‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 49 sur 76 · PES · texte numérisé non relu

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dus au-dessus de leurs têtes des parasols faits avec des plumes, s’avancer à travers le camp espagnol. Au moment où ils passaient devant Cortez et ses ofliciers , ils osèrent,

en les regardant, faire des gestes de mépris; ils auraient

payé cher leur insolence, si Cortez n'avait arrêté ses sol-

dats indignés, qui voulaient se précipiter sur ces Indiens.

On envoya Marine pour s'informer de ce qui allait se pas-

ser; elle revint bientôt annoncer que ces officiers avaient ordonné aux caciques de comparaître devant eux; qu'ils leur avaient reproché durement leur bienveillance à l'égard des étrangers, en leur déclarant que leur conduite était une

lâche trahison, et que l'unique moyen qui leur restàt de désarmer leur monarqueirrité, d'obtenir leur pardon, c'était

de lui livrer, en outre du tribut ordinaire, vingt Indiens, destinés à apaiser par leur sang la colère des dieux outra-

yés.

En entendant ce récit, Cortez “ontenait avec peine sa fureur; mais enfin il écouta les conseils de la prudence, et se borna à faire venir les caciques, pour leur commander de ne point obéir aux ordres sanguinaires de l'empereur, et d'arrêter les ofliciers qui avaient été chargés de les leur transmettre, Du reste, il leur assura qu'il assumaiït la responsabilité des événements, Il y eut un moment d'hésitalion de la part des caciques, car ils étaient accoutumés à une aveugle obéissance envers leur souverain; mais Cortez parlait de manière à prévenir toute incertitude, et même toute observation. Les officiers de Montézume furent donc arrêtés, sans que les Espagnols eussent paru avoir com mandé leur arrestation.

Mais alors les caciques, qui avaient d'abord hésité à por-

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CORTEZ. 240 ter la main sur ces messagers de l'empereur, voulurent les égorger à la place des Indiens que Montézume demandait. Cortez arracha les prisonniers à la lâche fureur des caciques, et les fit garder par des soldats espagnols.

Ce qu'il désirait surtout, c'était d'éviter un conflit avec

les troupes de Montézume, et il eut recours à la ruse pour

disposer favorablement l'esprit de cet empereur à des ouvertures pacifiques. Voulant faire croire à ce monarque qu'il n’était pour rien dans le traitement qu'on avait fait subir aux officiers, et que même ils avaient été préservés d'un sort cruel par l'intervention du général espagnol, il se fit amener, pendant la nuit, deux des prisonniers, et leur ôtant leurs fers, il leur annonça que, libres, ils pouvaient retourner vers leur maitre. Toutefois, il leur ordonna d'informer l'empereur que le général espagnol ferait tous ses efforts pour délivrer aussi les autres prisonniers; le lendemain, on dit à ceux-ci que leurs deux compagnons d'infortune s'élient échappés.

’armi les caciques des montagnes voisines, il y en avait d'autres qui ue souffraient pas avec moins d'impatience la tyrannie de Montézume; ces chefs de races indiennes. qui portaient le nom commun de Totanaques, se soumirent volontairement aux Espagnols, et déclarèrent qu'ils reconnaissaient le roi d'Espagne pour leur unique seigneur,

Alors les Espagnols commencèrent les travaux pour la fondation de la colonie, dans un lieu situé entre Quiabislan et la mer; Cortez choisit cet emplacement à cause de la fertilité du solet de la proximité des côtes : les forèts voisines lournissaient en abondance des bois de construction, Le som

de Villa-Rica-de-las-Vera-Cruz fut laissé à cet établisse-

ment; mais aujourd'hui on la nomme, par abréviation, la Vera-Cruz. Cortez, voulant encourager les travailleurs par son exemple, se mit à leur tète, et le général vit avec satisfaction les constructions s'élever si rapidement, qu'au bout d'un mois, la place se trouvait formée et entourée de murs assez solides pour n'avoir rien à craindre de la part des Indiens.

Cependant les deux Indiens relâchés par Cortez avaient rendu compte à Montézume de ce qui avait eu lieu au camp des Espagnols, et vanté beaucoup la générosité de leur général. L'empereur, qui se préparait à marcher à la tête d'une puissante armée contre les Espagnols, fut dupe de la ruse de Cortez, et crut, d'après le récit des deux Indiens, qu'il pourrait encore, par la douceur, réussir à éloigner ces étrangers de son empire. I se détermine donc à faire partir d'autres ambassadeurs chargés d'offrir à Cortez des présents considérables, et de lui présenter deux jeunes princes, proches parents de Fempereur.

