‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 28 sur 76 · acte de violence ? Sa maison fut mise au pillage, et les Espa · texte numérisé non relu

acte de violence ? Sa maison fut mise au pillage, et les Espa

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gnols se partagèrent son or, qui valait trois cents ducats.

Mais Quibione respirait que haine et que vengeance ; il préparait de terribles représailles contre ses ennemis. S'avancant à travers un bois épais qui dérobait sa marche aux Espagnols, il surprit la colonie, qu'il attaqua à l'improviste avec ses troupes, qui poussaient des cris épouvantables en lancant des flèches enflammées; il espérait mettre ainsi le

feu aux toits des maisons; lancées d’une trop grande dis-

tance, elles ne purent les atteindre. Mais il s’engagea un combat acharné dont l'issue pouvait être fatale à toute la colonie; le courage de Barthélemy la sauva. I chargea les Indiens avec tant de vigueur, qu'il les mit en déroute. La perte des Indiens fut considérable. Les Espagnols eurent un homme tué et quelques blessés, au nombre desquels se trouvait Barthélemy, atteint d'une flèche dans l'estomac; mais, heureusement, sa blessure ne fut pas mortelle.

Colomb espérait que cette défaite serait une leçon pour le cacique et qu'ilne se livrerait pas à de nouvelles hostilités contre les Espagnols: mais elle ne servit qu'à le rendre plus furieux. et sa haine menaçait ses ennemis d'une vengeance dont les Espagnols auraient fini par être victimes, si, cflrayés des périls dont ils étaient menacés, ils n'eussent déclaré qu'ils préféraient les chances dangereuses d'une longue navigation au sort qui les attendait sur une terre où ils avaient à redouter les attaques incessantes d'un ennemi aussi implacable, L'amiral, vovant leur désespoir et la détermination qu'il leur avait inspirée, ne put se refuser à les recevoir à bord de son vaisseau ; abandonnant un de ses bâtiments qui ne pouvait plus tenir la mer, il mit à la voile

avec les trois autres, qui étaient aussi en trés-mauvais état,

Ù Hnavait qu'un désir, c'était de pouvoir gagner l'ile Espaunole avec ses vaisseaux endommagés; il avait reconnu l'impossibilité de s'en servir pour retourner en Espagne : mais la petite escadre fut assaillie par des ouragans violents. qui sont très-fréquents sur cette mer, L'expérience de Colomb, ses conseils et ses exhortations ne pouvaient relever le moral de ses équipages, parmi lesquels régnaient le désordre et la confusion, Ses ordres n'étaient pas exéeutés. En vain prescrivait-1l les plus sages dispositions, sa voix n'était pas entendue, I vit périr un de ses vaisseaux lorsqu'il était encore sur les côtes de la terre fermes de larges voies d'eau s'étaient déclarées dans les deux autres : les efforts réunis des équipages et le jeu continuel des pompes les empèchérent de couler, Colomb ne s'etait peutètre pas encore trouvé dans une situation aussi critique: il fit gouverner vers File de Cuba, où il espérait pouvoir faire reposer ses équipages el réparer ses detix Vaisseaux si délabrés. fut rejeté loin des côtes de Cuba par une nouvelle tempête, au moment'où il se disposait à aborder dans celte ile. Les deux vaisseaux, poussés Fun contre Fautre par un vent impétueux, s'entre-choquerent avec tant de violence, que tous ceux qui étaient à bord crurentqu'iis allaient s'entrouvrir et se préparaient déjà à fa mort.

Toutefois, les navires résistérent ce choc terrible et parvinrent jusqu'à la côte de fa Jamaique: Famiral réussit, par —— une habile manceuvre. a tes faire échouer lorsqu'ils étaient pres de couler à fond: Sileût tarde an moment. een étui fut de lui et de tous ses compagnons.

Le radoubenent des vaisseaux présentait des difficultés

imsurmontables: leurs avaries étaient stconsidérables qu'on

ne pouvait espérer de les remettre en état de tenir la mer. Cependant l'amiral ne voulut pas les démolir; sa prudence ordinaire lui fit juger que, tels qu'ils étaient, ils offraient à ses équipages plus de sécurité que le séjour à terre; en restant avec eux sur ces débris, on était à l'abri des attaques des naturels du pays, et les Espagnols trouvaient moins d'occasions de provoquer par une conduite imprudente leur mécontentement et leur vengeance; il appréciait l'imporlance et les avantages de leur alliance et de leur amitié. Les vaisseaux furent donc étayés des deux côtés; on construisit des baraques sur les ponts, et il fut défendu aux équipages d'aller à terre,

L'amiral n'eut qu'à s'applaudir de ces prudentes mesures car les Indiens s’empressérent de venir à bord. Colomb avait donné ordre qu'on leur fit un bon accueil ; aussi témoignaient-ils beaucoup de confiance et d'amitié aux étrangers; ils apportaient des vivres en abondance, trop heureux de dcnner deux oies pour une feuille de clinquant, un pain fait de racines de manioc pour un grain de verre, et les objets auxquels ils attachaient le plus de prix pour une sonnette,

