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Mexique, et qui en avait été enlevée pour ètre conduite à Yucatan, parlait avec une égale facilité la langue de ces deux pays ; ce fut par son intermédiaire que l’on ouvrit les négociations. Parlant aux Mexicains dans leur langue , elle traduisait sur-le-champ leurs paroles en langue d'Yucatan à Aquilar, qui les rendait ensuite en espagnol à Cortez.
Ce fut ainsi que le capitaine général sut que Pilpator, gouverneur de la province, et Teutile, général du grand empereur Montézuma, avaient député vers lui ces Indiens pour lui demander quel était le but de son voyage, et de lui offrir tout ce dont il aurait besoin pour le continuer.
Cortez leur répondit, de la manière la plus affable, qu'il n'avait été conduit dans leur contrée que par le désir de faire alliance avec leur nation, et de lui communiquer des nouvelles qui devaient être d'un grand intérèt pour elle. Après avoir fait transmettre cette réponse aux ambassadeurs, il les congédia enchantés de sa munificence, puis il fit immédiatement débarquer ses soldats, ses chevaux et son artillerie ; les Espagnols furent aidés dans cette opération par les naturels, qui rivaliserent d'empressement et de zèle auprès d'eux , et leur construisaient des cabanes de feuillage. Les malheureux !'ils ne pouvaient prévoir ce que devait bientôt leur coûter cette hospitalité si généreuse !
Le lendemain on vit arriver Pilpator et Teutile, suivis d'une troupe nombreuse de Mexicains armés; tout dans leur train annonçait la puissance du monarque qu'ils représentaient. Cortez jugea qu'il devait, dans son intérèt, déployer le plus grand faste pour imposer aux Mexicains, et leur donner une haute idée du pouvoir du souverain dont il était l'ambassadeur: il fit ranger ses soldats autour de lui
CORTEZ. 229 avec tout l'appareil militaire qui pouvait frapper l’imagination des députés mexicains, et les reçut avec une dignité qui commandait le respect.
Les envoyés de Montézuma ayant demandé à Cortez quelles étaient ses intentions, de quelle contrée il venait, et de quel monarque il tenait sa mission, il leur répondit en peu de mots : «Qu'il venait au nom de Charles d'Autriche, grand et puissant empereur d'Orient; qu'il avait été chargé par ce monarque de diverses propositions pour l’empereur Montézuma; mais que la nature de ces propositions l’obligeait de lui demander la faveur d’un entretien particulier avec lui; qu’il désirait donc ètre conduit auprès de l’empereur. »
Le monarque auquel Cortez donnait le titre pompeux d’empereur d'Orient était Charles-Quint, petit-fils de Ferdinand le Catholique. Ce dernier, qui n'avait pas de fils, mais une fille nommée Jeanne, accorda sa main à un prince autrichien qui s'appelait Philippe. De cette union naquit un fils à qui on donna le nom de Charles, et qui se trouva, à la mort de Ferdinand, son aïeul, le plus proche héritier de sa couronne, Proclamé roi d'Espagne, il joignit à cette couronne la souveraineté des Pays-Bas, puis fut élu empereur d'Allemagne. IL:'est appelé ordinairement Charles-Quint , parce qu'avant lui quatre autres Charles avaient régné en Allemagne.
Les envoyés mexicains étaient loin de s'attendre à une pareille réponse; elle leur causa une vive et pénible surprise, car ils n’ignoraient pas combien la visite dont le général espagnol avait exprimé le désir d'une manière si positive, serait désagréable à l'empereur Montézuma. En effet, ce monarque était tourmenté par les plus tristes pressenti-
ments depuis la première apparition des Espagnols sur les côtes du Mexique. Ce qui augmentait ses terreurs, c'était une vieille tradition qui annonçait qu'une nation puissante viendrait tôt ou tard, de l'Orient, se précipiter sur le Mexique et le conquérir, Cette prophétie ancienne, et qui s'était transmise de génération en génération, explique l'effroi des Mexicains en général et de Montézuma en particulier, ainsi que l'embarras où mitles deux envoyés la réponse de Cortez, demandant impérieusement à être conduit dans la capitale de l'empire.
Toutefois ils concurent l'espoir de déterminer, par de magnifiques présents, le général espagnol à renoncer à son projet; Cortez les reçut en leur témoignant sa vive gratitude, dont l'expression les abusa un moment; ils crurent pouvoir déclarer au général qu'il était impossible de satisfaire à sa demande. Mais alors Cortez changeant de ton et de langage, répondit aux envoyés, stupéfaits, qu'ilétait dans la nécessité de persister dans sa demande, et qu'il irait à Mexico avec ou sans Facquiescement des envoyés de Monlézuma, parce qu'il devait exécuter les ordres qu'il avait reçus, avant de retourner vers le grand et puissant monarque dont il était l'ambassadeur.
Cet ultimatum menaçant ne permettait plus aux deux Mexicains d'insister ; ils prierent seulement Cortez de leur donner le temps de faire connaitre les intentions du général espagnol à l'empereur Montézunia; Cortez accéda à leur prière.
Pendant l'entretien de Cortez et des deux envoyés mexicains, On remarqua des peintres venus à leur suite pour
dessiner sur des toiles blanches de coton les choses les plus