‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 13 sur 76 · VUE DE · texte numérisé non relu

VUE DE

verain pontife dans les différends que les nouvelles découvertes pouvaient susciter entre l'Espagne et le Portugal, et mettre ainsi le saint-siége dans les intérêts du gouvernement espagnol. Peut-être ce motif n’était-il pas tout à fait étranger à la démarche de Ferdinand ; mais on ne doit pas oublier qu'il portait déjà le titre de Catholique : qu'il se glorifiait de ce témoignage de sa piété, et que ce prince se serait dispensé, moins que tout autre, de remplir à l'égard du saint-siége ce qu’il considérait comme son premier devoir de chrétien et de monarque.

Les préparatifs d’une nouvelle expédition furent poussés avec tant d'activité et de promptitude, qu’en peu de temps dix-sept vaisseaux se trouvèrent prèts, dans le port de Cadix, à mettre à la voile pour le nouveau monde. Un grand nombre d'hommes appartenant à toutes les classes de la société se disputaient la faveur de s’embarquer et de prendre part à une expédition qui promettait à la fois des richesses et de la gloire; quelques-uns, parmi eux, avaient formé des projets d'établissement dans les pays nouvellement découverts. Colomb ne pouvait emmener avec lui tous ceux qui se présentaient ; il en choisit quinze cents, et prit toutes les mesures nécessaires pour que les bâtiments fussent munis de tous les objets indispensables au voyage el à l'établissement de plusieurs colonies. La prévoyancc de l'amiral n'avait rien oublié ; ainsi les vaisseaux reçurent une grande quantité d'outils et d'instruments de tout genre : on embarqua également diverses espèces de quadrupèdes inconnus dans le nouveau monde, tels que chevaux, ânes, taureaux, vaches, ete., et des graines de tous les végétaux

auxquels la température de ce climat parut convenir.

Du reste, persistant dans l'opinion que les terres nouvel lement découvertes faisaient partie de linde, qui, suivant ses suppositions erronées, devait s'étendre jusqu'à ce vaste pays, il erut la distinguer de l'inde déjà connue par le nom d'Inde occidentale, parce que les navires qui S'v dirigent d'Europe sont obligés de faire voile vers l'occident, Dès lors on appela Inde orientale Finde déjà connue.

Toutefois, on n'appela pas Inde-occidentale l'Amérique lout entière : on ne comprend aujourd'hui sous cette dénonination que les îles américaines situées dans le large volle du Mexique.

Lorsque les préparatifs furent terminés, la flotte appareilla du port de Cadix le 25 septembre, et, comme dans son premier voyage, Colomb cingla d'abord vers les îles Canaries, où il jeta l'ancre le 5 octobre. ILS'y approvisionna d'eau, de bois et de bétail, principalement de porcs. Il continua Sa route avec un vent favorable qui lui permit de faire huit cents lieues marines en vingt-huit jours. Le vingtsixième après son départ d'Espagne, la flotte mouilla devant une île à laquelle il donna le nom de Dominique, parce qu'il l'avait découverte un dimanche, jour qu'en latin on appelle dies dominica, c'est-à-dire jour du Seigneur, ou dies solis, jour du soleil, L'île Dominique est une des petites Anülles ou des îles Caraïbes.

La rade de cette île n'ayant pas paru assez commode à Paniral, il remit à la voile et ne tarda pas à découvrir successivement plusieurs iles dont les plus considérables étaient Marie-Galante et la Guadeloupe, qui appartiennent maintenant toutes deux aux Français. I donna le nom de

Guadeloupe à la seconde de ces îles, paree qu'ilavait pro-

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el mis aux moines d'un couvent quile portait de le donner à ant l'une des îles qu'il pourrait découvrir. découvrit ensuite ste Antigoa, Porto-Rico, et enfin Saint-Martin.

om La côte de la Guadeloupe offrit aux Espagnols le spectacle ent d'une cascade magnifique formée par une nappe d'eau jail- Des lissant d'un rocher aigu et très-élevé; on en entendait le

