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CORTEZ. 207 la riche contrée qu’il avait découverte. Le gouverneur de Cuba résolut donc de réparer ce qu'il appelait la faute de son lieutenant , et il équipa, avec la plus grande promptitude, dix navires de quatre-vingts à cent tonneaux.
Mais à qui Velasquez, cet homme si ombrageux, si déliant, donnera-t-il le commandement de cette flotte considérable? Il ne voulait pas courir lui-même les risques d’une expédition diflicile et longue ; d’ailleurs , il jugeait sa présence nécessaire à Cuba, et il avait fait entrer dans les calculs de son ambition prévoyante toutes les chances, surtout celle d’un désastre qui aurait compromis peut-être son retour dans l’île où il prétendait se maïntenir un jour contre l’autorité de don Diègue. La question du choix d’un commandant embarrassait donc beaucoup Velasquez, et il hésita longtemps à se prononcer entre tous les concurrents qui sollicitaient l'honneur et la responsabilité d’une grande entreprise; car il craignait qu'en choisissant un homme brave et intelligent, et qui réunît les conditions du succès, il ne s’en vit enlever la gloire et les avantages, et que le conquérant de vastes contrées ne voulût pas se résigner à un rôle subalterne. Velasquez, enfin, désirait trouver un chef capable qui consentit à rester dans la dépendance du gouverneur de Cuba , et à ètre l'instrument docile de ses volontés.
Le hasard lui fit rencontrer l'homme qui paraissait appelé, par une destination spéciale et particulière , à l'exécution de l'entreprise préparée par Velasquez.
Fernand Cortez était né, en 1485, à Medellin, ville de l'Estramadure, d’une famille noble; il avait étudié, dans sa première jeunesse. à l'université de Salamanque, Son père
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voulait qu'il s'appliquât à la jurisprudence ; mais une profession grave ne pouvait lui convenir ; l'étude des lois contrariait ses goûts et la vivacité de son caractère: les penchants d'une vocation irrésistible lui firent préférer le parti des armes. Il obtint la permission de passer en Italie et d'y aller servis sous le fameux Gonzalve de Crdoue ; mais une maladie dangereuse dont il fut attaqué le jour même de son départ, lempècha de faire son apprentissage militaire à l'école de ce capitaine ; toutefois elle ne modilia pas ses inclinations et ses projets, Tous les regards étaient alors tournés vers les Indes occidentales ; Cortez devait céder à l'entrainement qui jetait tant d'aventuriers dans le nouveau monde, et il résolut d'y aller chercher aussi la fortune et la gloire.
I arriva a Saint-Domingue dans le courant de l’année 150%. Muni de lettres de recommandation pour don Nicolas Ovando, le gouverneur de l'Espagnole, il y fut bien accueilli, Agé alors de vingt ans à peine, il avait donné des preuves de son audace et de son énergie pendant son voyage, où il fut exposé à de grands dangers. Ovando, à qui il avait plu tout d'abord, le garda auprès de lui pendant quelque temps, puis lui confia quelques missions importantes, et fut trèes-satisfait de ses talents et de son zèle, La physionomie de Cortez prévenait en sa faveur; il était bien fait et relevait ses avantages extérieurs par des qualités qui lui concilinient l'affection de tous ceux qui le connaissaient. Généreux et discret, enjoué dans la conversation, il aimait à rendre service, mais sans faste, sans prétendre se faire un
mérite de son obligeance, Simple et modeste dans ses ma-
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uières, mdulgent pour les autres, il avait horreur de la médisance,
En 1541. Velasquez, qui avait entendu parler du mérite de Cortez, lui proposa les fonctions de secrétaire, et l'em-
mena avec Jui à Cuba, Mais le gouverneur fit des mécon-
tents; Cortez, qui avait encouru la disgrâce de Velasquez, se chargea, l'année suivante, de porter les plaintes de ces mécontents à l'audience royale de Saint-Domingue, Ce complot ayant été découvert, on arrèta Cortez, qui fut condamné à la peine capitale, Cependant des personnes considérables intercédérent pour lui et demandèrent sa grâce, qui fut accordée par le gouverneur; celui-ci se contenta de l'envoyer prisonnier à Saint-Domingue.
On l'embarqua sur un navire qui mettait à la voile; mais. comme il n'était pas surveillé à bord, il osa, pendant la nuit, sauter dans la mer, avec une planche entre ses bras. Luttant contre les flots, il parvint jusqu'au rivage, où il retomba sous le pouvoir de Velasquez; mais ce malheur fut l'origine de sa haute fortune; car le gouverneur, admirant l'énergie et l’intrépidité de Cortez, lui pardonna, et voulut se l'attacher par les faveurs dont il le combla. I crut donc avoir trouvé dans ce jeune homme ce qu'il cherchait, c'està-dire un dévouement exclusif à ses volontés et à ses intérèts; mais il s'abusait, et tous ceux qui avaient été à mème d'observer de près le nouveau commandant, et qui avaient été admis dans la confidence de son ambition, prévoyaient que Velasquez ne tarderait pas à se repentir d'un tel choix.
Un jour que le gouverneur et le capitaine général de la flotte se rendaient ensemble au port pour surveiller et presser les préparatifs de l'expédition, un fou, nommé Francisquillo, s'approcha d'eux et se mit à crier que Velasquez manquait de prévoyance, et qu'il devait équiper une seconde flotte pour courir après Cortez : « Compère, dit le gouverneur, qui appelait ainsi familièrement Cortez dont
avait tenu la fille sur les fonts de baptême, entendez-vous