‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 38 sur 76 · FPE NET FT ATEN · texte numérisé non relu

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ce que dit ce méchant Francisquillo? — C'est un fou, dit Cortez , il faut le laisser parler. »

La jalousie et le ressentiment de quelques officiers qui avaient sollicité le commandement donné à Cortez, réussirent à éveiller la défiance de Velasquez contre lui; Cortez voulut en prévenir les eflets en hâtant son départ. En peu de jours, il rassemble sous ses ordres environ trois cents hommes, parmi lesquels se trouvait Bernard Diaz de Castillo, qui écrivit l'histoire de cette expédition mémorable. L'étendard qu'il donna à sa troupe portait le signe de la croix avec ces mots pour devise, en latin : « Vincemus hoc signo. — Nous vaincrons par ce signe. » C'était l'inscription du Labarum, adoptée par Constantin après la victoire qu'il avait remportée sur Maxence.

Cortez redoutaii tellement les effets de la défiance déjà manifestée en diverses occasions par le gouverneur, qu'il résolut de s'embarquer sans avoir eu son audience de congé. Prévenu que la flotte allait mettre à la voile, Velasquez, qui était couché, se leva aussitôt et se rendit au rivage, dès la pointe du jour, avec une suite nombreuse. À peine Cortez l’eut-il aperçu, qu'il descendit dans une chaloupe armée de fauconneaux, d'escopettes et d'arbalètes : il avait eu soin de se faire accompagner par ses amis les plus dévoués. Lorsqu'il se fut approché du rivage, Velasquez lui dit : « Eh quoi! compère, vous partez donc sans dire adieu? quitter ainsi ses amis est chose fort étrange. — Seigneur, lui répondit Cortez, je vous en demande pardon, mais apprenez que les plus grandes entreprises réclament la plus grande diligence; faites-moi savoir seulement ce que vous désirez

que je fasse pour votre service : vos ordres seront exéeu-

tés, » Velasquez, étonné. garda le silence. Cortez regagna sur-le-champ sa flotte; il partit de Saint-Iago le 18 novembre 1518, et, rasant la côte du nord vers l’est, alla mouiller au port de la Trinité,

I y avait été devancé par un ordre que Velasquez avait dépèché à l'alcade de cette ville pour qu'il reprit à Cortez ses provisions, c'est-à-dire la lettre qui l'investissait des fonctions du capitaine général de la flotte.

L'alcade s'empressa de faire connaître à Cortez l'ordre qu'il avait reçu; mais celui-ci assura à l'alcade qu'un changement aussi soudain dans les dispositions du gouverneur devait être attribué à quelque malentendu ou à une erreur, el engagea le premier magistrat de la Trinité à différer l'exéeution de l'ordre jusqu'à ce que Velasquez eût répordu au message qui allait lui ètre adressé par le capitaine général, qui affectait du reste le plus profond respect pour l'autorité du gouverneur de Cuba, L'alcade n'était pas en mesure de forcer Cortez à obéir ; en conséquence il lui accorda le délai qu'il demandait, Cortez écrivit en effet à Velasquez, mais leva aussitôt s'ancre et se dirigea vers la Havane.

Forcé de s'arrêter dans ce port, imit à profit le peu de jours qu'il y passa pour mettre l'artillerie à terre, faire net- ‘over les armes et exercer les canonniers. Comme le canton de la Havane produisait du coten en abondance, il en fit faire une espèce d'arme défensive où de cuirasse, formée d'un double drap de coton piqué et taillé en forme de casaque, à laquelle on donna le nom d'estampille, On adopta généralement cette armure comme une défense plus sûre que le fer contre là pointe des flèches et des dards améri-

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La flotte de Cortez était composée de dix navires et d’un brigantin; il divisa sa petite armée en onze compagnies, dont il donna le commandement à autant de capitaines qui devaient commander en mème temps les navires; il les investit d’une égale autorité sur terre et sur mer. Il se mit à la tête de la première compagnie et donna pour mot de ralliement saint Pierre, en déclarant qu'il plaçait toutes ses entreprises sous la protection spéciale de ce saint.

ILmit à la voile, du port de la Havane, le 10 février 1519. Après avoir lutté pendant quelques jours contre des vents très-violents, toute la flotte se réunit dans l'île de Cozumel. Là eut lieu une revue générale. Le nombre des troupes s’élevait à cinq cent huit soldats, sans y comprendre les officiers et cent neuf lommes pour le service des navires. Parmi les soldats, il y en avait treize armés de mousquets, trente-deux d'arbalètes; les autres n'avaient que des épées et des piques. La cavalerie de Cortez, cette cavalerie qui devaic jouer un rôle si important dans l'expédition, se composait de seize chevaux ; son artillerie consistait en dix petits canons qu’on appelle pièces de cantpagne et quatre fauconneaux ou coulevrines, espèce de canon très-long et très-mince dont l'usage à été généralement abandonné.

Cepeudant lorsque Velasquez fut informé que Cortez avait pu sortir de la Trinité malgré les ordres expédiés par le gouverneur, il accusa de trahison l'officier qui ne les avait pas exécutés et prit des mesures pour que Cortez fût arrêté à la Havane et envoyé enchaîné à Saint-ago. Mais le capitaine général de la flotte, prévenu du danger dont il était menacé, trouva le moyen de tromper la fureur de Velasquez et de se metire à l'abri de ses violences, IE fit part

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à ses compagnons, sur l'attachement desquels il pouvait compter, du projet formé par Velasquez; il leur annonça le sort qui lui était réservé par l'injustice de ce gouverneur et leur demanda leur avis sur la manière dont il devait se conduire, Tous lui répondirent d'une voix unanime qu'il ne devait pas s'inquiéter des dispositions malveillantes de Velasquez contre lui et l'engagèrent à garder le commandement qui lui avait été donné; ils le conjurèrent enfin de ne pas les priver d'un chef qui méritait toute leur confiance: tous jurèrent qu'ils étaient prèts à le suivre partout où il voudrait les conduire, à braver tous les dangers, toutes les fatigues, la mort mème.

