‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 39 sur 76 · ERNST · texte numérisé non relu

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dans l'alternative de faiblir devant les menaces des sauvages et d'enhardir ainsi leur insolence, où de commencer dans ce pays éloigné du but de ses eflorts une guerre qui devait lui occasionner, quelque heureuse qu'elle püût être, une perte de temps et d'hommes. il se décida enfin à prendre le parti violent d'une attaque qu'il jugea nécessaire.

Des le point du jour, tous les préparatifs pour le combat étaient terminés, Disposant son escadre en demi-cercle, il commença à remonter le fleuve; toutefois, avant d'engager l'action, il voulut faire une nouvelle tentative pour amener les Indiens à un accommodement, et chargea Aquilar d'aller leur annoncer qu'il dépendait d'eux d'être traités en amis ou en ennemis. Mais les Indiens, loin de l'écouier, donnèrent, en poussant des hurlements effroyables, le signal d'une attaque générale : ils firent avancer leurs canots contre la flotte espagnole.

Ils commencèrent par lancer des flèches et des pierres qui incommodérent beaucoup les Espagnols , assaillis par cette grèle de projectiles, Jusque-à , ils s'étaient tenus immobiles, et n'avaient répondu que par le dédain aux menacantes bravades de leurs ennemis: mais alors Cortez dut songer à la défense, et il fit cher une bordée de son artillerie; elle suffit pour terminer le conibat, Épouvantés par le fracas de ce tonnerre qui grondait contre eux, et surtout par les terribles effets de sa puissance ils se précipitèrent dans les flots pour se sauver à la nage, En un clin d'œil, tous les canots furent abandonnés. La flotte espagnole S'approcha du rivage, et Cortez débarqua sans difficulté avec ses troupes,

Cependant tout n'était pas fini. Les sauvages qui avaient

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abandonné leurs canots et fui dans les bois, étaient allés grossir un rassemblement considérable de naturels, qui se disposaient à attaquer aussi les Espagnols; ils surprirent Cortez au moment où il rangeait sa petite armée en bataille, et firent pleuvoir sur elle les flèches et les pierres ; mais le général espagnol continua à former ses lignes avec un sang-froid extraordinaire, puis il marcha au-devant de l'ennemi, et, pour arriver jusqu’au lieu où se trouvaient les masses compactes des Indiens, il lui fallut traverser des marais profonds et des bois épais. Quand les sauvages virent s'avancer les soldats espagnols en ordre, et serrés les uns contre les autres, ils n’osèrent les attendre , et se dérobèrent, par une prompte fuite, aux coups d'un ennemi dont la contenance guerrière et les armes étincelantes étaient pour eux un specticle tout à la fois nouveau et terrible,

Le courage que montra Cortez dans ce combat annonçait à ses soldats ce qu'ils devaient attendre d’un tel général, Au commencement de l'action, il avait laissé un de ses soulers dans la fange d'un marais qu'il avait été forcé de traverser; ce ne fut que lorsqu'il eut remporté la victoire et inis les Indiens dans une complète déroute, qu'il s'aperçut de cette perte.

L'ennemi avait couru chercher un refuge dans Tabasco, ville dont un rang de pieux fixés dans la terre comme les palissades des villes de guerre de l'Europe, formait la fortilication. Un seul chemin conduisait à la ville ; encore était-il lort étroit et tortueux, ce qui le rendait très-dangereux pour des troupes qui s'y seraient imprudemment engagées. Tout autre que Cortez aurait hésité devant une telle difficulté; 1l

marcha droit vers la ville, dont ilespérait S'emparer sans

coup férir; mais les habitants étaient déterminés à se défendre. Ils avaient barricadé avec des pieux l'entrée de leur ville et les rues ; de sorte que Cortez se vit forcé de livrer un second combat, dont l'issue ne fut pas douteuse. Les Indiens furent chassés de toutes leurs positions , et obligés de laisser entrer les Espagnols; mais leur acharnement était toujours le mème : ils se rallièrent sur la place principale de la ville, et là, la lutte fut très-vive. Enfin les Indiens cédèrent, et allèrent chercher des refuges dans les forêts ; les Espagnols restèrent maîtres de Tabasco.

Cortez donna ordre à ses soldats de ne pas poursuivre les fuyards. Le butin que cette victoire procura aux Espagnols surpassa leurs espérances ; si les Indiens avaient emporté avec eux, au fond des bois, ce qu’ils avaient de plus précieux, ils avaient laissé du moins dans la ville quelques provisions de vivres dont les Espagnols, exténués de faim et de fatigue, avaient grand besoin.

Non moins prudent que brave, Cortez prit toutes les précautions nécessaires pour assurer le salut de sa troupe, et surtout pour la garantir d’une surprise. Aux approches de la nuit. il plaça tous ses compagnons dans trois temples qui étaient situés dans les lieux les plus élevés de Tabasco ; il posa des sentinelles, qu'il échelonna, afin qu'en cas d’alerte les soldats eussent le temps de se mettre sur la défensive, Infatigable dans sa vigilance, il ne prit pas un instant de repos; quand la plupart de ses soldats étaient livrés au sommeil, et réparaient leurs forces épuisées par des combats et des marches très-pénibles, il faisait la ronde pour s'assurer si les sentinelles qu'il avait posées faisaient leur