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bruit à trois lieues de distance, D'abord, on n'apereçut dans ét l'ile aucun habitant: les insulaires avaient fui de leurs cabanes. Colomb envoya à leur poursuite des soldats qui parvinrent à saisir deux jeunes Indiens : on sut par eux qu'ils

n'étaient pas de cette île, mais d'une autre dont ils avaient été enlevés et conduits à la Guadeloupe. On s'empara encore de six femmes qui, implorant le secours des Espagnols, leur apprirent qu'elles étaient captives et condamnées à une servitude perpétuelle,

Ces femmes firent aussi connaître aux Espagnols, que ce récit fit frémir, l'usage horrible des habitants de ces îles : ils faisaient rôtir et mangeaient tous les prisonniers qu'ils faisaient à la guerre, et gardaient les femmes comme esclaves.

Les deux jeunes Indiens et ces femmes supplièrent Colomb de les emmener : il ne put résister à leurs prières et à leurs larmes.

En abordant dans les autres îles, Colomb put constater la véracité des femmes indiennes et du cacique Guakanahari, qui, avant elles, avait donné à l'amiral des renseignements sur l'esprit belliqueux et la férocité de ce peuple. Presque partout où il se présenta, il fut reçu comme un ennemi ; presque partout aussi il rencontra des traces de festins abominables. Autour des cabanes de ces anthrepophages étaient semés des os et des crânes d'hommes. Fuyant ce hideux spectacle, impatient surtout de revoir les Espagnols qu'il avait laissés à Hispaniola, Colomb s’éloigna promptement de ces îles, où toutes ses tentatives pour ouvrir des relations commerciales avec les indigènes avaient été impuissantes. Îl continua sa route vers la colonie, et jeta l'ancre, le 21 du mème mois, dans une rade située à une Journée de distance environ du fort Navidad.

Colomb envoya à terre quelques Espagnols qui revinrenten toute hâte Favertir qu'ils avaient trouvé, non loin

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du rivage, les cadavres de deux hommes ayant au cou une corde faite d’écorce d'arbre, et attachés sur un morceau de bois taillé en forme de croix. Étaient-ce des Européens ou des Indiens? ils ne pouvaient le dire, parce que l’état de putréfaction où ils avaient trouvé ces corps les avait rendus mcornaissables.

Alarmé de cette nouvelle, Colomb scupçonna l’horrible vérité et accourut à la hauteur de Navidad, c’est-à-dire vis-à-vis de la côte où s'élevait le petit fort qu’il avait fait construire. À peine fut-il arrivé devant le fort, qu'il se jeta dans une chaloupe et s’élança sur le rivage.

Mais de quel effroi l’amiral fut saisi, lorsqu'il chercha ainement les Espagnols qu'il avait laissés dans l’île ! A la place du fort, il n’y avait que des ruines; on apercevait çà et là des lambeaux de vêtements espagnols, des débris d’armeslet d'outils. Ce spectacle suffisait pour lui faire connaitre tout ce qui s’était passé depuis son départ ; onze cadavres qu'il trouva à quelque distance du fort, et qui poriaient les marques d'une mort violente, révélèrent à l'amiral le sort des malheureux colons.

Les Espagnols déploraient la destinée de leurs frères, et déjà ils poussaient des cris de vengeance contre leurs meurtiers; ils faisaient mème des dispositions pour exercer contre les naturels du pays d’affreuses représailles, lorsque le frère de Guakanahari se présenta et fit à l'amiral un rapport sur la catastrophe de la colonie. En voici les faits principaux qu'il raconta :

«A peine l'amiral eut-il mis à la voile pour retourner en Espagne, que les Espagnols qu'il avait laissés dans l’île oublièrent les conseils et les ordres que Colomb leur avait don-

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nés avant de s'embarquer. L'amiral leur avait surtout r'ecommandé de maintenir les naturels dans le profond respect qu'ils leur avaient d'abord inspiré. Loin de là, ils provoquèrent la haine et l'indignation des Indiens par des vexations et des injustices de tout genre. Ce fut en vain que leur commandant voulut les rappeler à la modération, au nom de leur propre salut et en s’eflorçant de leur faire comprendre la gravité des périls auxquels ils s'exposaient par leur coupable conduite. Ils furent sourds à ses exhortations, méprisèrent ses menaces et parcoururent l’île en y exerçant d’affreuses rapines ; ils comptaient, les malheureux, sur l'impunité de leurs brigandages et sur la patience des naturels!

