AS bandonner au désespoir, et lui offrit tout
cequ'il possédait. Les effets retirés du vaisseau furent déposés
dans un lieu trés-rapproché de Fhabitation du chef indien,
en attendant qu'on eût vidé les maisons où ils devaient ètre mis en sûreté, Mais à ne se bornèrent pas ses précautions : il plaça des sentinelles près de ce dépôt, bien que leur présence fût inutile; car tous les sujets de Guakanahari partaeaient la douleur de leur chef et son affection pour les hommes blancs; ils versaient tous des larmes sur leur sort. Colomb rendit une entière justice à ces sauvages, à leur douceur et à leur caractère hospitalier, dans le rapport qu'il adressa à la cour d'Espagne. « Ces hommes sont si affables, si bienveillants pour nous, que je les considère comme le meilleur peuple de la terre ; ils affectionnent leurs semblables comme eux-mèmes ; toujours aimables, toujours gracieux dans leurs manières, ils ont sans cesse le sourire sur les lèvres. Le service auprès du roi se fait avec une grande solennité; lui-même est très-noble dans ses manières. Ce que j'ai surtout remarqué dans ce peuple si digne d’intérèt, c'est sa prodigieuse mémoire, la curiosité très-vive qu'il
témoigne pour toutes choses, et l'intelligence qui le porte : en rechercher les causes et les effets. IL est tout disposé i
recevoir l’enseignement des connaissances européennes, el il doit y faire des progrès rapides lorsqu'on voudra l'instruire, »
Le cacique n'avait pas tardé à s'apercevoir du goût trèsprononcé des Européens pour l'or; aussi, cherchant à leur procurer des consolations et des soulagements dans leur malheur, il leur donna un certain nombre de plaques de ce métal qui excitaitlenr ardente convoitise; illeur promit qu'il allait donner des ordres pour qu'on en apportät une plus grande quantité d'un lieu qu'il appelait Cibao. A l'exemple
de leur roi. plusieurs Indiens S'empresserent d'apporter
fr
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CHRISTOPHE COLOMB. 57 aussi au Européens des plaques en échange desquelles ils étaient charinés de recevoir des bagatelles d'Europe, Un d'eux, qui tenait un gros morceau d’or dans l’une de ses mains, tendit l’autre à un Espagnol qui lui offrit une sonnette, Aussitôt le sauvage laissa tomber son or et s'enfuit comme un voleur qui vient de se rendre coupable d'une soustraction. Cet Indien était convaincu qu'il avait trompé l'homme blanc.
Les Espagnols étaient très-satisfaits de leur séjour dans celte contrée délicieuse où rien ne leur manquait ; mais leur chef était dévoré de soucis : il avait perdu le meilleur de ses vaisseaux ; il avait été trahi, abandonné par le traitre Pinzon. Le bâtiment qui lui restait était petit et en mauvais état; il ne pouvait contenir les équipages de deux navires : et d'ailleurs, entreprendre avec un bâtiment aussi fatigué un voyage aussi long que celui d'Espagne, eût été une imprudence dont les conséquences auraient peut-être été trèslunestes. L'embarras de Colomb était grand, et sa perplexité extrème.
L'amiral réfléchit longtemps sur sa position si pénible; enfin il se détermina à laisser une partie de son monde dans l'ile, où elle devait former une colonie, et de s'embarquer avec le reste de ses gens pour l'Espagne, afin de rendre compte à Ferdinand et à Isabelle du résultat de ses découvertes. Cette résolution fut approuvée par tous les Espagnols, et il trouva assez de gens disposés à rester dans l’île. Quant à Guakanahari, dont on pouvait craindre l'ombrageuse défiance à l'égard d'étrangers qui allaient s'établir dans son royaume, IL parut enchanté d'apprendre que des êtres d'origine cé-
leste consentaient à rester auprès de lui pour le protéger. LS
Fe Res à
lui et son peuple, contre les ennemis dont ils redoutaient les attaques et qu'il appelait Caraïbes.
C'était un peuple farouche et cruel qui habitait plusieurs iles situées au sud-est. et qui faisait de fréquentes incursions dans File d'Haïti. Trop faibles pour se défendre et résister à un ennemi supérieur en forces, les sujets de Guakanahari cherchaient un refuge dans les montagnes. L'offre de la protection des Espagnols rassurait complétement les insulaires. Voulant donner au cacique et à son peuple une idée de Part militaire des Européens, Colomb fit exécuter des évolutions devant les Indiens par ses soldats. Ces manœuvres excitérgnt admiration des sauvages étonnés ; mais lorsque Paniral fit ürer le canon, le bruit de larüillerie leur causa une si grande fraveur, qu'ils tomberent Lous par terre et posérent leurs mains sur leur tète, comme pour se garantir de la foudre dont ils se croyaient atteints ou menacés, Le cacique lui-mème, épouvanté, m'osait se relever : Colomb s'eflorca de le rassurer, et lui promit de ne se servir de ce tonnerre que contre ses ennemis les Caraibes. Pour faire mieux apprécier aux Indiens les terribles effets et li puissance irrésistible de ces tubes meurtriers qui vomissaient l'incendie etla mort, il fit pointer une pièce chargée à boulet contre la carence du navire échoué : le boulet la traversa et s'en alla tomber dans les flots, du côté opposé. L'étonnement du cacique devant un pareil témoiynage de force est au-dessus de toute expression: il était stupéfait de ce qu'il venait de voir, étourdi de ce qu'il avait entendu, et, lorsqu'il retourna dans son habitation. il ne doutait plus de la divine essence de ces êtres qui disposaient
de la foudre céleste.
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Les Espagnols se inirent aussitôt à l'ouvrage pour jeter) les fondements d'un fort: ils furent aidés avec beaucoup de zèle par les Indiens, qui ne soupçonnaient pas, les malheureux, qu'ils forgeaient eux-mêmes les fers qui devaient Ut jour peser sur EUX.
Toutes les fois que Colomb descendait à terre, le cacique le recevait avec les plus grandes démonstrations de respect sil multipliait, il variait ses hommages à l'égard de l'amiral, qui, de son côté, répondait à tous ces honneurs par des présents dont il comblait Guakanahari, Un jour, le cacique, portant une couronne d'or sur la tête, conduisit Colomb dans une maison arrangée avec beaucoup de pro-
preté : là, il ôta sa couronne et la posa respectueusement
sur la tète de l'amiral, qui, sensible à cette preuve d'ami-