‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme]Chapitre 38 sur 49 · SAS · texte numérisé non relu

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256 VOYAGES ET CONQUÈTES

expliqué une fois, parce que l’air chaud de la chambre, étant plus dilaté, ne peut pas opposer une résistance suffisante à l'air froid, qui s’y précipite aussitôt qu'on ouvre la porte.

M. Huwrer. Très-bien. Remarquez à présent, mes enfants, que la même chose arrive tous les jours à l'air d’entre les deux tropiques. Outre cela, dans certains temps, le soleil y darde tout à fait à plomb, et en d'autres un peu moins. L'air doit donc y être plus chaud que tout autre air qui se trouve au delà des tropiques, qui ne reçoivent qu'obliquement ses rayons. Or, l'air entre les tropiques, étant ainsi plus réchauffé, est par là même aussi plus raréfié. Cela étant, l'air plus dense des environs s’y introduit successivement et sans interruption pour rétablir l'équilibre altéré. Mais le soleil se mouvant ou paraissant se mouvoir d’orient en occident , il faut que de chaque côté l’air des environs y pénètre en direction doublement oblique; c’est-àdire que celui qui y entre par le nord doit y arriver en la direction d’un vent du nord-est, et celui qui y pénètre par le sud doït y entrer en la direction d’un vent de sud-est. Et là où ces deux vents contraires se rencontrent etse heurtent, il doit nécessairement résulter de leur union un vent d'est parfait.

JEAN. Mais d'où vient que ce vent alizé cesse de soufiler lorsqu’on s’approch* des côtes?

M. Hunrer. Dis-moi auparavant pourquoi une rivière près d’un moulin paraît en été quelquefois aussi immobile que si elle était une eau dormante.

JEAN. Parce qu’alors on ferme les écluses.

M. Huwrer. C’est par la même raison que le vent alizé se calme lorsqu'il approche de la terre ferme. Les montagnes qu’elle renferme sont les écluses fermées qui l’arrêtent : son cours en est ralenti, non-seulement tout près de terre, mais encore à une bonne distance en avant sur la mer, comme cela arrive à la rivière lorsqu'on ferme les écluses; car ce n’est pas seulement à l'endroit de l’écluse que l’on s’en aperçoit, mais encore beaucoup plus haut.

Outre ces vents alizés, qu'on appelle aussi vents con-

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DE PIZARRE. 257 stants, il y en à d’autres qui, duns certaines régions, ne i soufflent qu’à des saisons déterminé:s : on les nomme vents | périodiques ou moussons. 1 TaéoporE. Quels sont ces vents-là? | | “M. Hunrer. Ce sont ceux qui, pendant quelques mois, ! if soufflent constamment dans la même direction, qui se re- À posent ensuite queijue temps, puis tout à coup soufflent kil dans une direction opposée. Ces sortes de vents pério- il NE

diques règnent sur les côtes de la Chinc èt dans plusieurs

autres lieux entre l'Afrique et les Indes orientales. Il résulte

souvent de leur changement de direction des tempêtes et Mu"

des orages affreux ; mais les navigateurs s’en garantissent | ‘fe

par la connaissance des mers et des époques où ces grandes

tempêtes ont lieu. | La dernière sorte de vents qui règnent sur notre terre, ù

qu'on appelle variables, sont ceux que nous connaissons. Ils

soufflent tantôt d’un côté de l'horizon, tantôt de l’autre : ils

sont tantôt chauds, tantôt froids, tantôt humides et tantôt

secs. Apparemment que les causes de leur origine sont trop hL

incertaines et trop compliquées pour qu'on puisse les ran- Mt

ger sous une règle générale. fl

CINQUIÈME ENTRETIEN

Découverte du Pérou. — Climat de ce riche pays. — Entreprise hardie de Pizarre. — Horrible aspect de l’ile de Gorgone. — Pizarre reçoit l des secours inattendus. Et

Henri. Les vents nous ont bien retardés hier. bel . . . à M. Huwrer. Ce sont eux aussi qui arrêtèrent Pizarre dans

son expédition; car, après avoir essuyé les contre-temps les | plus fâcheux pendant soixante et dix jours, après avoir été exposé aux plus grands dangers et avoir combattu contre les flots et les vents contraires, il n’avait encore dépassé Hu que de très-peu les îles aux Perles, que vous voyez au centre A À Campe. 17 | |

238 VOYAGES Eï CONQUÊTES du grand golfe de Panama ; trajet que l’on fait aujourd’hu en aussi peu d'heures qu'il y avait mis de jours.