« Mais c'était surtout dans la partie soumise au cacique de Cibao qu'ils faisaient des incursions ; ils y étaient attirés par l'or qu'ilsenrapportaient. Le cacique souffritpendantquelque temps, sans se plaindre, ces violences; mais enfin, irrité de la conduite de ces étrangers que leur cupidité rendait si cruels, il s'arma pour les repousser, pour les punir. Surpris par les troupes de Cibao au moment où ils s'étaient dispersés, les Espagnols se réfugièrent dans leur fort, qui fut bientôt envahi et livré aux flammes. Une partie des étrangers fut tuée en cherchant à se défendre ; les autres, ayant voulu s'enfuir dans une petite embarcation, trouvèrent la mort dans les flots. »

Tel fut en substance le rapport du frère de Guakanahari. Il ajouta que celui-ci, l'ami des Espagnols, malgré les insultes et les mauvais traitements qu'il essuyait sans cesse de leur part, avait pris les armes pour les défendre quand ils avaient été attaqués par le cacique de Cibao : mais que,

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dars un combat avec ce cacique, il avait reçu une blessure dont il souffrait encore.

Les soldats de Colomb n'étaient que trop disposés à élever des doutes sur la vérité de la dernière partie de ce rapport ; ils ne pouvaient être satisfaits qu’en faisant une guerre d’extermination à tous les Indiens ; ils continuaient à exiger une vengeance exemplaire de la mort de leurs compatriotes; mais la prudence et l'humanité de l'amiral s’opposaient à l'exécution de ce projet barbare.

Il s’efforça de persuader à ses soldats irrités que à sûreté de l'établissement nouveau, les intérèts de l'Espagne, leur faisaient un devoir de chercher à regagner la confiance des indigènes, à leur faire oublier les griefs dont ils pouvaient avoir à se plaindre. I recommanda à ses compagnons la douceur et l'honnêteté dans leurs rapports avec eux, puis il alla visiter le cacique Guakanahari. I le trouva, en effet, souffrant des suites d'une blessure qui ne paraissait pas avoir été faite avec une arme européenne, mais avec une épée de bois. Il y avait trop de franchise et de confiance dans la conduite de ce cacique, pour qu'il hésität un moment à reconnaître que son récit était entièrement conforme à celui de son frère.

Guakanahari voulut donner à l'amiral une nouvelle preuve de son dévouement à la cause des Espagnols, et de ses sentiments affectueux pour leur noble chef. I lui fit présent de huit cents petites coquilles qui avaient une grande valeur aux yeux des Indiens, cent plaques d'or et trois calebasses remplies de grains du mème métal : le tôut pesait près de deux cents livres. De son côté, Colomb donna au cacique toutes sortes de menus objets de fabrique européenne, et

que le cacique estimait autant que les présents qu'il venait d'offrir à l'amiral.

Après cette entrevue dont Colomb fut très-satisfait, il conduisit ses Compagnons dans une autre partie de l’île : | elle était plus agréable, plus salubre et convenait beaucoup | mieux que l'endroit qu'ils abandonnaient, pour y jeter, | près de l'embouchure d’une rivière , les fondements d’une ville régulière et entourée de fortifications, où les Espagnols qu'il devait y laisser pourraient du moins s'établir avec sécurité et trouver les avantages d'habitations saines et commodes.

