‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 14 sur 76 · C2 [NÈ · texte numérisé non relu

C2 [NÈ

HIER - | : Ko5

A pume ces pècheurs aperçurent-ils les chaloupes qui précédaient les vaisseaux, qu'ils firent signe aux marins espagnols de ne pas s'approcher. On eût pu croire qu'ils s'adressaient à des gens qui leur étaient connus. On accéda à leur désir. Lorsqu'ils se furent emparés de la tortue, ils s'empresserent de venir l'offrir à l'amiral, qui, sensible à cette politesse, leur donna quelques-uns de ces colifichets qu'il savait devoir être reçus par eux avec une vive satisfaction.

Pendant les courses que fit l'amiral entre ces îles, près de Cuba, il fut témoin d'un phénomène qu'il ne put expliquer : la surface de la mer paraissait nuancée de vert et de

É Ne

pes qui marins e qu'ils accéda tue, ils isible à ifichets

satis—

s, près expli- "et de

blanc dans un endroit, blanche comme du lait dans un autre, et, plus loin, noire comme de l'encre.

Enfin, après une navigation longue et dangereuse à travers des rochers et des bancs de sable, on jeta de nouveau l'ancre sur la côte de Cuba, et l'on débarqua. Au moment où l'on célébrait l'office divin sur un autel qui avait été élevé sur le rivage, on vit arriver un vieux cacique ; observant un re: .ectueux silence pendant la cérémonie, qu'il examinait avec curiosité, il attendit qu'elle fût terminée pour présenter à l'amiral divers fruits de l’île; puiss’'asseyant pas terre, et rapprochant ses genoux de son menton, il adressa à l'amiral un discours qu’il prononça d'une voix ferme, et que les interprètes rendirer: à peu près en ces termes : « Depuis que tu es venu avec une troupe d'hommes armés, dans ces contrées qui l'étaient inconnues, l'épouvante règne parmi nous : sache néanmoins que nous reconnaissons dans l’autre vie deux lieux où les âmes doivent aller après notre mort : l'un, terrible et ténébreux, est réservé aux hommes méchants ; l'autre, séjour de délices éternelles, attend ceux qui aiment la paix et le bonheur de leurs frères. Si tu crois que tu mourras un jour, si tu crois qu'après cette vie le bien ou le mal que tu auras fait te sera rendu, j'espère que tu ne feras pas de mal à ceux qui ne l'en feront point. Si j'en juge par ce que tu viens de faire et qui est irréprochable , tu n'as pas de mauvaises intentions, tu as voulu seulement rendre grâces à Dieu. »

Colomb lui répondit qu'il était fort satisfait d'apprendre qu'il croyait à l'immortalité de l'âme; qu'il n'était pas venu dans ces contrées pour faire du mal aux peuples qui les habitaient, mais qu'au contraire il + avait été envoyé par le

ee

PRE NE "= mu

roi d'Espagne, son maître, pour s'assurer s'il y avait des hommes cruels et ennemis de leurs frères, tels qu'on représentait les Caraïbes ; qu'il avai ordre de les forcer à être plus humains, à renoncer à des usages barbares, et de faire régner la paix parmi tous les habitants de ces îles. Cette réponse, qui fut expliquée au cacique, le toucha si vivement, qu'il versa des larmes. Dans l'effusion de sa sensibilité, 11 assura à l'amiral qu'il le suivrait volontiers en Sspagne, si sa tendresse pour sa femme et pour ses enfants ne le retenaient pas dans son pays. Colomb Jui ayant fait ensuite quelques présents qu'il reçut avec une reconnaissance égale à son admiration, il s'agenouilla et demanda, à diverses reprises, si ces étrangers n'étaient pas descendus du ciel pour visiter la terre,

Cependant la santé de Colomb n'avait pu résister à tant de travaux, de fatigues et de chagrins : un épuisement total, accompagné d'une insomnie continuelle, lui fit bientôt perdre la mémoire, et l'on désespérait de sa guérison ; il fallut

se hâter de retourner à Isabelle, Un bonheur inespéré lattendait à son arrivée dans cette ville nouvelle ; il y trouva son frère bien-aimé, don Barthélemy, qui avait amené d'Espagne les secours que l'amiral avait réclamés avec de vives instances, Il y avait un double sujet de joie pour Colomb dans la présence de son frère ; elle contribua puissamment au rétablissement de sa santé.

Ces deux frères, u is par les liens de l'affection la plus tendre, étaient séparés depuis treize ans , durant lesquels ils n'avaient échangé entre eux aucun message qui eût pu les instruire réciproquement de leur sort, Barthélemy était allé, ainsi qu'on l'a rapporté plus haut, en Angleterre,

vait des

n reprér à être s, et de ces îles.

oucha si Sd Sentiers en enfants ant fait ‘onnaismanda.

scendus

‘a tant nttotal, tôt peril fallut ré l'attrouva amené vec de e pour à puis-

la plus ‘squels jui eût iélemv

terre,

L er

pour soumettre les plans de Christophe au souverain de ce royaume. Après des négociations toujours arrêtées ou suspendues par des causes de diverse nature, Barthélemy était enfin parvenu à faire agréer sa proposition, Plein d'ardeur et d'espoir, il accourait en Espagne pour porter à son frère cette heureuse nouvelle, lorsqu'en traversant la France, il apprit que Christophe Colomb avait déjà exécuté la grande entreprise dont Barthélemy devait partager les dangers et la gloire. Quand celui-ci arriva à Cadix, Colomb était déjà parti pour sa seconde expédition.

