‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme]Chapitre 37 sur 49 · É ER · texte numérisé non relu

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24 VOYAGES ET CONQUÈTES

Michel. Après avoir engagé ou forcé quelques caciques à lui fournir des vivres et de l'or, il forma la résolution de parcourir dans des barques indiennes la baie et les îles adjac ntes pour en prendre une connaissance plus détaillée, ainsi que de toute la côte. Les Indiens, à la vérité, l'en détournèrent, en lui représentant que la saison pluvieuse allait commencer; mais il méprisa cet avis, et s'embarqua sur de chétifs canots construits à la hâte, avec quatre-vingts hommes de sa troupe et quelques Indiens, pour parcourir cet Océan dont il venait de faire la découverte.

Ils n'étaient pas encore parvenus bien avant qu'il eut sujet de se repentir de sa témérité : car ils furent tout à coup assaillis d’un si terrible orage, et les vagues s’élevaient à une hauteur si effrayante qu’ils coururent le danger le plus imminent de périr. Les Indiens pâlirent d'effroi, mais ne demeurèrent cependant pas dans l’inaction : ils se précipitèrent dans les flots pour attacher les canots denx à deux et les empêcher ainsi d’être reaversés; après des efforts inouïs, ils abordèrent à une île bordée de rochers sur laquelle ils descendirent, et y amarrèrent leurs canots comme ils purent. Mais leur joie de se voir en sûreté ne fut pas longue; car l'heure du flux étant arrivée, l'île entière fut inondée, et ces pauvres aventuriers se virent obligés de passer une partie de la nuit dans l’eau jusqu'à la ceinture, incertains encore si la marée ne s'élèverait pas plus haut et ne les submergerait pas tous. Enfin les premiers rayous du jour leur découvrirent toute l’étendue de leur malheur; ils trouvèrent quelques-uns de leurs canots entièrement fracassés, d’autres fort endommagés et percés de trous, et le reste rempli d’eau et de sable. Tout ce qu'ils contenaient, y compris les vivres, avait été enlevé par les flots.

Accablés de fatigues, transis par l'humidité et le froid, sans aucun aliment, sans canots pour se tirer de dessus ce rocher aride et regagner le continent, quelle ressource pouvait-il leur rester ?

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DE PIZARRE. 245 d'hommes contraints par la détresse à chercher les moyens de sauver leur vie ! Les gens de Balboa trouvèrent quelques jeunes arbres sur cette île : ils enlevèrent l'écorce encore tendre, la mêlèrent avec quelques herbes, et avec ce mélange, qu'ils mâchèrent, ils bouchèrent les fentes et, les trous de ceux de leurs canots qui n’étaient pas entièren\ent brisés : c’est sur d'aussi frêles nacelles, qui même étaient encore surchargées, qu’ils se remirent en mer, les Indiens les précédant à la nage, et de cette manière ils atteignirent heureusement le rivage.

Is n'étaient cependant pas encore à la fin de leurs peines : car, poussés par la faim, ils prirent terre sur le territoire d'un cacique que les Indiens leur assuraient être abondam. ment pourvu de vivres. Celui-ci vint au-devant d'eux avec ses gens pour les repousser. Les Espagnols, mourant de faim, et leurs chiens tout aussi affamés, fondirent eux avec tant de fureur que ces faibles Indiens ne purent pas leur faire une longue résistance. Il y en eut un grand nombre de tués : le cacique lui-même fut blessé, et tout le reste fut mis en fuite.

