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de renoncer à cette noble entreprise, et elle allait probablement l'abandonner, lorsque Colomb, pour écarter ce nouvel obstacle, promit d'en fournir le huitième de ses propres fonds, et stipula à son profit, à raison de cette mise, la huitième partie du produit du voyage.
Henri. La cour d'Espagne était-elle donc alors si pauvre qu'elle ne pût trouver aisément une somme aussi modique?
M. Hunrer. Dans ce temps-là, mon cher Henri, cinq écus avaient plus de valeur que cent aujourd’hui, parce qu’ils étaient plus rares. Si, de plus, tu considères que le trésor royal devait être épuicé par la longue guerre que l'Espagne venait de soutenir cuntre les Maures, il te sera facile de te rendre raison de cette circonstance.
Colomb va donc enfin partir : ses préparatifs sont terminés, les vaisseaux sont à l'ancre dans la tade de Palos, petite ville maritime de l’Andalousie. Le vent favorable se lève, et le 3 août 1492, après avoir imploré la protection divine, il met à la voile au milieu des acclamations d’une multitude de spectateurs dans l'admiration de son audace et de sa persévérance,
Conformément à son plan, Colomb gouverna droit aux les Canaries. Des le lendemain, il lui arriva un accident assez peu important en lui-même, mais qui aurait fait manquer l’entreprise, si Colomb avait eu la même faiblesse que ses compagnons superstitieux. Le timon de la Pinta se cassa, et même, à ce que l’on croit, par la faute préméditée du pilote, qui, regrettant de s’être laissé engager pour un si dangereux voyage, désirait que l’on fût obligé de retourner en Espagne. «Nous sommes perdus, s’écrièrent les gens de l'équipage, si nous ne retournons pas à l'instant dans notre pays.
— Pourquoi donc? leur demanda Colomb.
— Pourquoi? répondirent-ils ; le ciel ne nous fait-il pas connaître, par ce qui vient d'arriver au timon, les malheurs qui nous menacent, si nous ne renonçons sur-le-champ à ce voyage aussi hardi que périlleux ?
— Eh! qui peut vous faire croire, répondit le grand
(l VOYAGES ET CONQUÊTES homme , qu'un accident ordinaire et de peu d'importance est la certitude d’un malheur à venir? Un timon cassé signifie qu'il faut le réparer, et rien de plus.
— L'amiral, se chuchotèrent les matelots à l'oreille, est un esprit fort; il ne croit pas aux présages. »
Colomb, sentant l'importance de guérir ses compagnons ignorants d’une superstition qui, dans mille autres occasions, pourrait leur inspirer de nouvelles terreurs, entra avec eux dans un examen approfondi de leurs vaines alarmes, et réussit, sinon à dissiper entièrement, du moins à affaiblir leurs craintes superstitieuses. Ils continuèrent leur route jusqu'aux îles Canaries, où ils jetèrent l'ancre.
Après y avoir réparé quelques avaries et s'être procuré des vivres frais, ils s’élancèrent, le 6 septembre, dans la grande mer occidentale, où aucun navire n’avait encore fait voile.
Pendant deux jours, ils n’avancèrent pas beaucoup: ce ne fut que le troisième qu'ils perdirent de vue les îles Canaries ; c’est alors que le courage leur manqua. Comme s'ils apprenaient dans ce moment pour la première fois où ils devaient aller, ils s’effrayèrent des difficultés et de la témérité de leur entreprise. Ils se prirent à pleurer comme des enfants; tantôt ils se frappaient la poitrine, tantôt ils jetaient des cris perçants. Colomb seul, semblable à un rocher battu par les flots, conserva, au milieu de leurs lamentations, tout son sang-froid, toute sa fermeté, et fit paraître tant de calme et de sérénité, son langage fut si bien celui du génie et de l'espérance, qu’il rendit le courage aux plus timides. Après leur avoir reproché leur pusillani- K mité, il s’étendit sur les récompenses qui les attendaient immanquablement au terme de leur voyage, et il leur peignit avec des couleurs si vives les richesses et la gloire qu'ils allaient recueillir, qu’ils lui promirent de le suivre partout où il les conduirait. Néanmoins ces premiers témoignages de faiblesse lui firent pressentir les scènes auxquelles il devait s'attendre par la suite, et il s’y prépara. Dès lors il passa la plus grande partie de son temps sur
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