‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 61 sur 76 · CORTE · texte numérisé non relu

CORTE

En vain Cortez menace et prie tour à tour pour rallier ses troupes, il est saisi tout à coup par trois capitaines mexiains qui l'entraînent déja en poussant des cris de joie. Deux de ses officiers volent au secours de leur général, attaquent les Mexicains qui le tiennent, les tuent et tombent

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a leur tour percés de mille coups; mais leur dévouement intrépide, leur héroïque sacrifice ont sauvé Cortez, qui est libre et parvient à regagner la terre ferme.

Ce combat sanglant coûta à Cortez plus de soixante soldats espagnols tués ou faits prisonniers : mille Tlascalans y perdirent la vie.

Ce fut le signal de la défection générale et subite de tous les Indiens. Mais Cortez l'arrêta par un expédient qui, nonseulement, lui ramena ses anciens alliés, mais lui en donna d'autres dont le concours lui fut très-utile, et la coopération décisive contre Mexico. Il fit suspendre les hostilités pendant huit jours , se retrancha solidement dans ses cantonnements que couvraient les brigantins, et attendit l'époque fixée par les oracles mexicains pour l’anéantissement total de l'armée espagnole. Les huit jours s'écoulèrent, et le neuvième, elle existait encore. Alorsles yeux desalliés, trompés par la ruse de Guatimozin, se dessillèrent, et, revenant aux Espagnols, ils leur promirent de les aider à détruire la puissance d’un empereur qui s'était joué de leur crédulité,

Alors les hostilités recommencèrent et le général espagnol, établissant autour de la ville un étroit blocus, coupa entièrement les vivres aux habitants qui bientôt éprouvèrent une horrible famine. La peste se déclara aussi dans la ville, où elle fit de nombreuses victimes.

Avant de donner le signal d’une attaque combinée contre les derniers retranchements de Guatimozin, Cortez lui adressa encore des propositions de paix. Enfin l’empereur parut disposé à un accommodement, et une suspension d'armes de trois jours fut le résultat de ces ouvertures.

Pendant cette trêve, un simple fossé séparait les Espaynols et les Mexicains ; on s’observait de part et d'autre; seulement quelquefois un Mexicain s'avançait hors des retranchements et défiait les Espagnols, qui méprisaient ces fanfaronnades. Cependant un de ces provocateurs reçut une lecon qui parut dégoûter ses compatriotes de ces provocalions insolentes, Armé de l'épée et du bouclier d'un Es-

pagnol sacrifié, il était venu se poser entre les deux armées et mêlait à ses défis des paroles outrageantes pour les soldats étrangers. Quelques Espagnols demandèrent à Cortez la permission de punir cet audacieux provocateur ; mais le général la refusa et fit annoncer à haute voix, par un interprète, à ce don Quichotte : « Que s’il voulait se faire accompagner de dix soldats mexicains, il permettrait à un jeune homme d'aller leur couper la gorge. » L'interprète, en prononçant ces paroles, montrait au Mexicain le jeune homme, qui était un page de Cortez ; il s'appelait Marcado et était âgé de seize ans environ. Le Mexicain, irrité de ce refus, renouvela son défi avec plus d’insolence; alors Marcado, s'élançant hors des retranchements espagnols, attaqua le fanfaron avec tant de vigueur, que bientôtill'étendit mort à

ses pieds. Tous les soldats espagnols battirent des mains ;

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lorsque le vainqueur vint déposer devant Cortez l'épée et le bouclier du vaincu, le général l'embrassa, et pour prix de son courage, il lui ceignit de ses propres mains l'épée qu'il avait enlevée au Mexicain.

Mais Guatimozin cherchait à gagner du temps; il avait annoncé qu’il viendrait lui-même traiter avec Cortez des conditions de la paix ; ce n’était qu'une ruse pour cacher ses véritables intentions. Il voulait, d’après les conseils de sa cour, quitter secrètement Mexico et se rendre dans les provinces les plus éloignées de son empire , pour y rassembler une nouvelle armée. Toutes les mesures avaient été prises pour assurer la fuite de l'empereur. Les nobles Mexicains montérent dans des canots nombreux qu’on avait préparés el attaquèrent avec vigueur les brigantins, pendant que l'empereur s'évadait sur le lac. Sandoval, qui commandait alors la flottille espagnole, s’efforça de disperser les canots par le feu de l'artillerie ; mais ils affrontaient la mitraille, et ceux qui les montaient cherchaient à aborder les brigantins.