Après cette sanglante scène, les deux partis se disposèrent à la paix. Le cacique leur députa son fils avec des vivres et de magnifiques présents en perles et en or; l’aspect de ces richesses suffit aux Espagnols pour leur faire oublier tous leurs maux. Le cacique lui-même ne tarda pas à se rendre auprès d'eux; et, remarquant l’excessive avidité qu'ils manifestaient pour l'or et les perles, il les assura qu'ils trouveraient des perles en abondance dans une île qui n’était distante que de cinq lieues et de l'or dans une contrée située au sud; mais il conseilla d'attendre que la saison des pluies fût passée, avant de s'embarquer pour se rendre à l’un ou à l’autre de ces endroits. Quelque vive que fût l’ardeur des Espagnols pour ces trésors, le souvenir de ce qu’ils avaient souffert les décida à attendre l’époque indiquée : en conséquence, ils prièrent unanimement leur chef de les ramener à la colonie; et comme la plupart étaient malades et exténués, Balboa se vit dans la néces-

216 VOYAGES ET CONQUÈTES

sité d'y consentir. Mais pour connaître en même temps avec un peu d’exactitude le pays par lequel il était venu, il effectua son retour par des contrées dont les chemins n'étaient pas moins rudes et impraticables que ceux par lesquels il était arrivé. Il fallut de nouveau surmonter des difficultés inexprimables, et soutenir presque sans interruption des combats contre les peuples féroces qui habitaient ces montagnes. Enfin ils arrivèrent à Sainte-Marie, mais tout à fait épuisés.

De tous les compagnons de Balboa, dans cette importante expédition, aucun ne se distingua davantage par son courage et par sa fermeté qu'un certain Pizarre. Il paraît ici pour la première fois sur un théâtre où il aura bientôt un sigrand rôle à jouer.

Balboa fit sur-le-champ partir pour l'Espagne, auprès du roi Ferdinand, un député chargé de lui porter la nouvelle de la découverte de la mer du Sud, de lui remettre la portion qui lui était échue du précieux but'i qu'ils avaient déjà fait, et de l’'engager à lui accorder un renfort d'environ mille hommes, pour le mettre en état d'entreprendre la conquête du riche empire du Pérou, sur l'existence duquel on s'était procuré les renseignements les moins équivoques. Le roi reçut sa relation avec ravissement : la possibilité du passage aux Indes orientales paraissait désormais décidée, et il fut enchanté d’avoir trouvé une route directe pour se rendre dans un pays d'où les Portugais retiraient déjà, depuis plusieurs années, d’immenses richesses... Qui pourrait le croire? Le même esprit de défiance qui l’avait rendu ingrat envers le premier auteur de la découverte du nouveau monde le porta à commettre une semblable injustice envers Balboa, qui lui paraissait trop entreprenant pour qu'on pût lui confier le gouvernement des contrées qu'il avait découvertes et de celles qui restaient encore à découvrir : en conséquence, on résolut de continuer avec célérité l’entreprise déjà commencée, mais aussi d'envoyer à Sainte-Marie un autre gouverneur à la place de Balboa.

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TROISIÈME ENTRETIEN

Pédrarias, nommé gouverneur du Darien en place de Balboa. — Gou-

vernement tyrannique de Pédrarias. — Balboa est nommé sous-gouverneur. — Sa mort. — Origine de l’ancienne et de la nouvelle Panama.

THéonore. Quel sera donc le successeur de Balboa ?

M. Hunter. Le personnage qu'on choisit pour déposer Balboa, en lui donnant le gouvernement du Darien, s'appelait Pédrarias. Il était d’une naissance distinguée, et ses manières étaient élégantes; mais son caractère ne répondait pas à ces qualités extérieures : il avait l'âme basse et remplie de lâches artifices. On lui donna quinze vaisseaux et douze cents hommes pour achever la grande entreprise que Balboa avait commencée; et près de quinze cents gentilshommes s’embarquèrent avec lui en qualité de volontaires pour prendre part à cette importante expédition. On n'avait jamais vu jusqu'alors un armement aussi considérable aux frais du roi.

Aussitôt que cette puissante flotte fut entrée dans le détroit de Darien, Pédrarias fit descendre à terre un officier, pour aller signifier à Balboa sa déposition et l’arrivée d’un nouveau gouverneur. On s'attendait à trouver ce héros décoré d’un faste proportionné à l'éclat de ses actions glorieuses ; on s'attendait aussi qu’il refuserait d’obéir aux ordres du roi, et qu’il tenterait même de défendre ses droits l'épée à la main ; mais on se trompa dans l’une et l’autre de ces conjectures.

