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CORTEZ. 261 tion. Ils apprirent à Cortez qu'ils avaient été, au mépris du droit des gens, chargés de chaînes, et qu'ils devaient ètre sacrifiés par les Tlascalans à leurs dieux ; mais qu’ils étaient parvenus à s'échapper pendant la nuit. Suivant le rapport des deux ambassadeurs, le peuple tlascalan avait juré d’immoler ainsi tous les soldats espagnols.
Alors Cortez n'hésita plus à affronter le péril qui le menaçait. Il poursuivit sa marche, et bientôt une foule innombrable d'ennemis, à la tête desquels était le jeune Xicotencalt, environna les Espagnols. Il fallait livrer bataille ; elle eut lieu, et faillit ètre funeste à Cortez et à son armée par
suite d'un événement de peu d'importance, Un cavalier es-
pagnol s'étant précipité au milieu des bataillons ennemis, fut séparé des siens et reçut plusieurs blessures. Son cheval, percé de flèches, tomba mort à terre. Alors les Indiens coupérent la tête de l'animal, la mirent au bout d’une pique, et la portèrent partout en triomphe, afin de prouver que ce monstre pouvait être vaincu et tué. La vue de cette tète coupée ranima le courage des Indiens, et leur ardeur devint si impétueuse, que les Espagnols commençaient à plier. Ils ne pouvaient résister aux masses qui les pressaient, qui allaient les écraser. Tout à coup le combat cesse, le cor qui sonne la retraite des Indiens a retenti, et l'ennemi se retire d'un champ de bataille où il n'avait plus que quelques sflorts à faire pour remporter une victoire complète.
Or, cette retraite, qui sauva les Espagnols , avait été déterminée par Ja mort des principaux chefs indiens; il fallait pourvoir à leur remplacement; et d'ailleurs l'ennemi se trouvait satisfait en emportant comme un glorieux trophée la tête du cheval, Ce fut Xicotencalt qui s'en saisit et l'envoy: au conseil supérieur,
Le général espagnol choisit une position où il pût se forlifier contre un ennemi aussi dangereux; mais il ne renonça pas encore à l'espoir de faire la paix avec les Tlascalans, et envoya à leur général quelques-uns des prisonniers, qu'il engagea à lui faire de sa part des propositions pacifiques, et à lui faire pressentir les conséquences terribles d'une plus longue résistance. Mais Xicotencalt fut tellement indigné, et des propositions et des menaces du général espagnol, qu'il maltraitales malheureux quiavaient été chargés de les transmettre au chef indien. Is revinrent, couverts de blessures,
annoncer à Cortez que le lendemain, au point du jour, Xico-
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CORTEZ, 269 tencalt se présenterait avec une puissante armée pour faire prisonniers le général espagnol et tous ses soldats, et les immoler devant les autels de ses dieux.
Quoique cette nouveile ne répondit nullement aux espérances de Cortez, cependant elle était accompagnée d'un présent qui pouvait encore lui permettre de supposer que le général tlascalan n’était pas aussi irrité qu’il le paraissait ; ce présent consistait en trois cents poules d'Inde et en vivres de différentes espèces; il est vrai que Xicotencalt avait eu soin de prévenir Cortez, qu'il envoyait ces provisions à ses ennemis, afin qu'ils pussent faire un bon repas avant d'être immolés, et que leur chair fût de meilleur goût, car il se proposait de s’en régaler avec ses principaux guerriers.
Cette fanfaronnade fit rire les Espagnols , qui mangèrent gaiement ce que le général leur avait envoyé, et se préparérent au combat pour le lendemain. Xicotencalt tint parole. Au point du jour, on vit accourir de nombreux bataillons qui se ruërent avec fureur contre les Espagnois : mais la tactique militaire et la supériorité des armes triomphèrent encore de l'opiniâtreté et du courage; les Tlascalans, défaits, cédèrent le champ de bataille aux Espagnols. Cependant ils ne furent pas encore abattus par cette troisième défaite; ils étaient convaincus que les Européens étaient des sorciers; mais ils espéraient aussi que leurs propres sorciers finiraient par l'emporter sur eux. En outre, leurs prêtres, qui prétendaient deviner l'avenir, leur promettaient toujours la victoire. Consultés de nouveau , ils répondirent que les Espagnols , enfants du soleil, devaient toute leur force aux rayons de cet astre pendant le
jour, mais que la nuit ils devenaient si faibles, qu'il était très-facile de les vaincre et de les exterminer.
