‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme]Chapitre 39 sur 49 · LA · texte numérisé non relu

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DE PIZARRE. 263 de ses gens seulement, un Espagnol et un nègre. Lorsqu'ils parurent sur le rivage, les Péruviens ne savaient trop lequel des deux devait le plus exciter leur admiration : l’un et l’autre étaient pour eux une singularité qu’ils n'avaient encore jamais vue.

CHarLoTTe. Et quelle est donc la couleur des Péruviens ?

M. Hunter. Celle du cuivre. Ils donnèrent la préférence au nègre, et se mirent à le laver pour voir si on ne pourrait pas éclaircir la noirceur de sa peau. Vous pouvez vous imaginer quel fut leur étonnement de ce qu'il n’en résultait pas la plus légère différence. Tout ce que virent ces deux envoyés fortifia les idées qu'ils avaient déjà conçues des richesses de ce pays. Dans toutes les habitations des Péruviens, où on les régalait avec la plus grande cordialité, ils voyaient une grande quantité d’ustensiles d’or et d'argent qui servaient aux usages les plus communs, et les habitants eux-mêmes richement parés d'ornements de ces mêmes métaux. Les habillements de laine et de coton dont ces habitants étaient vêtus, et divers objets d'art leur prouvèrent aussi qu’ils se trouvaient chez une nation infiniment supérieure à toutes celles de l'Amérique . n avait eu occasion de connaître jusqu'aiors.

Taéonors. D'où les Péruviens tir:1ent-ils les laines pour la fabrication de leurs étolfes? Ils avaient donc des brebis?

M. Huwrer. Ils n’avaient pas de véritables brebis, mais un autre animal qui leur fournissait leurs laines, et que les Espagnols apprirent à connaître pour la première fois : c'était le lama, qu'on appelle aussi mouton du Pérou, mouton-chameau, parce qu'il a, comme le chameau, le cou long et recourbé.

Cependant, les rapports de ce quadrupède avec le mouton sont à peine sensibles : il ressemble davantage au chameau ; il a la tête petite; une fente à la lèvre supérieure, au moyen de laquelle il lance sa salive jusqu'à dix pas de distance contre ceux qui le maltraitent : sa hauteur est environ de quatre pieds , et sa longueur de cinq ou six; mais son cou fait la moitié de l’un et de l'autre. Ceux qui sont

264 VOYAGES ET CONQUÊTES sauvages tirent sur le fauve, et ceux qui sont apprivoisés sont blancs, noirs ou bigarrés,.

Au surplus, cet animal est de la plus grande utilité, nonseulement pour sa laine et sa chair, mais surtout parce qu'il est très-propre à porter des fardeaux : il peut porter des charges de deux cents livres et au delà, et gravir en même temps les montagnes les plus escarpées. Sa marche est lente, à la vérité, mais son pas est d'autant plus sûr. Il marche quatre et même cinq jours de suite, après lesquels il prend de lui-même vingt-quatre heures pour se reposer ; de plus, il est d’un entretien facile, n'ayant besoin pour se nourrir que de quelques herbes qu’il broute chemin faisant. Il peut se passer de boisson, parce que la salive dont il abonde lui en tient lieu.

Cet animal est d'un tempérament foux, grave et trèsflegmatique. Aussi longtemps qu'il se sent des forces, il supporte le travail et la faim avec la plus grande patience : mais dès qu’il se sent épuisé, il n’y a ni encouragements ni coups qui puissent le faire remuer de place. On dit que son opiniâtreté dans ce cas est telle, qu'il se tuerait. luimême, en donnant de la tête contre terre, plutôt que de se laisser forcer.

Les Péruviens chérissaient comme un ami cet animal utile, et lorsque le temps de se servir d’un jeune lama était arrivé, on ne le faisait jamais sans de grandes et touchantes cérémonies. Tous les parents, les amis et les connaissances de la maison se rassemblaient comme pour une fête; on parait de guirlandes et de rubans les jeunes lamas qui en étaient l’objet, et on fêtait pendant deux jours, par des danses et autres divertissements, leur consécration aux travaux. De temps en temps on voyait quelques-uns des convives courir à l'étable et les accabler de caresses. C'était seulement après ces réjouissances que l’on commençait à s’en servir, en leur laissant les guirlandes et les rubans dont on les avait ornés, jusqu’à ce qu’ils les perdissent euxmêmes.

