‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 4 sur 76 · RES ESS · texte numérisé non relu

RES ESS

CHRISTOPHE COLOMB. 7 rit dé- terranée. On conçoit facilement quelle gène et en mème r l'At- temps quel préjudice causaient au commerce de l'Inde qui fit cette nécessité de décharger et de recharger les marchanse ex- dises, et ces transports par terre depuis la mer Rouge juse leur qu'à la ville d'Alexandrie ; ainsi s'expliquent cette constante à mer préoccupation des esprits et l'importance qu'on attachait à la “ER découverte d'un chemin qui rendit les communications minu-

moins lentes et moins dispendierses.

très- Une autre circonstance servit encore les projets de Colomb : il épousa la fille d’un des capitaines avec lesquels il s'était lié à Lisbonne; ce capitaine avait découvert les îles de Porto-Santo et Madère; ainsi il put consulter à son aise les journaux et les cartes de cet habile navigateur ; ces documents si précieux pour lui étaient l'objet de ses

: a études et de ses méditations ; le jour et la nuit, il les examt minait, les comparait avec les notions transmises par d'autres navigateurs, avec leurs récits, avec les diverses hypothèses de la science. Il puisait dans ce travail assidu une ardeur nouvelle, une nouvelle énergie pour l'accomplissement des desseins qu'il roulait dans sa tête : il brûlait du

désir de marcher sur les traces des navigateurs déjà célèbres par leurs heureuses explorations, et il voulut visiter

mar- lui-même les îles nouvellement découvertes, Il s'embarqua squ'à donc pour Madère ; il y resta quelques années, et augmenta char- sa médiocre fortune par des spéculations commerciales, en ées à fréquentant tour à tour les Açores et les îles Canaries.

, Soil Toutefois ces spéculations et ces courses ne pouvaient le r des détourner du but qu'il s'était proposé, ni lui faire perdre de aisaii vue le sujet principal de ses réflexions. «N'y a-t-il pas, se Médi- disait-il souvent à lui-même, pour arriver dans l'inde un

chemin moins long que celui que cherchentiss Portugais auttour de l'Afrique? Si, en partant de l'Europe, on faisait route droit à l'ouest à travers l'océan Atlantique, ne parviendraiton pas à une terre qui serait l'nde où qui du moins v co finerait? Si la terre est ronde, comme je le crois, ne doit-on pas présumer que l'autre hénusphère à été créé par Dieu pour d'autres hommes et d'autres créatures? Non, je ne puis croire que la mer couvre entièrement de ses flots cet hémisphère ; ma raison repousse cette idée ; je suis convaincu, au contraire, que lnde est beaucoup plus vaste qu'on ne le pense ; et probablement elle s'étend très-loin à l'est de l'Europe. Qu'un navire gouverne constamment à l'ouest, et il arrivera dans l'inde. » Des indices et des observations le confirmérent dans opinion qu'il devait y avoir des terres de l'autre côté de notre globe : ainsi, le capitaine d'un navire portugais s'étant avancé à l'ouest dans la mer Atlantique, avait recueilli une pièce de bois artistement travaillée, et qui avait été poussée par les vents d'ouest,

Le beau-frère de Colomb lui avait assuré que dans un de ses voyages, en faisant route de Madère vers l'ouest, il avait rencontré une autre pièce de bois dont le travail ressemblait à celui de la précédente ; plusieurs autres avaient été, à diverses époques, trouvées sur les côtes des îles Acores, situées dans l'océan Atlantique, entre l'Europe et l'Amérique, et qu'on appelle aussi îles des Éperviers; de temps en temps des arbres d'une espèce ncore inconnue. poussés par les mêmes vents, avaient été jetés sur les côtes occidentales de ces îles; enfin, les cadavres de deux hommes dont la figure ne ressemblait nullement à celle des habitants de Europe. de FAsie et de FAfrique. avaient éte

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CHRISTOPHE COLOMB. d]

découverts sur ces mêmes côtes et avaient donné lieu à des conjectures contradictoires.

Mais ces renseignements, ces observations fortiliaient la conviction du navigateur génois ; quand les savants doutaient, il avait tranché la question dans le sens de son idée fixe; toutefois, il crut devoir consulter encore les hommes qui, à cette époque, jouissaient de la double aulorité du savoir et de l'expérience ; celui dont les lumières el la réputation inspiraient le plus de confiance à Colomb se nommait Paul; il était médecin à Florence,

Ce savant accueillit Colomb avec bienveillance, et, après avoir écouté son raisonnement, qui lui parut très-judicieux, il Lui fit part de ses propres observations, de ses hypothèses, qui s’'accordaient avec l'opinion de Colomb; il l'engagea surtout à persister dans sa résolution et à hâter l'exécution d'un projet dont il lui présageait la réussite.

Encouragé par ces paroles, Colomb n'hésita plus à tenter une entreprise dont le plan, soumis à l'examen d'un juge compétent, avait mérité son honorable approbation. Mais une difficulté nouvelle arrêtait le navigateur: pouvait-il, avec ses faibles ressources, subvenir aux frais d’un armement considérable? pouvait-il armer lui-même, à ses dépens, les navires nécessaires à son lointain voyage ? Colomb ne désespéra pas de surmonter cet obstacle ; il reconnut bientôt qu'une telle expédition excédait les moyens pécuniaires d'un simple particulier, et qu'il devait intéresser au succès de l'entreprise un des monarques de l'Europe.

Cependant il songea d'abord à sa patrie ; il voulait, en la faisant jouir du fruit de ses découvertes, associer à la gloire qu'il s'en promettait : il S'adressa donc au sénat de

Gênes, mit sous ses yeux les plans qu'il avait tracés, et sollicita les secours qui lui étaient nécessaires pour leur exécution; mais le sénat ne vit dans Colomb qu'un aventurier, et répondit à ses propositions par un outrageant refus.

Mais Colomb, loin d'être découragé, s’adressa à la cour de Portugal : iv avait là pour lui des chances de réussite. car le gouvernement portugais s'était déjà illustré par des expéditions hardies. À Lisbonne, on prèta une oreille attentive à l'exposé de ses idées et de ses projets; mais cette bienveillance cachait un piége tendu à la bonne foi du aavigaleur; on parut l'accueillir avec empressement, pour abuser de ses confidences, le prévenir dans son exploration maritime et lui en ravir l'honneur. C'était une trahison infime, et Le gouvernement qui s'en rendit coupable à mérité les flétrissures de l'histoire.

Toutefois la trahison fut inutile à ce gouvernement déloyal ; il s'était hâté d'armer un vaisseau et d'en donner le commandement à un capitaine qu'il avait chargé d'exécuter le projet de Colomb, I manquait à ce capitaine la conviction si nécessaire à laccomplissement des grandes entreprises ; il navigua quelque temps .ers l'ouest, mais il se lassa bien vite d’une course sans résultats, et revint à Lisbonne, où son découragement et ses plaintes firent concevoir des doutes sur la justesse des calculs de Colomb, Quant à lui, indigné de la perfidie du gouvernement portugais, il quitta précipitamment Lisbonne et se mit en route pour Madrid; mais, cratgnant encore d'échouer dans ses démarches, ilenvoya son frere Barthélemy en Angleterre, pour y solliciter des secours.