Arrivés au camp espagnol au moment où les remparts de la nouvelle ville venaient d'être terminés, les nouveaux ambassadeurs remirent au général les présents qui lui étaient destinés, et après l'avoir remercié, au nom de lempereur, de ce qu'il avait fait pour ses représentants, ils Finvitérent à quitter les États mexicains. Suivant sa coutume, Cortez reçut avec beaucoup de distinetion les envoyés de Montézume, et avant de répondre sur Fobjer principal de leur mission, init en liberté les quatre prisonniers. Puis, il déclara qu'il regrettait ce qui s'était passé, mais que l'empereur devait s'en prendre à lui seul de Femprisonnement

de ses ofliciers: que les chrétiens avaient en horreur les

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sacrifices humains, et que leur religion leur commandait de les abolir partout où ils en trouveraient la coutume barbare établie; que le cacique de Cempoalla et celui de Quiabislan avaient des droits à la clémence de l'empereur, et que

leur conduite à l'égard des Espagnols avait été telle que la prescrivaient les devoirs d'une généreuse hospitalité ; car ils s'étaient efforcés de réparer les torts dont Teutile s'était rendu coupable, par son insolence, à l'égard du général des étrangers ; enfin, que, touchant la question de leur départ, l'empereur devait savoir que leur chef ne pouvait s'éloigner et retourner dans sa patrie avant d’avoir eu une entrevue avec le souverain du Mexique; que, du reste, les guerriers d'Europe ne reculaient devant aucun p‘il, lorsqu'il s’agissait d'exécuter les ordres de leur maître.

Le sang-froid et l'air majestueux du général imposèrent aux ambassadeurs, qui s’empressèrent de retourner auprès de l'empereur pour lui annoncer la réponse de Cortez.

Celui-ci, déterminé à se rendre dans la capitale du Mexique, S'occupa des préparatifs militaires de cette aventureuse expédition; mais son zèle aveugle pour les intérêts de la religion faillit compromettre un succès que tout jusque-là semblait lui rendre très-facile. Ayant été informé qu'on devait faire un sacrifice humain dans un temple de ses alliés, il y accourut avec quelques soldats, et menaça de mettre tout à feu et à sang, si les prisonniers qui allaient tomber sous le couteau des prêtres n'étaient mis sur-le-champ en liberté, Toutefois, cette mesure était excusable, et l’humanité la justifierait au besoin; là devait s'arrêter le zèle du général ; mais il voulut que les idoles fussent brisées par les

prètres, et lorcer ces ministres d'un culte barbare à renon-

cer à leurs superstitions, Cortez oubliait que ces hommes ne connaissaient pas encore une religion meilleure que celle

qu'il leur ordonnait d'abjurer,

Lorsque les prètres eurententendu l'ordre du général espagnol, ilsse mirentà pousser des cris et des gémissements; à genoux devant Cortez, ils le suppliaient de ne pas leur imposer un aussi cruel sacrifice : leur cacique, tremblant, u'osait intercéder pour eux, el gardait un morne silence, Cortez fut inflexible ; il ordonna à ses soldats de renverser

les idoles. Alors les prêtres trouvant de la force dans leur

désespoir, appelèrent les Indiens aux armes, et, en peu d'instants, Cortez et sa petite troupe furent entourés d'une foule d'hommes furieux ; dans cette situation critique, le général espagnol ne manifesta aucun trouble, et fit annoncer par Marine, aux Indiens, que s'ils osaient tirer une seule flèche contre les Espagnols, le cacique serait mis à mort, et méme que tout son peuple périrait avec lui. Puis les soldats se mirent en devoir d'exécuter les ordres de Cortez, Aussitôt roulérent précipités pêle-mêle, au bas de Fescalier, idoles , autels, vases sacrés; tout fut mis en pièces; les murs souillés de sang furent lavés, et une image de la Vierge occupa la place de la principale idole mexicaine.

Muets témoins de cette exécution terrible, les Indiens S'imaginaient que le feu du ciel allait écraser les profanateurs de leur temple, les destructeurs de leurs divinités. Mais quand ils virent que les Espagnols étaient sains et saufs. cette impunité commença à faire supposer aux naturels que le dieu des étrangers était bien plus puissant que les idoles mexicaines ; alors en ramassant les débris épars, il les brûlèrent, pour témoigner de leur mépris pour des divinités impuissantes. Les Espagnols transformèrent le temple en une église chrétienne, et le jour mème où Cortez avait été si audacieux, si imprudent, un prêtre catholique y célébra l'office divin, en présence d'un grand nombre d'Indiens étonnés du spectacle imposant de cette cérémonie.

Mais un autre danger mit aussi en problème l'exécution

de son entreprise. Des matelots et des soldats, fatigués des

travaux auxquels les condamnait Cortez, et ne partageant pas la confiance de leur général, ourdirent ensemble un complot pour s'emparer d'un vaisseau, et s'enfuir à Cuba:

le complot fut découvert, Cortez en fit arrêter et punir le chef; mais l'esprit de sédition qui régnait depuis longtemps dans sa petite armée n'avait pas été étouflé, et, pour ôter tout espoir de succès aux mécontents, il prit un parti énergique, désespéré même : il résolut de détruire sa flotte, afin de convaincre ses soldats que, la fuite devenant désormais impossible, il fallait vaincre ou périr. Mais comment pouvait-il obtenir l'adhésion de son armée à l’accomplissement d'une résolution aussi hardie ?