Le cacique de la contrée fixa principalement son attention

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DE PIZARRE, 265 sur un fusil, et fut curieux de savoir à quel usage on s’en servait; l'Européen qui le portait tira un coup contre une planche, que la balle traversa. Plusieurs des Péruviens présents tombèrent de peur à la renverse ; d'autres jetèrent de hauts cris, et le cacique lui-même témoigna une vive émotion. Après quelque intervalle, il se fit apporter un vase rempli d'une liqueur, et, le présentant à l'Européen, il lui dit : « Bois donc, puisque tu peux faire un bruit si éclatant : en vérité, tu égales le tonnerre du ciel!»

Les relations des deux envoyés convainquirent Pizarre que ce serait une entreprise absurde de tenter de subjuguer avec sa petite troupe une nation aussi nombreuse et aussi avancée en civilisation que les Péruviens paraissaient l'être. Il se vit donc obligé de suspeudre son projet, et de se borner à reconnaître plus exactement les côtes de cet admirable pays et à se procurer plus de renseignements sur l'intérieur : dans cette vue, il leva l'ancre et fit voile du côté du sud.

Le port de Payta, situé au cinquième degré de latitude sud, par conséquent à soixante et quinze lieues au delà de l'équateur, fut le premier endroit où il s'arrêta de nouveau. La renommée y avait déjà précédé les Espagnols, en les dépeignant comme des êtres blancs et barbus, qui ne tuaient ni ne pillaient, qui étaient au contraire doux et affables, donnant avec plaisir ce qu'ils avaient.

Nos aventuriers se trouvèrent très-bien de cette bonne réputation. Partout où ils débarquaient, ils étaient reçus avec joie et traités de la manière la plus cordiale. On s'empressait de prévenir leurs désirs, et on était mécontent lorsqu'ils ne voulaient pas prolonger leur séjour. Un matelot, nommé Boccanegra, fut tellement enchanté des bons procédés de ces braves gens et des agréments de ce délicieux pays, qu'il résolut d'y rester. Aussitôt qu'on s’aperçut qu'il manquait, Pizarre le fit chercher : on le trouva entouré de naturels, qui, par les plus tendres caresses, lui témoignaient leur joie de ce qu'il voulait bien demeurer avec eux. Rien ne put le détourner de sa résolution, en sorte qu'on le laissa.

Pizarre, après être arrivé à Santa, en naviguant toujours au sud , céda enfin aux sollicitations de ses compagnons de voyage, qui soupiraient après leur retour, et partit pour Panama, dans l'espérance de se trouver bientôt en état de s'emparer des pays qu'il avait découverts, en se procurant un puissant renfort.

Ces vastes contrées, que j'ai appelées Pérou, du nom qu’elles portent aujourd'hui, n'avaient point alors de dénomination générale. Les Espagnols furent les premiers qui les appelèrent ainsi, du nom d'une rivière nommée Birou, d’où s'est insensiblement formé celui de Pérou, qu’elles ont conservé.

Pizarre apportait avec lui les preuves les plus convaincantes de la richesse du pays où il avait séjourné : elles consistaient en vases d’or et d'argent, en étoffes de laine et de coton et en quelques lamas. Il avait aussi amené plusieurs jeunes Péruviens pour s’en servir en qualité de truchements dans sa prochaine expédition; car il se flattait que le gouverneur de Los Rios, sur le rapport qu’on lui ferait des richesses extraordinaires de ces contrées, et sur les échantillons qu’on lui en présenterait, se prêterait aisément à des avances à ses associés et à lui, pour servir à une nouvelle expédition ; mais il fut déçu dans cette espérance : le gouverneur était un homme trop circonspect pour affaiblir sa colonie naissante, en courant après des conquêtes incertaines. Il prévoyait sans doute aussi que ces aventuriers ne tarderaient pas à se soustraire à son autorité, et il persista à refuser tout secours aux trois confédérés; ce qui les jeta dans les plus grands embarras, car leur fortune particulière était totalement épuisée et leur crédit absolument perdu.

