‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme]Chapitre 6 sur 49 · SU CU AS · texte numérisé non relu

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DE CHRISTOPHE COLOMB. 3 teur en mer, pour épier les vaisseaux ennemis et les capturer, si l’on peut.

Dans cette croisière, le jeune Colomb courut le plus grand danger et faillit même perdre la vie. Le vaisseau qu’il montait ayant joint à l’abordage un bâtiment vénitien, ces deux navires prirent feu en même temps; mais notre jeune héros, conservant dans ce péril imminent toute son intrépidité et toute sa présence d'esprit, se précipita courageusement dans la mer et se saisit d’une rame flottante, à l’aide de laquelle il gagna heureusement la côte du Portugal, qui était éloignée de deux lieues. Dès qu’il fut ::n peu remis, il prit le chemin de la capitale, qui est Lisbonne.

Il est probable que cet événement ne fut pas sans influence sur sa destinée et sur la glorieuse carrière qu’il parcourut dans la suite, et nous avons ici une preuve nouvelle qu'un malheur est souvent un pas vers la fortune.

C'étaient alors les beaux jours des Portugais. Leurs marins étaient réputés les plus habiles et les plus hardis du monde. Pleins de confiance dans leur bonheur et dans leur audace, ils s'aventuraient sur le grand océan Atlantique, alors peu connu, plus loin qu'aucune autre nation. Déjà la découverte des deux belles îles de Porto-Santo et de Madère, voisines de l'Afrique, avait récompensé leur courageuse persévérance. Bientôt ils concurent le vaste projet de découvrir un passage par mer qui les conduisit jusque dans l'Inde.

FErDINAND, Ils ne devaient pas être longtemps à le trouver.

M. Huwrer. Pourquoi cela ?

FErDiNaND. En regardant la carte dc notre hémisphère, ils auraient vu qu’il fallait d’abord longer les côtes occidentales de l’Afrique!, puis doubler le cap de Bonne- Espérañée, et enfin remonter l'Afrique de l'autre côté; et ils étaient dsas l'Inde.

1. Ici, et toutes les fois qu’il s’agit d’un point de géographie, on doit supposer que les interlocuteurs ont la carte devant eux, et qu’ils y montrent du doigt les lieux en question.

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M. Hunter. Il est bien extraordinaire qu’on ait été si longtemps pour trouver une chose que nous voyons au premier coup d'œil.

Joux. C'est que nous avons la carte d'Afrique sous les yeux, et que nous savons qu'on peut doubler le cap.

M. Hunter. Que répondras-tu à cela, Ferdinand? Les navigateurs de ce temps-là n’avaient-ils donc pas la carte de l'Afrique, et ne savaient-ils pas qu’on peut tourner le cap ?

Jorx. Non! Ils l’ignoraient, et c'était précisément pourquoi on voulait essayer s’il y avait moyen d'aller dans l'Inde en tournant le sud de l'Afrique.

Henri. D'ailleurs, nous savons, par la géographie ancienne, qu'autrefois on ne connaissait que le nord de cette partie du monde et un peu de l’Éthiopie:; mais si la terre finissait quelque part du côté du sud, ou si elle s’étendait

jusqu'au pôle du sud, c’est ce que les anciens ignoraient !,

M. Hunter. Eh bien! mon cher Ferdinand, si cela est, nous aurions bien pu n’avoir pas plus d'esprit que les autres, si nous eussions vécu alors.

Mais revenons à Colomb. A son arrivée à Lisbonne, où sa réputation l’avait déjà précédé, il se vit recherché par les plus habiles marins; il se lia d'amitié avec quelques-uns d’entre eux. Dans leurs réunions, les affaires maritimes étaient le sujet ordinaire de la conversation; les tentatives des Portugais s:cupaient tous les esprits, et ces navigateurs discutaient souvent ensemble le plan qu'on s'était tracé pour découvrir par l'Océan un chemin qui conduisit dans l'Inde.

Dinier. Mais par quel chemin y allait-on?