Combien ne fut-on pas surpris de voir cet homme célèbre, que l’on croyait possesseur d'immenses trésors, habillé d’une simple veste de coton, chaussé avec des souliers d’écorces nattées, s’occupant avec quelques Indiens à couvrir de roseaux sa misérable hutte! L’'oflicier eut peine à se persuader que l'homme qu'il voyait sous de si pauvres

habits et travaillant à de tels ouvrages fût réellement le brave et fameux Balboa lui-même. Mais il en fut bientôt convaincu par la grandeur d'âme avec laquelle il reçut la nouvelle de l'injustice que le roi lui faisait; car, quelque inattendue que fût cette ingratitude, Balboa déclara aussitôt que lui et toute sa colonie se soumettaient avec respect aux ordres de Sa Majesté. En vain ses valeureux soldats, dont le nombre s'était accru jusqu'à quatre cents hommes par des renforts qui lui étaient arrivés des îles, le pressèrent-ils de défendre à main armée les droits qu'il s'était acquis à ce gouvernement; il fut sourd à leurs sollicitations.

Son orgueilleux successeur se rendit à terre. Balboa alla respectueusement au-devant de lui et l’assura de son obéissance. Get acte de soumission ne désarma pas son implacable ennemi. 11 commença le cours de ses injustices par le dépouiller des richesses qu’il avait acquises par son audace et au péril de sa vie, et il lui infligea une amende trèsconsidérable, sous prétexte qu'il s'était constitué gouverneur de sa propre autorité et sans mission légitime.

Pédrarias était précisément arrivé dans ces contrées au milieu de la saison des pluies, temps auquel ce pays malsain exhale des vapeurs contagieuses. Ses gens ne tardèrent pas à se ressentir des influences de ce mortel climat. Ils périssaient par centaines, et ceux qui échappaient tombaient dans la plus affreuse détresse par la disette totale de vivres. Mécontents de voir ainsi leurs brillantes espérances décues, ils sollicitèrent le gouverneur de les renvoyer sans délai dans leur patrie. Celui-ci, pour les apaiser, s’avisa d’un expédient qui eut des suites aussi funestes pour la colonie que pour les malheureux indigènes : il leur permit de faire à leur gré des incursions dans l’intérieur des terres, tant pour se procurer des vivres que pour extorquer de l'or.

Aussitôt ils se répandirent dans tout le pays jusqu'aux provinces les plus écariées, pillant les habitants et les maltraitant avec la plus grande inhumanité : ils n’épargnèrent

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pas même les districts avec lesquels Balboa avait contracté des alliances. Tous les Européens devinrent un objet d’exécration et d'horreur aux yeux des Indiens, qui valaient mieux qu'eux , au point que ces derniers ne purent s'empêcher de regarder ces brigands comme l’espèce la plus vorace des bêtes féroces.

Balboa voyait avec un mortel chagrin la ruine prochaine de sa colonie et l’anéantissement des vastes projets dont il n'avait cessé de s'occuper nuit et jour. Jusqu’alors il avait pu tout souffrir; mais il ne lui fut pas possible de tenir contre ces derniers procédés. Il se hasarda d'envoyer au roi une ample relation de la conduite insensée de Pédrarias ; et ses inculpations portant l'empreinte du langage de la vérité, Ferdinand ne put s'empêcher d'y ajouter foi. Il s'aperçut alors qu'il avait déposé un serviteur actif et intelligent pour mettre à sa place un courtisan. qui n'avait aucune connaissance des affaires: et pour réparer cette faute, il nomma Balboa sous-gouverneur de tous les pays conquis situés sur la mer du Sud, et ordonna en même temps à Pédrarias de l'aider dans toutes ses entreprises et de n’en faire aucune sans son avis.

