‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 59 sur 76 · A À INT · texte numérisé non relu

A À INT

Quand l'aurore parut, Cortez put juger de l'étendue de ses pertes, el versa des larmes en voyant combien il lui manquait de ses valeureux compagnons d'armes. La plus grande partie de ses troupes avait péri sous le fer ennemi, ou avait trouvé la mort dans les eaux du lac; deux mille Tlascalans avaient succombé avec plus de la moitié des Espagnols. Au nombre des morts, on comptait Velasquez de Léon et plusieurs des plus intrépides officiers; presque tous ceux qui restaient étaient couverts de blessures; on n'avait pu rien sauver de l'artillerie, des munitions et des bagages; les trésors amassés furent presque tous également perdus.

Un nom qui caractérise cette affreuse défaite en à immor-

talisé le souvenir; la nuit si fatale aux Espagnols est encore appelée aujourd'hui dans la Nouvelle-Espagne /a nuit de la désolation.

Ce fut à Tamba que les Espagnols fugitifs firent halte pour la première fois, depuis leur départ de Mexico; mais ils ne s’arrêtérent pas longtemps dans cet endroit; ils ne pouvaient compter que sur l'hospitalité des Tlascalans ; mais pour arriver à leur ville, il leur fallait catôyer toute la partie septentrionale de la grande mer du Mexique, et les Espagnols se trouvaient alors dans la partie occidentale ; il leur fallait traverser des pays inconnus, et où ils n’espéraient pas trouver les rafraîchissements qui étaient si nécessaires aux troupes fatiguées par une longue marche. Cependant c'était le seul parti que pût prendre Cortez pour sauver les restes de son armée; il se dirigea donc vers Tlascala.

La marche des Espagnols, à travers des solitudes immenses, où ils ne trouvaient pour se nourrir que des graines sauvages , des racines et des tiges vertes de blé d'Inde, fut signalée par d'horribles souffrances.

Les troupes espagnoles marchaient ainsi depuis cinq jours ; mais elles n'étaient pas encore arrivées au terme de leurs maux. La jeune Marine , qui, ainsi qu'Aquilar, avait échappé au désastre de la nuit funèbre, avait souvent entendu les Mexicains s'écrier, dans leurs attaques multipliées contre les Espagnols : « Marchez, brigands, marchez vers le lieu où vous recevrez la récompense de vos forfaits. » Le sens de ces paroles était une énigme dont on ne sut le mot que le sixième jour, lorsqu'on eut atteint Orumba. Parvenus

sur une hauteur voisine de cet endroit, les Espagnols aper-

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çurent avec ellroi, dans le lointain, de nombreux bataillons d'Indiens qui couvraient la plaine ; ceux mèmes qui avaient jusque-là conservé leur fermeté , ne purent se défendre d’un mouvement de terreur à la vue de ces nouveaux ennemis qui se présentaient pour les combattre. Cortez, à l'épreuve de tous les coups de la fortune, raffermit le courage de ses soldats, et leur fit comprendre, dans une chaleureuse allocution, qu'il fallait vaincre ou mourir, et ses troupes marchèrent aussitôt avec résolution à la rencontre de l'ennemi, qui ne s'attendait pas à une aussi brusque attaque.

Cortez avait inspiré une telle ardeur à ses soldats, qu'ils pénétrèrent jusqu'au centre de l’armée mexicaine, en jonchant leur chemin de morts et de mourants; mais bientôt, épuisés de fatigue , à peine pouvaient-ils se servir de leurs armes , et déjà environnés, pressés par la foule des ennemis , ils allaient succomber tous dans une lutte aussi inégale, lorsqu'une résolution soudaine de leur chef les sauva en leur donnant la victoire. Ayant remarqué de loin le général de l'armée ennemie, qui portait l'étendard de lempire, il se rappela que la perte de cet étendard était pour les Mexicains le signal de la déroute; aussitôt il se précipite, avec quelques-uns de ses officiers à cheval, au milieu de la troupe qui gardait les drapeaux, la disperse, et d'un coup de lance étend à ses pieds le général mexicain; un oflicier saute à bas de son cheval, achève le général d'un coup d'épée, et s'empare de l'étendard impérial. A l'instant, tous les

autres drapeaux s'abaissent devant les Espagnols, et les

Mexicains, consternés, prennent la fuite en jetant leurs

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Cette victoire, qui ouvrait aux Espagnols la route de Tlas-

cala, leur livra ausstun butin considérable, qui les dédom-

magea presque entièrement de la perte des trésors qu'ils avaient été obligés d'abandonner à Mexico; car les Me:1cains, comptant sur la victoire, s'étaient parés de leurs ornements les plus précieux, qui devinrent I proie des soldats de Cerrez,

