‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 6 sur 76 · ESS · texte numérisé non relu

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bois, et dans laquelle nous n'avons guère compté que mille habitants, nous avons vu venir au-devant de nous leur chef, Les Indiens qui nous accompagnaient leur ayant fourni sur notre compte, sur nos intentions et sur le but de notre visite des renseignements qui les satisfirent, ils nous prirent par le bras et nous conduisirent dans la ville, où un vaste logement nous fut assigné, Nous nous assimes sur une espèce de chaise qui avait la forme d’un animal dont les yeux et les oreilles étaient d’or, et dont la queue servait de dossier. À peine fûmes-nous assis à la place qui nous avait été désignée, que les Indiens, s'asseyant auprès de nous à terre, nous baisérent les pieds et les mains ; ces témoignages de vénération nous firent juger que nous étions des êtres célestes aux yeux des insulaires. Nous mangeâmes des raeines rôties qu'ils nous offrirent, et dont le goût nous rappela celui de Ta châtaigne; mais une chose singulière nous frappa, c'est que, parmi les sauvages qui nous servaient, n'y avait pas une seule femme, Nous ne pûmes nous rendre compte de cette exclusion. Quand ils se furent éloignés, un nombre de femmes égal à celui des hommes qui avaient montré tant de zèle et d’empressement à nous servir les remplacèrent auprès de nous; elles ne furent ni moins zélées ni moins respectueuses, Enfin, au moment de notre départ, un grand nombre d'habitants voulaient nous accompagner; mais nous avons refusé leur offre, en les remerciant de leur hospitalité si généreuse, Toutefois, nous avons cru devoir céder aux sollicitations et aux instances du cacique, ou roi, et de son fils, qui ont voulu nous servir de guides et nous conduire jusqu'à nos vaisseaux. Partout.

sur notre route. 1 ont donné des ordres pour que nous

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in DÉCOUVERTE DE L'AMÉRIQUE, fussions traités avec les plus grands égards et le plus profond respect, »

Ce rapport causa une vive satisfaction à l'amiral ; aussi se montra-t-il très-reconnaissant envers les deux princes ; il leur fit une brillante réception lorsqu'ils montèrent à bord de son vaisseau, et tâcha ensuite d'obtenir d'eux des renseignements sur le pays qui produisait l'or. Le cacique et son fils lui désignerent l'est,

Mais ces insulaires témoignèrent une grande surprise en voyant les hommes blancs st avides de ce métal qui n'avait aucune Valeur à leurs yeux, et dont ils ne se servaient que pour leur parure; de leur côté, les Espagnols n'étaient pas moins étonnés de leur simplicité si naïve et de leur bonhomie.

Les indications que le cacique et son fils venaient de donner à l'amiral le décidèrent à quitter Cuba : il était impatient de se rendre dans le pays aux mines d'or, appelé Haïti par les Indiens.

I partit de Cuba le 19 novembre, et emmena avec lui douze naturels du pays, qu'il se proposait de conduire en Espagne. En quittant leur patrie, ces Indiens ne témoignerent aucun regret: ils s'en éloignèrent sans verser de larmes, et leur indifférence surprit beaucoup les Espagnols. est vrai que Colomb n'avait rien négligé pour que le séjour des douze insulaires dans les vaisseaux leur fût agréable, et puis, illeur avait promis que leur éloignement serait de courte durée,

Mais à peine avait-il remis à la voile, qu'il fut contrarié par le vent et forcé, pendant trois jours, de louvoyer,

Alonzo Pinzon, qui commandait {a Pinta, voyant l'embar-

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ras de Colomb, voulut en profiter; et comme son navire était le meilleur voilier de la petite escadre, il chercha à dérober sa marche à la surveillance de l'amiral, afin de devancer les autres bâtiments à Haïti, dans le pays des mines d’or, et d'en remplir son vaisseau. Mais Colomb avait pénétré le dessein de son lieutenant; ïl lui fit signe de l’attendre. Pinzon, n’écoutant que sa cupidité, désobéit à l'amiral, et bientôt on le perdit de vue. Colomb, indigné de la conduite perfide et déloyale de Pinzon, dont la fuite dérangeait ses calculs, se décida à retourner à Cuba avec les deux bâtiments qui lui restaient. Forcé par le mauvais temps de séjourner dans cette île, il poursuivit son exploration du pays, qui était d’une fertilité extraordinaire et présentait partout des sites agréables dont les yeux étaient charmés. Les mœurs et la manière de vivre des habitants inspirèrent du dégoût aux Espagnols; car ils mangeaient avec beaucoup d'avidité de grosses araignées, des vers recueillis dans le bois pourri, et des poissons à moitié cuits auxquels ils arrachaient d’abord les yeux, qu’ils mangeaient crus.