Il aborda en différents endroits de ces côtes ; mais tout ce qu'il y vitet en apprit était tellement décourageant, qu'il ne fallait rien moins que la fermeté et la constance d'un Pizarre pour n’en être pas rebuté et persister dans son entreprise. Il voyait ici d'impénétrables forêts, où il ne se trouvait pas même un seul arbre fruitier; là, des marais impraticables ou des plaines submergées : partout des habitants sauvages qui accou'aient pour chasser de leurs frontières ces hôtes dangereux, et il n’apercevait nulle part ni cet or ni ces précieuses richesses sur lesquels on avait tant compté. Le manque de vivres se fit sentir au point qu'ils furent obligés d’arracher les bourgeons et les rejetons des arbres pour calmer leur faim. Ges causes, et surtout l’influence contagieuse d’un climat humide et d’un air étouffé, firent périr une grande partie de cette petite troupe ; et ceux qui résistèrent étaient si affaiblis et si épuisés, que Pizarre se vit contraint de reveni: sur ses pas pour aller au-aevant du renfort qu'Almagro avait promis de lui amener. Dans ce dessein, il fit voile pour Chuchama, situé vis-à-vis des îles aux Perles.

En effet, Almagro s'était réellement procuré soixante et dix hommes de recrues; mais, pensant que Pizarre avait déjà atteint le riche pays aux mines d’or, objet de tous leurs désirs, il dirigea sa route de ce côté. Il essuya les mêmes traverses que son associé avait éprouvées. Partout où il voulut aborder, les habitants des côtes s’y opposèrent. Dans un combat très-vif qu'il eut à soutenir contre eux, il eut le inalheur de perdre un æil d’un coup de flèche et fut obligé de se retirer. Il apprit aux îles aux Perles l’endroit où Pizarre s'était réfugié, et il se hâta d'aller l'y joindre.

La joie de se revoir effaça subitement le souvenir amer de leurs maux, et ils étaient l’un et l’autre si peu disposés à renoncer à leur entreprise, qu'ils résolurent au contraire de se remettre en route à l'instant même. La fortune leur

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DE PIZARRE. 259 fut cette fois un peu plus favorable. A la vérité , ils eurent encore à lutter contre les mêmes difficultés et les mêmes contre-temps; mais leur opposant une patience que rien ne pouvait altérer, ils parvinrent jusqu’à la baie de Saint- Matthieu, sur les côtes de Quito. Ils débarquèrent à Tacamès , peu distante de l'embouchure du fleuve des Émeraudes. Ils trouvèrent une différence bien grande entre cette contrée et celles où ils avaient abordé jusqu'alors. Quito, la province la plus étendue et la plus belle de l'empire du Pérou, est un des pays les plus fertiles et les plus délicieux de la terre; et quoiqu'il soit presque directement situé au centre des chaleurs brûlantes de l'équateur, on y respire cependant un air si tempéré, qu'on croirait y jouir d’un printemps perpétuel.

FERDINAND. Comment se fait-il donc que la chaleur n’y soit pas aussi forte que dans les autres pays qui sont situés sous la ligne ?

M. Hunrer. Cela vient en partie du voisinage des Cordillères, qui sont perpétuellement couvertes de glaces et de neiges , et en partie aussi de la mer du Sud, qui baigne toutes ses côtes ; en sorte que le vent, soit qu’il arrive de l’un ou de l’autre de ces côtés, apporte toujours assez de fraicheur pour tempérer la chaleur au degré qui peut nous la rendre agréable.

L'aspect de ce charmant pays, et la vue des habits de laine et d’indienne dont les habitants étaient revêtus, les ornements d’or et d'argent dont ils étaient parés, convainquirent Pizarre et Almagro qu'ils avaient atteint le but de tous leurs vœux. Mais ieur troupe était si affaiblie par les maux qu'elle avait soufferts dans le trajet et par les maladies , qu'ils n’osèrent pas se hasarder à pénétrer plus avant dans ces riches contrées. Après de mûres réflexions , ils résolurent qu'Almagro retournerait à Panama pour aller chercher de nouveaux renforts, et que Pizarre se retirerait avec le resta de ses gens sur la petite île de Gallo, voisine du continent, pour y rester jusqu à ce que son ami amenât les secours qui leur étaient indispensables.

260 VOYAGES ET CUNQUÊTES

Almagro partit : mais, à son arrivée à Panama, il trouva de grands changements. On en avait Ôté le gouvernement à Pédrarias , et établi un certain Pédro de los Rios pour son successeur. Celui-ci, qui était d’un esprit peu entreprenant, trouva le projet des trois confédérés si aventureux et son exécution si hasardeuse, qu’il ne voulut pas consentir qu’Almagro levât de nouvelles recrues. Il expédia un vaisseau pour rappeler Pizarre et tous ceux qui étaient restés avec lui.

Ce vaisseau arriva à l'île de Gallo; mais Pizarre refusa sans hésiter d’obéir aux ordres du gouverneur, quoique la plupart de ses gens fussent rebutés de poursuivre une entreprise qui avait déjà coûté la vie à un grand nombre de leurs camarades et leur avait fait essuyer à eux-mêmes tant de souffrances qui duraient encore. Il traça avec son épée une ligne sur le sable et ordonna à tous ceux qui voudraient l’abandonner de passer de l’autre côté. Il eut le chagrin de voir qu'il ne resta que treize Espagnols et un mulâtre, tous gens déterminés comme lui. Cela lui suflit. Avec ces quatorzes fidèles et braves compagnons il se détermina à rester, se fiant sur son bonheur et sur le zèle de ses associés.

