‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 3 sur 76 · DE ES · texte numérisé non relu

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iv ;JSSAE SUR LA VIE

Houreux dans cette retraite studicuse, Campe avait commencé divers ouvrages d'éducation, lorsque le duc de Brunswick, juste appréciateur de ses talents, le nomma cousciller des écoles dans le duché de Brunswick et chanoine du chapitre de Saint-Syriaque. Campe n'avait pas sollicité ces deux places; loin de là, il eüt préféré le repos dont il jouissait à Tristow aux honneurs qui devaient l'éloigner de ses élèves chéris; mais il y avait là aussi des devoirs à remplir, et il pouvait encore être utile. Ces considérations l'emportèrent sur ses goûts ; il en fit le sacrifice à sa patrie. El arriva à Brunswick en 1787, et l'accueil distingué que lui fit le prinee le confirma dans l'espoir qu'il ne serait pas contrarié par le pouvoir dans l'exercice de ses fonctions, À peu près à la même époque, il obtint la direction de la librairie d'éducation de Brunswick,

Campe avait déjà publié plusieurs ouvrages qui avaient contribué à appeler sur l'auteur l'attention publique; le premier, qui avait pour titre : les Facultés dont est douée l'âme humaine de sentir, de penser, etc., et publié en 1776, était un petit traité dans lequel l'auteur exposait avec bearcoup de clarté les principes de la philosophie et les mettait à la portée de la jeunusse ; il les résuma ensuite dans un autre livre, la Petite Psycologie pour les Enfants, qui parut à Hambourg en 1780. Un troisième ouvrage, qui eut heaucoup plus de succès, le Livre de Morale à l'usage des Enfants, avait signalé et caractérisé en même temps le taleat spécial de Campe pour un genre de composition dans lequel il devait être supérieur.

Mais ce fut le Robinson Crusoé en dialogues qui placa Campe au premier rang des auteurs qui travaillaient pour le jeune âge; il avait, il est vrai, imité l'ouvrage de Daniel de Foé; toutefois, si le fond ne lui appartenait pas, si les principaux épisodes de cette Odyssée si intéressante étaient empruntés de l'œuvre de l'auteur anglais, il avait su donner à l'imitation des formes qui constituaient le mérite de l'originalité pour l'écrivain allemand, Comme il destinait son ouvrage à l'enfance, il trouvait dans le dialogue un moyen d'explication pour faire pénétrer plus facilement les nolions de morale et de science dans les jeunes intelligences; le dialogue lui permettait d'entrer dans des détails pleins d'intérèt, de suspendre le récit par des digressions de différente espèce, mais qui toutes concouraient au même but. D'un autre côté, Campe avait évité le défaut principal reproché à l'auteur anglais, souvent diflus, et dont la narration est quelquefois surchargée d'un luxe de dissertations scientiliques qui fatiguent le lecteur. Campe a retranché ces hors-d'œuvre pour y substiluer, mais dans une juste mesure, des réflexions qui sont à la portée du jeune âge : 4-3. Rousseau voulait que Robinson Crusoë fût la première lecture de son Émile. On doit croire que s'il avait connu l'ouvrage de Cempe, il l'aurait préféré au livre de Daniel de Foé.

Le Hvbinson Crusoé allemand a été traduit dans toutes les langues de l'Europe, et mème en turc ; il en existe sept ou huit traductions françaises ; Campe en donna lui-même une traduction latine en 1781. M. Goffaux, professeur de troisième au Lycée Impérial (aujourd'hui collége de Louis-le-Grand), publia aussi, en 1808, une traduction, ou plutôt un résumé en latin de l'ouvrage de Campe; le Robinson Crusous de ce professeur distingué, dont la mémoire est restée chère à ses anciens élèves, écrit avec une simplicité élégante, a été souvent réimprimé, et nous trouvons dans la préface de ce traducteur quelques lignes qui expliquent la préférence qu'il a donnée à Campe sur l'auteur anglais : &« Cüm autem Robinsonis Anglici fabularis historia multà digressione lururict atque in omnibus quæ ad pueros pertinent satie-

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tati fastidioque sit occurrendum, placuit potissimüm seligere oplima ex simili de eodem Robinsone fabuld quam germanicé scripsit Henricus Campe. Hunc igitur auctorem ed lubentiùs secutus fui, Gudd ejus narratio aspersa sit sententiis quibus juvenum animi ad pietatem, constantiam et sobrietatem informentur. » M. Goffaux, en regardant l'ouvrage de Campe comme un excellent cours de morale mise en ac tion, l'appréciait avec beaucoup de justesse.