M. Hunter. Les Vénitiens étaient alors la seule nation qui fit le commerce dans l'Inde. Ils recevaient les productions de cette contrée par la mer Rouge? et par la

1. On raconte que des navigateurs phéniciens, par ordre d’un roi d'Égypte, ont fait Le tour de l’Afrique; mais on a de bonnes raisons de douter de la vérité de cette tradition.

2. Ainsi nommée parce que le sable qui est au fond, étant rouge, fait paraître l'eau de cette couleur.

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DE CHPISTOPHE COLOMB. ù Méditerranée ; mais ces deux mers, comme vous savez, ne communiquent pas l’une avec l'autre, étant séparées par un isthme considérable. Ainsi, quand les vaisseaux étaient arrivés à cet isthme, il fallait les décharger pour transporter les marchandises à Alexandrie en Égypte, soit par terre, soit par des canaux, sur des bâtiments de moindre grandeur ; de là on les faisait passer, par la Méditerranée, à Venise.

Cette nécessité de décharger et de recharger, et ces transports par terre depuis la mer Rouge jusqu'à Alexandrie, devaient gêner considérablement le commerce des Indes, et il était naturel d’attacher une très-grande importance à la découverte d’un chemin par mer.

Une circonstance particulière facilita à Colomb l'entrée de la carrière qu’il ambitionnait : il épousa la fille de l’un des capitaines de vaisseau qui avaient fait la découverte des iles de Porto-Santo et de Madère. Son mariage lui ayant procuré les journaux et les cartes de cet habile marin, il les étudia jour et nuit; et le penchant qui le portait à des entreprises semblables, ainsi que son désir de visiter lui-même ces îles nouvellement découvertes, acquit par là de jour en jour plus de force. Il s'embarqua pour Madère, où, pendant quelques années, il fit un commerce assez lucratif, et fréquenta tour à tour les Canaries et les Açores.

DEUXIÈME ENTRETIEN

Vaste pensée de Colomb. — Conjectures qui lui donnent l’idée d’un nouvel hémisphère. — Encouragé par un savant, il pense à exécuter son projet de découverte. — Colomb demande l’appui de Gênes et de Lisbonne; cette dernière puissance trahit sa confiance. — Il s'adresse aussi à l’Angleterre et à l'Espagne, où ses propositions sont rejetées. — Colomb parvient enfin à vaincre les obstacles suscités par l’ignorance et l’envie.

M. Huwrer. Mais au milieu de cette carrière plus lucrative que conforme au génie entreprenant de Colomb, une grande pensée l'occupait sans cesse.

Les Portugais, se disait-il souvent, en côtoyant l'Afrique et en cherchant à la tourner, se croient-ils donc dans la voie la plus courte pour arriver aux Indes? N'y a-t-il pas un chemin moins long pour y parvenir? Si, en partant de l'Europe, on gouvernait ! toujours droit à l’ouest, à travers l'océan Atlantique, n’aborderait-on pas à la fin à des rivages qui seraient l'Inde 11ème? La terre n'est-elle pas ronde ? et si elle l’est, Dieu n’aurait-il pas aussi créé dans l’hémisphère opposé un pays habitable pour des hommes et d’autres créatures? La mer couvre-t-elle donc cet hémisphère ? Non, l'Inde, pays beaucoup plus grand qu’on ne se l’imagine, s'étend probablement fort loin à l’est vers l’Europe. Si donc on faisait constamment voile vers l’ouest, on y arriverait immanquablement.

Le maître d’un navire portugais, ayant un jour couru fort loin à l’ouest dans l'Atlantique , avait trouvé à la mer une pièce de bois artistement travaillée, et que les vents d'ouest dirigeaient vers lui. Le beau-frère de Colomb, parti de Madère et faisant voile du même côté, avait également aperçu un morceau de bois à peu près semblable. Les vagues jetaient de temps en temps sur les côtes occidentales des îles Açores, situées entre l’Europe et l'Amérique, des arbres d’une espèce jusqu'alors inconnue, et qui y avaient

1. Gouverner à ou vers un endroit, c'est conduire son vaisseau vers cet endroit.

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été poussés par les mêmes vents. Enfin (et ceci donnait plus de force aux conjectures), l'Océan avait porté sur ces mêmes côtes les cadavres de deux hommes d'une figure si particulière, qu'ils ne ressemblaient ni aux Européens ni aux habitants d'Asie ou d'Afrique.