L'ile de Gallo étant un séjour trop peu sûr à cause de sa proximité du continent, et manquant d’ailleurs d’eau douce, Pizarre prit le parti de passer à une autre île qu’il avait découverte, et qu à cause de son horrible aspect il avait nommée Gorgone. Le vaisseau sur lequel il entreprit ce trajet était si délabré, qu'à chaque instant on craignait à périr. Cependant il arriva heureusement, et il se disposa à un genre de vie fait pour réduire au désespoir des hom'nes qui auraient eu moius de constance et de fermeté.

L'île de Gorgone, ainsi que vous pouvez le voir sur la carte, est située au quatrième degré de latitude nord; et selon le rapport de tous ceux qui l'ont vue, c’est un séjour affreux. Ses bois sombres et toulfus et ses montagnes hautes et escarpées inspirent l’effroi. Son climat est un des plus malsains qu’il y ait au monde. Sans compter qu’on n’y voit

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DE PIZARRE. 261 presque jamais le soleil, dont les rayons ne peuvent percer ‘es brouillards épais qui la couvrent, les insectes et les reptiles y sont en plus grand nombre qu’en aucun autre endroit de toute l'Amérique. Ajoutez encore à ces incommodités la privation de la plupart des nécessités de la vie et le risque très-probable que couraient nos aventuriers de n'être jamais délivrés d'un état aussi déplorable, et vous ne pourrez vous empêcher d'admirer l’intrépidité avec laquelle Pizarre et ses gens se précipitaient dans une situation aussi désespérée, plutôt que de renoncer à leur entreprise.

La première chose à laquelle ils pensèrent fut de construire un canot pour aller à la pèche. Ils en vinrent hcureusement à bout, et Pizarre lui-même se montra le plus actif des pêcheurs. D'autres fois il s'enfonçait dans ces forêts touffues, et il distribuait toujours entre ses compagnons le meilleur produit de sa chasse. Quelques-uns d'entre eux tombèrent malades après leur arrivée, et les autres se trouvaient tellement affaiblis, que les secours de leur chef, qui était endurci contre toutes les fatigues et les privations, leur furent de la plus grande utilité.

Cinq grands mois s'étaient déjà écoulés sans qu ‘il parût aucun vaisseau : le jour de Zeur délivrance semblait ne devoir jamais arriver. Leur patience et leurs forces étaient épuisées. Ils prirent enfin la résolution désespérée de construire un radeau et de tenter de gagner la terre ferme sur cette grossière embarcation. Mais dans le temps même qu'ils y travaillaient, ils découvrirent un vaisseau qui s’avançait à toutes voiles du côté de leur île et qui bientôt après y jeta l'ancre. Leur joie fut encore plus grande lorsqu'ils apprirent qu’il avait été expédié par leurs compagnons de Panama avec la permission du gouverneur. Ils s’'embarquèrent aussitôt sur ce bâtiment et se dirigèrent au sud-est sur les côtes du Pérou. Ils abordèrent après vingt et un jours de navigation à Tumbès, ville péruvienne, et mouillèrent dans la baie du même nom.

HENRI. Qu'est-ce qu’une baie ou rade?

M. Hunrer. Je vais te l'expliquer. Tu sais déjà ce que

c'est qu’un port. Eh bien! cette partie de la mer, en dehors du port, qui est ordinairement garantie des vents d'un ou de plusieurs côtés par le contour des côtes, où la profondeur n’est pas encore fort considérable, et dont le fond est ordinairement propre à l’ancrage, est ce qu’on appelle baie ou rade. C’est là que restent à l'ancre les vaisseaux qui sont trop chargés pour entrer dans le port, ou qui, en étant sortis, attendent un vent favorable pour partir, et ceux encore qui, ayant eu le vent contraire, n'y ont pu entrer.

SIXIÈME ENTRETIEN

Bon accueil des Péruviens. — Simplicité de ce peuple. — Terreur qu'inspirent aux Péruviens les armes européennes. — Départ de Pizarre pour Panama ; il reçoit de la cour d’Espagne l’autorisation de poursuivre sa conquête ; il fait voile pour le Darien.

M. Hunter. À peine Pizarre eut-il jeté l’ancre à la baie de Tumbès, que quelques Péruviens vinrent à lui, admirant la construction de ces maisons fottantes. Ils ne furent pas moins étonnés de voir des hommes blancs et barbus que ceux-ci ne le furent d’en voir qui ne leur ressemblaient pas. Les Péruviens se hâtèrent de regagner le rivage: et peu après on vit arriver dix ou douze canots chargés de rafraichissements dans des vases d’or : spectacle ravissant pour les Espagnols, qui n'étaient pas moins affamés d’or que de nourriture fraîche. C'était le cacique de cette contrée qui, par humanité, envoyait toutes ces choses aux destructeurs futurs et aux tyrans de sa patrie pour leur bienvenue. Il les fit prier en même temps de descendre à terre, et de demander tout ce qui pouvait leur être nécessaire pour subvenir à leurs besoins.

Avides des richesses de ce pays, les Espagnols voulaient se rendre à cette invitation ; mais, par prudence, Pizarre ne permit d’y aller, pour prendre des informations, qu’à deux

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