Tous ceux qui faisaient partie de l'expédition furent obliués de travailler à la construction de la nouvelle ville, Colomb donnait l'exemple d'une activité infatigable, Enfin, grâce à ce concours de tous les eflorts, à l'ardeur que l’'amiral sut communiquer à tous ses compagnons, la première ville que les Européens aient fondée dans le nouveau monde fut achevée en très-peu de temps; Colomb la nomma

Isabelle, en l'honneur de sa souveraine.

ependant ces conquérants, ces hôtes du nouvel univers étaient bien loin de se trouver heureux; l’indolence naturelle des Espagnols leur rendait, sous un ciel plus chaud, le

travail plus pénible, surtout celui qui exigeait la constance

d'efforts persévérants ; la vie laborieuse à laquelle les con-

damnait Colomb, et dont ils étaient loin d'avoir prévu la nécessité, provoquait leurs murmures et les expressions

de leur mauvaise humeur. Une triste réalité avait fait justice de leurs illusions et trompé les calculs de leur cupidité. L'espoir de trouver des trésors immenses, de jouir des douceurs d'une opulente oisiveté. avait conduit la plupart

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de ces hommes dans le nouveau monde; mais, au lieu de ce voluptueux repos, de cette félicité, qu'ils avaient rêvés dans les songes de leur imagination, ils rencontraient l'obligation de rudes travaux ; ils se voyaient exposés aux ardeurs d’un soleil dévorant, à tous les dangers d’un air insalubre qui les décimait par des maladies cruelles. Mais ce qui affligeait surtout ces Européens habitués à toutes les commodités de la vie, c’étaient les ; rivations dont ils étaient menacés, c'était le souvenir de la position qu'ils avaient échangée contre les chances d’une vie aventureuse et l'in certitude du sort qui les attendait. Où étaient donc ces monts d'or qu'ils s'étaient promis? on ne leur permettait pas mème de les aller chercher, car, par l’ordre de Colomb, il était défendu de visiter l’intérieur du pays avant que là ville fût achevée.

Voilà quels étaient les principaux motifs du mécontentement général qui se fortifiait, de jour en jour, de nouveaux sujets de plaintes provoquées par la sévérité de Colomb. Enfin, il aboutit à une conspiration contre l'existence de l'amiral : elle était près d’éclater, quand elle fut découverte. On saisit les coupables; on en punit sur-le-champ quelques-uns, pour prévenir d’autres complots par la crainte d'un châtiment rigoureux. Un certain nombre des conspi- ‘ateurs fut embarqué pour l'Espagne, où ils devaient ètre jugés. En mème temps Colomb écrivit au roi Ferdinand une lettre par iaquelle il le conjurait de lui envoyer au plus tôt de nouveaux renforts de troupes et des provisions nouvelles, afin de pouvoir poursuivre l'exécution de ses grands

projets.

Cependant une diversion devenait de plus en plus néces-

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saire pour conjurer les eflets de l'esprit de mutinerie qui faisait de si dangereux progrès parmi les Espagnols. Colomi; comprit la nécessité d'occuper les mécontents, et il en choisit un certain nombre dont il se fit accompagner en s’avançant dans l’intérieur du p"vs. Mais cette détermination avait encore un autre but : Colomb voulait convaincre les Indiens de la supériorité d'une armée européenne.

I se mit donc en marche à la tête de sa troupe, qui s'avançait, les rangs serrés et en déployant ses drapeaux, au son d’une musique guerrière. En mème temps, il fit faire à ses soldats et principalement à ses cavaliers, des manœuvres qui excitèrent au dernier point la surprise des Indiens, C'était la première fois qu'ils voyaient des chevaux : ils supposaient que le cheval et Le cavalier qui le montait formaient un seul corps; d'après cela, on peut se faire une idée de l'eflroi que leur fit éprouver la vue d’un monstre moitié homme, moitié quadrupède. Aussi le plus grand nombre de ces sauvages s'enfuit dans ses cabanes, et leur simplicité était si grande, qu'enen barricadant l'entrée avec des cannes, 1ls se croyaient à l'abri des atteintes du monstre.

