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duquel il doit être vice-roi des contrées qu’il découvrira ; mais ses ennemis ne répondent à ses plaintes, à l’attestation de ses droits et de ses titres, que par l'outrage d’un dédaigneux silence !
Or, Colomb ne vouiait pas se condamner à la solitude
d'une retraite qui lui aurait épargné le spectacle des triomphes de l'envie et de la bassesse. Préoccupé de l'exécution
de nouveaux projets, la mort lui semblait préférable au repos. Peut-être songea-t-il un moment à offrir ses services à un autre souverain; mais les autres cours valaient-elles mieux que celle d'Espagne? Son expérience avait depuis longtemps résolu cette question.
Dans son dernier voyage, il avait d'abord cru que la côte qu'il avait découverte était une partie de l'Inde, qu'il supposait s'étendre jusque-là ; mais, éclairé sur son erreur par diverses circonstances et surtout par ses propres observations, il était aiors à peu près convaincu que cette côte appartenait à un nouveau continent. Cette opinion lui faisait présumer qu'une vaste mer pouvait s'étendre entre ce continent et l'Inde, et que, vers l'isthme de Darien, la terre était peut-être séparée par un détroit établissant la communication entre la mer Atlantique et l'océan inconnu, el pouvant, par celui-ci, conduire dans l'Inde.
Aux yeux de l'amiral, il était fort important de s'assurer si ce détroit existait; car son existence constatée devait épargner bien des détours et bien des longueurs aux vaisseaux, qui, dès lors, passant de l'Espagne dans l'Inde en traversant l'Amérique, n'auraient plus été forcés de suivre le chemin autour de l'Afrique découvert par Vasco de Gama. Cruellement offensé par le roi d'Espagne, Colomb
CHRISTOPHE COLOMB. 15 oublia les injustices et les humiliations qu'il avait subies, et faisant au monde, auquel il voulait encore être utile, le généreux sacrifice de son juste ressentiment, il se détermina à affronter les périls d'un nouveau voyage, à exposer sa vieillesse aux chances d'une lointaine expédition.
L'amiral trouva la cour disposée à seconder l'exécution du proj:! «il lui soumit; elle y voyait une occasion et un moyen d'éloigner un homme dont la présence l’embarrassait. Ferdinand et Isabelle espéraient être, par le départ de Colomb, délivrés de leurs remords ; en outre, ils comp- {aient toujours sur l'habileté de l'amiral, et attendaient d’heureux résultats de sa nouvelle entreprise ; ils se hâterent donc de faire équiper une escadre qui devait ètre placée sous son commandement.
Mais quatre misérables navires composaient cette escadre, et encore le plus grand de ces bâtiments atteignait-il à peine la moitié du port d’un vaisseau marchand ordinaire. Telles étaient les forces qu'on mettait à la disposition de Colomb pour une entreprise d’une si grande importance ; c'était avec une telle escadre qu’il devait s'élancer sur une
mer lointaine, inconnue, et trouver un chemin par lequel le gouvernement espagnol espérait accaparer les richesses
de l'Inde et enlever aux Portugais les avantages immenses de leur monopole.
C'est ici surtout qu'il faut admirer l'intrépidité de Colomb : tout autre que lui aurait reculé avec effroi devant les difticultés d'une entreprise réduite à de si faibles ressources, devant les dangers d’une expédition avec des bâtiments aussi chétifs. Enflammé par le souvenir de son premier
voyage, rajeuni, en quelque sorte, par l'espérance d’une
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