Le lendemain, ils arrivèrent sur le territoire des Tlascalans, qui les accueillirent avec leur bienveillance accoutumée ; ils purent enfin prendre quelque repos, Is étaient encore à Tiascala, lorsque Cortez reçut une nouvelle qui

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CORTEZ. 1 le combla de joie; il allait recevoir un renfort inattendu de soldats et de munitions de toute espèce.

Velasquez, gouverneur de Cuba, doutait si peu du triomphe de Narvaez, que, sans attendre de ses nouvelles, il lui expédia deux autres navires chargés de munitions ; le commandant de ces vaisseaux apportait aussi de nouvelles instructions pour le général. L'oflicier qui remplissait les fonctions de gouverneur à la Vera-Cruz attira adroitement les deux bâtiments dans le port, et s'en rendit maître sans difficulté; puis il détermina les équipages à servir sous Cortez. Quelque temps après, trois autres grands vaisseaux abordèrent sur la mème côte; ils faisaient partie d'une escadre considérable, équipée par le gouverneur de la Jamaïque pour faire de nouvelles découvertes; mais les commandants, s'étant dirigés vers les provinces septentrionales du Mexique, y avaient trouvé des peuples pauvres et belliqueux qui les avaient très-mal reçus. Après des courses pénibles et sans résultat utile, ils étaient entrés dans le port de la Vera-Cruz; là, invités à se placer sous les ordres de Cortez, is lui procurèrent un renfort st considérable en soldats et en munitions de guerre, que son armée se trouva aussi nombreuse qu'au moment où il était rentré dans Mexico, et qu'il se crut assez fort pour conquérir tout l'empire du Mexique, Les Tlascalans et les autres peuples indiens, qui étaient aussi ses alliés, lui fournirent un corps auxiliaire de dix mille hommes.

Un autre événement sembla seconder encore ses projets sur le Mexique; ce fut la mort du nouvel empereur, Quetlavaca, qui commandait les Mexicains dans la nuit de la désolalion. |

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DÉCOUNERTE DE L'AMÉRIQUE.

Les Mexicains élurent empereur, à la place de Quetlavaca, un proche parent de Montézume, nommé Guatimozin. Celui-ci ne manquait pas non plus de courage ni de prévoyance, Ï pressa l'exécution des travaux commencés par l'ordre de son prédécesseur, et lorsqu'il fut informé des nouveaux préparatifs des Espagnols, il réunit dans la capitale un grand nombre de guerriers, qu'il appela de toutes les provinces de empire. Guatimozin était résolu à opposer une résistance désespérée à l'ennemi.

Cortez, prévenu de ce qui se passait à Mexico, ne fut point arrèté par les nouvelles difficultés de son entreprise ; il se mit en route à la tète de son armée, et se dirigea vers

la capitale du Mexique.

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vers

Marche de Cortez sur Mexico, — Arriée des Espagnols à Tezeuco, — Perfidie d'un cacique, — Préparatifs de défense à Mexico. — Gortez fuit construire une flotte pour attaquer la ville. — Conspiralion contre lui, — Plan des coujurés, — Les treize brigantins. — Attaque de Mexico, — Désastres, — Nouveaux alliès, — Les Espagnols pénètrent dans Mexico, — Un combat smgulier. — Guatimozin est fait prisonnier, — Soumission des Mexicains. — Gualimozin et son ministre sont mis à la torture, — Reconstruction de Mexico, — Mort de Guatimozin. — Retour de Cortez en Espagne, — A se justifie et revient à Mexico. — Découverte de la

presqu'ile de la Californie, — Cortez revient en Espagne, — Sa mort.