Ce fut le 12 mars que Colomb quitta Isabelle, où il laissait Diégo, son frère, pour commander à sa place; sa troupe emportait avec elle la plupart des matériaux nécessaires à la construction d'un fort que l'amiral se proposait d'élever dans la province de Cibao, ainsi nommée par les insulaires, à cause de la nature du terroir, formé de montagnes pierreuses et de rocs où de cailloux qui s'appellent ciba dans leur langue.

Le premier jour de l'expédition, on ne fitque trois lieues

et lon arriva au pied d'une montagne trés-escarpée.

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CHRISTOPHE COLOMB. NT Quelques Indiens, sujets du cacique Guakanahari, servaient de guides aux Espagnols ; ces Indiens entraient sans façon dans toutes les cabanes qu’on rencontrait, el se saisissaient de tout ce dont ils avaient besoin, sous les yeux mème des propriétaires, qui les | 13 laissaient faire sans témoigner la RD EUR moindre surprise. On eût pu

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en commun par ces bons insulaires, qui peut-être ne s'é-

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Le riche pays de Cibao, dont le cacique s’était signalé par de si cruelles représailles contre les premiers colons, appelait sur ses trésors l'attention des Espagnols. Ils dirigèrent leurs pas de ce côté, et bientôt ils purent juger qu’ils n’avaient pas été trompés par les rapports des habitants de l'île. Aucune mine n'était ouverte dans ce pays, car les Indiens ne s'étaient jamais livrés aux fatigues de pénibles recherches, aux travaux d'exploitation, pour se procurer un métal qui leur était presque inutile ; mais tous les ruisseaux étincelaient de paillettes et de grains d’or que l’eau avait détachés des montagnes et qu'elle entraînait, ce qui prouvait que ces montagnes en contenaient une grande quantité. Aussi le premier soin de Colomb fut-il de faire construire un fort dans cette contrée, pour s'en assurer la possession.

Après avoir laissé une petite garnison dans ce fort, l’amiral s’empressa de revenir sur ses pas, afin d'annoncer une aussi heureuse nouvelle à la colonie ; mais lorsqu'il y arriva, elle était dans une déplorable situation.

Tous les vivres étaient épuisés et l'on était menacé de la famine ; car le temps avait manqué pour qu'on se livrât à des travaux de culture, et les maladies auxquelles on est exposé dans des pays chauds et incultes avaient atteint la plupart des colons; ils s’attendaient tous à mourir victimes de la faim ou de la contagion ; tous gémissaient sur les funestes conséquences de la folie qui leur avait fait sacrifier leur fortune, leur pâtrie et leur santé pour venir chercher la mort sous un ciel étranger. Tous accablaient de malédictions les auteurs de leur misère, les imposieurs qui, en leur traçcant un tableau séduisant mais mensonger des avanta-

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CHRISTOPHE COLOMB. #0 ges qu'ils devaient trouver dans ces contrées nouvelles, les avaient entraînés dans cette entreprise fatale. Le chef des mécontents était un prêtre qui avait été amené d'Espagne pour remplir sur la flotte les fonctions d’aumônier ; il s’imainait sans doute trouver l’adoucissement de ses maux, le soulagement de sa détresse, dans la violence d2 ses déclamations contre l'amiral.

Mais l’âme de Colomb avait déjà eu à lriter contre plus d’une épreuve de ce genre. Familiarisé avec les périls qu'il avait si souvent courus, il trouvait dans son expérience et dans sa fermeté les moyens de lutter contre la révolte et d'en tr'iompher. Alliant la prudence à l'énergie, la sévérité à la modération, il parvint à rétablir la tranquillité, et, après avoir pris les mesures nécessaires pour en assurer le maintien, il résolut de courir à de nouvelles découvertes; il choisit son second frère, Diégo, pour commander pendant son absence.

IL se remit donc en mer avec un gros navire et deux chaloupes, et gouverna au couchant. La plus importante des découvertes qu'il fit dans ce nouveau voyage, fut celle de la Jamaïque. Il jeta l'ancre à la hauteur de cette île, et envoya des chaloupes montées par des hommes armés, qui devaient sonder le port, c’est-à-dire jeter la sonde en divers endroits, afin de s'assurer si l’eau était assez profonde pour norter les vaisseaux.