Alors était assis sur le trône d'Espagne Ferdinand sur-

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CIRISTOPITE COLOMB. 11

et son caractère timide éloignaient des entreprises hasardeuses ; d'ailleurs il était engagé dans une guerre contre le dernier roi des Maures, maître de Andalousie, dont la ville de Grenade était la capitale, Les circonstances étaient donc très-peu favorables à Colomb. qui ne pouvait guère espérer de voir accueillir ses projets. Cependant Ferdinand et la reine Isabelle, son épouse, le reçurent avec distinction ; ils lécoutérent attentivement et parurent le comprendre ; mais il y avait tant de bardiesse dans le langage de Colomb, que le monarque n'osa accéder à sa demande avant de l'avoir soumise à des hommes qui passaient pour fort instruits. Ces hommes, dont les connaissances étaient très-bornées , donnèrent à Colomb la mesure de leur ignorance, er ‘ui faisant les objections les plus étranges, les plus absurdes : suivant les uns, la mer qui s'étend entre l'Europe et l'Inde était si vaste qu'il aurait fallu trois ans au moins de navigation mème la plus heureuse pour atteindre le continent le plus rapproché; d'autres prétendaient que, la terre étant ronde, il était impossible qu'on ne descendit pas conslamment, en faisant voile vers l'ouest, et que, si lon voulait revenir sur ses pas, on serait forcé de monter; ce qu'on ne pourrait faire, même alors qu'on fût secondé par le vent, Parmi ces juges, iv en avait qui cherchaient à tourner Colomb en ridicule ; ïls le persiflaient, en lui demandant si par hasard il croyait ètre plus instruit que les milliers de savants qui avaient véeu avant lui, et s'il était probable qu'en admettant l'existence de terres de Fautre côté de notre globe, elles eussent pu rester ignorées pendant une si longue succession de siècles.

Colomb ne fut pas rebuté par lasottise et Forgueil de

juges; loin de là. ilne témoigna ni dépit ni colère contre leurs objections, qui. ainst qu'on Fa pu voir, prenaient quelquefois une forme insuliante ; il poussa la réserve et la modération jusqu'à les discuter, Qui le croirait, si le témoignage irrécusable de l'histoire ne prouvait la persévérance infatigable de Colomb? il passa Cinq années dans ces interminables discussions; Mais au moment Où il espérait qu'enfin il allait atteindre au but de ses efforts, il apprit qu'on avait fait au roi un rapport très-défavorables; et la cour d'Espagne Ini déclara que, tant que durerait la guerre avec les Maures. elle ne pouvait songer à une entreprise de cette espece.

C'était un prétexte; Colomb n'en fut pas dupe, mais contint son indignation ; il ne se souvint plus de ces cinq années perdues dans une pénible attente, etessaya d'intéresser à l'exécution de ses projets deux grands d'Espagne qui étaient assez riches pour faire ies frais d'une petite expédition ; mais ces seigneurs n'avaient ni assez de confiance ni assez de courage pour satisfaire à la demande de Colomb; ilessuya un nouveau refus.

Tant de mécomptes, de contrariétés, de refus, auraient déterminé tout autre que Colomb à renoncer à ses projets : mais S'il eût désespéré de leur exécution. 1 n'eût pas été un grand homme : les grandes âmes, les caractères fortement trempés, puisent une énergie nouvelle dans la lutte qui les éprouve, Qu'importent les obstacles, les difficultés que la haine. l'ignorance et la jalousie sement sur leur route : Pœæil fixé sur leur but glorieux, sur la postérité qui est leur unique juge. ils marchent en avant, sans s'inquiéter de l'indifférence et de Fingratitude de leurs contemporains.

Cest de Favenie qu'is attendent a qustice. et elle ne leur

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CHRISTOPHE COLOMB. 15 fait jamais défaut. Tel fut Colomb: il dat sa gloire à sa fermeté mébranlable.

Ceperdant d'autres chagrins domestiques vinrent se joindre aux tribulations de son séjour en Espagne. Le silence gardé par son frère Barthélemy, depuis son départ pour l'Angleterre, décida Colomb à passer dans cette île, Il ignorait alors que, dans sa traversée, Barthélemy avait été pris par des pirates, el que, parvenu à briser ses fers. il était enfin arrivé en Angleterre, mais dans une telle détresse que, pour se procurer les moyens d'acheter un costume convenable afin de paraître à la cour, ilavait été obligé de dessiner et de vendre des cartes de géographie.

Colomb avait un fils nommé Diégo, qu'il chérissait; avant

ASOSTFA UE

de quitter F'Espagne, il voulut le voir, et se rendit au cou-

vent ot il était élevé, Le supérieur de cette maison reli-

gieuse, le père Perez, était un homme très-savant:; il fit un très-bon accueil à Colomb, écouta avec intérèt l'exposé de ses plans et le récit des contrariétés qu'il avait déjà essuyées : le bon religieux comprit aussitôt la grandeur et l'utilité de l'entreprise conçue par le génie de Colomb; et, croyant ne pas trop présumer de son crédit auprès de la reine Isabelle, il pria son hôte de différer son départ pour l'Angleterre jusqu'à ce que la reine eût répondu à la lettre que le supérieur du couvent allait lui écrire.

Cette lettre, dans laquelle Perez faisait les représentations les plus vives à Isabelle, fit une profonde impression sur l'esprit de cette princesse. Mandé immédiatement à la cour, Colomb fut reçu avec bonté par la reine, et déjà les amis du navigateur le félicitaient d'un succès inattendu, quand la faiblesse de Ferdinand vint encore tromper l'espoir de Colomb. Ce prince soumit de nouveau les plans du Génois aux mêmes hommes qu'il avait déjà consultés sur le même objet ; leur réponse fut un nouvel arrèt de condamnation prononcé contre celui qu'ils appelaient l'aventurier italien, et Ferdinand ne voulut plus, dès lors, entendre parer de l'entreprise de Colomb ; sa protectrice elle-mème, la reine Isabelle, ordonna que toutes les négociations fussent rompues avec lui.

Le voilà donc de nouveau en butte aux dédains, aux sarcasmes des courtisans, car il y a toujours auprès des princes des hommes pervers qui se font un jeu et une étude de la calomnie, et qui, rampant aux pieds de leurs maîtres, cherchent à leur arracher un sourire approbateur en bafouant l'homme de mérite quia encouru leur disgrâce. Lesenvieux, qui peut-être avaient déjà le pressentiment de la brillante

destinée réservée à Colomb, ne lépargnèrent pas. Ainsi

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abreuvé de dégoûts, accablé d'outrages, il devait succomber sous le poids de l'adversité; mais son âme était plus forte qu’elle : il se disposa à faire une dernière tentative auprès du roi d'Angleterre, et à lui offrir une partie du monde dédaignée par trois États.

La nouvelle de la prise de Grenade par les Espagnols surprit Colomb au milieu de ses préparatifs de départ; cette conquête de Ferdinand et d'Isabelle avait détruit l'empire des Maures en Espagne, et un si brillant succès parut à deux amis de Colomb une occasion heureuse pour rappeler l'attention d'Isabelle sur les projets du navigateur génois. Ces deux hommes avaient compris que le bonheur ouvre le cœur humain aux nobles pensées et le dispose favorablement à l’exécution des grandes choses, Quintanilla et Santangelo s’exprimèrent avec tant de chaleur et d'entrainement sur les projets de Colomb, ils plaidèrent si bien sa cause, que la reine et son époux n’opposèrent plus de résistance, et qu'un courrier fut aussitôt expédié pour ramener Colomb à la cour. Le courrier rejoignit Colomb, qui était déjà parti. Son retour fut un triomphe. Attendu avec impatience par Ferdinand et son épouse, il leur présenta les conditions de l'expédition qu'il allait tenter ; elles furent immédiatement acceptées, et Colomb se prépara à l'exécution de son entreprise.