Cependant il fallait songer aux moyens de quitter cette ile :1l y eut un grand conseil à bord du vaisseau de amiral, CLon ÿ diseuta cette question importante, Tous furent d'avis quon devait instruire de leur détresse le gouverneur de l'Espagnole et le prier d'expédier un navire sur lequel ils S'embarqueraient, Mais comment lui faire parvenir cet avis? Une restait pas une seule chaloupe à l'amiral, et plus de trente lieues séparent la Jamaique de l'ile Espagnole.

Les manieres affables et la levauté de Colomb avaient

inspiré aux Raturelis un si vif attachement pour lui, qu'ils

consentirent à lui vendre plusieurs de leurs canots ; ce n'étaient que des troncs d'arbres creusés, informes et gros-

siers bateaux avec lesquels où pouvait tout au plus naviguer le long de la côte: ils ne pouvaient résister au plus faible vent, et la moindre vague devait les submerger, Entreprendre un aussi long voyage avec d'aussi frèles embareaions, c'était s'exposer à une mort presque certaine ; cependant les dangers n'effrayérent pas deux des compagnons de Colomb; l'Espagnol Mendes et le Génois Fiesehi se dévourrent courageusement pour le salut de Famiral et de ses

équipages, En conservant les noms de ces deux hommes

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intrépides, en les transmettant à la postérité la plus reculée, l'histoire à rendu un légitime hommage à leur dévouement héroïque ; elle a rempli le devoir de la justice et de la reconnaissance envers les sauveurs de Colomb.

Ils prirent chacun un canot particulier et sy embarquèrent avec six Espagnols et quatre sauvages qui devaient faire le service de rameurs, Il fut convenu que dès qu'ils seraient parvenus à l'île Espagnole, Fieschi viendrait en donner avis à l'amiral, tandis que Mendes se rendrait par terre à Saint-Domingue, pour s'acquitter auprès du gouverneur de la commission dont il était chargé. Ils partirent done, accompagnés des vœux ardents de leurs malheureux compagnons pour le succès de leur voyage.

Ils avaient déjà navigué pendant quarante-huit heures . en ayant beaucoup à souffrir d'une chaleur insupportable, et suivaient exactement la direction que l'amiral leur avait prescrite, lorsqu'ils commencèrent à craindre de s'être éloignés de la véritable route et de s'être avancés dans la haute mer bien au delà de Saint-Domingue, Qu'on juge des angoisses auxquelles furent livrés ces hommes, qui avaient déjà épuisé leur faible provision d'eau douce et qui étaient tourmentés par une soif ardente, Quelques-uns des sauvages tombèrent morts sous les yeux de leurs compagnons épouvantés, el qui, s'attendant à éprouver le mème sort, don naient les signes d'un affreux désespoir. Is crovaient trouver un soulagement en remplissant leur bouche d'eau de mer qui rafraichissait leur langue; mais bientôt leur soif irritée augmentait leurs souffrances.

Tout à coup l'espérance releva leurs âmes abattues, ra-

nina leur courage, C'était la nuit: la lune, apparaissant

soudain à l'horizon, leur permit d': percevoir du côté où elle s'était levée une éminence formée par un rocher: ils l'eurent bientôt reconnu; ils croyaient se trouver dans le voisinage d'une île et Achèrent d'y arriver à force de rames, 15 y arrivérent en effet, mais une triste réalité dissipa leurs illusions: cette ile, où ils espéraient trouver le terme de leurs maux et de leurs souffrances, n'était qu'un rocher stérile, sans aucune apparence de végétation; malgré leur désespoir,, ils voulurent la parcourir. Hs descendent donc de leurs canots; mais à peine ont-ils fait quelques pas, qu'ils trouvent de l'eau en abondance dans le creux des rocs : c'était de l'eau de pluie claire et fraiche comme celle d'une citerne, La découverte d'un pareil trésor leur fait oublier la modération qu'une privation si longue leur rendait si nécessaire: ils se jettent avec avidité sur cette eau, ils s'en gorgent outre mesure : les uns paient instantanément de leur vie leur excès; d'autres, victimes de la même imprudence, Pexpieni par la fièvre, la consomption où lhydropisie.

Cependant ces infortunés avaient pu satisfaire le plus pressant de leurs besoins, mais ils souflraient encore d'autres privations non moins cruelles ; heureusement pour eux, la mer jeta sur le rivage quelques poissons dont la chair suflit pour apaiser leur faim. Alors les deux commandants des canots se décidérent à faire prendre à leurs compagnons un peu de repos sur ce rocher solitaire, pendant a chaleur du jour; is se rembarquèrent vers le soir, et après avoir roné toute la nuit, éclairés par la lune, qui semblait compair a leur triste sort, aux souffrances qu'ils avaient éprouvées, ils saluérent enfin de leurs cris joyeux la côte occr-

dentale de File Espagnole et y abordérent.