Colomb réunit ces différentes observations; il les médita jour et nuit, les compara avec les notices quise trouvent chez les auteurs anciens et modernes sur l'Inde: il en tira la conséquence qu’il y avait vers le couchant une terre habitée par des hommes vraisemblablement policés, et ses conjectures se changèrent en conviction.

Cependant il se défia modestement de ses propres lumières, et consulta un savant qui jouissait alors d’une haute réputation ; il s'appelait Paul, et était médecin à Florence. Get homme, vraiment instruit, trouva les raisons de Colomb du plus grand poids : il lui communiqua même quelques autres renseignements propres à le confirmer dans son sentiment, et il l’exhorta à réaliser un si grand projet le plus tôt qu'il lui serait possible.

Dès lors Colomb ne balança plus, et ne pensa qu'à l'exécution d’une si noble entreprise. Mais elle demandait un armement qui surpassait de beaucoup l’état de sa fortune ; il fallut donc s'adresser à quelque puissance.

Sa première pensée fut pour sa patrie ; il voulut que ses découvertes futures fissent à la fois la gloire et la fortune du pays, qui l'avait vu naître. En conséquence, il mit le plan qu'il avait rédigé sous les yeux du sénat de Gênes, demandant qu'il lui fût accordé les secours nécessaires pour son exécution. Mais le sénat prit le grand homme pour un charlatan et pour un faiseur de projets, et rejeta ses offres.

Colomb, sans se décourager, tourna ses vues du côté de Lisbonne ; il espérait qu'une cour éclairée, et qui venait de se signaler par de brillantes et d'heureuses découvertes maritimes, ne laisserait pas échapper l’occasion d'acquéri:

une gloire nouvelle. On y écouta ses projets avec la plus grande attention, mais avec le dessein de trahir sa con-

fiance : à peine eut-on recueilli de sa bouche le plan qu'il se proposait de suivre et les détails de son exécution, qu’on se hâta d'armer un vaisseau, et de charger en secret un capitaine habile de suivre la route que Colomb avait tracée.

Ce capitaine partit; mais n’ayant ni l'ardeur ni la conviction de l’auteur de cette grande entreprise, il y renonça après une courte navigation vers le couchant, et revint à Lisbonne mécontent et découragé,

Colomb, indigné d’une si lâche trahison, quitta promptement Lisbonne et se mit en route pour Madrid. Mais, craignant que ses propositions ne fussent également rejetées à cette cour, il envoya en Angleterre son frère Barthélemy, pour tâcher d'y obtenir quelque appui.

Le trône d'Espagne était alors occupé par Ferdinand, surnommé le Catholique, prince éloigné, par caractère, de toute entreprise dont le succès pouvait être douteux, et de plus engagé dans une guerte contre le dernier roi des Maures', qui régnait à Grenade et occupait encore quelques parties de l’ Andalousie. Que pouvait espérer Colomb d’un tel prince , et dans de telles circonstances ?

Cependant Ferdinand et la reine Isabelle lui firent un accueil honorable. Ils l’écoutèrent avec attention; mais dans une matière si nouvelle, et qui leur était si étrangère, n’osant prendre un parti sans consulter les hommes de leur conseil qui passaient pour les plus habiles dans l’art de la navigation, ils renvoyèrent Colomb devant ces examinateurs, qui, trop au-dessous de lui pour le comprendre, lui firent les objections les plus absurdes. Les uns soutenaient que la mer entre l'Europe et l'Inde était d’une étendue si immense, que, même en supposant la navigation la plus heureuse, il faudrait au moins trois ans pour arriver de l'Europe au continent le plus voisin. Un autre se rejeta

1. Les Maures ou Sarrasins, originaires de l’Arabie, étaient venus s’établir dans la partie septentrionale de l’Afrique. De là ils passèrent en Espagne et en soumirent la plus grande partie; mais peu à peu les anciens possesseurs de ce pays se mirent en état de leur tenir tête, et les

forcèrent enfin, après des guerres longues et meurtrières, d’évacuer l'Espagne et de se retirer en Afrique.

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