‘hfin donc il tient entre ses mains Pacte, où plutôt le traité revètu des signatures de Ferdinand et d'Isabelle ; ce traité lui confère la vice-royauté de toutes les contrées qu'il pourra découvrir, et garantit à perpétuité la transmission de celte dignité à ses descendants ; en outre, il lui assure à lui ainsi qu'a toute sa postérité le dixième du produit annuel

des terres découvertes,

Singulicre clause du traité, — Préparatifs de Fexpédition dans Le port de Palos, — Alonzo Pinzon. — Frais de l'armement. — Composition de l'escadre. — Effectif. — Le 5 août 1492, — Départ, — Le timon cassé, — Terreurs superstitieuses des compagnons de Colomb. — L'amiral les rassure, — Arrivée aux iles Canaries. — G septembre 1492, — Scènes de désespoir, — Déviation de la boussole, — Les vents alisés. — Symptômes de découragement, — Explication de l'amiral. — Une révolte à bord, — Courage et sang-froid de Colomb. — Menaces de mort. — Conventions entre Colomb et ses compagnons, — Terre! terre! — Le Te Deum.

— Repentir et parden.

Isabelle, en sa qualité de reine de Castille, voulut se charger seule de tous ies frais de la première expédition : toutefois elle stipula que ses sujets castillans pourraient seuls s'établir dans les pays découverts, et que les étrangers n'vauraient droit qu'à un séjour tres-limité, Tant que vécut cette princesse, elle veilla avec le plus grand soin à la stricte exécution de cette clause, à laquelle durent se soumettre mème les sujets du royaume de Ferdinand son époux ; S'il y eut des exceptions, elles furent très-rares.

La cour donna des ordres pour le prompt armement de l'expédition : mais Colomb eut encore à lutter contre de

longs délais et des diflicultés de plus d'un genres il tui fal-

e Palos. — — Effectif.

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lait surtout triompher des terreurs de la plupart des hommes de mer qui devaient faire partie de l'expédition, dont le but lointain et vague effrayait mème les marins les plus expérimentés ; enfin trois bâtiments furent équipés dans le port de Palos, petite ville maritime de l'Andalousie. Peut-être même Colomb ne serait-il pas parvenu à vaincre les obstavies qui s'opposaient à son départ s’il n'avait pas été secondé puissamment par l'activité et les efforts personnels de Martin Alonzo Pinzon, habile et riche navigateur de Palos, qui. ainsi que son frère, s'était associé à la fortune de Colomb : ces deux frères, par leurs exhortations, déterminèrent un certain nombre de marins de Palos à les suivre. Le premier avança même à Colomb une somme assez considérable qui devait servir à compléter l'armement de l'expédition; car Colomb n’avait pas tardé à s’apercevoir que les secours qu'il avait demandés au gouvernement espagnol ne pouvaient suffire aux frais de l'armement. Mais d’un autre côté, s’il n'eûl pas ainsi restreint ses réquisitions, peut-être la cour d'Espagne eût-elle craint une trop grande dépense et de nouveau éconduit le navigateur. Colomb avait donc agi avec prudence ; tous les frais de l'armement ne se montaient qu'à vingt-quatre mille rixdalers, qui représentent environ quatre-vingt-dix mille francs de France, La cour d'Espagne trouva encore cette Somme trop considérable; et, afin qu'on ne renonçät pas à l'entreprise, Colomb s'était engagé à fournir la huitième partie des frais de l'expédition, mais à la condition d'être indemnisé par le huitième du produit du voyage.

Colomb avait demandé trois petits bâtiments ; deux de

ceux qu'on lui donna étaient des embarcations légères :

[EC DÉCOUVERTE DE L'AMÉRIQUE. c'étaient des espèces de caravelles, ou grandes barques, telles que celles qu'on employa plus tard pour faire le cabotage sur les côtes où à l'entrée des rivières ; ces bâtiments n’étient point pontés, seulement leur poupe et leur proue étaient fort élevées. Du reste, Colomb avait jugé que la peti-

tesse de ces navires était pour lui un avantage, dans un voyage où elle devait faciliter la navigation près des côtes, où l'entrée dans des baies et des rivières peu profondes. Ainsi, quand il fit son troisième voyage, el côtoya les bords du golfe de Paria, il se plaignit de la grandeur de son vaisseau ; ce bâtiment, qui était le vaisseau-amiral, n'était cependant que de cent tonneaux environ ; il portait le nom de Santa-Maria ; le second s'appelait Pinta, et le troisième.

Nigna. L'équipage de la petite escadre, qui fut pourvue de

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vivres DOUr un an, présentait un effectif de quatre-vingt-dix hommes environ.

Cependant tous les préparatifs sont terminés; les bâtiments sont dans la rade de Palos. Colomb implore, suivant l'usage, la Providence, et appelle les bénédictions du ciel sur son entreprise; après avoir rempli ce pieux devoir, il donne le signal du départ ; il met à la voile le 3 août 1492, et s'éloigne au bruit des acelamations d'une foule immense qui le suit de ses regards et l'accompagne de ses espérances.

Fidèle à son plan, Colomb se dirigea vers les Canaries. Le lendemain de son départ, un accident de peu d'importance aurait pu compromettre le succès de son entreprise, s'ileût partagé la faiblesse superstitieuse de ses compagnons : la Pinta eut son timon cassé, et l'on crut mème que ce fut par un caleul du pilote, qui, épouvanté des chances de l'expédition, espérait forcer Colomb à retourner vers les côtes d'Espagne. En effet, à la vue du timon brisé, l'équipage poussa un cri de désespoir ; il voyait dans cet accident le plus funeste présage ; tous les hommes de la Pinta entourent Colomb : «C'en est fait de nous, s’écrient-ils, si vous ne rebroussons pas chemin aussitôt. En Espagne ! en Espagne !

— Quel motif vous fait donc. leur demanda Colomb, exprimer un tel vœu? Compagnons, qu’avez-vous fait de votre courage ?

— Eh quoi! le ciel n'a-t-il pas pris soin, répond l’équipage, de nous avertir du sort qui nous attend, des malheurs dont nous sommes menacés, si nous voulons continuer un voyage d’une témérité dangereuse?

— Comment, réplique Colomb, un accident si commun

en mer pourrait-il être considéré comme un avis de Dieu,

comme un pronostic de malheurs et de périls? Savez-vous, mes amis, ce que signifie un timon brisé? il signifie qu'il faut le réparer: à l'ouvrage done, et dans quelques heures la Pinta pourra braver tous les vents. affronter tous les orages.