Dès que le temps lui permit de remettre à la voile, l'amial s'éloigna de Cuba pour tâcher de découvrir Haïti, ce pays de l'or, et de rejoindre Pinzon, qui l'avait abandonné. Après avoir parcouru un espace de seize lieues, il aborda dans l'île qui était le but principal de ses recherches ; il lui donna le nom d’Hispaniola, ou petite Espagne, parce qu'il trouva dans le sol d'Haïti quelques rapports avec le sol de l'Espagne ; et, de tous les pays qu'il avait jusque-là découverts, c'est celui qui a gardé le plus longtemps le nom Qu'il lui donna. Le nom de Saint-Domingue semble prévalou aujourd'hui: cest le nom de la ville qu'on + a bâtie

50 DECOUVERTE DE PAMERIQUE.

dans la suite, et qui est maintenant li capitale de l'ile.

A la vue des Espagnols, les habitants, épouvantés, S'enfuirent dans les bois. Colomb, n'ayant pu obtenir aucun renseignement sur la route suivie par {a Pinta, se dirigea vers le nord en côtoyant l'ile. Ayant abordé dans un autre endroit, il réussit à ouvrir des relations amicales avec quelques indigènes. S'étant emparé d'une femme indienne, il avait iraitée avec beaucoup d'égards et l'avait ensuite renvoyée à ses compatriotes, Elle leur traça une peinture si séduisante de la conduite des Espagnols à son égard, elle s'exprima sur le compte de ces étrangers avec tant d'enthousiasme, qu'ils accoururentaussitôtsurle rivage, pour voir etobtenirquelquesuns de ces objets précieux que cette femme avait rapportés.

Ces Indiens ressemblaient, par leur figure et par leurs mœurs, aux habitants de Guanahani et de Cuba: comme eux, ils étaient nus; leur visage avait la couleur du cuivre : chez eux, mème timidité, mème ignorance, même douceur, Tout ce qu'ils voyaient excitait leur surprise, qu'ils exprimaient par des paroles inintelligibles pour les Européens. et par une pantomime trées-animée, HS semblaient croire que les Espagnols n'étaient pas des homes, mais des êtres d'une nature divine,

Dans leur parure, iv avait plus d'or que dans celle des autres Insulaires; mais, comme eux, ils estimaient si peu ce métal, qu'ils étaient au comble du bonheur quand ils pouvaient échanger de l'or contre des grains de verre, des sonnettes et d'autres bagatelles de cette espèce. Lorsque Colombles questionna pour connaitre le lieu où Fou trouvait de For, ils désignerent l'Orient, Cette nouvelle indication

décida Colomb à remettre ausstôt à la voile: il partit avec

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CHRISTOPHE COLOMB. 51 l'espoir de découvrir bientôt une inépuisable source de richesses.

Aussitôt que l'amiral eut fait mouiller ses navires dans une autre baie de l'île, il vit venir vers lui le cacique de la contrée : ce chef avait pris des informations sur les hommes blancs, et s'était empressé de faire une visite à l'amiral; il marchait accompagné d’une escorte nombreuse ; il était porté dans un palanquin que quatre hommes soutenaient sur leurs épaules. Ce palanquin ressemblait un peu aux

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chaises à porteurs en usage en Europe; mais ce souverain Mavall pas de vêtements; il était nu comme ses sujets. ne témoigna aucune défiance, aucune hésitation pour

se rendre à bord: et lorsqu'on lui fit connaître que Colomb

52 DECOUVERTE DE L'AMEÉRIQUE.

venait de se mettre à table, il demanda à être conduit dans la chambre de l'amiral, Tv entra suivi de deux vieillards qu'on pouvait considérer comme ses conseillers. Il prit place et s’assit à côté de Colomb, Sa contenance annonçait tout à la fois la confiance et le respect. Quant aux deux vieillards. ils se placerent aux pieds du cacique. On lui présenta quelques mets et du vin; il en goûta et envoya le reste aux hommes de son escorte, rangés et debout sur le pont.

A la fin du repas, le chef indien offrit en présent à l'amiral plusieurs feuilles d’or et une ceinture d’un travail qui annonçait beaucoup d'art. Colomb, de son côté, fit présent à son hôte d’un collier d’ambre jaune, d’une paire de pantou- Îles rouges, d’une couverture de lit et d’un flacon d’eau de fleur d'oranger. Tel fut le ravissement du cacique, que. dans le transport de sa reconnaissance, il fit entendre à l'amiral qu'il mettait son royaume à sa disposition.