Invité par le roi à se rendre à la cour, il y fut accueilli d'une manière très-honorable. Lorsqu'on fut instruit, par les dépèches de Colomb, de ses embarras et de ses besoins, ce fut Barthélemy que Ferdinand choisit pour porter des secours à l'amiral. L'arrivée de son frère préserva les établissements naissants d’une ruine que le désordre et l'anarchie avaient, pendant l'absence de l'amiral, rendue imminente. Les épidémies, si communes dans ces contrées , avaient enlevé les deux tiers de la colonie, Margarita, que Colomb avait mis à la tête des troupes, s'était révolté; mais, n'ayant pu réussir dans son projet contre l'amiral, il avait fait voile pour l'Espagne, avec le père Boyl, son complice, sur un des vaisseaux de la flotte. Après son départ, les troupes qu'il commandait s'étaient partagées en petites bandes et avaient, en parcourant le pays, exercé tant de violences contre les habitants, que ceux-ci, indignés de cette infûme conduite, avaient pris les armes pour mettre fin à ces brigandages et en punir les auteurs. Le soulèvement avait été presque général ; un certain nombre d'Espagnols , surpris par les Indiens, étaient tombés sous leurs coups.

ee = dre 6

D'aussi tristes événements devaient précipiter la ruine de la colonie naissante, Les Indiens, jusqu'alors si pacifiques à l'égard des étrangers, s'étaient enfin éclairés sur leur position et sur l'avenir dont ils étaient menacés, Pressentant tous les maux dont la domination espagnole devait les accabler, ils frémirent devant l'horrible perspective de la servitude et de la famine. Accoutumés à une vie indolente, ils se contentaient, pour leur nourriture, d’une poignée de maïs, ou de fécule de manioc, plante dont la racine a la forme d'une betterave ou d'un navet, et qui, pelée, fournit une substance farineuse, Aussi, comparant leur frugalité

avec les habitudes des Espagnols, dont un seul mangeait plus, dans un repas, que quatre Indiens dans une journée, ne voyaient-ils dans ces Européens que des mangeurs insatiables, chassés par la faim de leur pays, dont ils avaient consommé toutes les provisions ; ils en concluaient que les

vivres de leur île ne tarderaient pas à être également dévorés par ces hôtes si gloutons, dont la fatale présence était le présage d'une famine imminente,

Ces considérations auraient suffi peut-être pour les convaincre de la nécessité de secouer un joug odieux. Les violences continuelles auxquelles ils étaient exposés de la part des Espagnols contribuèrent à soulever les Indiens contre leurs oppresseurs; ils coururent donc aux armes, et, se réunissant sous les ordres de leur cacique, ils formèrent une armée considérable,

Lorsque Colomb revint à Isabelle, on se préparait de part et d'autre à la guerre ; le peuple haïtien tout entier, à l'exception du cacique Guakanahari, resté fidèle à la cause des

Espagnols. était sous les armes et orésentait une masse de

ruine de acifiques eur posissentant

les ac— le la serlente, ils ignée de ine a la , fournit frugalité nangeait journée, irs insaavaient t que les nt dévoe était le

les con- Les vioe la part S contre s, et. se

rentune

de part .al'exuse des

nasse de

CHRISTOPHE COLOMB. y7

cent mille combattants, prèts à écraser cette poignée d’é-

trangers dont les brigandages avaient lassé leur patience.

Colomb fut moins effrayé des périls dont cette coalition menaçait l'établissement espagnol, qu'indigné des injustices et des excès qui avaient provoqué tant d'animosité et de haine contre les Européens ; mais il dut céder, en gémissant, à la nécessité cruelle de verser le sang de ces malheureux, qui voulaient seulement défendre leurs propriétés, leur liberté et leur vie; quelle triste situation pour un homme aussi généreux, aussi humain que Colomb ! De quelles douloureuses réflexions, de quels remords ne fut-il pas assailli, à la veille de donner le signal du carnage !

Tel était l'état des choses, quand l'amiral reçut la visite de Guakanahari, qui venait lui offrir son secours. Le dévouement de ce cacique aux Espagnols l'avait rendu l'objet de la haine des autres chefs indiens, de sorte que la nécessité et ses sympathies l’attachaient fortement au parti des Européens. Colomb se montra très-reconnaissant des protestations nouvelles et de l'offre de Guakanahari : tous deux allèrent se mettre à la tète de leurs troupes et se préparèrent à combattre.

ge mer

Combat. — Cent mille Indiens contre deux cent vingt soldats espagnols. — Les dogues auxiliaires. — Margarita et Boyl.— Impôt sur les Indiens. — Leur désespoir ef leur vengeance. — Le commissaire Aguado. — Départ de Colomb pour l'Espagne, — Famine à bord. — Horrible projet des Espagnols contre les Indiens embarqués. — Retour de Colomb. — IT comparait devant ses juges. — Sa justification. — Armement d'une nouvelle flotte. — Les tortues du cap Vert. — Passage sous la ligne. — Désespoir des équipages. — Les singes de l'Orénoque. — La gueule du dragon. — Une couronne d'or sur la tête de Colomb. — Fondation de la ville de Saint-Domingue. — Révolte de Roldan, le grand juge. — Expédition de Vasco de Gama. — Il découvre le nouveau chemin des Indes orientales — Expédition d'Ojéda. — Amérie Vespuce donne son nom au nou-

veau monde. — Découverte du Brésil par Cabral.