— Notre amiral, se disaient entre eux les matelots à voix basse, est un homme d'une forte trempe: il est à l'épreuve des présages, il ne veut pas y croire, »

Le peu de paroles prononcées par Colomb, son sang-froid el son calme avaient rendu la confiance à l'équipage de la Pinta ; tous les hommes se mirent à l'ouvrage, et le timon fut rétabli dans son état primitif; mais l'amiral, comprenant de quelle importance il était pour lui de prévenir les effets de ces terreurs superstitieuses et d'aguerrir ses compagnons contre le retour d'accidents semblables à celui qui

avait jeté le désordre à bord de la Pinta, fit tous ses eflorts pour éclairer, pour instruire ces esprits crédules et leur prouver que la raison repoussait, réfutait comme une sottise interprétation de chaque accident dans le sens d’un présage de l'avenir : «En voilant aux veux de l'honmme sa destinée future, disait-il, Dieu lui a donné une preuve éclatante de sa bonté et de sa sagesse; c'est donc folie que de prétendre lire l'avenir dans certains signes et de leur attribuer une influence qu'ils ne sauraient avoir, L'homme sage el sincèrement pieux ne se préoceupe que de l'exact accomplissement de ses devoirs; il attend avec calme et résignation les décrets de la Providence, mais ilne cherche pas à les préjuger. Ainsi done, mes camarades, plus de ces vaines terreurs, de ces pressentiments sinistres, enfants de la crédu-

lité et de la faiblesse : Espagnols, souvenez-vous que votre

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CHRISTOPUE COLOMB. 21 patrie vous à .confié une grande mission ; montrez-vous dignes de la remplir. »

Rassurés par ces exhortations, les compagnons de Colomb continuérent leur route et arrivèrent aux îles Canaries ; on y jeta l'ancre, Après quelques réparations qu'exigeait l'état des bâtiments, lescadre S'élança, le 6 septembre, dans la vaste mer occidentale, où aucun navire n'avait jusqu'alors osé déployer ses voiles,

Surprise par un calme, elle ne fitque peu de chemin Île premier jour; le second, ou, suivant quelques historiens, le troisièine seulement, elle perdit de vue les Canaries : alors les compagnons de Colomb retombèrent dans l'abattement; ils paraissaient, de ce moment seulement, connaître le but de leur voyage, et, s'épouvantant de l'audace de leur entreprise, ils manifestaient leur frayeur et leur désespoir par des larmes et des sanglots ; ils se frappaient la poitrine, s'arrachaient les cheveux, comme s'ils touchaient au terme de leur existence, comme si Colomb'les eût menés à la mort, Tel qu'un rocher battu par les vagues mugissantes sans en ètre ébranlé, Colomb oppose sa sérénité, son calme et son assurance «au découragement général; le contraste de cette héroïque fermeté avec les lamentations de ceux qui lentourent, les fait rougir de leur Richeté; il leur parle de ses espérances, de sa foi dans le succès de l'expédition, et parvient à faire passer sa conviction dans leurs esprits ; il leur montre en perspective les trésors et la gloire qui les attendent; oseraient-ils retourner en Espagne, où ils ne trouveraient que le mépris et la honte pour prix de leur pusillanimité? Tous répondent qu'ils sont prèts à suivre leur

chef, à braver avec lui les périls. à partager avec lui Fhon-

2 DECOUVERTE DE L'AMERIQUE neur de l'entreprise dont le succès leur parait certain,

Après cette victoire remportée sur x peur, Colomb se prépara à soutenir d'autres combats ; car il prévoyait que ses compagnons mettraient plus d'une fois sa constance à l'épreuve et ne tarderaient pas à retomber dans le décousagement et dans le désespoir, Dès lors, ilne quitta presque plus le tillac de son navire; là, debout, tenant tantôt la sonde, tantôt l'instrument nécessaire pour les observations astronomiques, ilexaminait à quels degrés de longitude et de lutitude se trouvait la flottille ; à peine se reposait-il pendant quelques heures, car il savait que le succès de l'expédition dépendait de sa vigilance assidue, et que tout aurait été perdu si son énergie el son activité s'étaient un instant démenties.

Mais avant de poursuivre notre récit, nous devons donner quelques explications sur les noms de longitude et de lati-

tude que l'on pourra rencontrer souvent dans cet ouvrage. Personne n'ignore que la terre est ronde comme une boule ; toutefois elle offre à sa surface beaucoup d’'aspérités ; 11 y a sur cette terre deux points placés Fun vis--vis de l'autre, et autour desquels elle accomplit son mouvement continuel de rotation, On appelle ces points les pôles de la terre, Le plus élevé à perpendiculairement au-dessus de lui une étoile qu'on nomme septentrionale ; ce qui a fait donner à ce point le nom de pôle septentrional; on appelle l'autre le pôle méridional,

Au milieu dela boule figurée par la sphère géographique. on à tracé une ligne ou un cercle qui la divise en deux parlies égales ; cette ligne n'existe pas réellement, mais elle à

été Iimaginée par li science, et on Fappelle l'équateur.

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parce qu'à l'aide de cette ligne, li terre se trouve partagée

en deux parties égales, et qu'au moment où le soleil est

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perpendiculaire au-dessus de ce cercle, les jours sont égaux aux nuits. On appelle longitude de la terre l'espace marqué par cette ligne autour d'elle.

Quant à la latitude de la terre, elle est tracée par les li gnes qui sont tirées, sur la sphère, du pôle septentrional au pôle méridional, et qu'on appelle méridien, parce que, dans tous les endroits au-dessus desquels on peut tirer un mèine méridien, il est midi en même temps, lorsque le soleil se trouve vis-à-vis de cette ligne,

On divise l'équateur et les méridiens en degrés : à cha-

eune de ces divisions on à donné le nom de degré, qui

marque un espace de quinze milles d'Allemagne ou vingtcinq lieues communes de France, L'équateur renferme trois cent soixante de ces degrés; iv en a cent quatrevingts dans un méridien d'un pôle à l'autre, Ainsi, annoncer que tel lieu est au trois cent trentième degré de longitude, c'est dire qu'en comptant les degrés de léauateur depuis ce lieu, et en allant toujours à l'ouest autour de la terre jusqu'au premier méridien, il y a trois cent trente degrés : ajouter que ce mème point est au huitième degré de latitude, c'est indiquer qu'il en existe huit, en comptant les degrés du premier méridien depuis l'équateur jusqu'à l'endroit désigné. Lorsqu'il est question de la latitude de la terre au-dessus de l'équateur, vers le pôle septentrional, on la nomme latitude septentrionale, pour la distinguer de celle qui se trouve au-dessous de l'équateur, vers le pôle méridional, et qu'on nomme latitude méridionale.

Le lendemain de son départ des iles Canaries, Colomb, coutrarié par le vent, n'avait encore franchi qu'un espace de dix-huit lieues; mais, présumant que ses compagnons seraient effrayés par la longueur seule de la route, il crut devoir les tromper sur le chemin qu'ils pourraient faire chaque jour; aussi il leur annonça qu'ils ne se trouvaient encore qu'à quinze lieues des îles Canaries.

Le 12 septembre, qui état le sixième jour de leur navigation, ils se trouvaieat à 2500 de longitude, à partir de File de Fer, une des Canaries, ou, ce qui est la mème chose, à cent cinquante milles de ce point vers Foccident, et au mème degré de sa latitude septentrionale, Ce jour-là, le one d'un grand arbre qui semblait avoir longtemps erre

sur les flots S'offrit aux regards des matelots: cette ren-

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contre leur fit espérer la découverte d’une terre voisine, Mais cette illusion dura peu : ils s'étaient avancés cinquante lieues plus loin, lorsqu'un phénomène vint jeter de nouveau le trouble et la consternation parmi eux. Colomb luimème ne put dissimuler la surprise qu'il lui causa.