Ainsi, ce n'était pas seulement comme instituteur, mais aussi comme auteur de livres estimables que Campe avait été désigné au choix du duc de Brunswick pour remplir les fonctions importantes dont il venait d'être chargé, Il se montra digne de la confiance dort l'honorait son souverain. L'instruction publique, dirigée par un homme dont le zèle répondait à son habileté et à son expérience, fit de rapides progrès dans le duché de Brunswick; les anciennes écoles furent soumises à de sages règlements, qui devaient fortifier les études; de nouveaux établissements se formèrent pour recevoir de nombreux élèves, et l'activité infatigable de Campe embrassait toutes les parties d'une administration compliquée. I ne se reposait pas sur d'au: es de la surveillance incessante dont ses fonctions lui imposaient le devoir ; il visitait lui-même toutes les écoles, depuis l'établissement fréquenté par les enfants des plus riches familles jusqu'à l'humble classe du village; il interrogeait les élèves, les encourageait par des récompenses, et, quand il avait remarqué parmi eux quelques enfants dont les dispasitions promettaient des talents, il les signalait à la bienveillance du prince, qui s'empressait de leur ouvrir la carrière où ils pouvaient se développer sous l'influence d'une généreuse protection. Un écrivain célèbre de l'Allemagne a dit avec raison, dans une notice consacrée à la mémoire de Campe, qu'il ne lui avait manqué qu'un plus vaste théâtre pour obtenir de, plus brillants résultats, et s'élever à une réputation plus éclatante.

Mais, à la fin de l’année 1788, sa santé, qui avait toujours été chancelante, le força de suspendre ses travaux ; les médecins lui conseillèrent de voyager, et il se rendit en France vers le milieu de l'année 1789.

Ce voyage lui avait été conseillé comme une diversion à des occupations pénibles auxquelles Campe se livrait avec une ardeur trop exclusive, avec un dévouement qui excédait ses forces. La France lui offrit le spectacle d’une révolution naissante ; à peine était-il arrivé à Paris qu'il entendit gronder le canon du peuple contre la Bastille, ct qu'il vit cette forteresse s’écrouler sous les efforts de l'insurrection. Sans doute les médecins ne promettaient pas l'intérêt d'un aussi terrible spectacle, ni les émotions de scènes aussi saisissantes au voyageur allemand : Campe, témoin de tous les préludes de ce grand mouvement populaire, en subit l'influence. Les cris de liberté qui frappaient son oreille lui inspirèrent un vif suthousiasme pour les principes et pour la cause de la révolution française; d'ailleurs, elle était encore pure de crimes et d’excès.

Précédé à Paris par sa réputation littéraire, Campe devait en outre à des recommandations puissantes des rapports qui devinrent bientôt très-étroits avec quelques hommes influents du parti qui voulait la réforme des abus et travaillait à l’établissement de la monarchie constitutionnelle, Si parmi ses nouveaux amis il y en eut quelques-uns qui acquirent depuis une célébrité fâcheuse, si tous ne restèrent pas fidèles à leurs serments, on ne saurait sans injustice faire un crime au voyageur de ces liaisons et de son erreur sur le compte d'hommes qui, à l'époque où il les conaut, affichant encore là modération, trompèrent le voyageur par la réserve hypo-

mere

vi ESSAI SUR LA VIE

crite de leur langage ; peut-être même alors ces hommes étaient-ils encore sincères.

Campe voyait souvent Mirabeau, qui trouvait beaucoup de charmes dans la conversation de l'écrivain allemand, dont l'instruction variée pouvait lui être fort utile. Îl aimait à causer avec iui de l'Allemagne politique et littéraire , qu'il connaissait peu, bien qu'il eût écrit sur la monarchie prussieune un gros livre dans lequel il prétendait n'avoir laissé rien à dire après lui. Mais la franchise de Campe relevait sans ménagement les défauts de cet ouvrage, et, dans les discussions auxquelles donnait lieu cefte critique, Mirabeau rendait justice à la sagacité, aux vues et aux connaissances de son hôte, qui s'était trouvé dans la position la plus favorable pour étudier l'influence du gouvernement du grand Frédéric sur l'Allemagne en général et sur ln Prusse en particulier. Mirabeau avait deviné dans Campe quelque chose de plus que le mérite de l’instituteur et de l’auteur de bons ouvrages d'éducation ; aussi l'engagea-t-il plus d'une fois à quitter la carrière de l'enseignement et à consacrer son talent à quelque grande composition historique. Mais Campe, toujours inodeste, répondait que cette tâche était au-dessus de ses forces, et que le succès de quelques ouvrages utiles à la jeunesse satisfaisait son ambition littéraire.

