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DE CHRISTOPIIE COLOMB, 9 sur la rondeur de la terre, affirmant, avec toute la hardiesse de l'ignorance que, si l’on faisait voile à l’onest, il était impossible qu'on n’allât pas toujours en descendant, et que , si à la fin on voulait revenir sur ses pas, on serait obligé de monter ; ce qui ne réussirait jamais, quelque favorable que fût le vent. D’autres lui demandaient ironiquement s’il se croyait plus savant que tous ces millions d'hommes qui avaient vécu avant lui, et si les terres qu’il prétendaitexister de l’autre côté du globe avaient pu rester inconnues-pendant une si longue suite de siècles.
: Colomb eut besoin de toute sa persévérance pour supporter tant d'ignorance et d’orgueil. Toutefois il soutint cette épreuve avec la modération d’un grand caractère, et ne dédaigna pas de répondre à toutes les objections qui lui furent adressées, avec le respect qu'il devait à ses juges.
Après avoir perdu cinq années à convaincre de la bonté de son projet ces hommes dont l'ignorance égalait l'entêtement, il eut la douleur d'apprendre qu'on en avait fait au roi le rapport le plus défavorable ; et on lui signifia qu'on ne pouvait rien entreprendre tant que durerait la guerre avec les Maures. Il s’adressa à deux grands d’Espagne, assez riches pour équiper une petite escadre et l'envoyer à la découverte. Mais ces seigneurs manquaient aussi de confiance ou de courage : il fut encore refusé.
Henri. Il est révoltant de voir ce pauvre homme éconduit partout avec son excellent projet !
Joux. Ce qui me surprend, c’est qu’il n’en prenne pas d'humeur, et qu'il n’y renonce pas tout à fait. En vérité, j'eusse été moins patient que lui.
M. Huwrer. S'il se fût découragé, il eût cessé d’être un grand homme. Des âmes nobles et élevées ne se laissent détourner par aucune difficulté de la route qui conduit à un but glorieux. La froideur et l’ingratitude de leurs semblables remplissent leur âme d’amertume, mais ne les découragent pas. Ils regardent les obstacles comme devant ajouter à leur gloire, et leur pensée reste toujours fixée sur l’objet qu’elle se propose, sur le résultat qu'ils sont certains
10 VOYAGES ET CONQUÈTES d'obtenir, C’est à cette inébranlable fermeté que l’on reconnaît l'homme véritablement grand. Tel se montre Colomb. N'ayant encore reçu aucune nouvelle de son frère, il résolut de passer lui-même en Angleterre.
Celui-ci, dans sa traversée, avait eu le malheur de tomber entre les mains des pirates. Retenu en esclavage plusieurs années, il était arrivé en Angleterre dans un état si misérable, que, pour pouvoir se donner un habit décent'et se présenter à la cour, il fut obligé de dessifenfles cartes de géographie et de les vendre.
Colomb avait un fils nommé Diégo, qu aise avec toute la tendresse d’un père. Voulant l'embrasder encore avant de quitter l'Espagne, il se rendit au couvent où ce jeune homme était élevé. Accueilli avec empressement par le P. Perez, supérieur de cette maison, et homme instruit, il lui confia et ses projets et les contrariétés qu'il avait éprouvées. Celui-ci, reconnaissant tout le mérite et toute la solidité d'un plan qui n’était ridicule qu'aux yeux de l’ignorance, et se confiant dans son crédit auprès de la reine, persuada à Colomb de différer son départ jusqu’à ce que cette princesse eût répondu à la lettre qu’il se proposait de lui écrire en faveur du grand homme délaissé et abandonné à lui-même.
Le P. Perez fit à Isabelle les représentations les plus fortes, et aussitôt Colomb fut appelé à la cour : la reine l'accueillit avec bonté, et déjà ses amis le félicitaient d’être parvenu à son but, quand la pusillanimité du roi vint encore renverser ses espérances.