On sait que l'aiguille aimantée est le guide le plus sûr des navigateurs : grâce à la propriété qu'elle a de diriger toujours sa pointe vers le nord, ils purent reconnaître, la nuit el le jour, les quatre points cardinaux et diriger leur marche. Sans ce guide, qui jusqu'alors avait toujours été fidèle, l'homme qui aurait tenté un voyage aussi long dans une mer encore Inconnue, aurait justement encouru le reproche d'une folle témérité. ILest donc facile de se faire une idée de la surprise de Colomb et de la terreur de ses compagnons, lorsqu'ils s'aperçurent que l'aiguille de la boussole, au lieu d'indiquer directement l'étoile polaire, inclinait d'un degré entier vers l'ouest.

Or, quelle était la cause de ce phénomène inconnu jusqu'alors à Colomb et aux autres navigateurs? La science, interrogée pendant plusieurs siècles, n'a pu encore résoudre cette question par une explication suffisante, quoiqu'on ail observé bien des fois cette décliraison, et qu'on ail mème exactement remarqué les lieux où elle s'effectue. Combien d'autres secrets de la nature l'homme n'a pu pénétrer encore !

Une consternation profonde régnait parmi les compagnons de Colomb; ils ne reportaient qu'en tremblant leurs regards sur l'espace qu's avaient parcouru, espace «ni leur semblait immense, bien que Famiral l'eût diminué au moins d'un tiers. en les trompant par un faux caleul, Mais

26 DÉCOUVERTE DE L'AMERTOUE.

la déclinaison de li boussole était là principale cause de leur épouvante : elle annonçait une révolution dans les lois de la nature, dans Fordre des éléments. «<Qu'allons-nous devenir, s'écritient-ils en gémissant, puisque l'aiguille aimantée, notre guide unique, nous abandonne? »

Colomb, dont Fesprit était fertile en expédients, expliqua à ses compagnons cet événement dune manière qui les satistit, en leur rendant leurs espérances: mais tout à coup ils s'apercoivent que les bâtiments sont sans cesse poussés en ligne droûte vers Fouest, et S'effraient de nouveau. Hs iynoraient Faction et Finfluence des vents qu'on appelle alizés. eLent, dans Fespace qui s'étend'entre les tropiques, regnent constammentde Festà l'ouest: ce fut pour eux un nouveau sujet d'inquiétude : ilsse voyaient déjà repoussés pour toujours des rivages de FEspagne par ce terrible ventd'est.

IS cornmencatent toutefois à se rassurer un peu, lorsque la mer leur apparaît, aussi loin que leur vue peut s'étendre, couverte d'herbes verdovantes el stépaisses dans quel: ques endroits, qu'elles gènaient ta marche du navire. «Voilà done, S'écrientsls, la limite où doivent s'arrêter les vaisseaux : ces herbages sont Finfranchissable barrière élevée par Dieu lui-même: ils cachent les écueils où doit se briser le navire «ssez audacieux pour tenter d'aller plus loin. lrors-nous nous perdre, avec nos bâtiments, sur cette mer, de laquelle la prudence nous engage à nous éloigner? Malheureux! quelle était notre ignorance. quand nous avons cru aux fallacieuses promesses d'un aventarier, quand nous avons consenti à Le suivre !

— Eh quoi! leur disait Colomb, dont le sang-froid et a

prudence étuenta hauteur d'une circonstance ausst ert-

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l tique, vous vous alarmez d'une chose qui devrait au conuse de

Loi taire exciter votre joie, car elle vous annonce que vous . allez atteindre au but de vos efforts et que le succès courona nera bientôt vos eforts ! Est-il possible que Fherbe croisse a au milieu de la mer? Cette végétation appartient à un contipliqua nent von nous sommes peu éloignés 3 il va bientôt se déés couvrir À VOS VEUX, » .

à coup Et au moment où Colomb prononçait ces paroles, léqui- OUSSÉS au. Ds Île ali-

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prenaient leur essor du côté de l’ouest. À cette vue, tous les cœurs se rouvrirent à l'espérance ; plus d'inquiétude, plus de doute sur le succès de l'expédition ; on poursuivit avec ardeur sa route vers celte terre qui paraissait si rapprochée.

Mais, hélas! les suppositions auxquelles avaient donné lieu l'herbe qui couvrait la surface de la mer et le vol des oiseaux étaient des erreurs, et une triste réalité dissipa les illusions de l'amiral et de ses compagnons. On avait déjà parcouru un espace de sept cent soixante-dix lieues marines, el aucun continent ne paraissait encore; mais de tous les hommes qui se trouvaient sur les trois navires, Colomb était le seul capable de calculer le chemin qu'on avait fait; et, recourant à sa ruse ordinaire, il annonça à ses compagnons que cinq cent quatre-vingts lieues seulement avaient été franchies par l’escadre.

Mais cette vaste étendue de mer qui les séparait de leur patrie les effraie ; les gémissements, les plaintes, les murmures retentissent de nouveau : tantôt ils s'accusent d'avoir prèté l'oreille aux décevantes paroles de Colomb, de s'être laissé abuser par ses chimériques promesses; tantôt ils maudissent la reine Isabelle, coupable d'avoir sacrifié un grand nombre de ses sujets dans une folle entreprise. « Grâce au ciel, disaient-ils, nous avons donné des preuves assez nombreuses de courage pour ne pas avoir à craindre le reproche de lâcheté ; il nous est bien permis maintenant de penser à notre salut, de tout tenter pour retourner dans notre patrie; mais le vent, constamment fixé à l'est, ne nous interdit-il pas jusqu'à l'espoir du retour? Forçcons

l'amiral à s'arrêter, à renoncer à ses projets insensés. »

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: CHRISTOPHE COLOMB. 29 » Lous 4 Mais un plus grand péril menaçait Colomb : quelques-uns Stude. de ses compagnons proposent de se défaire de lui, de lui | suivit ! donner pour tombeau cette mer inconnue où sa folle au- | r'ap- ' dace les à conduits. «A la mer l'amiral! à la mer l'auteur de tous nos maux ! s’écrient-ils; si nous devons périr, ven- l lonné î geons-nous du moins! C’est à nous de punir l'aventurier | des 1 dont la perfidie nous à perdus! Qu'importe à l'Espagne À pa les | l'existence de cet étranger qui l’a trompée, qui a exposé | L déjà : celle de tant d'Espagnols qui pouvaient encore être utiles à ; FRES; : leur patrie? Qu'il meure donc! personne ne s'avisera, si À us les Dieu permet que nous revoyions les rivages de l'Espagne, | Iomb : de nous demander compte du sort de cet homme ; et, en Î It; et, | apprenant notre vengeance, ivus nos compatriotes applau- il ons 1 diront à un acte de justice. » !

