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Alors le goût des explorations lointaines s'empara de tous les esprits, tourmentés du désir de faire des découvertes. On vit alors rois et républiques, nobles et bourgeois, rivaliser d’ardeur pour se lancer dans cette carrière périlleuse, équiper des vaisseaux et concourir aux dépenses qu'exigeaient de lointaines expéditions. Un des Espagnols qui avaient accompagné Colomb dans son second voyage détermina plusieurs négociants de Séville à armer quelques navires, et à les placer sous ses ordres pour faire des découvertes. Cet homme, qui se nommait Ojéda, demanda au gouvernement la permission de faire ce voyage; elle lui fut accordée sans qu’on eût consulté Colomb. Le département des Indes occidentales était, à cette époque, dirigé par l’évêque de Badajoz, ministre du roi et ennemi déclaré de Colomb. 11 ne suffit pas à la haine de cet indigne ministre d'humilier Colomb, en ne lui soumettant pas le frojet et la demande d’Ojéda; il ne rougit pas de communiquer à ce dernier, pour le diriger dans son expédition, le journal et les cartes marines de l'amiral.
Ojéda s’associa, pour l'exécution de son entreprise, avec un gentilhomme italien nommé Amerigo Vespucci, ou, selon les Français, Améric Vespuce. Quelques historiens assurent qu’Améric était négociant à Florence, etqu'ilétait né versl’an 1451. Élevé par Antoine Vespuce, son oncle, qui dirigeait une école fréquentée par la jeune noblesse de Florence, il s’y était fait remarquer par son application à la physique et aux sciences mathématiques, et devint un des hommes les plus instruits de son siècle. Aussi ne tarda-t-il pas à exercer
une grande influence sur ses compagnons, par l'ascendant de son expérience et de sa haute capacité. Devenu le chef réel de l'expédition, il aborda à la côte de Paria, en suivant la même route que Colomb , il y débarqua plusieurs fois pour y faire des échanges avecles indigènes, puis ils’avança en longeant la côte, afin de s'assurer que cette terre était une partie du continent, Lorsqu'il ne lui fut plus possible d'en douter, il retourna en Espagne, où il fit valoir avec tant d'habileté et de succès les résultats de son voyage, qu'il parvint à faire oublier les droits et les titres de Colomb à l'honneur d'une découverte si glorieuse et si importante.
La modestie est la compagne de la véritable grandeur ; l'homme de génie, celui qui mérite réellement ce nom, est étranger à tous les calculs de la vanité, aux intrigues de la médiocrité ambitieuse ; il attend la gloire sans la chercher ; il l'attend de la justice de ses compatriotes ou de la postérité.
Tel s'était toujours montré Colomb : en adressant à la cour d'Espagne le journal de ses voyages, il n'avait d'autre but que de l’instruire ; jamais il n'avait songé à le publier, à s'assurer ainsi des garanties contre une usürpation que d’ailleurs il ne prévoyait pas. Améric Vespuce, au contraire, avait l'orgueil des petites âmes ; il voulait obtenir à toute force une renommée qu'il ne méritait pas. Aussi, à peine fut-il de retour en Espagne, qu'il répandit des relations emphatiques de ses voyages; ces relations ne manquaient pas d'adresse, On crut sur parole l'homme qui, pendant que Colomb gardait le silence, se vantait d'avoir découvert la terre ferme. On s'habitua à le regarder comme l'auteur véritable de cette découverte, et il ravit ainsi à Colomb lhon-
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