devoir, Au lever de Faurore. il echargea quelques-uns de

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CORTE. 221 ses ofliciers de fouiller les bois environnants ; mais ils n’y trouvèrent pas un seul Indien. Ce silence fit pressentir à Cortez quelques dangers ; aussi, ayant ordonné qu'une reconnaissance fût poussée plus loin , on lui annonça qu’une armée de sauvages, dont le nombre pouvait s'élever à quaante mille, faisait des préparatifs pour livrer une nouvelle bataille aux vainqueurs de la veille. Un tel avis, dans la position où se trouvait Cortez, eût pu causer de l'inquiétude au chef le plus audacieux, se voyant en face d’une telle multitude d'hommes, animés par le double fanatisme de la religion et de la liberté, et pouvant réparer si facilement leurs pertes , tandis que la mort d’un seul soldat espagnol ne pouvait être compensée par celle d’un millier de leurs ennemis. Le capitaine général n’ignorait pas à quels périls ilétait exposé ; mais il se garda bien de mettre ses soldats dans la confidence d’une situation aussi critique ; leur imposant par une ferme contenance, il leur inspira une confiance et une sécurité qu'il était loin d'avoir ; et lorsque sa petite armée vit son général toujours calme et serein, elle ne douta pas un seul instant de la victoire.

Le premier soin de Cortez fut de choisir une position favorable à la faiblesse numérique de sa troupe; il la rangea en bataille au pied d'unecolline, dontl'élévation devait empècher l'ennemi de l'attaquer par derrière; en plaçant son artillerie sur cette colline, il pouvait plus facilement foudroyer les Indiens, et porter Le ravage dans leurs rangs pressés. Il se mit lui-même à latète de sa cavalerie, avec laquelle iloccupa un bois voisin, d'où il se proposait de déboucher et tomber sur l'ennemi à l'improviste. Quand il eut fait ces disposilions. ilattendit les Indiens, qui ne tardèrentpas à paraître.

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Le plus grand nombre d'entre eux était armé de flèches et d’ares, dont la corde était faite de boyaux ou de poil de cerf cordelés; la pointe des flèches était formée d'os tranchants ou de fortes arètes de poisson. Ils se servaient aussi d'un javelot, qu'ils lançaient de loin, ou avec lequel ils combattaient de près en s'en servant comme d’une épée; mais la plus meurtrière de leurs armes, était un sabre fait d'un morceau de bois très-dur; des pierres aiguës, qu'on y enchâssait, en formaient le tranchant; ce sabre était si pesant, Qu'il fallait faire usage des deux mains pour s'en servir. Plusieurs de ces sauvages portaient aussi des massues , d'autres des frondes , avec lesquelles ils lançaient très-loin et fort adroïtement d'assez grosses pierres. Les chefs seuls avaient des armes défensives : c’étaient une cuirasse de colon piqué et un bouclier en bois, ou fait d’écailles de tortue. Quant à leurs soldats , ils étaient entièrement nus; mais ils croyaient se donner un air terrible, en peignant leur figure et leur corps de couleurs diverses. Pour paraître plus hauts de stature, ils mettaient sur leurs têtes de grandes plumes qui, liées ensemble, formaient un large panache.

Quant à leur musique militaire , elle n'était pas moins bizarre que leur accoutrement. Elie se composait d'une flûte de roseau, et d'un tambour fait d'un tronc d'arbre creusé, Quoiqu'ils ignorassent entièrement l'art de se ranger en liunes serrées pour combattre , ils observaient cependant un certain ordre; leur armée était divisée en petites troupes, qui avaient chacune leur chef particulier. Leur stratégie présentait cet unique rapport avec a tactique européenne ; ils ne faisaient que très-rarementmarcher à la

fois toutes leurs forces contre Fennemi., mais en tenatenten

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CORTEZ. 295 réserve une partie qui était leur ressource , ou, suivant le langage militaire, leur corps de réserve.

Ils faisaient toujours précéder de grands cris leur première attaque, qui était très-vive; mais lorsqu'elle était soutenue par l'ennemi, et que le désordre se mettait parmi les premiers assaillants, il en résultait immédiatement une urande confusion, un pèle-mêle général, suivi bientôt de la déroute et de la fuite de toute l'armée.

Tel était l'ennemi dont les épais et nombreux bataillons s'avançaient pour combattre, ou plutôt pour écraser la petite armée de Cortez; mais, inébranlable dans la position qu'elle occupait, elle attendait l'attaque. A peine les Indiens furent-ils arrivés à la portée du trait, qu'ils engagerent le combat en poussant des cris effroyables et en lançant une grande quantité de flèches dont l'air était obscurci. Alors les Espagnols, qui avaient gardé jusque-là un profond silence, répondirent à l'ennemi par une décharge générale de leurs canons et de leurs mousquets, dent le feu ouvrit de larges brèches dans les bataillons indiens; mais ces tonnerres qui jetaient la mort dans leurs rangs, n'effrayèrent pas les sauvages, qui se hâtérent de combler les vides que l'artillerie et la mousqueterie faisaient parmi eux. On les vit ramasser du sable et le jeter en l'air, afin que ce nuage de poussière cachàt à l'ennemi les pertes qu'ils avaient faites. |

Quelque vigoureuse que fût la défense des Espagnols, l'acharnement, et surtout la supériorité numérique de l'ennemi, devaient triompher de leur courage; déjà ils avaient eu beaucoup de peine à relormer leurs rangs rompus par l'impétuosité des Indiens, et leurs forces étaient épuisées ,

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