It étE î C’en est fait de l'amiral s’il faiblit un instant devant la | Î révolte, s'il paraît effrayé ou indécis. Colomb se présente | leur devant les séditieux : la sérénité de son visage, son calme, ROUrS : contrastent avec les passions violentes qui se reflètent sur avoir 4 les figures de ses compagnons; il semble ignorer qu’on er | "être veut à ses jours. «Eh bien! mes amis, leur dit-il, que | )t ils viens-je d'apprendre ? quelle est votre intention ? » \ e un — Nous voulons retourner en Espagne... Rendez-nous | Res notre patrie ! ramenez-nous à Palos! »

AVES Ces cris sont répétés avec fureur par l'équipage; des | ndre | gestes menaçants les accompagnent. «Vous voulez retournant À ner en Espagne ! cependant, naguère encore, vous étiez | dans À pleins d'espoir et de confiance; vous juriez de me suivre | EEE ; partout, parce que vous étiez convaincus que je ne vous Fons trompais pas. D'où vient ce changement ? que s'est-il done S. »

passé? qu'est-ce qui vous à donné le droit de nr'aceuser de

o0 DECOUVERTE DE L'AMERIQUE.

témérité ou d'imposture ? Enfants que vous êtes, c’est au moment mème où vous touchez au but, que vous voulez honteusement vous en éloigner. Espagnols, auriez-vous peur?»

A ce mot, que l'amiral adressait avec intention à l'orgueil des hommes qui lentouraient, un frémissement électrique, symptôme du: réveil des sentiments généreux , avertit Colomb qu'il ne s'était pas trompé. € Espagnols, reprit-il en élevant la voix, auriez-vous peur ?

— Non, non, répondirent marins et soldats, en portant la main à leurs épées.

— Ah! jele reconnais avec plaisir, vous êtes encore les dignes enfants de l'Espagne, et vous pouvez entendre le langage de l'honneur. Vous redemandez votre patrie, vous voulez revoir vos familles, mais ce n'est pas la crainte du danger qui vous fait reculer devant la gloire de l'entreprise à laquelle je vous avais associés. Cependant, amis, que dira l'Espagne en vous voyant reparaître sans avoir rempli la grande tâche dont elle vous avait chargés, en apprenant que vous avez désobét à votre général et abandonné à des étrangers le nouvel univers que vous auriez pu donner à votre patrie?

— Is ne le trouveront pas plus que nous, répondit une VOIX qui interrompit Famiral,

— Qui vous l'a dit? Avez-vous mérité de le conquérir. ce monde nouveau que je vous ai promis? Dites les tempétes que vous avez eues à braver, les souffrances qui ont éprouve votre courage, Votre course à été lente peut-être, mais tranquille sur une mer qui à été pour vous sans orages. Avez-vous à vous plaindre de ces privations affreuses

contre lesquelles Fhomme de mer a souvent à tatter dans

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ses voyages? Non: seulement la terre tarde à se montrer à vos regards ; vous la verrez dans quelques jours, demain peut-être, et votre constance ne peut résister à une attente de si courte durée!

— Mais si nous continuons à vous suivre el que nos recherches soient inutiles, qui nous ramènera en Espagne ? dit Alvarez, un des plus vieux matelots de /a Santa-Maria.

— Moi, répliqua aussitôt Colomb.

— Mais si le vent est toujours à l'est?

— Il changera, je vous le promets, et favorisera notre retour en Espagne, quand nous aurons répondu à la conlance de nos augustes souverains, le roi Ferdinand et la reine Isabelle. Mais regardez, mes chers amis, le ciel a voulu nous donner une nouvelle preuve de sa protection : voyez, un nouveau vent se Joue dans nos voiles... c'est le vent du sud-ouest.

— Le vent du sud-ouest ! le vent du sud-ouest!» s'écrient les hommes de l'équipage, en regardant la nouvelle direction imprimée aux voiles; puis ils se pressent autour de l'amiral, en renouvelant un serment qu'ils avaient failli trahir plus d'une fois.

Ainsi subjugués par l'ascendant de Thomme supérieur, par sa parole puissante, ces hommes étaient rentrés dans le devoir: ils avaient retrouvé toute leur confiance dans le succès de L'expédition; le changement du vent, qui avait tourné tout à coup au sud-ouest, les rassurait d'ailleurs pleinement sur la possibilité de leur retour dans leur patrie, Mais bientôt d'autres indices du voisinage d'une terre vin rent confirmer les paroles de Colomb et les espérances

nouvelles qu'il avait fait concevoir à ses Compagnons. Un

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jour, le commandant de {a Pinla, qui marchait toujours

en avant comme étant la meilleure voilière, donna avis à l'amiral qu'il croyait distinguer la terre au nord, et qu'il la croyait éloignée de quinze lieues environ. Cette nouvelle excita des transports de joie. On suppliait Colomb ‘e se diriger de ce côté; mais lamiral, assuré de l'exactitude de ses calculs, savait que le capitaine de /a Pinla était dans l'erreur : il continua à gouverner de l'est à l'ouest, sans se laisser fléchir par les prières ou intimider par les menaces.

Sans doute il lui eût été facile de s’écarter un moment de sa route et de se diriger vers le côté désigné par Pinzon ; mais sa haute raison lui faisait apprécier les fâcheuses conséquences d'une concession qu'il aurait paru faire aux exigences de ses Compagnons. Convaincu de l'erreur du capitaine de {a Pinia, l'aurait justifié le doute de son équipage sur lhabileté de Famiral, sur la justesse de son plan de voyage. Or, une légère déviation sans résultat pouvait altérer la confiance qu'il inspirait; ensuite, elle aurait été un précédent funeste au nom duquel ses compagnons seraient venus impérieusement lui demander des modifications dans se: rojets, e. peut-être lui dicter leurs volontés. Colomb agit donc en homme expérimenté, et la suite de son voyage prouva qu'il avait agi sagement en résistant aux obsesstons de son équipage.

Le lendemain, de nombreux oiseaux de mer furent aperçus, et Colomb, supposant qu'ils ne pouvaient s'éloigner beaucoup de la terre, crut que leur apparition en annonçait le voisinage. Il se tronipait, mais ses compagnons avaient partagé son erreur el son espoir, qui fut déçu par

la sonde : on ne trouva pas Le fond, quoiqu'on eût jeté à la

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mer deux cents brasses de corde, qui répondent à douze cents pieds environ. On était donc encore loin de la terre, puisque la mer est ordinairement peu profonde dans le voisinage des côtes. Dans la soirée du jour suivant, des oiseaux chanteurs vinrent se percher sur les vergues et égayer l'équipage par leurs chants joyeux. Ils passèrent la nuit dans cette position, et le lendemain, à la pointe du jour, ils prirent leur essor en se dirigeant vers l'ouest. Bientôt après, on vit un oiseau des tropiques; puis un spectacle étrange, inattendu, causa une vive surprise parmi tous les hommes de l'expédition : c'était une nuée de poissons{volants qui s'élevaient au-dessus des flots ; il y en eut qui vinrent s’abattre sur le pont, où, saisis, examinés avec attention, ils ne pouvaient lesser la curiosité excitée par la longueur de leurs nageoires bizarres qui leur servaient d'ailes. Le soir, on vit la mer couverte d'herbes, et, de l'ensemble de ces circonstances, l'équipage concluait que l’on était sur le point de découvrir la terre. Mais le jour et la nuit se succèdent encore, et plus on avance dans cet océan sans limites, plus la terre semble s'éloigner devant les vœux impatients des compagnons de Colomb. Alors l'esprit de sédition se réveille à bord des trois navires ; bientôt elle éclate, et, cette fois, les officiers, qui étaient restés lidèles à Colomb, font cause commune avec les matelots. ILse présente aux révoltés ; il veut recourir aux moyens qui lui ont déjà réussi auprès d'eux; mais ils ne veulent plus l'écouter : leurs cris couvrent sa voix; on l'insulte, on l'outrage, on le menace de la mort, s'il ne fait pas reprendre immédiatement à l'expédition le chemin de l'Espagne.