Toujours plein de gravité et de noblesse avec ses sujets. ce souverain était d’une familiarité sans réserve à l'égard des Espagnols ; il examinait tout avec beaucoup d'attention sur le vaisseau, et les choses extraordinaires qu'il renfermait excitaient la surprise et l'admiration du chef sauvage. Aux approches de la nuit, il témoigna le désir d'ètre reconduit à terre. Empressé de satisfaire à sa demande, et voulant augmenter son étonnement, Colomb fit tirer un coup de canon au moment où le cacique s’éloigna. Celui-ci ne douta plus que ces hommes blancs n’eussent une origine céleste, puisque leurs mains étaient armées du tonnerre et qu'il obéissait à leur volonté. Alors le respect des Indiens pour les Espagnols devint une espece de culte ils baisatent

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Mais ce pays n’était pas encore celui qui renfermait les mines d'or, qui étaient le but des efforts et des travaux des Espagnols. L’amiral mit à la voile et se dirigea vers la par-lie orientale de l'île,

Tous les rapports qu'on avait faits à l'amiral, tous les renseignements qu'il avait recueillis désignaient, comme produisant l'or, une partie montueuse de l'île, soumise à un puissant cacique, Colomb lui ayant envoyé une députa- ‘on, reçut de la part de ce prince l'invitation de se rendre auprès de lui. se hâta de répondre àcette invitation ; maisle court trajet qu'il lui fallut faire pour aller trouver le cacique, faillit être bien funeste à l'expédition et à son illustre chef.

Colomb était parvenu à un cap où, profitant d’un temps calme, il fit carguer les voiles à la distance d’une lieue environ de la terre. Depuis deux jours il n’avait pas goûté un moment de repos. Accablé de fatigue, l'amiral alla se jeter sur son lit vers minuit, après avoir ordonné au pilote à qui il confiait le gouvernail de ne pas le quitter, À peine fut-il endormi, que l'équipage, croyant n’avoir aucun danger à craindre, suivit l'exemple de l'amiral; le pilote lui-même. partageant cette sécurité fatale et oubliant les ordres de Colomb, mit un mousse à sa place ; il alla se reposer comme les autres, de sorte que le bâtiment était abandonné à l’inexpérience d’un jeune homme.

Pendant que tout le monde dormait à bord, moins le mousse, le vaisseau était insensiblement entraîné par le courant vers la côte, Soudain il fut ébranlé par une secousse si violente, que le mousse, épouvanté, abandonna le timon en poussant de grands cris. Réveillé en sursaut.

Colomb accourt sur le tillae, aperçoit les rochers qui héris-

sent la côte, et ne tarde pas à reconnaître que le navire est échoué. La confusion, la terreur et le désespoir règnent à bord; l'amiral, conservant seul sa présence d'esprit et son sang-froid, cherche les moyens de sauver le navire.

ur son ordre, quelques hommes de l'équipage s’élancent dans la chaloupe pour jeter, à une certaine distance, une ancre au moyen de laquelle on puisse touer le bâtiment. c'est-à-dire le faire avancer et le dégager du milieu des rochers ; mais ils sont si effravés qu'ils ne songent qu'à leur salut. Au lieu d'obéir aux injonctions réitérées de Famiral. ils vont chercher un refuge à bord de La Nigna. Mais le capitaine de ce navire ne voulut point recevoir ces lâches, qui. au mépris de tous leurs devoirs, abandonnaïient leur conmandant. Ainsi repoussés, il se virent contraints de retourner au navire placé dans une situation si critique.

L'anmiral songea d'abord à alléger son navire du poids de sa mature, qu'il fit couper ; ensuite ilordonna de jeter à la mer tous les objets qui n'étaient pas indispensables, Ces mesures furent inutiles; le navire s'entrouvrt près de la quille, et Peau S'Y précipita avec tnt de violence et en si grande quantité par cette ouverture, qu'on dut désespérer de sauver le bâtiment. L'amiral, suivi de tout son équipage, descendit dans les chaloupes qui étaient arrivées pour le

secourir, et les embarcations parvinrent, à force de rames,

jusqu'à a Nigna.

Le lendemain, fit prévenir le cacique du malheur qui Lui était arrivé, ete pria de mettre à sa disposition un cer ain nombre de ses sujets pour aider les Espagnols à préserver dune perte totale le navire naufragé.

La nouvelle de ce désastre causa un chagrin tres-vif au

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cacique, qui se nommait Guakanahart, et lui fit verser des larmes. I accourut aussitôt avec ses gens au secours des ispagnols. Dans cette circonstance, les Indiens donnèrent une preuve éclatante de leur probité : non-seulement ils ne détournèrent aucun des objets qui se trouvaient dans le navire, mais ils s'exposérent aux plus grands périls pour en sauver la majeure partie. Beaucoup de canots furent promptement réunis, et, grâce à ce concours si actif, st empressé, presque tout ce qui avait quelque valeur fut transporté à terre; puis le généreux cacique, se constituant lui-même le

gardien des eflets arrachés à la PP: mer, {it supplier Colomb de ne point s'a- NI En , . . >

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