Mais leur ardeur, leur confiance et leur fermeté ne se démentirent pas : ils comprirent qu'il ne leur restait d'autre moyen de parvenir à l'accomplissement de leurs vœux que celui de s'adresser directement à la cour pour être autorisés par elle à poursuivre une entreprise qui promettait tant d'avantages. Il fut donc résolu que Pizarre se rendrait en Espagne pour obtenir ce plein pouvoir.

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Ce fut avec bien des peines que nos trois associés purent parvenir à ramasser les fonds nécessaires à ce voyage, qui eut cependant lieu. Pizarre parut à la cour impériale de Charles V, qui régnait alors en Espagne, avec une dignité qui étonna tous ceux qui connaissaient la bassesse de son origine et la mauvaise éducation qu'il avait reçue. Il y fit la relation de son voyage, et il peignit les contrées qu’il avait découvertes sous des couleurs si brillantes, que le monarque et ses ministres l'autorisèrent sur-le-champ à en entreprendre la conquête.

Profitant des dispositions favorables de son souverain, il demanda pour lui non-seulement le gouvernement de toutes les terres à conquérir, mais encore la dignité de juge suprême, quoiqu'il eût promis de solliciter cette dernière charge pour son ami Almagro.

THÉODORE. C'était agir d’une manière indigne.

M. Hunter. Très-indigne en effet; mais je vous ai préveaus que nous découvririons dans le caractère de cet aventurier des traits dignes de l’exécration de tous les honnêtes gens. Vous en voyez ici un échantillon, et vous déplorerez avec moi qu'un homme doué de qualités supérieures ait déshonoré son nom par les plus grandes bassesses et les perfidies les plus atroces.

CHaRLes. Il aura sans doute oublié aussi son autre associé ?

M. Huwrer. Non; celui-ci, étant ecclésiastique, ne pouvait exciter sa jalousie : il demanda même pour lui la dignité d'archevèque de toutes les contrées qu'on devait conquérir, et il l’obtint.

Pizarre s'engagea à pourvoir à tous les frais de l’expédition sans aucune avance de la cour, et fut obligé de promettre que ses forces consisteraient en deux cent cinquante hommes. Mais quelque insuflis int que fût ce corps pour renverser un des plus grands empires du monde, Pizarre n’était pas en état de le lever à ses frais. Par bonheur, Cortès était précisément arrivé dans ce temps-là même en Espagne pour solliciter, comme vous le savez, la protection

268 VOYAGES ET CONQUÈTES

de son souverain. Or, celui-ci, qui aimait tous les génies entreprenants, et qui, avant son expédition au Mexique, avait été camarade de guerre de Pizarre, lui avança de quoi fournir à peu près la moitié de l'équipement auquel il s’était engagé. Pizarre quitta clandestinement Séville, pour éviter les recherches des commissaires chargés de s'assurer s’il exécuterait les conditions qu’on avait faites avec lui, et fit voile pour le Darien.

Dans le petit corps qu’il emmena, et qui ne montait guère à plus de cent hommes, on distingrait quatre jeunes gens vigoureux :t pleins d’ardeur, que je dois vous faire connaître, parce au'iis paraîtront dans peu comme principaux acteurs sut le grand théâtre qui va s'ouvrir. Trois d’entre eux étaient les beaux-frères de Pizarre, et le quatrième son oncle : ceux-là s’appelaient Ferdinand, Juan et Gonzalès, et celui-ci François Alcanara.

Aussitôt que Pizarre fui entré dans les eaux du golfe du Mexique, il dirigea sa route à Nombre-de-Dios; il y débarqua avec ses compagnons de voyage et marcha le long de l’isthme jusqu’à Panama. La joie que le brave Almagro resr°ntit de son retour et de l'heureuse issue de sa négociation fut bientôt troublée par la perfidie de Pizarre à son égard ; et il ne voulut plus rien avoir de commun avec un homme qui s'était rendu coupable envers lui de procédés aussi indignes. Cependant il se laissa ramener par les sollicitations de . bbé Luque, et par l'offre que lui fit Pizarre de lui remeure volontairement la dignité de juge suprême. L'association de ces trois personnages s'étant ainsi renouvelée, on s’occupa des préparatifs de la campagne et on les pressa avec ardeur.

