‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 34 sur 76 · LES ER · texte numérisé non relu

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CHRISTOPHE COLOMB. 191 pagnole des renforts avec lesquels il put la poursuivre avec une nouvelle activité; mais ce qui contribua à la terminer, ce fut l'erreur des sauvages, qui, en voyant ces nouveaux Espagnols, s’imaginèérent qu'ils étaient les mèmes qu'ils avaient tués; et, désespérant dès lors de résister contre des êtres qui ressuscitaient ainsi pour les combattre , ils se soumirent volontairement au joug de l'esclavage.

En rendant compte du massacre qui ensanglanta l'île de Porta-Rivo, les historiens de cette époque parlent avec de grands éloges de l'intelligence extraordinaire et de l'intrépidité d'un gros chien appelé Bezerillo, et de ses exploits, qu'ils signalent à l'admiration de leurs contemporains et de la postérité. «Cet animal, disent-ils, distinguait avec uns sagacité vraiment merveilleuse les Indiens amis ou ennemis de ses maîtres. Aussi craignaient-ils plus dix Espagnols avec ce chien que cent Espagnols sans lui. Pour se le rendre plus favorable, ils lui donnaient, avant la guerre, la mème part en vivres, en or et en esclaves qu'à un Espagnol; générosité singulière que le maître de Bezcrillo mettait à profit.» Les mèmes historiens rapportent plusieurs faits pour prouver le discernemeni de cet animal; en voici un que nous soumettons au jugement de nos lecteurs : « Une vieille femme indienne était devenue odieuse à quelques Espagnols féroces qui voulurent se procurer le spectacle d'un des plus affreux supplices que l'imagination puisse concevoir; 1 chargèrent cette femme de porter une lettre dans un endroit qu'ils lui désignèrent, et lorsqu'elle fut partie, ils Rchèrent après elle Bezerillos ils espéraient qu'elle serait mise en pièces par cet animal, Dès que la malheureuse

Indienne vit accourir Bezenillo furieux, elle se mit à genoux

et lui adressa cette prière : « Ah! seigneur chien, ne me « faites pas de mal, je vous en supplie, car il faut que je «porte cette lettre à des chrétiens. » À ces mots, ajoute l'historien, la fureur du chien s'apaisa; il remua la queue, fit des caresses à la vieille femme, et s’éloigna sans lui avoir fait de mal.

Les importantes et faciles conquêtes des Espagnols augmentaient leur ardeur enthousiaste pour de nouvelles découvertes, Le premier soin de don Diègue, jaloux d'étendre son autorité et la domination espagnole, fut de fonder une colonie dans l’île de Cubagua, découverte par son père, et qui est située près d'une autre plus grande, nommée la Marguerite, à peu de distance de la côte de Cumana. Don Diègue voulait y établir une pècherie de perles. Or, la pêche des huîtres où moules dans lesquelles se forment les perles est tres-pénible et très-dangereuse : les pêcheurs, qui sont presque toujours de malheureux esclaves, se bouchent le nez et les oreilles avec du coton, placent dans leur bouche une éponge imbibée d'huile, et attachent sous leurs bras une corde dont l'extrémité est tenue par des hommes qui se tiennent dans les barques; ils plongent ainsi au fond de la mer, pour y ramasser les précieux testacés.

Don Diégue pensa avec raison que les Indiens, habiles dans les exercices de Ta natation et surtout dans l'art de plonger, seraient plus propres à la pêche des perles qu'au travail des mines: ilen fit donc partir un grand nombre, avec des inspecteurs européens, pour Cubagua ; le résultal constata la justesse de Fobservation de Christophe Colomb, qui avait annoncé que près des côtes de cette île on

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pècherie furent très-avantageux pour le roi et pour son lieutenant ; mais les Indiens qui y étaient employés succombérent presque tous, et bientôt la colonie se vit forcée par la stérilité de cette île d'aller se fixer à la Marguerite, qui offrait beaucoup plus de ressources à un établissement de ce genre.

A peu près à la mème époque, don Diègue prit, au nom du roi d'Espagne, possession de la Jamaïque, y réunit des colons, et les habitants de cette île partagèrent le sort des autres Indiens : ils furent condamnés à la servitude.

Cuba ne pouvait conserver plus longtemps son indépendance} et Velasquez, qui s'était fait remarquer parmi les compagnons dè Tolémh par son courage et son habileté, fut le chef que don Diègue chargea de la conquête de cette ile. Beaucoup d'Espagnols, qui espéraient s’y enrichir, voulurent accompagner Velasquez dans cette expédition ; on jeta l'ancre à la pointe orientale de Cuba.

