‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 50 sur 76 · E] {> SE · texte numérisé non relu

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un discours qu'ils apprirent par cœur. Il voulut que toutes les cérémonies usitées chez les Indiens fussent observées dans cette circonstance ; en conséquence, les ambassadeurs furent revètus d’un long manteau d’étoffe de coton ; on leur mitau bras gauche une grande coquille en forme de bouclier, et dans la main droite une large flèche ornée de plumes

blanches ; la pointe de ces flèches était tournée en bas, ce

qui annonçait leurs dispositions toutes pacifiques. La flèche ornée de plumes rouges eût été un signe de guerre.

Lorsque les ambassadeurs eurent été ainsi parés suivant la coutume indienne, ils partirent. Mais ils durent ne pas s'écarter du grand chemin, parce qu’en s’en écartant ils auraient été exposés aux insultes, et l’inviolabilité qu'ils devaient à leurs ornements aurait cessé. Le dénomination par laquelle les Indiens désignaient cet usage singulier répond à ce qu’on entend en Europe par le droit des gens.

Arrivés à Tlascala, les ambassadeurs furent conduits dans une maison particulière , où il furent traités avec tous les égards et avec tous les soins dus à leur caractère. Le lendemain, le conseil supérieur les manda devant lui pour entendre la proposition dont ils étaient chargés. Les membres du conseil étaient assis, selon leur âge, sur des blocs faits d'une espèce de bois très-rare. Les ambassadeurs se présentèrent dans une attitude respectueuse, c'est-à-dire la tête couverte de leur manteau et en tenant la flèche haute; alors les membres du conseil se levèrent à moitié de leurs siéges, et à ce moment les députés s'avancerent en leur faisant une humble révérence, à pas mesurés, jusqu’au milieu de la salle des délibérations; puis, s'arrêtant, s'agenouillérent. Ils attendirent ainsi, les yeux baissés, la permission d'adresser leur discours à l’auguste assemblée. Le conseil leur fit signe qu'ils pouvaient parler : alors ils s'assirent à terre, les jambes croisées, et celui qui avait appris le discours par cœur s'exprima en ces termes :

« Peuples libres, braves et invincibles, le cacique de Cempoalla et les caciques des montagnes, vos alliés et vos amis, vous saluent et vous souhaitent une moisson abondante ,

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ainsi que la ruine de tous vos ennemis, Ils vous informent qu'ils ont reçu la visite d'hommes tout à fait extraordinaires, venus d'Orient, Ces hommes, semblables à des dieux, et ayant dans leurs mains les armes dont le ciel se sert ordinairement, c’est-à-dire le tonnerre et les éclairs, sont arrivés ici dans de grands châteaux qui volent sur la mer. Ils disent qu'ils sont serviteurs d’un Dieu plus grand que les nôtres, et que ce Dieu a en horreur la tyrannie et les sacrilices de victimes humaines. Leur chef est l’envoyé d'un souverain très-puissant, à qui sa religion ordonne de mettre fin aux vexations et aux injustices de Montézume. Nous devons déjà à ce capitaine le bonheur d'être affranchis de la tyrannie de cet empereur. Forcé maintenant de traverser votre territoire pour se rendre à Mexico, il veut connaître les injures dont le tyran s’est rendu coupable envers vous, pour qu'il puisse défendre vos droits et les siens, vous associer à sa noble cause, et faire triompher vos communs intérèts. Vous ne pouvez donc douter de ses intentions amicales ; il vous demande seulement la liberté du passage à travers voire territoire. Soyez convaincus qu'il ne veut que votre bien; que ses armes ne sont que des instruments de justice, el que les guerriers qui les portent ne s’en servent que pour punir ceux qui les attaquent ou les offensent. »

Lorsque la harangue fut terminée, les anibassadeurs s’asenouillèrent de nouveau, touchèrent presque de leurs fronts le pavé de la salle, puis, croisant encore les jambes, ils attendirent dans un respectueux silence la réponse du conseil supérieur. On les remercia des informations qu'ils venaient de fournir au conseil, et on leur déclara qu'on leur ferait parvenir une réponse en forme, lorsqu'on aurait

délibéré sur l'objet principal de la harangue, c'est-à-dire la question du passage à travers le territoire tlascalan, On les invita ensuite à se retirer, et la délibération commença.

Le conseil était divisé d'opinions. Parmi les conseillers, les uns voulaient la paix, les autres la guerre. Le plus ardent champion de la guerre était le général Xicotencalt, Jeune seigneur plein de bravoure, mais emporté par l'excès de l'enthousiasme belliqueux. I parvint à faire adopter son avis par la majorité, qui décida que, pour avoir le temps de iaire des préparatifs de défense, les ambassadeurs seraient retenus à Tlascala.

Après huit jours de silence, Cortez, ne voyant pas revenir ses ambassadeurs, se détermina à marcher en avant pour connaître leur sort; mais à peine avait-il fait quelques pas. qu’il rencontra une troupe d'Indiens armés qui voulurent s'opposer au passage des Espagnols. Un combat s'engagea ; les Indiens, battus, dispersés, perdirent beaucoup de monde; du côté des Espagnols, il n’y eut que quelques blessés. Alors Cortez put pénétrer dans le pays, et le lendemain du combat, il vit arriver deux de ses ambassadeurs, accompagnés d'un certain nombre de Tlascalans qui accusèrent leurs alliés, appelés Otomiès, d’avoir inconsidérément attaqué les Espagnols : imprudence dont ils avaient été justement punis par leur défaite et la mort de leurs chefs les plus intrépides. Après s'être ainsi excusés, ils s'éloignèrent, laissant Cortez dans la même incertitude sur les dispositions véritables du peuple tlascalan.

Mais il sut bientôt à quoi s'en tenir; car, le jour suivant, les deux autres ambassadeurs se présentèrent aux Espagnols

dans un état qui exeita à la fois leur pitié et leur indigna-

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