Nous avons tracé jusqu'ici des scènes dort l'humanité a eu rarement à gémir; jusqu'ici, la grandeur de l'entreprise conçue par le génie, exécutée par la persévérance ; la gloire de cette merveilleuse découverte qui ouvrait des voies nouvelles au commerce et à la navigation ont fait oublier les injustices et les excès commis par les conquérants du nouveau monde, En suivant la marche aventureuse des Espagnols et de leur chel illustre, on n'a pes le temps de s’arrèter sur des faits isolés qu'un examen réfléchi devrait faire

mols. — Les — Leur déses- Colomb pour re les Indiens . — Sa justicap Vert. — : l'Orénoque.

mb, — Fonrand juge. — in des Indes

nom au nou-—

unanité 1 ntreprise ; la gloire oies nouublier les s du noules Espade s'arrèvit faire

considérer comme de graves et infaillibles symptômes de la longue et sanglante expiation de la découverte de l'Amérique.

Mais le voilà arrivé ce moment où cessent les illusions décevantes de la gloire et l’enivrement du triomphe ; l'heure des funérailles a sonné pour les vainqueurs et pour les vaincus, et le nouveau monde va devenir le théâtre de tragédies sanglantes, de lugubres drames où la cupidité jouera un rôle abominable. Trop heureux l'historien, quand ses regards, fatigués du spectacle des cruautés et des horreurs, qui rendent sa tâche si pénible, pourront se reposer de temps en temps sur quelques vertus, sur des actions généreuses ! trop heureux quand il rencontrera parmi les oppresseurs et les bourreaux des populations américaines un chrétien digne de ce nom, un ami de l'humanité !

Les deux armées se sont avancées l’une contre l’autre ; déjà elles sont en présence, et n’attendent plus que le signal de leurs chefs pour s'attaquer : moment terrible qui décidera de la vie des Espagnols ou de la liberté d’un peuple! D'un côté sont réunis cent mille Indiens, armés de sabres de bois, de massues, de lances et de flèches dont les pointes sont formées d’arètes de poissons ou de cailloux; de l'autre, on compte seulement deux cents fantassins et vingt cavaliers européens, qu'appuie un petit corps d’Indiens commandés par Guakanahari. Cette disproportion était énorme ; mais si les Espagnols n'avaient pas l'avantage du nombre, ils y suppléaient par la tactique, par la supériorité des armes: ils avaient en outre des chevaux, et même,

puisqu'il faut le dire, une meute de gros dogues qui devaient être lchés contre les pauvres Indiens tout nus, comme on

re more PU

pertes

or de

sen dontermtremsdrre

lâche les chiens de cette espèce contre les sangliers et autres animaux, dans les chasses d'Europe.

DS

L'IVCRMIE. eR 2 ES

Ainsi, des deux côtés, les chances étaient à peu près égales, et il était difficile de prévoir l'issue de la bataille.

Colomb résolut de différer l'attaque jusqu'à la nuit, qu'il

| regardait comme w1 puissant auxiliaire des Espagnols ; car

il espérait que les ténèbres augmenteraient l'épouvante

Ce calcul était juste. Après avoir partagé sa petite armée

| } qu'une attaque brusque et imprévue causerait aux Indiens. | entre son frère Barthélemv. le cacique Guakanahari et luiy .

igliers et

près éga-

uit, qu'il nols ; car pouvante Indiens.

te armée rt et lui-

mème, il se précipita sur les Indiens au moment où ceux-ci s'abandonnaient à une fatale sécurité ; la fureur et les cris des Espagnols, le bruit de la mousqueterie, les hennissements des chevaux, les aboïements des dogues, leur inspirèrent un tel effroi, qu'après une courte et faible résistance, ils prirent la fuite. Quelques-uns périrent, atteints par le plomb ou par le fer; d’autres furent écrasés sous les pieds des chevaux, mis en pièces par les chiens ou faits prisonniers ; le plus grand nombre se dispersa dans les bois.

La victoire a donc prononcé l'arrêt qui condamne un peuple innocent aux fers des Européens ; il doit courber la tète sous le joug et se résigner à toutes les souffrances d’uri horrible esclavage!

Colomb, se hâtant de profiter de son facile succès, parcourut le pays ; il ne rencontra aucune résistance, et l'on se soumit partout à son autorité. Peu de mois suflirent à l'amiral pour établir et assurer dans cette île si peuplée la domination espagnole.

Jusqu'ici, la conduite de Colomb a été digne de notre estime et de notre admiration ; nos sympathies l'ont accompagné dans ses courses hardies à travers un vaste océan; mais hélas ! il est homme, et il doit payer son tribut de faiblesse et d'erreur à l'humanité.