H fallait céder où mourir : céder, c'était S'en aller re.

. 20 RE ETS A

cueillir les risées de tout un peuple, se vouer à un opprobre éternel! La mort lui paraissait mille fois préférable à la honte du retour en Espagne; mais les révoltés voulaient une prompte réponse, Colomb leur demande encore trois jours de résignation et d'obéissance : si, dans cet intervalle, un continent n'est pas découvert, il s'engage à les ramener en Espagne. Ces conditions sont acceptées, et des proteslations mutuelles en garantissent de part et d'autre Fexécution.

Mais Colomb était sans inquiétude ; les indices du voisinage de la terre devenaient de plus en plus nombreux, et donnaient à l'amiral la certitude qu'il aborderait avant le terme fixé par la convention, Déjà la sonde, qui avait atteint le fond depuis trois jours, S'enfonçait dans la vase; puis des milliers de petits oiseaux auxquels l'exiguité de leur envergure ne permettait pas de s'éloigner beaucoup des côtes, volaient vers ouest; un buisson chargé de son fruit rouge et encore frais fut retiré de la mer; puis l'air devenait moins vif etle vent moins variable, principalement aux approches de la nuit: c'étaient autant de présages annonçant que l'on touchait enfin au terme de cette longue et laborieuse navigation, et que Colomb allait recevoir le prix de sa constance héroïque. |

Telle était la certitude de Famiral relativement au voisinage de la terre, que, le lendemain, dans la soirée, il recommanda à ses compagnons de rendre grâces à Dieu , qui leur avait donné une preuve aussi éclatante de sa protection dans une entreprise aussi hasardeuse: puis il prescrivit toutes les mesures que pouvait conseiller la prudence.

Ainsi il exigea qu'on carguat les voiles, car ilcraignait avec

CHRISTOPHE COLOMR. A)

raison que, pendant la nuit, les bâtiments ne fussent jetés sur la côte, où ils courraient risque de se perdre.

L'amiral rappela de nouveau à ses compagnons Ki promesse d'Isabelle en faveur de celui qui apercevrait le premier le nouveau continent : il devait être gratifié d'une pension viagore d'environ 312 écus d'Espagne, el recevoir en outre, au nom de la reine, une mante de velours.

Pendant toute la nuit, les ofliciers, les matelots et les soldats restèrent debout sur le tillac de leurs navires, en proie à la plus vive agitation; ils ne détournaient pas leurs regards du côté où ils espéraient apercevoir cette terre si longtemps attendue.

Vers dix heures du soir, Colomb, placé sur le gaillard d'avant, crut voir briller une lumière dans le lointain; il

appela auprès de lui un page de la reine embarqué sur son

bâtiment, et montra à ce jeune homme cette lumière, Celui-

ci la distingua également et la fit remarquer à une troisième personne qui venait de se placer auprès d'eux. À tous les trois il sembla que cette lumière était mobile et qu'un voya geur devait la porter.

Tout à coup, vers deux heures après minuit, le cri: Terre ! terre ! poussé par l'équipage de la Pinta, est répété par les équipages des deux autres navires, et remplit de joie tous les cœurs. Cependant, comme on avait été si souvent dupe d'espérances qui ne s'étaient pas réalisées, on attendit l'aurore pour être assuré que cette fois on ne se trompait pas, et qu'on avait enfin atteint le but de l'expédition, Enfin les ténèbres se dissipent peu à peu ; l'horizon se colore des feux de l'aurore naissante, et le Te Deum est entonné par l'équipage de {a Pinta. A la vue de la terre, les équipages des deux autres navires adressent également au ciel l'expression de leur reconnaissance ; les cœurs sont

émus, les larmes coulent, et à peine a-t-on satisfait à un pieux devoir, que l'on songe à expier par une réparation éclatante les outrages et les violences dont on s’est rendu coupable envers Colomb. Ces mèmes hommes qui naguère méconnaissaient son autorité et menaçaient ses jours , se jettent à ses pieds; ils implorent le pardon de leur infâme conduite, L’amiral, attendri par la sincérité de leur repenür, leur promet d'oublier le passé; il se montre alors aussi généreux qu'il avait été ferme dans sa lutte contre la révolte, et sa magnanimité s’égale à son courage.

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Découverte de l'île Guanahani. — Débarquement des Espagnols. — Plantation de la croix sur le rivage. — Prise de possession au nom du roi et de la reine d'Espagne. — Surprise mutuelle des Espagnols et des Indiens, — Découverte de Cuba. — Trahison de Pinzon, — Découverte d'Hispaniola ou Haïti, — Visite d'un cacique, — Naufrage de Colomb, — Établissement d'une colonie, — Départ de Colomb pour l'Espagne. — Une tempête. — Réception de Colomb à la

cour de Portugal.

La première île où était débarqué Colomb est une des iles Lucayes ou de Bahama, et s'appelle Guanahani, ou bien ile de Cat. La reconnaissance de Colomb pour le pays à la découverte duquel il devait son salut, lui avait donné le nom de San-Salvador ; mais elle n'a pas conservé ce nom qui consacrait un grand et pieux souvenir.

Pendant quelques instants, l'équipage, immobile de surprise, absorbé par une muette contemplation devant une terre jusqu'alors inconnue, admirait ce riant paysage que doraient les premiers rayons du soleil, et la verte couronne de ces bois dont une brise embaumée révélait tout à la fois les parfums et la fertilité; il ne pouvait se lasser du spectacle de cette végétation vigoureuse qui prodiguait, étalait de tous côtés ses trésors; partout des fruits, des fleurs, des bosquets au milieu desquels serpentaient des

ruisseaux nombreux, multipliant leurs sinueux détours et les méandres de leur cours capricieux, pour jeter une variété délicieuse sur l'ensemble de ces tableaux enchanteurs. Ainsi, les Espagnols et leur noble chef savouraient de

loin, en quelque sorte, le plaisir de leur conquète ; leur

extase ressemblait presque à l'ivresse.

Enfin, la voix de Colomb se fait entendre ; par son ordre les chaloupes sont mises à la mer; lui-mème s’élance dans l’une d’elles et se dirige vers le rivage, au bruit d’une musique militaire. Ses principaux officiers l'accompagnent. Au-dessus de s: tête se déploient et flottent les bannières espagnoles, ornées de croix vertes, entourées des lettres FetT (initiales des noms Ferdinand et Isabelle), et surmontées de couronnes.

A mesure que les chaloupes approchaient, on voyait une foule de naturels du pays accourir sur le rivage ; ils manifestent par leurs gestes, par l'expression de leur physionomie, par tous les mouvements auxquels ils se livrent, la surprise que leur cause la merveille de ces navires européens aux proportions colossales, de ces châteaux ailés qui se balancent avec noblesse sur la surface de la mer. Mais, chose étrange et qui paraît être pour les Espagnols une véritable énigme, c'est la sécurité que témoignent ces insulaires : parmi eux, aucun indice de terreur ou d’anxiété à la vue de ces étrangers dontilsne connaissent pas les intentions, à la vue de ces drapeaux, de ces armes qui étincellent aux rayons du soleil, au bruit de ces instruments d'une musique guerrière qui semble donner le signal des batailles.

