‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 58 sur 76 · SON · texte numérisé non relu

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CORTEZ. 303 principal temple et il y fit transporter des pierres et des poutres qu’ils devaient lancer dans la cour intérieure du quartier espagnol. En ce moment Cortez songeait à faire ses préparatifs de retraite. Il dut l’ajourner jusqu’à ce qu’il eût repoussé l'ennemi d’une position d’où il pouvait écraser facilement les troupes européennes, Il chargea de cette opération Escobar, un de ses plus intrépides officiers, mit sous ses ordres un fort détachement composé de l'élite de son armée, et lui-même se chargea de chasser l'ennemi des rues, pour qu'il ne pût pas attaquer par derrière les soldats espagnols au moment où ils escaladeraient le temple.

Escobar parvint assez facilement au pied de l'escalier, et en atteignit même le milieu ; mais il fallut que Cortez accourût pour le soutenir ; les Espagnols arrivèrent enfin jusqu'à la galerie et de là sur la plate-forme.

Ce fut alors que deux jeunes Américains se signalèrent par l'acte d’un dévouement sublime. Is avaient fait serment

de se sacrifier pour la délivrance de leur patrie et, pour ac-

complir leur résoli.ion généreuse , ils s'approchèrent dans l'attitude de suppliants, du général espagnol qui combattait ; celui-ci crut qu'ils voulaient se rendre et ne témoigna à leur aspect aucune défiance. A peine se trouverent-ils placés auprès de Cortezquiallait leur tendre la main, comme pour les placer sous la sauvegarde de sa clémence, qu'ils le saisirent et l’entraînèrent vers la partie la plus élevée de l'édifice, et Là, s'attachant fortement à son corps, ils prirent leur élan et se précipitérent au bas de la galerie. Hs espéaient ainsi lui faire partager leur sort; mais Cortez pénétrant aussitôt leurs intentions, se eramponna à la galerie

avec tant de force, que les deux jeunes Américains allèrent

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seuls se briser sur les dalles, victimes d’un dévouement sans résultat pour leur malheureuse patrie, mais qui fut, dit-on. admiré par Cortez lui-même,

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La mori du dernier des Mexicains qui défendaient le

temple put seule mettre fin au carnage: on assure que cinq

cents v périrent ils appartenaient tous aux familles les plus distinguées de Mexico.

Le lendemain, les Mexicains resterent tranquilles: ils semblérent même avoir renoncé à forcer les Espagnols dans leur quartier, Alors Cortez commença les préparatifs de son départ, Mais les dispositions de Fennemi étaient loin

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CORTEZ. 305 d’être changées ; ils avaient juré d’exterminer les Espagnols jusqu'au dernier, et le temps de leur inaction apparente avait été consacré par eux à la combinaison d’un plan nouveau pour assurer le succès de leur vengeance. Ils voulaient couper la retraite aux Espagnols, en rompant le pont de la digue et les affamer, en leur ôtant les moyens de se procurer des vivres.

Mais Cortez se mit en mesure de déjouer le projet des Mexicains ; il fit construire promptement un pont volant qui pouvait être jeté successivement sur les ouvertures faites à la digue et rétablir ainsi les conimunications. Dès qu'il fut terminé, il annonça que la retraite commencerait la nuit suivante, car il espérait qu'elle serait favorisée par l’obscurité et par la croyance superstitieuse de l'ennemi.

Aux approches de la nuit, il partagea ses troupes en trois colonnes, dont la première qui devait être l'avant-garde, fut placée sous le commandement de Sandoval; il voulut commander la colonne du centre, et Velasquez de Léon, proche parent du gouverneur de Cuba, fut mis à la tête de là troisième, qui forma l'arrière-garde.

A minuit, commença le mouvement de cette retraite qui ressemblait à une fuite: il eut lieu sans bruit, pour ne pas donner l'éveil à l'ennemi, et la pluie qui tombait parut seconder le départ des troupes espagnoles, Elles ne rencontrérent aucun obstacle jusqu'à la digue qui conduisait à Tacuba, On ne craignait point qu'elle eût été rompue, parce qu'elle s'étendait d'un côté opposé à la route suivie par les Espagnols pour entrer dans la capitale.

Or, les Mexicains avaient aussi coupé cette digue: le pont

volant fut aussitôt jeté sur cette ouverture et plus grande

partie des troupes la franchit. Mais au moment où elles arrivaient à une autre ouverture qu'elles s'apprètaient à franchir dela mème manière, des cris de guerre se firent entendre tout à coup; le lac se couvrit aussitôt de canots el une grèle de flèches et de pierres préluda au combat le plus terrible dont l'histoire ait jamais fait mention; combat dont la réunion de circonstances diverses augmentait l'horreur,

Cortez fut grand, vraiment grand dans cette nuit épouvantable; seul il conserva son sang-froid, sa fermeté; seul il ne désespéra pas du salut de son armée. Rassemblant cent hommes environ, il s'efforça de s'ouvrir un passage jusqu'à la seconde, et puis jusqu'à la troisième ouver-

ture de la digue. Le succès couronna son courage. Les

corps de ceux qui avaient été tués servirent à combler les

ouvertures, et au moyen de ces ponts de cadavres, il atteignit enfin la terre ferme.

Mais que lui importe son propre salut? Le danger de la plus grande partie de ses soldats le rappelle sur le théâtre du deuil et du carnage 2 il choisit, parmi les hommes qui viennent de s'échapper avec lui, ceux qui ne sont pas encore blessés, et retourne au poste du périls ilest rejoint par une partie de ses compagnons. qui étaient restés sur la digue, et qui avaient suive br route qu'ilavait navée, Mais hélas il y a encore d'autres malheureux à sauver; il entend les cris lugubres des Espagnols tombés vivants entre les mains d'un ennemi féroce, qui les conduit au temple pour les immoler devant fes autels des divinités, Cortez veut aller les délivrer; cest en vain qu'il s'eforce de percer jusqu'à eux : 11 est arrèté par un obstacle infranchis-

sable, et faut qu'il borne ses efforts à protéger, à assurer

perhis-

urer

la retraite du petit nombre des soldats qui survivent à ce grand désastre.

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