Les deux ennemis mortels de l'amiral, Margarita et le père Boyl, étaient retournés en Espagne. Colomb connaissait leurs projets ; il savait que la haine jalouse de ces deux hommes ne reculerait devant aucun moyen pour rabaisser son mérite, pour calomnier ses intentions, et surtout pour déconsidérer le résultat de ses découvertes auprès du roi d'Espagne, que sa crédulité ombrageuse disposait à accueillir

Len mt

ps # AGE :

des insinuations perfides contre Colomb. Il devait donc chercher à conjurer, à détourner l'orage qui se formait audessus de sa tête. Il ne pouvait y réussir qu’en envoyant à la cour d'Espagne un brillant échantillon des richesses dont la promesse, faite par lui, avait fait naître de si grandes espérances, Pour remplir cette promesse, pour répondre à l’attenteet à l’impatiente cupidité de cette cour, Colomb résolut de lever des impôts excessifs sur les pauvres Indiens. Il ordonna à ceux qui hab'taient les lieux où se trouvait l'or de lui apporter, tous les trois mois, une certaine quantité de ce métal ; les autres étaient tenus de lui fournir, aux mêmes époques, chacun vingt-cinq livres de coton. Colomb demandaità ces malheureux plus qu'ils ne pouvaient donner. Habitués depuis leur enfance à une vie peu active, ils se voyaient contraints de travailler sans relâche, comme des esclaves, pour chercher de l'or et du coton, produits dont la quantité devait décroître de jour en jour : cette diminution était la conséquence des exigences de l'amiral. Ils voulurent se soustraire à la cruelle nécessité d’un travail qui excédait leurs forces. Ils adressèrent leurs plaintes à l'amiral; mais il fut inflexible, et ses soldats poursuivirent avec rigueur l'exécution de ses ordres.

Pour s'affranchir d'un joug insupportable, les malheureux Indiens ne prirent conseil que de leur désespoir; il leur suggéra une résolution extraordinaire. S'exagérant la voracité de leurs oppresseurs, ils crurent qu'en cessant d'ensemencer leurs champs de maïs et de manioc, ils contraindraient par la faim les Espagnols à abandonner l'île. Après avoir, d’un commun accord, détruit les semences déjà confiées à la terre, ils se réfugièrent sur des montagnes

PT te CU

it donc nait auant à la ; dont la es ESpée à l’atrésolut is. Îl orl'or de ité de ce mèmes demanr. Habi- , ils se ime des dont la inution ulurent Pxcédait il; mais rigueur

nalheu-

poir; il

agérant cessant

ils con-

er l’île,

mences

1agnes

inaccessibles, où ils se nourrirent pendant quelque temps de racines de plantes sauvages. Mais cette ressource ne tarda pas à leur manquer, et ils éprouvèrent bientôt euxmèmes les horreurs de la famine qu'ils voulaient faire éprouver à leurs tyrans. Elle fit périr un grand nombre d’Indiens ; elle engendra des épidémies qui augmentèrent le nombre des victimes. Ceux qui échappèrent à ce double fléau étaient si faibles, qu'ils étaient, bien moins qu’auparavant, en état de supporter les charges dont les accablait la comination de ces avides étrangers. Quant aux Espagnols, l’accomplissement de cette résolution désespérée leur fit sans doute éprouver des privations cruelles et leur causa des inquiétudes sérieuses ; mais leur travail et l’arrivée de nouvelles provisions qui leur furent envoyées d'Espagne les préservèrent de la disette. Ainsi les malheureux Indiens perdirent pour toujours l'espoir d’être délivrés de leurs oppresseurs.

Mais Colomb, à son tour, est atteint par le malheur ; l'orage qui le menaçait de loin a éclaté ; Margarita et le père Boyl ont réussi dans le projet qui les avait ramenés en Espagne ; ils avaient tracé un tableau si triste et si décourageant des contrées découvertes par Colomb, ils avaient présenté sa conduite sous un jou" si odieux, que la cour avait conçu des soupçons sur son compte. Îl fut décidé qu'on enverrait aux Indes occidentales un commissaire ; il devait examiner l’état des choses ainsi que la conduite de l'amiral, et en faire un rapport au roi d'Espagne.

Une mission aussi importante n’exigeait pas moins de probité que de lumières; mais le commissaire choisi par Ferdinand était loin de réunir ces deux conditions. Désigné

au choix du monarque par les ennemis de Colomb, il devait ètre le complice de leur haine et servir leurs projets contre l'amiral. I s'appelait Aguado; il était gentilhomme de la chambre de la reine.

A peine cet homme, fier de l'autorité dont il était investi, fut-il arrivé dans l'île Espagnole, qu’affichant le ton et les manières d'un supérieur à l'égard de l'amiral, il se plut à l'humilier par les dédains d’une morgue insolente. Il invita tous ceux qui croyaient avoir à se plaindre de Colomb à se présenter devant son tribunal, à venir lui demander justice. Il provoqua , il accueillit avec empressement toutes les plaintes, toutes les accusations contre l'amiral, sans les soumettre à un rigoureux contrôle, tant il était pressé d’accumuler les griefs d'après lesquels il comptait faire condamner Colomb, dont il avait juré la perte.

L'amiral était patient : il avait donné plus d’une preuve de sa constance et de sa longanimité, Cependant il ne put se résigner à subir les humiliations dont Aguado cherchait à l'abreuver. I résolut de partir pour l'Espagne, afin d'éclairer la religion indignement surprise de Ferdinand et d'Isabelle, et de soumettre sa cause à leur justice. Avant de s'embarquer, il nomma son frère Barthélemy adelantado ou vice-gouverneur, pour commander dans l'île pendant son absence, Malheureusement il établit chef de la justice un homme qui était indigne de ces hautes fonctions, et qui devait abuser de l'autorité que lui conféra l'amiral; cet homme s'appelait Roldan.