À peine ces chaloupes se furent-elles approchées du rivage, qu'elles furent entourées d’une foule d'indiens qui manœuvraient de petites embarcations et s’opposèrent au débarquement des Espagnols. Ceux-ci employèrent vaine-

ment les moyens de la douceur pour faire renoncer les in- 1:

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digènes à leur projet hostile. On fut obligé ‘e leur envoyer une volée de flèches qui leur fit prendre la fuite dans toutes les directions; car, à cette époque, l'usage du fusil n’était pas encore général dans les armées europérnnes, et il y avait ncore beaucoup de soldats dont l'arc était la principale arme offensive et défensive. Le havre ayant été jugé praticable, l'amiral y entra et fit réparer ses bâtiments qui avaient un peu souffert; il fit ensuite quelques courses dans l’intérieur du pays, qui, par la nature de son solet sa fertilité, lui parut présenter encore plus d'avantages que l'ile Hispaniola ; aussi prit-il possession de la Jamaïque au nom du roi d'Espagne.

De cette île, il fit voile pour Cuba, afin de s'assurer si c'était en effet une île ou une partie du continent. Mais de ce moment s'ouvre pour lui une carrière de périls et de souffrances, auprès desquels toutes les épreuves qu'il avait déjà subies lui parurert bien légères. Tantôt il a besoin de tout son courage, de tout son sang-froid pour résister à d'horribles tempêtes qui l'assaillent dans les plus dangereux endroits d'une mer inconnue ; tantôt, pressé entre des écueils et des bancs de sable, il voit à chaque instant ses vaisseaux près d'être submergés, Tantôt il est engagé dans des basses, tandis qu'au mème moment les bâtiments font tant d’eau, que les équipages, occupés sans cesse à pomper, ne peuvent les tenir à flot. Tantôt il a à souffrir, ainsi que ses compaunons, le supplice de la faim et de la soif ; et lorsque, par un heureux hasard, ils parviennent à se procurer quelques rafraichissements, il est toujours le dernier qui en protite : car, insouciant pour lui-mème, il ne songe qu'à soulager les souffrances de ses compagnons. Tantôt il faut qu'il com-

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batte le mécontentement de ces hommes qui, égarés par leur désespoir, prodiguent à leur chef d'amères récriminations, d'injustes reproches, quoique l'amiral partage toutes leurs privations. Calme et inébranlable dans les situations les plus critiques, ce grand homme s’eflorce, par son exemple et ses paroles, de rendre le courage et l'espérance à ses compagnors; il justifie ainsi la vérité et la justesse de cette belle pensée d’un écrivain de l'antiquité : «Il n'est point de spectacle plus sublime que celui de l’homme courageux aux prises avec l’adversité. »

Les habitants de Cuba, où Colomb fit diverses descentes, lui apprirent que c'était une île dont quelques parties fournillaient tellement d’ciseaux et de papillons, que le jour en était obscurci : ils formaient un brouillard si épais, qu'ils interceptaient les rayons du soleil le plus ardent, et empèchaient de l’apercevoir, même quand le temps était trèsclair. Au nord de l’île, la mer était semée d'ilots auxquels il donna le nom de Jardin-de-la-Reine. Un jour, naviguant entre ces îlots, il rencontra un canot monté par des pècheurs qui fixerent son attention par le moyen singulier qu'ils employaient pour prendre le poisson : ils se seraient, pour cette pèche, de poissons appelés reves, et dont les dents sont très-tranchantes ; ils attachaient à leur queue une longue ficelle, puis les jetaient à la mer. Dès qu’un de ces poissons en réncontrait un autre, il s'y cramponnait, en quelque sorte, avec ses dents, et les pêcheurs le reti- ‘aient de l’eau avec sa proie : c’est ainsi qu'ils prirent, sous les yeux des Espagnols, étonnés, une tortue qui pesait cent livres. Le reve s’y était attaché avec tant de force, que tous

deux furent retirés à la fois et recueillis dans le canot.

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