Tout à coup Sandoval remarque plusieurs canots chargés de monde et qui, à force de rames, traversaient le fleuve avec une vitesse extraordinaire. Soupçonnant que Guatiinozin se trouvait sur un de ces canots, il leur fit donner la chasse. Holguin, dont le navire était le meilleur voilier, les atteignit le premier et se disposa à les couler bas ; mais aussitÔt qu'on s’aperçut de ses intentions, les rameurs s'arrêtérent, les soldats mirent bas les armes et supplièrent Holguin d'épargner les jours de leur souverain. Aussitôt le capitaine espagnol saute, l'épée à la main, dans le canot, et

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CORTEZ. 325 témoignent ceux qui l'entourent. L'empereur lui-même, s'avançant avec autant de dignité que d'assurance vers Holguin, lui déclare qu’il est son prisonniei et qu'il est prêt à le suivre ; seulement il recommande sa femme et ses compagnes aux égards des Espagnols.

Quand les Mexicains surent que Guatimozin était prisonnier, ils mirent bas les armes et les Espagnols furent maitres de toute la ville; les premiers jours qui suivirent la prise de Mexico furent signalés par la bruyante expression de leur: joie; ils étaient enivrés de leur triomphe : mais à ces transports d’allégresse succédèrent bientôt les murmures et les plaintes à la vue de la faible part de butin que chaque soldat allait recevoir pour prix de tant de fatigues. Les mécontents accusaient tour à tour Guatimozin et Cortez, à qui ils reprochaient d’avoir détourné à son profit une grande partie des trésors de l'empereur.

Ce fut en vain que le général voulut les apaiser; Aldrète qui avait été nommé trésorier royal, se presenta devant lui, à la tête des mécontents, et exigea en vertu de ses fonctions, que l'empereur et son ministre lui fussent livrés, afin d'obliger Guatimozin à indiquer l'endroit du lac où il avait fait jeter le trésor impérial, Cortez, en cette circonstance, se montra faible. 1 abandonna son prisonnier aux bourreaux qui le réclamaient, Guatimozin et son ministre furent mis à la torture.

La fermeté de l'empereur fut admirable au milieu des souffrances. On dit qu'on avait étendu les deux victimes sur un gril sous lequel il y avait des charbons ardents. Le ministre de Guatimozin supporta d'abord la torture avec une courageuse résignation, mais un moment sa consiance pa-

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rut faiblir et il poussa un cri de douleur en tournant les les yeux vers son maître; il semblait lui demander la per-

mission de faire des aveux. L'empereur pénétra le sens de ce regard et dit avec beaucoup de sang-froid à son minisre : « Et moi, suis-je donc ici sur des roses? » Ces paroles

suflirent pour rappeler le ministre à son devoir, il garda le silence ; il ne laissa échapper aucune plainte, aucun gémissement, eLil expira sous les yeux de son maître.

Enfin Cortez accourut pour faire cesser le supplice de l'empereur, et l'arracher demi-mort à ses bourreaux.

La prise de la capitale avait entraîné la soumission des provinces de l'empire, et tous leurs habitants courbèrent la tête sous le joug des nouveaux conquérants.

Cortez songea à rebâtir Mexico. qui n'était plus guère qu'un

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monceau de ruines; cette ville destinée à devenir la première des cités de l'Amérique le devint par la suite, et elle a conservé cette suprématie.

Cependant l'amour de la liberté se réveillant tout à coup, essaya de briser le joug des Espagnols ; plusieurs insurrections eurent lieu, mais elles furent comprimées. La vengeance des tyrans fut terrible ; le sang coula par torrents, et Cortez se déshonora en autorisant des cruautés dont le récit fait frémir. Ainsi dans la province de Panuco, soixante caciques et quatre cents nobles Mexicains furent brûlés vifs sur le même bûcher, et les Espagnols forcèrent les enlants, les parents de ces victimes, à être les témoins de cette horrible scène.

Guatimozin ne survécut pas longtemps à la destruction de son empire ; on l’accusa de seconder, d'encourager la révolte de ses anciens sujets et de chercher à s'échapper de sa prison ; on le saisit, ainsi que les caciques de Tezeuco et de Tacuba, et ils furent tous les ur'ois pendus en plein jour au milicu d'une rue de Mexico.

Au moment où il arriva à Mexico, Cortez préparait une expédition qu'ilvoulait diriger de cette capitale sur Honduras, afin de soumettre à la domination espagnole cette immense contrée ; il voulait aussi punir Olid, un de ses lieutenants. qui s'était révolté contre le vice-roi; mais un commissaire envoyé par la cour d'Espagne arriva à Mexico. À peme arrivé, il tomba malade et mourut. Alors les employés royaux, trompés dans leur espoir et dans les caleuls de leur haine, renouvelèrent leurs plaintes et leurs dénoncations à la cour de Madrid, qui nomma une nouvelle

commission, munie de pouvoirs encore plus étendus

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pour juger le gouverneur du Mexique et sévir contre lui.

Lorsque Cortez fut informé de cet acte du gouvernement espagnol, il se détermina à se rendre en Espagne pour invoquer la justice de Charles-Quint.