Ce fut après s'être assuré ainsi de l'affection et du dévouement de ses soldats, que Cortez donna le signal du départ et mit à la voile pour aller conquérir un empire beaucoup plus vaste que tous les pays réunis alors sous la domination du roi d'Espagne.

I était déterminé à suivre la route qui avait conduit Grijalva à d'importantes découvertes; aussi le voyons-nous d'abord s'arrêter dans l'île de Cozumel; son arrivée fut un bonheur pour un Espagnol dont il brisa les fers et qui, jeté sur celte côte par un naufrage, avait été esclave des sauvages. Cet homme, nommé Aquilar, avait déja passé huit ans dans l'esclavage, et ses compatriotes eurent beaucoup de peine à le reconnaître, car il avait pris les mœurs et les habitudes, la langue et jusqu'à la figure des Indiens; le sceau de l'origine européenne était complétement effacé chez ce malheureux qui semblait avoir presque oublié sa patrie, I était nu comme les sauvages dont il avait la couleur basa-

née: suivant bi mode du pays. ses cheveux étaient tresses

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autour de sa tête; portant une rame sur l'épaule, il tenait à da main un are; un bouclier et des flèches étaient attachés

sur son dos. [ne possédait pour tout bien qu'une bourse tricotée dans laquelle il mettait ses vivres, et qu'un vieux livre de prières qu'il lisait avec une pieuse assiduité ; quand il parlait, son langage était presque inintelligible ; à peine se rappelait-il l'espagnol, sa langue maternelle, qui dans sa bouche était devenu un jargon barbare formé en grande partie de mots indiens.

216 DECOUVERTE DE L'AMERIOUEF.

I raconta à Cortez que lorsque lui et ses com;.gnons avaient fait naufrage sur cette côte, ils étaient d’abord dixneuf; la faim et les fatigues en firent périr sept; les autres furent pris par un cacique du pays, homme féroce qui en sacrifia sur-le-champ cinq à ses idoles, puis les mangea. Quant à ceux qu'épargna d'abord l'horrible appétit de cet anthropophage, illeur réserva un supplice plus cruel que la mort; il les enferma dans une cage pour les engraisser : mais étant parvenus à s'échapper, ils promeneérent longtemps leur vie misérable à travers les forèts ; ils se nourrissaient d'herbages et de racines, et ils étaient sur le point de succomber lorsque, ayant été découverts par quelques Indiens, ils furent présentés à un cacique qui les accueillit avec bonté: ils trouvérent chez lui tous les soins d'une hospitalité généreuse, Ce cacique était ennemi de celui qui les avait traités si cruellement. Toutefois, ils furent condamnés à un travail très-pénible et qui excédait leurs forces; deux d'entre eux purent seuls résister à l'excès de la fatigue et survécurent à leurs compagnons d'infortune : c'étaient Aquila et Guerrero; mais leur sort s'adoucit, et ayant rendu des services signalés au cacique, leur maître, dans une guerre qu'il soutint contre d'autres chefs, il se montra trèsreconnaissant envers eux; ils devinrent ses amis, ses conti: dents. Grâce à cette situation nouvelle, Guerrero épousa une Indienne qui appartenait à une des plus puissantes familles du pays, et, peu de temps après son mariage, ilobnt un commandement tres-inportant, Peu à peu ilconçut un goût si vif pour la vie et les mœurs des Américains, que lors de l'arrivée des Espagnols, il ne voulut pas reprendre

Sa place parmi eux: 1l refusa mème de les voir; mais ce re-

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CORTEZ. 217 fus pouvait être attribué à la honte qu'ilaurait éprouvée, en se présentant à ses compatriotes avec tous les signes distinetifs des sauvages; car, suivant le rapport d'Aquilar, il avait le nez percé à la manière des Indiens, et son corps était peint de diverses couleurs.

Cortez pressa dans ses bras le pauvre Aquilar et lui donna son manteau pour couvrir la nudité de cet Espagnol heureux de se retrouver au milieu de ses frères; le capitaine général espérait avec raison qu'Aquilar lai serait tres-utile dans ses négociations avec les Indiens, dont il parlait la langue avec fac lité,

Quittant Cozumel, Cortez s'avança vers la province de Tabasco; il voulait aborder à l'endroit où le fleuve de Grijalva se jette dans la mer; comme son prédécesseur, dont le fleuve porte le nom, n'avait eu qu'à se louer des dispositions des habitants pour les Espagnols, le capitaine général espérait qu'ils lui feraient le mème accueil; mais il s'abusait, et lorsque le vaisseau amiral fut aperçu par les naturels, ils accoururent en manifestant l'intention de s’'opposer au débarquement. Cortez S'empressa de dépècher vers eux Aquilar, pour les engager à renoncer à leurs desseins hostiles; mais ils refusèrent d'entendre l'envoyé, ils l'empèchèrent mème de parler; de sorte qu'il fut forcé de revenir à bord sans avoir pu communiquer avec les sauvages.

Cortez ne voulait pas commencer de ce côté ses conquêtes ; il était impatient au contraire d'arriver le plus promptement qu'il lui serait possible aux côtes les plus rapprochées du vaste empire du Mexique; la résistance des

sauvages était donc pour lui un fâcheux contre-temps. Placé

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