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% elle ‘ent age (l Le D nl l5 y J 'urs ul'S | VII ile, CS— UrS ou- ; : ; Révolte de Porras. — Colomb est abandonné par ses compagnons à la Jamaique. faut — Retour des révoltés. — Menace de famine. — L'éclipse de lune. — Adresse ne | de Colomb, — Guerre civile entre les Espagnols, — Arrivée d’un vaisseau à la falé maique, — Colomb s'embarque pour Saint-Domingue. — Son retour en Espa- Vus ; ARE > cu gne, — Mort de la reine Esabelle, — Injustice de la cour. — Mort de Colomb.— re: Sa sépulture à Séville, — Migration de ses cendres. — Son portrait. — Admiré nistration d'Ovando à Saint-Domingue. — Affreuse dépopulation de l'île Espagnole, — La reine Anacoana, — Perfidie d'Ovando envers elle. — Elle est L] , , , + ‘ Cul peudue, — Barthélemy de Lascasas en Amérique. — Son zèle pour la cause des eni Américains, — Le fils ainé de Colomb fait assigner en justice le roi Ferdinand.— I gagne son procès. — Jean Ponce à Porto-Ricco, — Le chien Bezerillo. — Vélasquez à Cuba. — Résistance du cacique Hatuey. — El est brülé vif. — Paroles "es: qu'il prononce avant de mourir, — Une tradition indienne, — La fontaine de Jouvence, — Découverte de la Floride.

Pendant que Mendes et Fieschi affrontaient de si grands

périls pour secourir leurs frères restés à la Jamaïque, ceux-

—— Fa “A

ci attendaient avec impatience le retour de celui qui devait

QUE leur apporter la nouvelle de l'heureuse arrivée de son cama- AUDE ade à l'île Espagnole, Les regards sans cesse attachés sur dun la mer, ils se consumaient dans les angoisses de cette Fu attente douloureuse ; enfin , tout à fait découragés, ils dés-

espérérent de revoir Fieschiet se persuaderent que les deux | :1

us

té

envoyés avaient péri dans les flots. Ils devaient donc se r'ésigner à mourir loin de leur patrie; il ne leur restait plus de chances pour quitter cette terre qui allait devenir leur tombeau !

Alors, poussant des cris de désespoir, ils s’en prirent à Colomb de leur malheur; ils l'accusèrent de les avoir conduits à une mort inévitable bientôt aux plaintes et aux malédictions succédèrent des clameurs séditieuses, et la révolte ne tarda pas à prendre un caractère menaçant pour les jours mêmes de l'amiral. L'aveugle fureur des révoltés demandait une victime, et c'était Colomb qu'elle désignait aux coups d'une stupide vengeance.

Il était alors retenu au lit par la goutte; la plupart de ses gens étaient malades ; tous ceux qui se portaient bien prirent parti pour deux frères nommés Porras, chefs de la révolte, L'amiral était couché lorsque l'aîné des deux frères, s'approchant de lui, lui demanda d'un ton insolent pourquoi il s'obstinait à ne pas retourner en Espagne. Colomb lui ré-

pondit avec douceur qu'il ne demandait pas mieux que d'y

retourner, mais qu'il n'en voyait pas le moyen, et que si quelqu'un pouvait le lui indiquer, il s'empresserait de profiter de cet avis ; il ajouta qu'il allait réunir tous les officiers en conseil pour délibérer sur le parti qu’on devait prendre,

Cette réponse, dictée par la raison, ne produisit aucun effet sur Porras: au contraire, devenu plus insolent, il signifia à Colomb qu'il n'était pas venu le trouver pour entendre ses discours, et qu'il était décidé à partir à l'instant mème : € Mes amis, s'écria-t-il en s'adressant aux équipages rassemblés, que ceux d'entre vous qui veulent me

suivre s'avancent ls Ces paroles furent le signal d'une ré-

volte générale , et presque tous les Espagnols se rangèrent du côté de Porras en criant : « Nous sommes prêts à te suivre! » À ce cri, Colomb s’élance de son lit, malgré les souffrances qu'il éprouve, et, malgré sa faiblesse, il veut faire rentrer les révoltés dans le devoir; mais ses domestiques, craignant avec raison qu'il ne soit tué, l'arrètent et le forcent à rester au milieu d'eux; ils s'opposent également au mouvement téméraire de Barthélemy, qui se précipitait au milieu des rebelles, une demi-pique à la main, pour châter leur trahison.

Cependant ceux-ci, s'étant emparés de dix batelets qui avaient été vendus par les sauvages à l'amiral, s'embar-

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