’apercevait toujours de plus en plus que le faible Montézume avait perdu tout courage, et que, dans sa détresse, il ne savait quel parti prendre. Tantôt il arrivait des messagers de sa part pour inviter le général espagnol à se rendre à Mexico ; tantôt il en venait d’autres qui contredisaient cette invitation et lui ordonnaient de s'arrêter, puis encore d’autres qui lui permettaient de s’avancer. Mais Cortès continua sa marche sans s’embarrasser ni de sa permission ni de ses défenses. Il se rendit par un chemin montagneux de Tezcuco à Chalco, et de là à Istapalapa.

Après avoir franchi les montagnes de Chalco, le paysage qui s’offrit devant eux les remplit d'étonnement et d’admiration. L’horizon était immense, la contrée était riante et fertile, un grand lac animait la scène; de charmants villages semblaient sortir de son sein, et au milieu d’eux la brillante capitale, comme une reine au milieu de sa cour, se distinguait par la quantité prodigieuse de ses temples, de ses tours et de ses palais. Au premier aspect de cette splendeur nouvelle, les Espagnols s’arrêtèrent dans le ravissement : ils se croyaient transportés dans les pays fabuleux des fées. Ils oublièrent alors les fatigues qu'ils avaient essuyées, et l’idée des périls d’une guerre d’invasion dans une contrée lointaine et inconnue s’évanouit à leurs yeux comme un léger brouillard se dissipe aux premiers rayons du soleil. Ils étaient prêts à tout. Cortès , qui remarqua cette ardeur du soldat, gage certain de la victoire, se hâta de la mettre à profit et s’avança avec la plus grande confiance, sur une des digues du lac, vers la superbe résidence du roi.

Ils virent tout d’un coup sortir de la ville et venir à leur rencontre un grand nombre d'habitants qui semblaient appartenir à la classe distinguée de la nation; ils portaient des manteaux de toile de coton, et leurs têtes étaient ornées de panaches. Ils s’approchèrent dans un silence respectueux de l’armée espagnole, et chacun d'eux, en passant devant

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le général, le salua avec le témoignage de la plus profonde vénération. Ils lui annoncèrent que Montézume lui-même âtait sur le point d'arriver. Bientôt a: ès, on aperçut l’avant-garde de son magnifique cortége. Elle était composée de deux cents hommes tous habillés de même, parés comme les premiers, marchant pieds nus, deux à deux et en silence. Ils s'arrêtèrent dès qu'ils eurent atteint la tête de l’armée espagnole. Ils se rangèrent de chaque côté du mur de la digue, pour laisser libre la vue d’une troupe encore plus brillante d'officiers d’un plus haut rang, au milieu desquels paraissait Montézume lui-même, assis sur une chaise d'or. Quatre des principaux seigneurs de son empire le portaient sur leurs épaules; d’autres tenaient élevé au-dessus de sa tête un dais de plumes vertes artistement travaillé : ce dais paraissait être d’une étoffe tissue d'argent. A la tête de cette troupe marchaient trois magistrats avec des bâtons d'or à la main, qu’ils élevaient de temps à autre. A ce signal, tout le peuple se prosternait et se couvrait le visage, comme étant indigne de lever les yeux sur la personne de leur souverain monarque. À l'approche de cette troupe, Cortès descendit de cheval et s’avança respectueusement à la rencontre du prince. Gelui-ci fit en même temps poser son brancard ; et, appuyé sur les épaules de deux princes, il daigna marcher à pas lents et solennels vers le redoutable étranger, tandis que sa suite étendait des tapis tout le long du chernin pour que son pied royal ne touchât point la terre. Cortès l’aborda avec une noble franchise, et le salua à la manière eur. )éenne avec une profonde révérence. Montézume répondit à ce compl'ruent par un salut qui, dans le pays, est le plus resnectueux, et que nous avons déjà eu occasion de remarquer : ce fut de baiser sa propre main après en avoir touché la terre. Gette condescendance de la part du monarque, qui ne saluait ses idoles mêmes que d’un léger mouvement de tête, jeta les Mexicains dans la plus grande surprise et leur fit naître l’idée que ces étrangers n'étaient pas des hommes, mais des êtres divins. De là on entendit fréquemment répéter le mot Teules, expres-

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