Ferdinand consulta de nouveau les hommes qu'il avait déjà chargés d'examiner la proposition de Colomb. Gomme ils persistèrent dans le jugement défavorable qu'ils en avaient porté, le roi ne voulut plus en entendre parler, et la reine elle-même rompit toutes les négociations qu’elle avait fait entamer avec le navigateur. Le voilà donc, ce grand homme, méconnu, dédaigné, profondément blessé, en butte aux railleries des vils courtisans, et d’envieux qui avaient regardé sa fortune naissante d'un œil jaloux.
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Colomb aurait succombé sous le poids de la plus juste indignation, si son âme n'avait pas été plus forte que toutes les adversités contre lesquelles il avait à lutter depuis tant d'années. Toutefois il se roidit de nouveau contre sa mauvaise fortune, et se prépara à employer sa dernière ressource, celle d'offrir au roi d'Angleterre une partie du globe, que déjà trois États avaient dédaignée. Tandis qu'il se disposait à ce voyage, les Espagnols eurent le bonheur de réduire la ville de Grenade, et de faire cesser tout d’un coup la domination des Maures en Espagne. Ferdinand et Isabelle étaient dans l’enchantement de cet heureux succès qui les rendait maîtres de toute l'Espagne ; et comme le cœur humain, dans les moments de bonheur, est plus accessible aux pensées nobles et généreuses, deux amis de Colomb hasardèrent de tirer parti de la circonstance, et de faire encore une fois des représentations à la reine.
Dinier. Comment s’appelaient ces deux hommes ?
M. Huwrer. L'un s'appelait Quintanilla, et l’autre Santangelo. Tous deux parlèrent avec tant de chaleur, tant d’éloquence ; tous deux firent si bien valoir et le mérite de Colomb, et l'excellence de son projet, et les grandes probabilités de son succès, que le roi et la reine ne purent résister plus longtemps.
On dépêcha aussitôt un courrier vers Colomb, qui était déjà parti; il le joignit heureusement, et le reconduisit comme en triomphe à la cour de la reine, qui l’attendait avec impatience. Colomb présenta aux souverains des Espagnes les conditions auxquelles il voulait courir les hasards de la mer; elles furent acceptées, et il se vit enfin au comble de ses vœux.
Tous Les ENFANTS. Ah! quel bonheur !
CHARLES. Part-il tout de suite?
M. Hunter. C’est ce que vous saurez demain.
TROISIÈME ENTRETIEN
| Colomb a obtenu un acte d'adhésion signé par le roi et la reine d'Espagne. — Il met à la voile après avoir vaincu de nouveaux obstacles. — Craintes superstitieuses de ses compagnons pendant la traversée.
WizLiAM. Je voudrais bien, mon cher papa, voir Colomb embarqué. Je crains que le retard n'amène de nouveaux obstacles.
M. Hunter. N’aie pas d'inquiétude. Colomb tient entre ses mains l’acte signé par le roi et la reine. Entre autres conditions du traité, la vice-royauté lui est promise dans les pays qu’il pourra découvrir, avec ie droit de transmettre cette dignité à ses descendants à perpétuité; de plus, il doit avoir, lui et toute sa postérité, la dixième partie de ce que les pays à découvrir rapporteront annuellement à la couronne d'Espagne.
L'armement de l'expédition fut suivi sans relâche, tous les apprêts furent poussés avec vigueur ; mais les bâtiments étaient si petits et si mal construits, qu’il fallait avoir tout le courage de Colomb pour se hasarder avec d'aussi frêles embarcations sur des mers inconnues, dont les dangers étaient encore grossis par l'imagination et par des traditions mensongères répétées d'âge en âge.
L'un de ces navires, à bord duquel il devait arborer son pavillon, portait le nom de Santa-Maria ; le second , celui de Pinta, et le troisième, celui de Nigna. Les deux derniers n'étaient guère plus considérables que de grandes chaloupes. Cette petite escadre fut pourvue de vivres pour un an ; et l'équipage qui devait accompagner Colomb dans cette course périlleuse n’excédait pas quatre-vingt-dix hommes.
Tous les frais de l'armement ne se montaient qu’à vingtquatre mille rixdalers ! ; cette faible somme cependant parut si considérable à la cour d’Espagne, qu'elle fut sur le point
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