SEPTIÈME ENTRETIEN

Pizarre entre dans la baie de Saint-Matthieu. — Les Espagnols , épuisés par les fatigues et les dangers, font ifruption dans une ville indienne. — Nouveaux renforts arrivés de Panama et de Nicaragua. — Uri combat s'engage à Tumbès; déroute des H.diens. — Aperçu de l’histoire du Pérou.

M. Hunrer. Le chétif armement de Pizarre et de ses associés ne consistait qu'en trois petits vaisseaux et cent quatre-vingts soldats, parmi lesquels il y avait trente-six cavaliers. C'est avec d'aussi pitoyables forces, mais avec un courage qui pouvait tenir lieu de plusieurs milliers d'hommes, que Pizarre mit à la voile au commencement de l’année 1531. Son projet était de débarquer à Tumbès ; mais ni les vents ni les tempêtes ne lui permirent d'y aborder, il se vit obligé d'entrer dans la baie de Saint-Matthieu.

Il résolut de se rendre de là, par terre, à Tumbès, qui en est à plus de cinquante lieues. La ‘longueur de ce trajet n'était rien en comparaison de la difficulté de traverser des pays couverts de marais impraticables et de grands fleuves toujours plus larges et plus profonds près de leur embouchure. Mais l'Océan même se serait rencontré sur la route de Pizarre, qu'il n'aurait pas arrêté un homme aussi déterminé que lui. Il sut inspirer à ses gens une partie de son intrépidité, et ils se mirent ainsi courageusement en route.

Les obstacles multipliés que les Espagnols eurent à surmonter dans cette marche furent encore accompagnés de maux qu’ils s'étaient attirés eux-mêmes par leur insatiable cupidité : au lieu de chercher à se concilier l'estime et la bienveillance des habitants, leurs pas ne furent marqués que par le pillage et la dévastation. Partout on fuyait à leur approche, et bientôt ils wanquèrent de vivres. Épuisés par la faim et par une foule d'autres calamités, ils se trainèrent cependant jusqu’à Coaque, lieu situé tout près de la mer et

270 VOYAGES ET CONQUÈTES

presque sous la ligne. Les Espagnols fondirent sur cette ville indienne avec la cruelle avidité d'une troupe de loups qui se jetterait dans une paisible bergerie ; ils en chassèrent les habitants effrayés et s'emparèrent de leurs propriétés, qui ne consistaient pas uniquement en vivres, mais encore en une grande quantité de vases d’or et d'argent, et de cette espèce de pierres précieuses, appelées émeraudes qu’on trouve très-abondamment dans ce pays.

La joie que les Espagnols éprouvèrent d’un butin aussi considérable effaça de leur mémoire le souvenir des maux qu'ils avaient endurés, et les anima à suivre leur chef avec confiance partout où il voudrait les conduire. De son rôté, il n’était pas moins ravi de voir déjà se réaliser les idées brillantes qu'il leur avait données des richesses immenses de ces pays. I1 se hâta de mettre à profit ce premier avantage, pour engager d’autres aventuriers à venirenforcer sa petite troupe. Dans cette vue, il expédia un de ses vaisseaux à Panama et un autre à Nicaragua, pour y faire des recrues par des descriptions magpiñques et l'exposition d'une partie du butin déjà fait.

Taierry. Nous n'avons encore rien appris sur Nicaragua.

M. Huwrer. Prenez la première carte du golfe du Mexique. Toute cette province que vous voyez entre Honduras et Veragua s'appelle Nicaragua. Plus bas, près des côtes de la mer du Sud, et à peu de distance du grand lac de Saint- Sébastien, vous voyez la coloni: du même nom, que Pédrarias avait établie. C’est là que Pizarre envoya l’un de ses vaisseaux, pendant que l’autre devait se rendre à Panama.

Lui-même poursuivit sa marche par terre, le long des côtes, avec une témérité sans exemple. La terreur et l'effroi le précédaient partout et mettaient en fuite les habitants de tous les lieux où il passait. Il continua de piller toutes les maisons abandonnées, et personne ne fit tête à ces brigands vagabonds jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés à l’île de Puna, dans le golfe de Guayaquil.