Lorsque la chaloupe sur laquelle était monté Colomb eut touché le rivage, l'amiral, revêtu d'un brillant costume de

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velours écarlate, l'épée à la main, s’élance le premier à terre; le premier, il touche ce nouvel univers qu'il vient de découvrir.

À sa suite s’élancent ses compagnons ; ils se prosternent aussitôt et baisent la terre, et là, humblement courbés devant Colomb, ils le saluent vice-roi du nouveau monde, et lui prètent serment de fidélité ; ils lui promettent une obéissance sans bornes, une docilité exclusive.

Après cette touchante manifestation, après cet hommage rendu au génie d’un grand homme, une croix est plantée sur le rivage. Tous les hommes de l'expédition s’agenouillent devant ce signe sacré, et offrent à Dieu de nouvelles actions de grâces ; puis l'amiral prend solennellement possession de ce pays au nom du roi Ferdinand et de la reine Isabelle.

Pendant que les Espagnols accomplissaient cette cérémonie imposante (c'était le 13 octobre 1492), les Indiens se groupaient autour d'eux ; ils examinaient tour à tour, avec une silencieuse attention, ces hommes extraordinaires et les édifices flottants qui les avaient amenés à travers les ondes. Hélas! les malheureux ! s'ils avaient pu soupçonner quelles devaient être pour eux les conséquences de cette solennité, ils auraient frappé l’air de leurs gémissements ; leurs visages se seraient baignés de larmes, ou plutôt, ils auraient repoussé comme d'implacables ennemis ces étrangers qu'ils contemplaient avec une respectueuse admiration.

La surprise des Indiens redoublait à mesure que leur avide curiosité pouvait apprécier les contrastes et les différences qui existaient entre eux et les Espagnols. Leur

longue barbe, la blancheur de leur peau, leurs vêtements.

leurs armes, leurs manières, tout paraissait merveilleux à ces indigènes stupéfaits. Mais lorsque les détonations de l'artillerie et des mousquets frappèrent leurs oreilles, ils crurent que la foudre éclatait sur leurs têtes ; ils ne virent plus dans ces étrangers, armés du feu du ciel, des hommes, mais des êtres d’une nature supérieure, des fils du soleil, descendus sur la terre pour les visiter et recevoir leurs hommages; car le soleil était leur dieu. Quelques Américains, doués d'une certaine intelligence et enthousiasmés par la splendeur de l’astre du jour, par les bienfaits de sa chaleur viviliante et de sa marche régulière, le regardaient comme le bienfaiteur du monde, comme Dieu lui-mème ; d’autres, au contraire, s'étaient forgé un ou plusieurs dieux auxquels ils avaient donné la figure de l’homme, et qu'ils adoraient.

Mais, de leur côté, les Espagnols n'étaient pas moins surpris que les Indiens, à la vue de cette foule d'objets singuliers et bizarres, dont la variété infinie ne pouvait fatiguer leur curiosité ; les arbres, les plantes, les herbes, les animaux ne ressemblaient nullement à ceux de l'Europe. Chez les hommes, mème différence dans les formes du corps et dans les mœurs, Leur peau avait la couleur du cuivre ; leur chevelure était noire et longue, leur taille moyenne; point de barbe au menton. La bizarrerie de leurs traits était tempérée, adoucie, en quelque sorte, par leur timidité naïve et la douceur de leurs regards. Leur figure et d'autres parlies de leur corps portaient l'empreinte de caractères et de dessins étranges.

Le plus grand nombre de ces insulaires était entièrement nu: quelques-uns se couvraient seulement une partie du

corps. Pour unique parure ils portaient leurs oreilles,

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sur leur tête, ou attachées à leur nez, des plumes, des coquilles et des feuilles d’or.

Dans le premier moment, ils montraient une réserve à laquelle la crainte pouvait ne point paraître étrangère ; mais lorsqu'ils eurent reçu des Espagnols de menus objets, tels que des grains de verre, des rubans et des grelots, ils devinrent plus familiers, ‘et leur timidité fit place à une entüière confiance dans leurs nouveaux hôtes.

Le soir, quand les Espagnols retournèrent à bord de leurs vaisseaux, ils y furent suivis par une foule d’Indiens montés sur des canots faits de troncs d’arbres creusés, qu'ils manœuvraient avec une grande dextérité, L’intention des insulaires, en accompagnant les Espagnols, était de satisfaire leur curiosité en visitant l’intérieur des bâtiments européens, ou d'obtenir d’autres bagatelles par des échanges qui consistaient en fil de coton fabriqué par eux, en javelots dont une forte arète de poisson formait la pointe, en perroquets et en fruits de toute espèce. Telle était leur avidité pour les plus simples colifichets d’origine européenne, qu'ils se jetérent sur les débris d’un pot cassé épars sur le tillac, et les recueillirent comme des objets d’un grand prix. Pour plusieurs jetons ou boutons de cuivre qui ne pouvaient leur être d'aucune utilité, ils donnaient vingt-cinq livres d’excellent fil de coton.

Le lendemain, l'amiral, toujours accompagné d’un grand nombre d'indigènes qui se pressaient sur ses pas, visita les côtes de l'île. Ce qu'il désirait surtout savoir, c'était d’où ces insulaires tiraient les feuilles d’or dont ils ornaient leurs narines. À force de les questionner par des signes, il apprit

que cet or n'était pas un produit de leur île, mais d’une autre

située au sud, où, à les en croire, il se trouvait en grande quantité, Déterminé à mettre à profit un renseignement d'une aussi grande importance (car ayant promis à la reine Isabelle et aux hommes de l'expédition la découverte de contrées qui les enrichiraient, il tenait à remplir cette promesse), il se rembarqua avec sept insulaires qui devaient lui servir de guides et d'interprètes, et se dirigea vers le sud, Sur cette route, plusieurs îles s'offrirent à lui; il ne visita que les trois plus considérables, auxquelles il donna les noms de Sainte-Marie de la Conception, de Ferdinande et d'Isabelle, Dans l'une de ces îles, on rencontra des chiens qui étaient muets; l'expérience à, dans la suite, fait connaître que les chiens mèmes d'Europe sont privés de la faculté d’aboyer quand ils ont passé quelque temps sur le sol américain.

Dans l'île Isabelle, où Colomb alla faire de l'eau, le 17, les Espagnols observerent quelques traces de civilisation, Les habitants, moins grossiers, paraissaient ne pas ètre tout à fait étrangers à la pudeur : chez eux, les femmes étaient couvertes depuis la ceinture jusqu'aux genoux; les unes portaient des pièces de coton. les autres v suppléaent par des feuilles d'arbre entrelacées et liées avec assez d'art pour former une espèce de tissu.

Cette île renfermait un certain nombre de maisons construites en forme de tentes ; elles avaient une sorte de portail couvert de branches qui les garantissaient de la pluie et des vents.

On ne voyait dans ces maisons d'autres meubles que des ustensiles grossiers et des pièces de coton.

Les Espagnols remarquérent également diverses sortes

d'oiseaux et de poissons. fa plupart différents de ceux

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