Il n'eut point à se repentir de sa démarche et de la confiance avec laquelle il se présentait devant son juge suprème. Il était d’ailleurs absous d'avance par l'admiration qu’excitait partout la présence d’un homme qui s'était illustré par de merveilleux exploits et dont la gloire égalait celle des héros de l'antiquité et des temps modernes. Charles- Quint l’accueillit avec une grande distinction. 11 le décora du collier de l'ordre espagnol, le créa comte et lui concéda une vaste étendue de terre dans la Nouvelle-Espagne.

De retour à Mexico, Cortezs’y vit réduit à un rôle presque secondaire par la rivalité jalouse des membres de l’Audience; pour faire diversion à ses chagrins, aux contrariétés qu'il éprouvait, aux regrets d'une puissance déchue, il équipa une escadre considérable sur la côte occidentale du Mexique ; il voulait faire des découvertes dans la grande mer du Sud. Le résultat de cette expédition où il courut de grands dangers, fut la découverte de la presqu'île de Californie qui tient à l'Amérique septentrionale.

Il retrouva à Mexico les ennemis qu'il y avait laissés, et désespérant de l'emporter dans une lutte devenue inégale. il crut pouvoir encore compter sur la justice du monarque ; il retourna donc en Espagne, mais ses illusions furent bientôt dissipées par la froideur de la réception qu'on lui fit à la cour, par l'indifférence dédaigneuse avec laquelle on écouta ses plaintes.

Le chagrin abrégea ses jours: il mourut, dans sa patrie,

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le 2 décembre 1547, dans la soixante-quinzième année de

son âge. Son corps fut transporté, ainsi qu'il l'avait de-

mandé en mourant, à la Nouvelle-Espagne ; il fut inhumé avec une grande pompe dans la cathédrale de Mexico ; mais ses dépouilles mortelles ont été transférées depuis à la Havane, comme celles de Colomb, et à peu près à la même époque.

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gÈLÉ

Coup d'œil rétrospectif. — Ojeda et Nikuessa, — Construction de Saint-Sébastien et de Nombre-de-Dios, — Nuguez de Balboa. — Découverte de l'océan Pacifique. — Pedrarias, — Destitution de Balboa. — Il est arrêté. — Son procès. — Sa mort, — François Pizarre, Diego de Almagro et Ferdinand de Luque. — Détails sur Pizarre. — Triumvirat, — Une messe. — Le partage de l'hostie. — Sacrilége, — Expédition pour la conquête du Pérou. — La Terre-de-Feu, —

Les vents alisés,

Après la mort de Colomb, un grand nombre d'aventuriers s'élancèrent sur ses traces, guidés par l'espérance d'étendre sur le continent américain les découvertes de ce crand homme, Deux d'entre eux, Ojeda et Nikuessa se dirigerent vers l'isthme de Darienetattacherent leur nom à la fondation de deux colonies: le premier bâtit Saint-Sébastien.

le second Nombre-de-Dios, deux mots espagnols qui signi-

PIZARRE. so

lient Nom de Dieu. Au moment où Nikuessa débarqua dans ce lieu, qu'il trouva convenable pour un établissement de ce genre, il se tourna vers ses compagnons en s’écriant : « Paremus aqui, en el nombre de Dios ! Restons ici, au nom de Dieu. » Et la colonie conserva ce nom.

L'officier qu'Ojeda avait envoyé à l’île Espagnole amena avec luiun homme qui, depuis, acquit une grande célébrité, et qui unissait beaucoup de talents à une valeur éprouvée. IL se nommait Nuguez de Balboa. Accusé à Hispanola d’un crime sur lequel les historiens ont gardé le silence, et voulant échapper à la condamnation capitale qu’il avait encourue, il se cacha dans un tonneau et se fit ainsi porter à bord du navire envoyé par Ojeda. Il parvint à tromper la vigilance du capitaine lui-même , à qui on avait défendu de prendre aucun criminel à son bord. Balboa ne sortit de son

étroite prison que quelques jours après l'embarquement, et lorsque le bâtiment était à plus de cent lieues de l’île Espagnole. Le capitaine le menaça de le jeter sur la première île déserie qu’il rencontrerait; mais les sollicitations pres-

santes de tout l'équipage en faveur du fugitif, fléchirent le capitaine, et Balboa débarqua au Darien.

I ne tarda pas à se faire remarquer par son activité, son intelligence et sa résolution ; ce fut lui qui conseilla l’établissement d'une colonie à l'embouchure du fleuve Darien et sur un terrain dont on s'empara aux environs de ce fleuve ; on lui donna le nom de Santa-Maria-el-Antiqua-del- Darien; aujourd'hui on le désigne sous le simple nom de Santa-Maria. Les compagnons de Balboa, reconnaissant son mérite, le choisirent pour leur commandant. Entreprenant et ambitieux, il voulut S'illustrer par quelques découvertes

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