Pédrarias ne pouvait se dispenser d’obéir aux ordres du roi; mais sa haine s’accrut en proportion des efforts qu’il faisait pour la cacher. Balboa, au contraire, fut à peine entré en possession de l'autorité qui lui était confiée, qu’il oublia tout le passé avec une noble magnanimité. Il ne songea plus qu'aux préparatifs de l'expédition qu'il projetait déjà depuis si longtemps pour procurer à la couronne d'Espagne la conquête des riches mines d’or du Pérou. Après avoir lutté contre une infinité de diflicultés, il parvint enfin à mettre en état quatre petits brigantins et à rassembler trois cents hommes d'équipage.

Au moment où il allait s'embarquer vour tenter avec cette petite armée la conquête du plus grand empire du nouveau monde , il reçut un messager de Pédrarias, qui lui mandait de suspendre son départ et de se trouver à un endroit qu'il désignait pour conférer avec lui. Balboa, fort

250 VOYAGES ET CONQUÈÊTES

éloigné de tout soupçon, n’hésita pas un moment à satisfaire aux ordres du gouverneur et partit pour le lieu du rendezvous. Il n'y fut pas plutôt arrivé que l’artificieux Pédrarias le fit charger de fers. Balboa ne comprenait rien à cette perfidie, et ne pouvait concevoir quels étaient les projets qu'on formait contre lui; mais il ne resta pas longtemps dans son incertitude. Pédrarias, altéré du sang d’un homme qu'il regardait comme un rival dangereux, fit sur-le-champ instruire son procès; il l’accsa de conspirer contre l’autorité du roi, de trahir ses intérêts et de chercher à se rendre indépendant du gouverneur. Des juges nommés par l’inique Pédrarias et à sa discrétion condamnèrent à mort l’infortuné Balboa : toute la colonie supplia son assassin d’épargner la vie d’un homme qui leur était si cher à tous, et qui était si nécessaire au service du roi; leurs sollicitations furent inutiles : Balboa fut décapité publiquement.

FeroiNanD. Le roi ne fut donc pas informé de cette atrocité ?

M. Huwrer. Il le fut, mais par des gens qui désiraient tous autant la mort de Balboa que Pédrarias lui-même, et qui surent donner à cette iniquité l'apparence d’une condamnation méritée. Non-seulement le meurtrier demeura impuni, mais il conserva son gouvernement.

Cet événement recula encore de quelques années le malheur qui menaçait les Péruviens, car Pédrarias n'eut pas le courage de se mettre lui-même à la tête d'une entreprise aussi périlleuse : et le sort de Balboa remplissant de terreur les âmes les plus intrépides, personne n'osa chercher à se distinguer par quelque action brillante sous les yeux d’un gouverneur aussi envieux : aussi on abandonna l'expédition, dont tous les préparatifs étaient faits, et l’on se borna à piller et maltraiter les pauvres habitants des contrées du Darien.

L'exposition malsaine de Sainte-Marie et le désir d’acquérir une célébrité quelconque déterminèrent Pédrarias à demander la permission de changer le siége de la colonie et de le transférer du côté occidental de l’isthme, sur les

bords de la mer du Sud. On consentit à sa demande : et c'est là l'origine de l’ancienne Panama, qui devint ensuite et pendant longtemps une des plus importantes de l’Amérique. Mais il y a plus d’un siècle qu’elle fut surprise par un fameux corsaire anglais, nommé Morgan, pillée et réduite en cendres. Quand on voulut ensuite la rebâtir, on jugea à propos de le faire dans une position plus commode, à l’embouchure d’un fleuve que les Espagnols nomment Rio Grande. Telle à été l’origine de la Panama d'aujourd'hui.

La première Panama fut longtemps l’entrepôt 4e toutes les marchandises qu’on expédiait d'Europe pour l'Amérique méridionale et de cette dernière pour l'Europe. Les négociants du Pérou, du Chili, etc., envoyaient leur or, leurs perles, leur cacao, leur quinquina, pour être transportés sur l’isthme à Puerto-Belo par terre. Les vaisseaux chargés de marchandises d'Europe arrivaient aussi à Puerto-Belo, et leurs cargaisons étaient dirigées de la même manière jusqu'à Panama pour être réparties de là au Pérou et au Chili. Panama était donc ainsi le centre du commerce considérable qui se faisait entre l’Europe et les établissements espagnols de l'Amérique méridionale ; et vous pouvez vous faire une idée des affaires qui s’y traitaient alors.

