‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 35 sur 76 · CORTE · texte numérisé non relu

CORTE

ÿ À ô) Expédition de Hernandez de Cordoue, — La baie de Cam-

| à et pèche. — Deux baptèmes. — Julien et Melchior. — N A " Combat, — Hernandez est blessé, — Sa mort, — Grijalsa, — La Ÿ b Nouvelle-Espagne. — Discours d'un cacique, — Un temple indien.

— L'ile des Sacrifices. — Fernand Cortez, — Son portrait. — Préparatifs de l'expédition qu'il doit commander, — IL fait voile pour le Mexique. — Rencontre d'un naufragé espagnol. — Récit de ses aventures, — Une bataille. — Défaite des Mexicains. — Une ambassade, — La fille d'un cacique, — Les ambassadeurs de Montezuma, — Situation critique de Cortez, — Son adresse. — Une cour de justice, — Démission de Cortez. — Son discours. — I est de nou-

vean élu commandant,

La conquête de l'île de Cuba ne pouvait satisfaire l'ambition de Velasquez, qui supportait inpatiemment l'autorité de don Diègue; il désirait S'en affranchir, et il pensa qu'il y réussirait en faisant quelques découvertes importantes qui lui assureraient un gouvernement indépendant, Il équipa

done deux vaisseaux et un brigantin, et confia le comman-

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dement de cette petite escadre à Hernandez de Cordoue, en lui prescrivant de gouverner à l'ouest, parce qu'il présumait qu'il existait de ce côté un grand continent, bien qu'il n'eût été jusqu'alors visité par aucun Européen.

Hernandez se dirigea vers la terre ferme qu'on appelle Yucatan, et, lorsqu'il eut atteint la côte, il poursuivit sa route, toujours en remontant, jusqu'à la baie de Campèche, où croît le bois dont on se sert aujourd'hui pour la teinture. Ayant abordé à divers endroits de la côte, il eut à livrer quelques combats aux habitants de ses parages, et rencontra une résistance à laquelle il ne s'attendait pas ; mais ces Indiens étaient moins sauvages, plus guerriers que les insulaires que les Espagnols avaient rencontrés jusque-là, et qui étaient nus pour la plupart. Ceux-ci avaient des vêtements faits d'une étoffe de coton piqué ; leurs armes, qu'ils maniaient avec assez de dextérité, étaient des épées de bois garnies d'un caillou aigu, des lances, des ares, des fleches et des boucliers. Is peignaient leur visage de diverses couleurs, et ornaient leur tête d’un panache, Ce fut chez eux qu'on trouva les premières maisons bâties, avec une certaine régularité, de pierre et de chaux. Dans quelques engagements , ils battirent les Espagnols , et les for- <erent à se rembarquer; ceux-ci firent prisonniers deux jeunes Indiens , qui, dans la suite, reçurent le baptême. On leur donna les noms de Julien et de Melchior, et ils rendirent de grands services aux Espagnols en leur servant de médiateurs et d'interprètes auprès des Mexicains.

Un jour, les Espagnols, descendus à terre pour renouveler leur provision d'eau, virent s'approcher d'eux cin-

quante Indiens, qui leur demandèrent S'ils venaient du pays

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CORTEZ. 201 où le soleil se lève; sur leur réponse affirmative, ils furent conduits par ces Indiens dans un temple construit en pierre, où un horrible spectacle s'offrit à leurs regards. Là se dressaient des idoles hideuses , arrosées d’un sang qui fumait encore. Aussitôt, deux hommes, portant des manteaux bianes, avec de longs cheveux noirs roulés par derrire, s'avancèrent devant les Espagnols; ils tenaient dans leurs mains de petits réchauds en terre, Quand ils furent en face des étrangers, ils jeterent dans les réchauds une espèce de substance résineuse, et en chassèrent la fumée vers les Espagnols. Cette cérémonie terminée, ils leur ordonnèrent de s'éloigner du pays, en les menaçant de la mort s'ils n’obéissaient pas. Les Espagnols jugèrent qu'il n'était pas prudent pour eux de prolonger leur séjour au milieu de ces Indiens, et se hâtèrent de regagner leurs Vaisseaux.

Is débarquèrent aussi dans une autre contrée,près de Pontouchan; mais une troupe nombreuse d’Indiens les assaillit avec tant d'impétuosité et de rage, qu'ils en tuërent quarante-sept, en blessèrent beaucoup d’autres, qui purent difficilement échapper à un massacre général, en se réfugiant dans leurs navires. Hernandez, leur chef, fut lui-mème blessé tres-griévement,

Cette défaite le força à retourner immédiatement à Cuba, où il rendit à Velasquez un compte détaillé de l'expédition, et mourut, peu de temps après, des suites de ses blessures.

Les nouvelles découvertes faites en son nom surpassaient les espérances de Velasquez; il résolut de continuer son exploration, dont les résultats avaient été si brillants, et qui lui en promettait d'autres non moins avantageux. Il

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équipa donc de nouveau trois vaisseaux et un brigantin, et choisit, pour commandant de cette petite escadre, Grijalva, oflicier qui unissait le courage à l'expérience, Velasquez lui enjoignit de se borner à chercher des contrées nouvelles, sans s'occuper à former des établissements dans celles qu'il pourrait découvrir,

Grijalva se dirigea en droite ligne vers Yucatan; mais il ne s'aperçut pas que les courants, l'entrainant vers le Sud, l'éloignaient un peu de la route qu'il voulait suivre ; et en dérivant ainsi, il découvrit, près de la côte orientale de Yucatan, l'île de Cosumel; de là, longeant la côte, il arriva à Pontouchan, où Hernandez avait été si mal reçu. Les compagnons de Grijalva étaient impatients de venger là mort de leurs compatriotes et l'affront fait au pavillon espagnol ; ils demandèrent à débarquer, et leur chef descendit avec eux à terre.