Les Tlascalans, déterminés à proliter de cet avis, voulurent tenter une attaque nocturne contre les ennemis; mais Cortez était sur ses gardes; il avait pris toutes ses mesures pour ne pas être surpris. Aussi quand ils se présentèrent, furent-ils repoussés avec une grande perte. Alors ils se résignèrent à croire que les Espagnols étaient plus que des hommes, puisqu'il n'y en avait pas eu un seul de tué parmi eux, tandis que des milliers de Tlascalans étaient tombés sous leurs coups. Ils commencèrent par sacrifier à leurs dieux quelques-uns de leurs sorciers, pour les punir de leurs mensonges, puis ils envoyèrent à Cortez une ambassade solennelle pour demander la paix ; les ambassadeurs furent choisis parmi les principaux de la nation.
Vètus de leurs habits de cérémonie , ornés de plumes blanches, qui étaient, ainsi qu'on l'a vu plus haut, un symbole de paix, ces ambassadeurs s'approchèrent du camp espagnol ; s'arrètant de temps en temps, ils touchaient la terre avec la main, qu'ils portaient ensuite à leurs lèvres ; ils répétèrent plusieurs fois cette cérémonie, jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus aux lignes éspagnoles, devant lesquelles ils brülèrent de l'enceas.
Admisenprésencede Cortez, ilslui adresserentcediscours: «Sivous étesdesdivinités malfaisantes, voicicinq esclaves que nous vous livrons ; buvez leur sang, repaissez-vous de leur chair : si vous êtes des dieux bienfaisants, voici de l’encenset des plumes de différentes couleurs ; mais si vous êtes des hommes, voici de la viande et du pain pour vous nourrir. »
Puis ils annoncèrent que l'objet principal de leur mission
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1ission
CORTEZ. 265 était de demander pardon des héstilités commises par leurs imprudents compatriotes, et en mème temps pour traiter des conditions de la paix. Le général espagnol , conservant le ton de grandeur et de dignité affectées avec lesquelles il avait reçu les ambassadeurs tlascalans, leur adressa des reproches très-vifs sur la conduite de leur gouvernement, et sur son opinitreté à repousser les propositions pacifiques qui leur avaient été faites. Toutefois, il déclara qu'il était disposé à pardonner, mais à condition que la république de Tlascala garderait une stricte neutralité, et lui donnerait satisfaction sur les actes injurieux dont elle s'était rendue coupable à l'égard des Espagnols et de leur chef.
Aussitôt que le conseil supérieur de Tlascala connut la réponse de Cortez, il ordonna à tous les habitants des environs de la ville d'apporter des vivres à ces étrangers si extraordinaires , et de leur fournir toute espèce d’approvisionnements sans en exiger, sans en recevoir le paiement ; les Espagnols furent très-étonnés du zèle et de l'exactitude avec lesquels cet ordre fut exécuté. Deux jours après, un cortége magnifique, à la tête duquel marchait Xicotencalt, s'avança vers le camp : il était composé de cinquante des principaux de la nation, tous habillés très-richement ; le chef portait un long vêtement blanc, orné de plumes et de pierres précieuses ; c'était un jeune homme grand et maigre, dont la tournure toute martiale annonçaii F'abtiuue du commandement.
Il salua , à la manière du pays, le général espagnol, puis s’assit sans y avoir été invité, et sans en avoir demandé la permission ; puis, s'adressant à Cortez : « C’est moi seul,
dit-il, qu'on doit accuser des hostilités commises contre les
} Espagnols; mais je n'étais trompé; je croyais que les Espa- ; unols étaient les alliés de Montézume, mon ennemi, l’ennemi de ma patrie.
Désirant expier ma \\\ faute , et obtenir À grace pourle peuple, qui est innocent, je viens me remettre entre les mains du ainqueur; qu'ilprononce sur mon sort, je suis résigné à subir toutes les
conséquences de ma faute, mais qu'il accorde la paix aux vœux du peuple tout entier ; Tlascala attend dans ses murs
le chef des étrangers et ses soldats : ils n'y trouveront que
des amis. »
La généreuse franchise de ces paroles, prononcées avec
beaucoup de fermeté, plut beaucoup à Cortez, qui, après
avoir reproché sévèrement à ce chef sa résistance, qui avait
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