Mais il ne refusa pas, ou plutôt il ne put refuser un honneur que lui firent décerner ses amis, et qu'il partagea avec plusieurs autres savants étrangers : l'Assemblée Nationale lu conféra le titre et les droits de citoyen français.

Campe n'ignorait pas à quelles préventions, à quelles rancunes l'exposait cette e3pèce d'ovation politique; elles l'attendaient à son retour de France, et quand le conseiller des écoles du duché de Brunswick y reparut, en 1790, avec son nouveau litre de citoyen français, on lui reprocha presque d’avoir abdiqué sa patrie allemande. A Brunswick, comme dans presque toute l'Allemagne , la révolution française avait rencontré peu de sympathies; elle y était jugée avec une sévérité d'autant plus in-

juste qu'elle n'y était pas comprise. Campe vit s'éloigner de lui quelques-uns de

ses meilleurs amis, et son souverain, le duc de Brunswick, se prononça contre les idées françaises du conseiller des écoles. La perte de cette place ne causa à Campe aucun regret; elle lui rendait son indépendance, et, pour en constater, pour en maintenir les droits, il se décida à publier sa profession de foi politique, sous le titre de Lettres écrites de Paris pendant la Révolution.

Ces lettres parurent d'abord dans le journal de Brunswick, puis furent imprimées séparément, Cette publication était une espèce de défi jeté à ses critiqueset à ses adversaires, car il ne modifia nullement l'expression de l'enthousiasme que lui avait inspiré la révolution française; au contraire, il parut l'exagérer encore, comme s’il eût craint qu'on pût douter de la sincérité de son opinion. Mais ces lettres ne produisirent qu'un effet médiocre; les événements avaient marché depuis le retour de Campe à Brunswick, et à peine son ouvrage était-il publié, que déjà il était réfuté par beaucoup de faits qui contredisaient son optimisme. 1 avait cru, en quittant la France, que la révolution française avait dit son dernier mot. Égaré par des illusions dont le principe était d'ailleurs très-respectable, il ne prévoyait aucun danger pour la mouarchie constitutionnelle, et semblait ne pas admettre l'existence de factions liguées contre elle. Campe n'avait aperçu en France ni ambitieux, ni intrigants; il saluait l'ère d'une régénération complète avec une bonne foi d'admiration qui devait paraitre singulière, quand tout en France était encore en question, lorsque la lutte y était à peine commencée entre le peuple et l'aristocratie, Le titre seul de l'écrit politique de Campe, Lettres écrites de Paris pendant la Révolution, en indique le

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défaut capital, et prouve l'erreur de l'écrivain. 1 n'était guère resté qu'un an à Paris, de 4789 à 1790; il prétendait cependant prononcer un jugement définitif sur celte révolution dont le signal venait à peine de se faire entendre.

Dégoûté de la politique, Campe reprit hientôt des travaux qui convenaient bien mieux à ses goûts et à son talent; il se livra avec une ardeur nouvelle à la composition d'ouvrages d'éducation. Le produit de ses livres le mit à même d'acheter la librairie dont il avait été le directeur. Auteur et libraire tout à la fois, il traversa heureusement des temps très-difficiles pour la librairie allemande, et après s'être assuré, par d’heureuses spéculations, une agréable aisance, il céda son établissement à son gendre Wieweg. Il s'était retiré dans uue petite maison de campagne près de Brunswick lorsque la guerre de 1806 amena les Français dans le duché. Les malheurs de l'invasion fournirent à Campe l'occasion d'être utile à ses soncitovens. Son nom, respecté partout, et que de nombreuses traductions avaient rendu populaire en France, lui valut de la part des généraux et des officiers français des marques d'estime, et il intervint souvent avec succès auprès d'eux en faveur de ses compatriotes, exposés aux exigences terribles de la victoire. Ce fut surtout dans les villages que se signala son zèle; plus d’un paysan lui dut la restitution du cheval ou du bœuf qui était son unique fortune. Infatigable dans ses démarches et dans ses instances, il ne craignait pas de lasser la bienveillance de l'état-major français, et rarement essuyait-il un refus.