Cette île était alors soumise à un cacique nommé Hatuey, qui était venu y chercher un refuge contre l'esclavage dont il était menacé à l'ile Espagnole. Animé de la haine la plus violente et la plus légitime contre les oppresseurs des Indiens, il prévoyait une attaque de la part des Espagnols : aussi entretenait-il des espions à l'île Espagnole, afin de pouvoir prendre des mesures et préparer ses moyens de défense lorsqu'il aurait été prévenu de limminence du péril. instruit par ses espions du projet formé par don Diègue et de équipement de l'escadre commandée par Velasquez, il assembla aussitôt ses sujets el ses alliés pour leur faire part de la nouvelle qu'il venait de recevoir, et les exhorta à prendre les armes pour la défense de leurs biens, de leur

vie et surtout de leur liberté. Tous lui répondirent qu'ils étaient prèts à mourir pour une cause aussi sacrée, «J'aime à voir, leur dit-il, ces nobles sentiments, mes chers amis: mais pour assurer le succès de nos efforts contre les tyrans, pour les contraindre à s'éloigner de notre pays, nous devons songer à une chose indispensable, Or, vous ignorez ce qui les conduit chez nous : c'est leur dieu qu'ils viennent chercher ici. En est-il parmi vous un seul qui ne connaisse ce dieu? Le voici, regardez-1e, mes amis. »

£n prononçant ces paroles il découvrit un petit panier. et, leur montrant l'or qu'il contenait, il leur assura que ce

métal, qui n'était d'aucune utilité, était cependant le dieu

pour lequel les chrétiens affrontaient les plus grands périls, et que l'espoir seul de le trouver dans cette île leur en faisait désirer la conquéte. «Nous avons un moyen facile . ajouta-t-il, de nous rendre cette divinité favorable : c’est de lui prouver notre respect par un hommage solennel; adorons-la aussi, et hâtons-nous de célébrer une fête en son honneur. » Aussitôt tous les sauvages dansérent en chantant autour du panier, suivant la coutrme des Indiens; cette fête se prolongea bien avant dans la nuit; la fatigue eu livresse générales purent seules la faire cesser, quand tout le monde tomba épuisé devant le nouveau dieu objet de leur culte étrange.

Le lendemain, Hatuey convoqua ses Indiens et leur annonça qu'après de mûres réflexions sur le sujet de leurs alarmes, ne pensait pas que la fête de la veille pûtsuftire pour assurer leur salut, et qu'il fallait exclure de File le dieu des Espagnols. En vain, poursuivit-il, vous le ca-

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crets, les hommes blancs sauraient bien le découvrir; en vain mème l’avaleriez-vous, ils vous éventreraient pour l'aller chercher dans vos entrailles; jetons-le donc dans les flots; que la mer le dérobe aux regards de nos oppresseurs, et qu'ainsi notre pays ne tente plus leur avide curiosité, » Aucun des sauvages n’hésita à suivre cet avis : tous s'empressèrent d'apporter leur or et de le jeter dans

la mer,

Mais ce sacrifice où cette précaution n'empècha pas le pavillon espagnol de flotter sur la côte de Cuba. Le cacique Hatuey ne perdit pas cependant courage et Voulut s'opposer au débarquement des étrangers : on en vint aux mains, et les troupes du malheureux prince furent mises en déroute après une courte résistance; fait prisonnier par les Espagnols, qui le condamnèrent à être brûlé vif pour intimider

les autres caciques de Pile et hâter leur soumission par la terreur, Hatuey monta sur le bûcher.

Au moment où, attaché à un poteau, il contemplait d'un «il stoïque les apprèts de son supplice, un religieux franciscain s'approcha de lui pour lui offrir les consolations de son ministère, pour le préparer à la mort par de pieuses exhortations; comme il lui parlait du paradis, séjour réservé au juste, à l’innocent, €Y a-t-il aussi, lui demanda le cacique, des Espagnols dans ce lieu de délices?

— Sans doute, répondit le religieux ; mais les bons seulement v sont reçus.

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— Îls sont tous méchants, reprit Hatuey; je ne veux pas aller dans un lieu où je puis craindre de rencontrer un seul Espagnol. »

Ce crime d’une politique barbare eut pour résultat la soumission de tous les Indiens de Cuba: épor antés par le supplice d'Hatuey, ils courbèrent docilement leur tête sous le joug espagnol, et en peu de jours Velasquez se vit le maître d'une des plus grandes et des plus belles îles de l'univers.

Pendant que Velasquez s’emparait de Cuba, d'autres expéditions étaient dirigées vers le continent découvert par Colomb; les Espagnols y fondaient des établissements, et Ponce, le conquérant de l'île de Porto-Rico, découvrait la Floride; il en dut la découverte à une circonstance qui mérite d'être racontée.

D'après une vieille tradition du pays, les naturels de Porto-Rico assuraient aux Espagnols qu’il y avait quelque part, vers le nord, une île où se trouvait une fontaine dont les eaux avaient la vertu de rendre à ceux qui avaient le bonheur de s’y baigner, la santé, la jeunesse et la vigueur. : La curiosité de Ponce fut vivement excitée par cette fable, el, aussi crédule que les sauvages qui la débitaient , il mit à la voile pour découvrir cette fontaine miraculeuse. Il se divigea vers le nord, du côté des îles Lucayes, et lorsque, parvenu au vingt-sixième degré de latitude septentrionale, il eut tourné à l’ouest, il découvrit une terre qui fait partie du continent de l'Amérique septentrionale. Il donna à cette contrée le nom de Floride, soit à cause de sa riche et brillante végétation, soit parce qu'il la découvrit le jour des Rameaux, que l'on appelle Pâques fleuries.

Cette découverte appela l'attention des Espagnols sur une

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1x DÉCOUVERTE DE L'AMÉRIQUE.

autre région qu'ils ne connaissaient pas encore; ils soupconnaient, ilest vrai, qu'ilexistait des terres sous la latitude du vaste et riche Mexique; mais personne n'avait tenté de résoudre le problème, Cette gloire était réservée à un grand homme qui parut tout à coup sur la scène.

Ce grand homme, c'est Fernand Cortez.

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