Croyant parvenir plus promptement au terme de son voyage, Colomb cingla droit vers l'Espagne. Tous les ma-

rins savent aujourd'hui que les vents alisés qui, dans ces

il devait {s contre ne de la

investi, on et les e plut à Il invita mb à se r justice.

butes les s les sou- ; d’accuidamner

e preuve ne put se erchait à à d'éclaiet d'Isavant de elantado pendant a justice IS, et qui ral; cet

de son les ma-

lans ces

parages, soufflent toujours de l’est, rendent cette navigation très-diflicile, et que, pour éviter les vents contraires, les navires revenant des Indes occidentales doivent d’abord se diriger vers le nord. Colomb ignorait cela, et sa marche était si lente dans la direction à s’obstinait son inexpérience, qu'au bout de trois mois il était encore en pleine mer; il avait presque entièrement épuisé ses provisions, el se vit forcé de réduire considérablement la ration de chaque homme de son équipage; mais, pour prévenir les plaintes et les murmures, il se soumit aux mêmes privations que le dernier de ses matelots.

Cependant l’équipage, dont la faim excitait la fureur, conçut l’horrible dessein d'égorger les Indiens qui étaient à bord et de se nourrir de leur chair, ou, du moins, de les jeter à la mer, pour être affranchis de la nécessité de par-

. tager avec eux le peu de vivres qui restaient. Dans cette

situation critique, Colomb, toujours fidèle aux principes d'humanité qui réglaient sa conduite, se plaça entre les Indiens et les forcenés qui voulaient attenter à leur vie ; il représenta à ceux-ci que les indiers étaient hommes comme eux, et que, partageant leurs souffrances, ils devaient avoir leur part dans le reste des provisions. Il parvint ainsi à faire rougir les Espagnols de leur projet exécrable, à réveiller la pitié dans leurs cœurs. Enfin on aperçut les côtes d'Espagne, et Colomb put paraître devant le tribunal qui devait prononcer entre lui et ses accusateurs.

Il se présenta devant ses juges avec une nobie fermeté, avec l'assurance que donnent une cause juste et une conduite irréprochable, Peu de mots lui suffirent pour sa justi-

lication, Ses juges eurent honte d'avoir prêté l'oreille à la \i

calomnie, et Colomb, absous, vit ses ennemis de nouveau réduits au silence, La haine se tut devant ce triomphe solennel du génie et de la gloire; et lorsqu'il étala sous les yeux de la cour les trésors qu'il avait rapportés, Ferdinand et son épouse S'eflorcérent de faire oublier, par les nouveaux honneurs dont ils comblèrent l'amiral, le tort d’une accusation trop facilement accreillie.

Aussi s'empressa-t-0on d'accéder à toutes ses demandes, d'agréer toutes ses propositions ; il retrouvait l'enthousiasme qui avait signalé son premier retour en Espagne. Il voulait d'abord que le gouvernement donnât des garanties de stabilité à la colonie fondée dans l'île Espagnole, en y envoyant un grand nombre de cultivateurs, d'artistes de toute espèce ; de cette manière, la colonie devait se suflire à elle-même, au moyen de ses propres ressources. Cette mesure si sage fut approuvée par le gouvernement; mais une autre proposition que Colomb soumit à Ferdinand ne lit point honneur à la perspicacité de l'amiral, et fut une grave erreur dont les conséquences Jevaient être bien funestes aux pays nouvellement découverts.

Coinme il craignait qu'une émigration trop considérable de colons pour le nouveau monde ne dépeuplât l'Espagne, il conseilla au gouvernement espagnol de transporter à Hispaniola tous les malfaiteurs condamnés à mort ou aux galères, et de les employer à l'exploitation des mines d’or.

On suivit ce conseil, et lon prescrivit aussitôt à tous les uibunaux espagnols de faire sortir de prison tous les criminels détenus, et de condamner, à l'avenir, à être transportés aux Indes occidentales ceux qui auraient mérité le

dernier supplice, Or, comment Colomb, qui avait, dans tant

nouveau nphe sosous les erdinand les nouort d’une

mandes, ’enthoupagne. Il garanties ole, en y tistes de se suflire es. Cette ‘nt; Mais inand ne t fut une bien fu-

sidérable Espagne, porter à L Où aux nes d’or.

à tous les es crimir'anspornérité le

lans tant

d'occasions, fait preuve de sagesse et d’habileté, comment Colomb, si jaloux de la prospérité future des établissements espagnols dans le nouveau monde, ne prévoyait-il pas quels germes de confusion et de désordres allait répandre l’arrivée de ces hommes corrompus, dans une colonie qui devait se peupler ainsi de voleurs, d’assassins et de bandits de toute espèce ?

Quoique le monarque eût donné des ordres précis pour le prompt armement de la flotte, cependant il fut encore retardé par les intrigues des ennemis de l'amiral. Au bout d'une année, le chargement des deux navires qui devaient porter à la colonie les vivres et les autres provisions dont elle avait besoin était à peine achevé, et, quand ces deux navires furent expédiés pour l’île Espagnole, une année s’écoula encore avant que l’escadre avec laquelle Colomb devait faire de nouvelles découvertes pût mettre à la voile.