De tels services, une conduite aussi honorable, ne furent pas oubliés, à une époque où les compatriotes de Campe purent lui donner un témoignage éelntant de considération et de reconnaissance. Le eollége électoral du royaume de Westphalie, formé par Napoléon en faveur de son frère Jérôme, nomma Campe membre des états du royaume pour l'ordre des savants. Le nouveau roi désirait l’attacher à l'administration ; il connaissait la haute capacité de l'ancien conseiller {des écoles du tiuché de Brunswick, et lui destinait un emploi important dans l'instruction publique.

Mais Campe, déjà vieux, ne crut pas pouvoir accepter des fonctions que son âge et sa mauvaise santé l’eussent empèché de remplir avec cette conseiencieuse exactitude qui était un des principes de sa conduite. I refusa les offres du prince : il avait d'ailleurs commencé plusieurs ouvrages qu'il désirait finir, et prenait au sérieux ses lonctions législatives, qui lui semblaient incompatibles avec un emploi qui l’ent forcé de les négliger, Une nouvelle révolution vint rendre Campe à la vie privée, Après la chute du royaume de Westphalie, il se renferma dans la solitude de son cabinet, où la mort vint l'arracher à ses travaux, le 22 octobre 1818.

Sa lin, digne de sa vie, fut celle d'un chrétien et d'un sage; il vit approcher sans crainte ce moment suprème, épreuve si dangereuse pour les âmes faibles. Ses dispositions testamentaires peuvent faire juger de sa modestie et de la bonté de son cœur : il ordonna qu'on Penterràt sans aucune cérémonie, dans son jardin, et qu'on distribuât aux pauvres la somme qu'auraient coûté des funérailles proportionnées à son rang, à son nom et à sa fortune. El prescrivit égalemc àt la distribution gratuite de deux mille exemplaires de son ouvrage intitulé : Théophron, ou le Guide des Jeunes Gens, aux pauvres qui n'auraient pas le moyen d'acheter ce livre.

La mort de Campe excita d'unanimes regrets; il y avait longlemps qu'on avait publié les Lettres écrites de Paris pendant la Révolution, et qu'au les avait pardonnées à leur auteur : alors on ne se rappelait que ses vertns, ses titres si nombreux à la reconnaissance publique et les services qu'il avait rendus à la jeunesse. Plusieurs gé-

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nérations, qui avaient lu ses ouvrages et qu'il avait formées par ses leçons, rendaient hommage au mérite de l'écrivain qui avait su le mieux parler à l'enfance, et dont la vie avait été consacrée à son instruction littéraire et morale. Toutes les feuilles de l'Allemagne furent unanimes pour louer l’auteur du Robinson Crusoé, du Théophron. ‘ ‘Histoire de la découverte de l'Amérique et de tant d'autres livres populaires , mais elles se souviurent aussi des titres de Campe à l'estime des savauts et au souvenir de la postérité; car il avait bien mérité aussi de la langue allemande, en cherchant à lui restituer sa purcté primitive, et à exiler de son dictionnaire une foule de mots empruntés des langues étrangères. Sa allicitude pour l'idiome de son pays lui faisait craindre que l'invasion successive des termes exotiques, admis trop facilement sous le prétexte de l'enrichir, ne la dénaturàt au point d'en faire un jargon barbare ; il tremblait pour les chefsd'œuvre qu'elle avait produits, et son patriotisme éclairé lui inspira le Dictionnaïe des mots qui ne sont pas allemands, ouvrage qui annonce de laborieuses recherches et une vaste érudition. Du reste, il put voir que son appel avait été entendu, et que, depuis la publication de cet ouvrage, &'heureuses tendances s'étaient manifestées pour l'accomplissement d'une épuration dont tous les bons esprits ont compris la nécessité,