QUATRIÈME ENTRETIEN

Le projet de la conquète du Pérou est repris. — Caractère de Pizarre. — Association des trois hommes dont va dépendre Ia destinée du Pérou. — Esquisse de la côte méridionale. — Explication des vents.

M. Hunrer. Pédrarias pendant quelques années s’occupa d'un côté à la construction de sa ville, et de l’autre à combattre et à subjuguer les malheureux Indiens dans toute la longueur de l’isthme qui sépare l'Océan du nord de celui du sud. Dans cet intervalle on oublia la riche conquête de l'empire du Pérou, que Balboa avait projetée; on ne reprit ce projetqu'en l'an 1524, par conséquent six ans après l’entreprise contre le Mexique.

Parmi ceux qui s'étaient établis à Panama avec Pédrarias, il y avait trois personnages extraordinaires qui vont désormais attirer toute notre attention. L’un s'appelait François Pizarre, l’autre Diégo d’Almagro, et l’autre Ferdinand de Luque; ce dernier était ecclésiastique.

Pizarre était fils d’un gentilhomme espagnol et d’une femme de mauvaise conduite. Son père ne prit aucun soin de son éducation, et sa mère, n’en ayant point reçu ellemême, ne pouvait lui en donner; en sorte qu'il grandit comme un arbrisseau sauvage dont personne ne prend soin. Abandonné à lui-même, sans aucune instruction, sans nul encouragement, ses occupations journalières pendant sa jeunesse étaient de garder les troupeaux. Est-il surprenant que son cœur fût insensible à ces tendres sentiments de commisération et d'humanité qui n’y germent et ne s'y développent qu'au moven d’une éducation soignée dès l’enfance ? Cependant il éprouvait une répugnance insurmontable pour son genre de vie, et il aspirait à un étai plus relevé, quoiqu'il ne sût ni lire ni écrire. Il quitta son troupeau et devint soldat. Mais son ambition et son génie

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DE PIZARRE. 254 inquiet le faisaient soupirer après l'occasion de donner l’essor à son activité : à peine eut-il servi quelques années qu'entrainé par l'exemple de tant d’autres esprits entreprenants de son siècle, il tourna ses yeux ardents du côté du grand théâtre du nouveau monde, et ne fut satisfait qu'après y être arrivé. Il commença sous la conduite de Balboa à se montrer dans toutes les occasions les plus périlleuses d’une manière si distinguée qu'on le jugea capable , malgré son ignorance, de remplir un poste de commandant. Son corps vigoureux était endurci contre toutes les fatigues; son cœur ardent et courageux ne connaissait pas la crainte, et au jour du danger il était toujours à la tête de ses compagnons. Toutes les facultés de son âme étaient sans cesse tendues à remplacer par sa vigilance et son application ce qui lui manquait en connaissances acquises. Bientôt on reconnut en lui un de ces hommes nés pour commander et pour marquer dans leur siècle.

Quant à la naissance et à l'éducation, Almagro n'avait guère été plus heureux. Ses parents inconnus l'avaient exposé au moment de sa naissance, et 1l avait dû la vie à la pitié et à la charité publiques. Ainsi que Pizarre , il avait servi de bonne heure; et se croyant comme lui capable des plus grandes choses, il était passé en Amérique dans la vue de s’y faire un nom. Il égalait Pizarre en force d'âme et de corps, en courage, en constance et en activité; mais il le surpassait infiniment en grandeur d'âme, en droiture et en probité.

Je ne vous dirai rien sur le compte de l'abbé Luque, que lorsque jy serai contraint par les circonstances. Qui pourrait voir en effet sans peine un ministre de paix s’armer du flambeau de la guerre pour porter la désolation dans une partie du globe?