En s’embarquant pour cette nouvelle expédition, Colomb prit une route nouvelle ; il espérait, en la suivant, découvrir enfin ce continent qu’il supposait toujours être l'Inde. Lorsqu'il fut arrivé aux Canaries, il continua à naviguer dans la mème direction, jusqu'aux îles du cap Vert, qui avaient été découvertes par les Portugais ; mais, en s'éloignant des Canaries, il envoya à l’île Espagnole la moitié de son escadre porter à la colonie des rafraichissements, et enjoignit aux commandants de ces vaisseaux de hâter leur marche. Quant à lui, il dépassa la première des iles du cap Vert, appelée l'Ize be Sas, ou à Sel, et jeta l'ancre dans le voisinage d'une petite île stérile dans laquelle les Portugais ont établi wir hôpital destiné à recevoir

tous leurs lépreux,

EE

ie a

Reese nr gnome

Une circonstance singulière avait déterminé l'établissement d'un hôpital dans cet endroit : les nombreuses tortues qui viennent, de la côte d'Afrique, déposer leurs œufs dans le sable, sur le rivage de cette petite île, se laissent prendre facilement, car, une fois renversées sur le dos, elles ne peuvent plus s'échapper. Or, on avait observé que la chair etle sang de ces animaux amphibies, employés, un comme aliment, et l'autre comme lotion, étaient un remède efficace contre la lèpre, Mais, outre ces tortues, on voyait dans cette île une grande quantité de chèvres qui s'y étaient ainsi

multipliées, depuis qu'un Portugais y avait transporté huit chèvres d'Europe. Du reste, on n'y trouvait ni arbres, ni eau douce, et les lépreux étaient réduits à boire l'eau de pluie qui avait croupi dans le sable, Aussi Colomb ne trouva-

tablissees tortues eufs dans t prendre | elles ne e la chair in comme le eflicace yait dans aient ainsi

sporté huit arbres, ni ‘e l'eau de ne trouva-

t-il dans ce lieu insalubre que sept personnes en bonne santé,

De là, déterminé à ne tourner à l’ouest qu'après avoir atteint l'équateur ou la ligne, ce cercle imaginaire qui divise la terre en deux parties égales, il continua à courir au sud; mais, lorsqu'il se fut avancé jusqu'au troisième degré de latitude septentrionale, un calme plat surprit ses bàliments et en arvèta tout à coup la marche, En mème temps, les rayons du soleil perpendiculaire tombaient sur ia tête des hommes des équipages, et les accablaient d’une si insupportable chaleur, qu'ils cherchaient partout des abris contre cette ardeur dévorante qui entr'ouvrait les tonneaux et corrompait l'eau et les vivres. La consterration, le désespoir régnaient sur les navires, qui étaient brülants; on craignait de les voir consumés par le feu. Pour comble de malheur, dans ce moment de crise et d'effroi pour les équipages, Colomb, tourmenté par la goutte, conséquence de ses fatigues et de ses veilles, était en proie aux plus vives douleurs.

Enfin le ciel prit en pitié tant de souffrances; il tomba une pluie si abondante, qu'il était presque impossible de se tenir sur le tillac. Cette pluie diminua fort peu, il est vrai. la chaleur qui était étouffante; mais du moins, les équipages purent renouveler leur provision d'eau. D'un autre côté, le calme qui enchaînait, en quelque sorte, les navires, cessa et rendit l'espoir à ces hommes dont la vie allait s'éteindre dans les convulsions d'une longue agonie, Alors ils supplièrent Colomb de renoncer à son projet de gouverner au sud : vaincu par leurs prières, il se dirigea vers l'ouest.

Après quelques jours de navigation, les cris de terre! terre! retentisent dans les hunes et furent répétés par les équipages; l'île qui apparaissait à l'horizon se présentait sous la forme de trois montagnes : cet aspect bizarre lui fit donner par l'amiral le nom de Trinité, nom qu’elle à conservé, Elle est située près de l'embouchure de l'Orénoque, où l'on trouve des singes si singuliers, et que l'on prend de la manière suivante, Quand les chasseurs ont aperçu quelques-uns de ces animaux dans un arbre, ils placent au pied de cet arbre une bouteille dans laquelle ils ont mis du maïs. Aussitôt qu'ils se sont éloignés, un singe descend de l'arbre etintroduit sa patte dans la bouteille, d'où il ne peut

plus la retirer, parce qu'il la remplie de maïs. Alors les

chasseurs arriventet saisissent l'animal, dont la gourman-

de terre!

és par les wésentait re lui fit le a conrénoque, on prend it aperçu lacent au nt mis du scend de il ne peut

lors les

dise est telle, qu'il aime mieux devenir la proie des chasseurs que de lâchér le maïs qu'il a ramassé avec sa patte. L'Orénoque est un fleuve qui, à quelque distance de Trinidad, se décharge dans la mer avec une telle impétuosité, qu'il rend Ja navigation très-dangereuse. Les vagues, amoncelées, se heurtent, se brisent; malheur au vaisseau qui se laisse entraîner dans ce tourbillon, car il s'expose à ètre mis en pièces! Les navires de Colomb coururent « danger : se trouvant aventurés au milieu de cette lutte épouantable des vagues en fureur, tantôt soulevés à une hauteur prodigieuse, tantôt roulant dans l'abime qui semblait entr'ouvert pour les engloutir, il étaient ballottés dans tous les sens, comme des volants que chasse la raquette. Colomb eut besoin de toute son habileté pour se dégager de cette position, en s’échappant par un détroit qui paraissait si affreux, qu'il lui donna le nom de la Bocca del Drago, ou la gueule du dragon : il est situé entre Trinidad etla côte de Cumana, qui formait une partie de la Terra-Firma, ou la terre ferme. Ainsi donc, Colomb avait aussi découvert le continent de l'Amérique ; car la vue d'un aussi grand fleuve que l’Orénoque, sortant de cette terre et se précipitant dans l'Océan, l'avait convaincu que ce ne pouvait être une île. Ne doutant plus qu'il n'eût touché enfin la terre ferme du nouveau monde, il continua à gouverner à l'ouest en longeant la côte, et descendit plusieurs fois à terre, Les habitants qu'il rencontra lui parurent avoir beaucoup de ressemblance avec ceux de l'île Espagnole; toutefois ils se distinguaient de ces derniers par l'esprit, le courage et la blancheur de leur teint, Leur parure était la même ; elle se