Mais c'est l'écrivain spécial, c'est l'ami du jeune âge que la postérité louera surtout dans Campe, parce qu'elle trouvera en lui la réunion des qualités qu'exisent les compositions destinées à l'instruction de l'adolescence. Sa supériorité dans ve geure d'ouvrages et aussi la difficulté d'y réussir sont constatées par l'impuissance des imitateurs et des rivaux qui ont voulu parcourir la même carrière et disputer à Campe la faveur dont jouit cet écrivain depuis plus de soixante ans. Combien de livres ont été publiés du vivant de Campe et après sa mort par des auteurs qui aspiraient au même but que lui! Le talent même a succombé dans cette lutte, et l'honneur de quelques encouragements solennels, de récompenses qui ne sont pas sans éclat, n'a pu protéger des productions d'ailleurs fort estimables contre l'indifférence ou l'oubli. Les principaux ouvrages de Campe, au contraire, loin d'avoir vieilli, sont encore l'objet de la préférence des pères de famille et des maitres, lorsqu'il s'agit de choisir les livres que l'enfance et la jeunesse puissent lire avec le plus de fruit, et dans lesquels l'instruction soit présentée sous la forme la plus attrayante, En Angleterre, ct en France surtout, Campe a conservé cette popelarité qui est le plus éloquent éloye du mérite de ret écrivain,

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Naissance de Christophe Colomb.— Son enfance. — Son éducation. — Ses études à université de

Pavie, — Premières campagnes, — Un abordage. — Co- Tomb à Lisbonne. — Ses projets. — Son mariage. — Son

séjour à Madère. — Le médecin de Florence, — Propositions de Colomb à ln république de Gênes, aux cours de

Lisbenne, de Londres et de Madrid. — Tgnorance de ses juges. — Le supérieur d'un couvent espagnol. — Nouveau refus de la cour de

Madrid, — Conséquence de la prise de Grenade, — Retour triomphal de Colomb. — Signature du traité avec le gouvernement espagnol,

Parmi les hommes célèbres qui ont figuré tour à tour sur la scène Gi: monde et influé sur leurs siècles par l'ascendant de leur génie, il en est un qui a mérité surtout le nom de grand; sa gloire vivra aussi longtemps que l'univers, et la postérité la plus reculée entourera sa mémoire d'unanimes hommages ; car nous lui devons la découverte

la plus importante dont homme puisse S'enorgueillir : c'es! !

Christophe Colomb, qui devina et trouva un nouveau monde.

Il naquit vers 1435 ou 1436, aux environs de Gènes; on n'a pu découvrir jusqu'ici la daie certaine et précise de sa naissance ; et les recherches les plus actives, les plus minutieuses, n'ont pu résoudre ce problème. Il n'était pas fils d'un marin, ainsi que la plupart des historiens l'ont prétendu, mais d’un cardeur de laine; cependant il comptait dans sa famille plusieurs hommes de mer, et son enfance fut bercée, en quelque sorte, des récits d'aventures maritimes qui durent contribuer à déterminer sa vocation pour une carrière où la gloire offre une brillante compensation des travaux et des périls.

Encore enfant, Colomb annonçait, faisait pressentir ce qu'il devait être un jour : tous ses jeux, tous ses amusements avaient déjà le caractère d'une étude grave; ils révélaient le sérieux apprentissage de la vie du marin. Son père, quoique pauvre, fit tous ses eflorts pour cultiver les reureuses dispositions de l'aîné de ses quatre enfants. Colomb, à l’âge de dix ans, savait lire, écrire, dessiner, et ses progrès dans les mathématiques avaient étonné ses maîtres.

On l'envoya à l’université de Pavie, où il étudia la grammaire et le latin, dont l'étude était alors considérée comme la base de l'éducation, puis la géographie, l'astronomie et la navigation. Dominé par un goût exclusif pour la science géographique, il s’y livrait avec ardeur; mais cette science, bornée jusque-là par des limites très-étroites, ne pouvait satisfaire le jeune étudiant; il sut en peu de temps tout ce que les professeurs de l’université de Pavie pouvaient lui enseigner, et il quitta bientôt les bancs de l'école pour retourner dans la maison paternelle,

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CHRISTOPHE COLOMB. n

À quatorze ans, il commença à naviguer dans le uolfe Ligurien ; une année après, on le voit commander et diriger un petit bâtiment avec lequel il fit plusieurs fois la traversée de Gênes à Naples et de Naples à Marseille : il avait déjà quelques-unes des qualités du commandement , la décision, la fermeté de caractère qui force à l’obéissance, ce coup d'œil et cette présence d'esprit si nécessaires à l'homme de mer dans sa périlleuse carrière, Mais il ne tarda pas à donner des preuves de son courage. Après avoir pris part à l'expédition que dirigea Jean d'Anjou, duc de Calabre, pour reconquérir le royaume de Naples, il commanda, en 1474, plusieurs vaisseaux génois au service du roi de France Louis XI, pendant la guerre que celui-ci eut à soutenir contre l'Espagne, dont les troupes avaient envahi le Roussillon.