L'armée était déjà arrivée aux environs de Tezeuco , lorsque se présenterent des ambassadeurs, chargés par le cacique de cette ville d'inviter Cortez à S'y arrêter pendant la nuit, et de lui offrir toutes sortes de rafraichissements pour ses troupes ; les Indiens auxiliaires devaient camper hors de la ville.

Cette invitation parut susperte au général espagnol, qui crut devoir différer jusqu'au lendemain son entrée dans Te-

zeuco. Ileut as'applaudir de sa prudence: car lorsqu'onentr:

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le lendemain dans la ville, elle était déserte. Cortez fit aussitôt occuper les places principales, dans la plus grande desquelles il rangea ses troupes en bataille; et quelques habitants s’étant hasardés à paraître, ils lui apprirent que le cacique avait formé le projet de faire périr tous les Espagnols la nuit précédente, et qu'il avait pris la fuite, parce qu'il craignait que son projet ne fût découvert.

Cortez reconnut qu'il lui serait impossible de s'emparer de Mexico, s'il n'avait pas à sa disposition une flottille de petits vaisseaux de guerre pour disperser les canots mexicains. In y avait dans toute son armée que deux ou trois charpentiers ; 1 fallait couper le bois de construction dans les forèts de Tlascala , et le nombre de ses soldats n'aurait pas suffi au transport de ce bois jusqu'à Tezeuco.

Mais le courage de Cortez grandit en présence des difficultés comme des périls ; il a besoin d'une flotte, il laura!

I place sous les ordres de ses charpentiers un grand nombre de Tlascalans, qui leur serviront de manœuvres: et pendant qu'ils commencent les travaux, il prend toutes ses mesures pour réduire Ja ville par la famine sil soumet plusieurs villes voisines, et parvient à en mettre d'autres dans ses Intérêts, en faisant alliance avec elles, Cette défection inattendue affligea Guatimozin, mais ne le découragea pas.

Mais, à cette époque, Cortez fut exposé à un grand dan-

ger, et au moment où ils'apprètait à détrôner Guatimozin,

à conquérir ses États. une conspiration était sur le point

de renverser ses projets. et menaçait mème sa vie,

’armi ses soldats, 1 v en avait beaucoup qui ne le suivaient plus qu'a regret; c'étaient ceux qui avaient abandonné le drapeau de Narvaez : ils se plaignaient hautement

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d'avoir été trompés dans leurs espérances de fortune par

leur nouveau général, qui leur avait promis des richesses immenses ; à la veille du premier assaut qui allait être livré, ils s’effrayaient de la perspective et des chances d'une lutte qui devait être longue et sanglante, Un simple soldat, nommé Villefagna, qui joignait à beaucoup de résolution une adresse peu commune, était resté attaché au parti de Velasquez, et voyant le mécontentement général de ses compagnons, ille mit habilement à profit pour former le projet de massacrer Cortez et ses principaux officiers, puis de donner à l'armée un autre général qui la ramènerait à Cuba. Les conjurés devaient surprendre Cortez au moment où il serait à table avec ses officiers, et faire main basse sur eux ; le général eût été leur première victime, Un complice éprouva des remords et vint trouver Cortez, à qui il fit connaître le plan des conspirateurs.

Aussitôt Cortez se rendit au quartier de Villefagna, qui troublé par la présence du général, avoua son crime, sans mème chercher à se défendre. Le général le fit arrêter, et l'on trouva sur lui un papier qu'il voulait cacher ; c'était la liste des conjurés au nombre desquels se trouverent des officiers que Cortez croyait fidèles à sa cause ; mais sa prudence lui imposa silence, et il se garda bien de témoigner de l'étonnement ou de la mauvaise humeur en parcourant cette liste, I commença jar faire pendre le chef des conjurés.

Le lendemain matin, il réunit ses troupes, comme pour les passer en revue, et alla droit aux officiers coupables dont les noms étaient inscrits sur la liste; ils tremblaient tous; mais Cortez, sans paraître remarquer leur trouble,

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