Tel était le triumvirat qui s'était formé pour le malheur des Péruviens. Ces hommes convinrent que chacun d'eux fournirait tout ce qu'il possédait pour les préparatifs de leur entreprise ; et comme Pizarre avait le moins à y contribuer , il se chargea en compensation de la partie la plus difficile

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et la plus dangereuse de l'exécution, celle de conduire et de diriger personnellement les faibles forces qui devaient servir à la découverte et à la conquête de l'empire du Pérou. Almagro, de son côté, offrit de lui amener de temps en temps des renforts, des provisions, des vivres et des munitions de guerre. Quant à l'abbé Luque, il devait rester à Panama pour captiver la confiance du gouverneur et diriger toutes les mesures qui pouvaient favoriser leur plan et avoir rapport à leur entreprise.

Un seul vaisseau portant cent douze hommes fut tout l'armement avec lequel Pizarre sortit du golfe de Panama pour aller à la conquête d’une des plus grandes contrées du nouveau monde.

Pour suivre Pizarre dans sa course ayventureuse, prenons maintenant une idée de la côte de cette partie de l'Amérique méridionale. Elle s'étend, comme vous le voyez, depuis l'isthme de Darien jusqu’à la Terre de Feu, qui la borne. La contrée la plus prochaine après le Darien est, comme vous le savez, la Terre ferme ou Tierra firme, ainsi que les Espagnols l’appelaient, comprise maintenant dans la Colombie ; ensuite le Pérou et le Ghili, puis les terres Magellaniques ou Patagonie, qui sont séparées des îles de la Terre de Feu par le détroit de Magellan.

CHaRLes. D'où vient ce nom de Terre de Feu ?

M. Huwrer. Parce que ceux qui découvrirent ce groupe d'îles y trouvèrent quelques volcans.

FerpiNanD. N'y en a-t-il plus à présent?

M. Huwrer. Les montagnes y sont encore sans doute ; mais il paraît qu’elles ont cessé de vomir des flammes, puisque les derniers navigateurs qui ont été dans ces îles n'en font aucune mention.

Par malheur pour nos aventuriers, le climat de l’Amérique méridionale était encore si peu connu, qu'ils commencèrent leur voyage précisément dans la saison la plus défavorable. Les vents périodiques leur étaient alors contraires.

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DE PIZARRE, 2x5 qu’un seul vent, et que ce vent, qu'on nomme alizé, était constamment le même : or, cette contrée est située entre les tropiques.

M. Huwrer. Cela est très-vrai ; mais ce n’est qu'au milieu de l'Océan que ces vents alizés suivent un cours réglé, et non pas sur les côtes du continent, Voudriez-vous, mes enfants, m'accorder votre attention? je vous expliquerai en détail les caractères de ces vents divers qui souflent autour de notre globe.

Il règne tous les ans, presque sans interruption, au milieu de l'Océan, entre les tropiques, et même quelques degrés au delà, tant au nord qu'au sud, un vent réglé et toujours le même. Là où le soleil darde perpendiculairement ses rayons sur la terre, ce vent est complétement est. Plus haut, du côté du nord, contre le tropique du Cancer, il devient nord-est, et sud-est plus bas au sud, du côté du tropique du Capricorne. On le nomme vent alizé; mais, cornme je vous l'ai déjà dit, ce vent ne souffle qu’en haute mer, et il se perd en quelques endroits à cent, et en d’autres à trente lieues du continent.

Taéopore. Je comprends à présent la raison qui a fait distinguer les petites Antilles en îles du vent et en îles sous le vent.

Les îles du vent sont vraisemblablement ainsi nommées parce que les vents alizés soufflent jusqu’à elles, et on nomme les autres îles sous le vent parce qu’ils cessent de souffler avant d'y arriver.

M. Hunter. C'est cela.

FERDINAND. Mais quelle peut être la cause de ce vent alizé ?

M. Hunter. C'est ce que vous allez comprendre, j'espère. Qu'est-ce qui arrive lorsque vous ouvrez en hiver la porte d'une chambre bien chaude?

FErDINAND. Qu'il y entre tout à coup une quantité d’air froid.

M. Huwrer, Et d'où cela vient-il ?

JEAN. C'est, mon père, comme vous nous l'avez déjà

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