Il commença par faire dégréer ses vaisseaux, c’est-à-dire qu'on en ôtales mâts, les cordages et les canons, qu’on porta à terre; ensuite les charpentiers examinèrent l’état dans lequel se trouvait le corps de chaque bâtiment, et, gagnés par Cortez, ils déclarèrent que tous les navires avaient tellement souffert, qu’il était impossible de les réparer. Alors le général parla à ses soldats avec tant de chaleur et d’entraînement, qu’ils coururent eux-mêmes démolir les bâtiments, puis en traînèrent sur le rivage les planches et les poutres. Un seul fut épargné ; il devait être envoyé en Espagne; car, bien qu’il eût été confirmé dans ses fonctions de général par la cour de justice qu'il avait créée, Cortez n'ignorait pas l’irrégularité d’un acte qui constituait ume véritable usurpation de pouvoir. Il voulait donc se faire déclarer, par la cour d’Espagne, gouverneur des pays qu’il allait conquérir. Pour y réussir et neutraliser les efforts jaloux de Velasquez, qui n’avait pas manqué de noircir la conduite de son lieutenant auprès du gouvernement espagnol, il était nécessaire de lui présenter un échantillon brillant des richesses de l'empire mexicain. Mais on ne pouvait former

cet échantillon qu'avec les présents de Montézume , et ils

CORTEZ. 55 avaient été distribués par Cortez à son armée. Le général ne craignit pas de demander à ses soldats la restitution de ce qu'ils avaient reçu : tous s’y soumirent sans murmure, tous rapportèrent à leur général ce qu’ils devaient considérer comme leur propriété; et cette épreuve heureuse montra à Cortez quel ascendant il exerçait sur ses compagnons. Que ne pouvait-il pas oser avec des hommes qui lui étaient si dévoués, et qui se résignaient à un sacrifice de ce genre?

Alors il fit ses dispositions pour partir. Il avait avec lui cinq cents hommes de pied et quinze cavaliers ; son artillerie se composait de six pièces de campagne. Cinquante soldats environ , presque tous invalides, furent laissés avec deux chevaux à la Vera-Crux pour en former la garnison. Il eût été facile à Cortez de grossir son armée de nombreuses troupes auxiliaires que les caciques alliés mettaient à sa disposition ; mais il refusa les offres de ces chefs, et ne prit que quatre cents hommes avec deux cents tamènes, ou portefaix. Ces derniers devaient porter les provisions de l'armée. Il songea aussi à prend e ies mesures que nécessitait la situation des Espagnols qu'il laissait en arrière. Pour garantie de leur sûreté, il choisit, parmi les Indiens qui l'accompagnaient, cinquante des plus puissants et des plus riches, qui devaient lui servir d'otages, et répondre du salut

des Espagnols qui allaient former la faible garnison de la Vera-Crux.

La petite armée de Cortez partit de Cempoalla le 16 août 1519. Aucun événement remarquable ne signala les premiers jours de sa marche, car elle traversait un pays dont

les caciques étaient, comme celui de Cempoalla, au nombre des alliés des Espagnols ; aussi, partout sur leur passage ,

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leur fournit-on «les vivres en abondance. Ils arrivérent enfin à Tlascala, dont le territoire avait environ cinquante milles de tour.

Ce pays est traversé par des montagnes qu'on regarde généralement comme une suite de celles qui s'étendent le long de l'Amérique méridionale. On les appelle en espagnol Cordilleras, en français les Cordilières, et aussi la cordilière des Andes; souvent on ies nomme simplement Îles Andes.

Une bravoure à toute épreuve, un amour très-vif pour la liberté, distinguaient les habitants de ces montagnes parmi les habitants des autres parties de l'Amérique. Soumis pendant longtemps au gouvernement mexicain, ils avaient conquis leur liberté, et formaient une république puissante, respectée par les peuples voisins. Le pays était divisé en districts qui avaient leurs représentants à Tlascala, chef-lieu de la république. La réunion de ces députés formait le con-

seil supérieur qui exerçait la puissance législative de la na-

tion, qui offrait ainsi l'exemple, peut-être unique, d'un youvernement aristocratique, c’est-à-dire d'un gouvernement où la puissance souveraine était aux mains des notables habitants, au milieu de populations que la grossièreté de leurs mœurs doit faire considérer comme sauvages. Cette nation n'était pas nombreuse ; mais sa force résidait dans son courage, dans son amour pour l'indépendance, et dans son caractère vindicatif. Elle avait triomphé de toutes les attaques de Montézume, qui avait souvent essayé de la faire rentrer sous sa domination; aussi Cortez. comprenant quel parti il pourrait tirer d’une alliance avec un tel peuple, résolut-il d'envoyer à Tlascala une ambassade

chargée de proposer un traité de paix au gouvernement tlascalan.

Il choisit pour cette mission importante quatre des principaux Cempoalliens, et chargea Marine de leur composer

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