composail de feuilles d'or et de perles qu'ils échangeaient

LT te ne ee mme men come 0

Le

avec plaisir contre des jouets d'Europe. Un d'eux s’approcha un jour de Colomb, qui était descendu à terre pour respirer le frais, lui ôta de la tête un bonnet de velours cramoisi, qu'il remplaça par une couronne d'or. Supposani avec quelque raison que cet homme était un cacique, Colomb lui témoigna beaucoup d'égards et lui fit des présents.

Ces indigènes s’enveloppaient la tête d'un mouchoir de coton de diverses couleurs ; une pièce de mème étofle couvrait le devant de leur corps depuis la ceinture jusqu'aux genoux; ils portaient une longue chevelure et avaient pour armes des arcs, des flèches et des boucliers.

Colomb désirait s'arrêter dans ce pays pour en explorer l'intérieur; mais sa mauvaise santé et les avaries de ses vaisseaux, qui avaient besoin d’être réparés, le forcèrent d'ajourner ses recherches et de retourner à l’île Espagnole. En naviguant vers cette île, il découvrit l'île Marguerite, à laquelle la pèche des perles a cepuis donné tant d'imporlance, et arriva enfin dans sa colonie, où il espérait goûter quelque repos, après les fatigues et les pénibles travaux d'un long voyage.

Mais ce moment du repos auquel aspire Colomb est encore bien éloigné; de nouveaux chagrins, de nouveaux périls l'attendent dans la colonie où il a laissé son frère Barthélemy; son courage et sa santé vont encore ètre soumis à de terribles épreuves.

Pendant l'absence de son frère, Barthélemy avait conduit les colons d'Isabelle dans un pays bien préférable, sous tous les rapports, à celui qu'il quittait; il y avait jeté les fondements d'une ville à laquelle il avait donné le nom de Saint-Domingue, en l'honneur de Dominico, son père.

s'appro-

rre pour > velours ju pposani ique, Coprésents.

ichoir de tofle coujusqu'aux tient pour

à explorer es de ses forcèrent spagnole.

guerite, à d'impor-

‘ait goûter S (ravaux

nb est ennouveaux son frère icore être

avait conréférable , avait jeté né le nom

son père.

Cette ville, qui est encore florissante aujourd’hui, à été, pendant longtemps, une des plus considérables des Indes occidentales ; elle a donné son nom à l'île tout entière.

Lorsque Barthélemy eut achevé l'établissement de cette nouvelle colonie, il se dirigea, avec une partie de ses forces, vers les parties de l'ile où Colomb n'avait pas pénétré, afin de les visiter, et laissa le grand juge Roldan à Saint- Domingue, avec le reste des troupes. Mais cet homme répondit à la confiance du gouverneur par lingratitude la plus noire : cherchant les moyens de perdre les deux frères et de s'emparer de l'autorité exclusive dans l’île, il en trouva l'occasion dans le départ de Barthélemy et dans l’éloignement de Colomb, et s’eflorça, par des manœuvres perfides, de soulever contre eux les Espagnols qu'il commandait. I] parvint à en mettre le plus grand nombre dans ses intérèts, à en faire les complices de son ambition criminelle, Il se fit déclarer leur chef, et, prenant les armes contre l’adelantado, il s'empara de toutes les provisions et tenta d'enlever le fort qui avait été construit à Saint-Domingue. La vigilance du commandant, resté fidèle à son devoir, fit avorter cette tentative ; Ro'dan fut forcé de s'éloigner avec les Espagnols qu'il avait entraînés à la révolte, et de se retirer dans une autre partie de l'île. Les révoltés voulurent recruter des auxiliaires parmi les Indiens qui l'habitaient, el tel fut le succès de leurs suggestions perfides, qu’en peu de temps l'ile tout entière reconnut la domination de Roldan.

Les trois navires chargés de vivres que Colomb avait expédiés des Canaries n'étaient pas encore arrivés dans l'ile ; il devait craindre qu'ils n'eussent péri; mais, quoiqu'ils

n'eussent pas éprouvé ce malheur, ils n'en étaient pas moins perdus pour l'amiral. Écartés de leur route par les tempêtes et par les courants, ces bâtiments avaient erré longtemps sur les flots ; ils abordèrent enfin à l’île Espaynole, sur la côte occupée par Roldan et ses complices. Roldan se garda bien d'instruire de sa rébellion les commandants des trois navires, et leur fit débarquer une partie de leur monde, qu'il devait lui-même conduire à Saint- . Domingue. Cette ruse obtint le succès qu'il s’en était promis. Dès que les hommes débarqués, et qui, pour la plupart, sortaient des prisons de l'Espagne, connurent les projets de Roldan, ils s'empresserent de se ranger sous ses drapeaux, car là il y avait pour eux espérance de pillage. Ainsi Colomb expiait, à ses dépens, le funeste conseil qu'il avait donné au ouvernement espagnol.