Pizarre jugea cette île fort commode pour y attendre ses vaisseaux, et se détermina en conséquence à s'y établir

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jusqu'à leur retour. Il fit construire des radeaux sur lesquels il passa avec ses troupes. Mais, à sa grande surprise, il y trouva des hommes d’une tout autre trempe que ceux qu'il avait vus jusqu'alors sur le continent. Ces insulaires, qui semblaient appartenir à une autre nation, étaient guerriers et pleins de cœur. Ils s'opposèrent avec courage au débarquement des Espagnols; et quoique ceux-ci leur fussent fort supérieurs par leurs armes et leur science militaire, il en coûta six mois de temps à Pizarre avant qu'il les eût domptés.

Dans cet intervalle, ses vaisseaux revinrent de Panama et de Nicaragua avec un renfort précieux, tout faible qu'il était. Chacun d’oux amenait environ trente recrues, auxquelles s'étaient joints deux officiers d’une grande réputation, Benalcazar et Sotto. Avec un tel secours l’audacieux Pizarre crut devoir pénétrer sur-le-champ dans les provinces intérieures de ce vaste empire, qui renfermait beaucoup plus de mille lieues carrées que l'Espagnol ne comptait de têtes dans toute son armée.

De l’île de Puna il revint en terre ferme pour fondre sur Tumbès; mais il s’aperçut qu’on le regardait alors comme un ennemi. Le bruit des violences et des brigandages de ses troupes s'était répandu partout ; en sorte que la bienveillance et l’hospitalité des habitants de cette ville et de leur cacique s'étaient converties en horreur et en effroi. Ils avaient pris les armes, et toutes les tentatives que l’on fit pour engager le cacique à entrer dans quelques négociations amicales fureni infructueuses. ;

Pizarre prit le parti d'attaquer le cacique. Accompagné de deux de ses frères, et avec cinquante hommes à cheval, il traversa, de nuit, une rivière qui séparait l’armée ennemie de la sienne ; il marcha par un terrain impraticable, et arriva à la pointe du jour à l'endroit où le cacique campait avec les siens.

Ces pauvres Indiens, interdits de l'apparition subite d’un ennemi qu’ils ne croyaient pas si près, et effrayés de l’aspect nouveau des chevaux, qu'ils prenaient, avec le cavalier

qui les montait, pour un seul et même animal, ne furent pas en état de soutenir la vivacité de l'attaque des Espagnols. Ils prirent la fuite; plusieurs furent massacrés, et tout le reste fut dispersé. Le cacique, convaincu par cet événement de sa propre faiblesse et de la puissance invincibie de ses ennemis, s’humilia devant le vainqueur, lui envoya des présents et demanda la paix.

Taéovore. Est-ce lui qui était le roi de tout le pays?

M. Huwrer. Il n’était que le gouverneur de la contrée de Tumbès, où il commandait pour le roi en qualité de vassal. C'est ici, mes enfants, que je crois devoir vous donner un aperçu de l’histoire du Pérou.

Cet empire, ainsi que les historiens espagnols le rapportent, florissait depuis quatre siècles environ. Ce furent Manco-Capac et sa femme Mama-Ozello qui le fondèrent. On a conjecturé que ces deux personnages, qu’on nommait Incas, c'est-à-dire maîtres ou seigneurs, ainsi que tous leurs descendants, étaient Européens d’origine. On dit qu'ils pourraient être issus de quelques Européens qui auraient été emportés, on ne sait depuis combien de siècles, sur la mer Atlantique, et seraient venus faire naufrage vers les côtes du Brésil.

Henri. Mais quel fondement donne-t-on à cette conjecture?

M. Hunter. Rien de bien concluant. D'abord on crut avoir remarqué que les Péruviens, comme nous autres Européens , divisaient l’année en trois cent soixante-cinq jours, et qu'ils avaient en outre quelques autres connaissances astronomiques qui leur étaient communes avec nous. En second lieu, les conquérants espagnols du Pérou assuraient que toute la famille des Incas se distinguait d’une manière très-marquée des autres naturels par la blancheur de sa peau, et quelques-uns d’entre eux par de la barbe au menton : ce qui faisait présumer qu'ils étaient d’origine européenne. Enfin, on a raconté qu’une tradition, généralement répandue au Pérou depuis un temps immémorial, annonçait que des hommes barbus y arriveraient un jour par

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