Bientôt la république de Gênes réclama pour sa défense les services de Christophe Colomb ; l'ancienne rivalité entre cette tépublique et celle de Venise s'était ranimée avec une nouvelie force, et la Méditerranée était le théâtre de combats acharnés entre les vaisseaux des deux puissancesrivales. Dans une de ces fréquentes rencontres, où l’on combattait de partet d'autre avec un égal acharnement , le vaisseau sur lequel il servait, sous les ordres d’un de ses parents, fut atlaqué par un bâtiment vénitien de force supérieure. Aprèsun combat d'environ deux heures, on en vint à l’abordage : à ce moment, le feu éclate à bord des deux navires ; l'incendie s'étend avec violence et suspend les attaques des combat- Lants, qui ne doivent plus songer qu'aux moyens d'échapper à la mort qui les menace dans leurs bâtiments à demi con--

sumés ; On se précipite dans les chaloupes, mais elles ne

Peuvent contenir tous les malheureux qui veulent y cher-

cher un refuge; le plus grand nombre périt dans les flots : mais au milieu de ce désastre épouvantable, au milieu des cris des mourants, un jeune homme à conservé son sangfroid ; calme, quand ses compagnons d'armes, éperdus devant un double danger, courent à leur perte, en encombrant les embareauons qu'ils font chavirer, il reste le dernier sur le pont de son bâtiment ; ii semble attendre le moment le plus favorable pour le quitter, et soudain il Ss'élance dans les flots. Nageur expérimenté, il lutte contre

la vague, saisit le premier débris qu'il rencontre, et, S'en aidant pour éviter d'être englouti, il se dirige vers la côte.

dont deux grandes lieues le séparaient: cette côte était celle

CHRISTOPHE COLOMB. d flots ; du Portugal; ce hardi et heureux nageur était Colomb. eu des Échappé, conime par miracle, à cet horrible naufrage qui sang— avait coûté la vie à tous ses compagnons, seul survivant à us de- ce grand désastre de deux navires, il se jette à genoux, pour DOM remercier la Providence, qui l'a sauvé; puis, lorsqu'il s’est reste le posé pendant quelques jours, il dirige ses pas vers Lisbonne. dre Le Le malheur est souvent utile; Colomb dut à la catastrophe ain il qui l'avait jeté sur les côtes du Portugal la gloire dont il se contre couvrit par la suite,

À cette époque les Portugais étaient les marins les plus habiles et les plus audacieux de l'univers ; s'aventurant dans l'océan Atlantique, qui était alors presque inconnu aux autres nations, ils avaient trouvé le prix de {eur courage et de leur hardiesse dans la découverte de deux îles imporlantes, situées dans le voisinage de l'Afrique, et qu’ils nommèrent Porto-Santo et Madère. Encouragés par ce brillant succès, ils conçurent le projet et l'espoir de découvrir un passage pour pénétrer jusque dans l'Inde.

Lorsque l'on consulte la géographie de l'antiquité, on voit que les anciens ne connaissaient que le nord de l'Afrique et une faible partie de l'Éthiopie ; ils ignoraient si la terre s'étendait jusqu'au pôle nord, ou si elle finissait quelque part du côté du midi.

Colomb avait été devancé à Lisbonne par sa réputation : on y avait entendu parler de ses talents, de son courage. etles marins les plus habiles l'accueillirent avec les démonstrations d'une sincère estime pour ses connaissances.

, Seti Admis dans leur intimité, il les compta bientôt tous pour cÔle. anis; dans les fréquents entretiens qu'il avait avec eux. celle ki conversation était sans cesse ramenée sur les entreprises

des Portugais et sur le plan à l'aide duquel on espérait découvrir un chemin qui conduirait dans l'Inde par l'Atlantique. Les Vénitiens étaient alors le seul peuple qui fit le commerce dans l'Inde, et devaient à ce privilége exclusif la plus grande partie de leurs richesses et de leur puissance. Îls recevaient les produits indiens par la mer Rouge, qui doit son nom à la couleur du sable qu’elle conüent, et parla Méditerranée ; mais ces deux mers ne commu-

niquant pasentreelles, et étant séparées par un isthme très-

large, il fallait que les marchandises, parvenues jusqu'à cet isthme, fussent déchargées pour être transportées à Alexandrie en Égypte, soit par des canaux, soil sur des chameaux ; de lion les faisaii

passer à Venise par la Médi-

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