L'arrivée de ces trois navires, qui entrèrent dans la rade de Saint-Domingue quelques jours après le retour de Colomb, ne pouvait lui être que d’un très-faible secours, car ils avaient débarqué, dans une autre partie de l'île, presque toutes les troupes qu'ils portaient, et consommé les provisions qu'ils avaient à bord pendant leur traversée, qui avait été si longue. Fier de sa supériorité et joignant l'insolence à la perfidie, Roldan insultait par ses moqueries à la faiblesse de l'amiral, privé des moyens de ressaisir son autorité.

Indigné de cette conduite infâme, Colomb fut un moment tenté, pour venger son injure et punir un traître, de se mettre à la tête du petit nombre de soldats qui lui étaient restés fidèles, et d'aller attaquer Roldan; il préférait la mort sur un Champ de bataille à la honte d'essuver dans

nt pas par les nt erré Espaiplices.

S CONIe partie , Saintit prola pluent les sous ses pillage.

eil qu'il

; la rade de Coecours , e l'ile, 1sommé versée, joignant queries isir son

moment », de se i étaient érait Ja rer dans

l'inaction les outrages des révoltés. Mais Colomb, sacrifiant ses ressentiments aux intérêts de la colonie naissante, imposa silence à son amour-propre, qui lui conseillait le parti violent de la vengeance; 1l frémit à l'idée d’une guerre civile, et chercha à faire rentrer par la douceur les révoltés dans le devoir.

Son premier soin fut de faire publier la promesse d'un pardon général pour tous ceux qui abandonneraient le drapeau de la rébellion ; il négocia auprès de Foldan, à qui il promit également l'oubli du passé et son maintien-dans les hautes fonctions qu'il exerçait précédemment. Ces négociations trainèrent en longueur et causèrent beaucoup d’ennuis à l'amiral; mais enfin il parvint à son but; il put se féliciter d'avoir prévenu l’effusion du sang et fait renaitre la concorde et la paix dans l’île, par les seules voies de la conciliation.

Ensuite, il expédia un vaisseau pour l'Espagne, afin d’annoncer à sa cour la découverte de la terre ferme et la révolte qu’il avait comprimée, Il lui adressait les échamyillons des productions du continent, consistant en perles, en lingots d'or et en toiles de diverses couleurs et d’un tissu très-fin. À cet envoi était joint le journal ou registre sur lequel il avait retracé, avec une scrupuleuse exactitude, l'itinéraire de ses bâtiments, et consigné les faits les plus remarquables de son expédition. Mais, de leur côté, Roldan et ses complices firent parvenir au roi d'Espagne un mémoire dans lequel ils se disculpaient en accusant l'amiral, et les calomnies des sujets rebelles prévalurent auprès du monarque sur la vérité, dont le rapport de l'amiral était la fidèle expression.

Ce meme

Nous devons nous arrèter ici un moment, pour jeter un coup d'œil sur une autre partie du monde où s'accomplissaient des événements d’une grande importance, pendant que Colomb continuait ses explorations et ses décsuvertes dans les Indes occidentales.

Le roi de Portugal s'était repent trop tard de l'erreur qui lui avait fait repousser par un refus dédaigneux Îles offres de Colomb. Néanmoins, jaloux de réparer autant qu'il était en lui la faute qu'il avait commise, et d'illustrer son nonr par la gloire d'une grande entreprise, il se décida à faire des dépenses considérables pour trouver autour de l'Afrique le chemin des Indes orientales, chemin que lon cherchait en vain depuis si longtemps. I fit donc équiper une escadre, et en confia le commandement à Vasco deGama, marin qui joignait à des connaissances étendues, à un talent supérieur, une expérience consommée.

Comme Christophe Colomb, Gama eut à combattre des difficultés qu'on jugeait insurmontables : mais il en triompha, comme Colomb, parce qu'il avait une fermeté de caractère que nul obstacle ne pouvait détourner de l'exécution des projets qu'il avait formés. Aussi est-ce en vain que les côtes d'Afrique, qu'il longe sans les connaître, dressent, pour l'arrêter, leurs longues chaînes hérissées de rochers : il brave leurs écueils et leurs bancs de sable ; en vain les orages et les tempètes déchaînent contre lui leurs fureurs pour mettre en pièces ses navires construits sans art el sans solidité; son courage inébranlable surmonte toutes ces dificultés, franchit toutes les barricres qui s'opposent à son audace, et enfin ilatteint le cap de Bonne-Espérance, qui

est la pointe la plus méridionale de Afrique. Mais il ne S'v

{er un mplisendant ivertes

"erreur ‘ux Îles

autant Ilustrer : décida tour de jue l'on équiper eGama,

vun (a-

autre des h (riomle caracxécution à que les lressent, rochers :

vain les s fureurs ns art el oules ces ent à son ance, qui

il ne S'v

repose qu'un moment : il s'avance au delà, et, remontant la côte opposée, il arrive à Mélinde, située sur la côte de Zanguebar,

I s'attendait à y trouver des peuples barbares et sauvages, comme ceux qu'il avait rencontrés le long des côtes d'Afrique ; mais il fut agréablement surpris en trouvant à

Mélinde une nation dont la civilisation avancée rappelait

celle des peuples d'Asie : les relations de son commerce.

Page 1