Fiers de la victoire qu'ils avaient remportée récemment, les Indiens se précipitèrent au-devant des Espagnols ; mais leur témérité leur coûta cher : deux cents d'entre eux furent tués, et les autres, en fuyant, répandirent partout l'épouvante, Mais Grijalva ne voulut point poursuivre ses avantages ; satisfait d'avoir donné une leçon sévère aux Indiens de Pontouchan, il remit à la voile, ei continua à lonver la côte. Qu'on juge de la surprise des Espagnols quand ils aperçurent partout des bourgs et des villes régulièrement bâtis, des maisons de pierre et de chaux, que leur imagination transformait en palais ; elle leur fit mème trouver une si grande ressemblance entre FEspagne et ce pays, qu'ils

l'appelerent Nouvelle-Espagne, nom qu'il porte encore au-

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De là, l'expédition parvint à l'embouchure d'un fleuve que les naturels appelaient Tabasco, et auquel les Espagnols donnèrent, pour honorer leur digne commandant, le nom de Grijalva : ce fleuve a conservé ce nom; mais la contrée qu'il arrose estencore appelée Tabasco. La fertilité extraordinaire de ce pays, qui, en outre, était très-peuplé, décida Grijalva à y débarquer pour le reconnaitre ; il descendit done à terre avec tous ses gens bien armés ; mais à peine avait-il posé le pied sur le rivage, qu’une troupe d’Indiens, poussant des cris effroyables, lui défendirent d'aller plus loin. Grijalva ne se laissa pas intimider par ces menaces; il s'avai.ça au-devant des sauvages, et lorsqu'il fut à la portée du trait, il suspendit sa marche, et rangea sa petite armée en bataille; puis il ordonna à Julien et à Melchior, ces deux Américains qui avaient été enlevés par Hernandez, d'aller annoncer aux Indiens que, loin d'être venu pour leur nuire, il désirait faire alliance avec eux.

Si les Indiens avaient été saisis d'étonrnement à la vue des rangs serrés, des habits militaires, et des armes des Espagnols, ils furent encore plus surpris des propositions pacifiques que le commandant des ennemis venait de leur adresser. Quelques-uns de leurs chefs s’'approchèrent avec confiance, et n’eurent pas à s’en repentir. Grijalva les accueillit avec beaucoup de bienveillance , et chargea son interprète de leur déclarer que lui et ceux qui l’accompagnaient étaient sujets d’un grand roi, maître-de toutes les contrées où se lève le soleil; qu'il était envoyé vers eux par ce monarque pour leur enjoindr: de se soumettre à sa puissance : il attendit l'effet de cette sommation.

Elle provoqua des murmures d'indignation parmi les In-

204 DECOUXERTE DE AMERIQUE.

diens : ils étaient révoltés de l'audace de ces insolents étrangers. Alors un de leurs chefs, imposant silence à la foule irritée, répondit aux deux envoyés de Grijalva : «qu'ils ne pouvaient comprendre qu'on leur parlät de paix , et qu'en même temps on voulût les asservir; qu'ils trouvaient fort étrange qu'on prétendit les soumettre à un nouveau maître avant de savoir S'ils n'étaient pas satisfaits de celui auquel ils avaient obét jusqu'alors; que, du reste, puisqu'il s'agissait de la guerre ou de la paix, ce n'était pas à lui de prononcer sur cette question, et qu'il allait faire part à ses supérieurs des propositions qu'il venait d'entendre, »

IL S'éloigna aussitôt. laissant les Espagnols tres-étonnés de la sagesse et de la fermeté de cette réponse,

Peu après, 1l reparut, et dit à Grijalva que ses chefs, informés de ce qui s'était passé à Pontouchan, n'avaient pas peur de la guerre, et qu'au besoin ils Le prouveraient aux étrangers : que, du reste, ils préféraient la paix à la guerre, et qu'il avait été chargé par eux d'apporter au chef des hommes blancs une grande quantité de vivres, dont on lui faisait présent, pour constater la sincérité de ces sentiments pacifiques.

À peine avait-il cessé de parler, que le cacique luimême se présenta . ilétait sans armes, et n'était accompagné que d'un petit nombre de ses sujets, Après l'échange de saluts entre le prince indien etle commandant espagnol, le cacique tira d'une corbeille que ses gens avaient apporle, de magnifiques armures d'or, garnies de pierres précieuses, et ornées de plumes peintes: puis, offrant ces presents à Grijalva, 4 lui dit qu'il le priait de les accepter

comme un gage de son amour pour la paix mais que, pour

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prévenir une rupture entre eux, il fallait qu'il s'éloignât du pays le plus tôt qu'il lui serait possible,

Le chef espagnol fit à son tour, au cacique, divers présents qu'il reçut en témoignant une vive satisfaction; il s'engage, en outre, à $ éloigner promptement, et, fidèle à sa promesse, il se hûta de remettre à la voile.

L'expédition continua à s'avancer en longeant la côte, et aborda dans une île qui avait des maisons en pierre et un temple, Au centre de ce temple, ouvert de tous les côtés, on

apercevait toutes sortes d'idoles horribles, placées sur un

autel pen élevé: pres de autel étuent étendus les cada-

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