BALBOA DECOUVRANT LE GRAND-OCEAN
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rut, ils voulurent se rembarquer, mais quelques-uns de leurs canots étaient entièrement brisés, et les autres tellement endommagés qu'ils ne pouvaient plus tenir la mer. Quant aux provisions et aux effets des Espagnols, ils avaient été emportés par les vagues.
Mourant de faim et de froid, exténués de fatigue, ils se voyaient condamnés à périr sur ce rocher stérile : heureusement ils trouvèrent quelques jeunes arbres dont ils enlevérent l'écorce encore tendre, la mêlèrent avec un peu d'herbe, et après avoir mâché ce mélange, ils s'en servirent pour boucher les trous et les fentes de ceux de leurs canots qui avaient le moins souffert. Ils osèrent se remettre en mer sur ces barques, précédés par les Indiens qui nageaient devant eux, et ils atteignirent enfin le rivage. Ils se sauvereni sur le territoire d'un cacique, qui, au lieu de leur fournir des vivres, ainsi que l'avaient annoncé les Indiens, accourut avec une troupe de naturels armés pour les attaquer.
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Les Espagnols n'attendirent pas Pattaque: ils fondirent avec
leurs dogues, aussi affamés qu'eux, sur les Indiens, en tuèrent un grand nombre et mirent le reste en fuite ; le acique lui-mèn'e fut au nombre des blessés.
La victoire des Espagnols décida l'ennemi à demander la paix. De tous les compagnons de Balboa, celui qui se fit remarquer le plus par son intrépidité et l'énergie de son caractère, fut François Pizarre, que nous verrons bientôt reparaître sur ce mème théâtre, mais non plus dans un rôle subalterne.
A peine revenu à Sainte-Marie, Balboa fit partir pour l'Espagne un député chargé d'annoncer au roi Ferdinand la découverte de la mer du Sud, et de lui présenter la portion qui revenait à la couronne de l'or et des perles qu'on avait recueillis dans cette expédition. Ferdinand parut d'abord enchanté de cette nouvelle. Mais tout à coup il conçut de la défiance à l'égard de Balboa, et il envoya, pour le remplacer à Sainte-Marie, un autre gouverneur, avec la mission d'achever promptement ce que le premier gouverneur avait commencé. Cet acte d’une r'évoltante injustice devait avoir des suites bien fnnestes pour Balboa.
Le nouveau gouverneur du Darien s'appelait Pedrarias ; il appartenait à une des plus nobles familles d'Espagne; il avait des manières fort élégantes qui répondaient à sa naissance, mais il était artificieux, hypocrite et bassement jaloux. Le gouvernement espagnol mit à sa disposition quinze vaisseaux et douze cents hommes ; quinze cents gentilshommes environ voulurent partager les périls et la gloire de l'expédition. C'était l'armementle plus considérable dont
le roi Ferdinand eût fait les frais,
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drarias envoya à terre un officier chargé d'annoncer à Balboa sa déposition et l'arrivée du nouveau gouverneur. On croyait que celui-ci, indigné de l’affront dont le roi payait ses services, désobéirait à ses ordres, et essaierait de se maintenir par la force des armes dans la position qu’il occupait ; on s'attendait aussi à le trouver environné d’un fastueux appareil, et exerçant ses fonctions avec la solennité qui convenait au représentant d'un puissant monarque; mais quelle fut la surprise de l'envoyé de Pedrarias, lorsqu’il aperçut un homme couvert d’une veste grossière de colon, chaussé avec des souliers faits d’écorces nattées, et occupé à garnir de roseaux une misérable cabane !
Cet homme était Balboa, le gouverneur de Sainte-Marie ; il n’hésita pas à déciarer qu’il était prêt à se soumettre aux ordres du roi son maître. Ses soldats, dont le nombre s'élevait à plus de quatre cents, et qui étaient aguerris, pressérent en vain le gouverneur de se mettre à leur tête et de défendre ses droits l'épée à la main; il persista dans sa résolution, et lorsque Pedrarias eut débarqué, il alla lui présenter ses hommages en protestant de son obéissance et de son dévouement.
Le premier acte du nouveau gouverneur fut d’infliger une amende pécuniaire très-considérable à l’ancien gouverneur, pour le punir d'avoir usurpé ces fonctions.
Puis, comme il voulait se défaire à tout prix d'un rival dangereux et dont les talents excitaient sa jalousie , il le fit aussitôt traduire devant un tribunal dont les juges étaient vendus au gouverneur: il fut déclaré atteint et convaincu de conspiration contre la personne du roi et de son délé-
gué, et malgré les larmes et les prières de toute la colonie,
| des juges eux-mêmes, qui expiaient déjà par leurs remords un arrêt infâme, l’impitoyable Pedrarias fit décapiter Balboa sur la principale place de Sainte-Marie.
Au nombre des Espagnols qui s'étaient établis avec Pe-
E drarias à Panama, se trouvaient trois hommes qui allaient
| bientôt devenir célèbres, Le premier s'appelait François Pizarre ; le second, Diego de Almagro, et le troisième, Ferdinant de Luque ; ce dernier était un prêtre qui s'était enrichi à Sainte-Marie.
Né en 1475, à Truxilloen Estramadure, François Pizarre était le fils naturel d’un gentilhomme espagnol et d’une | courtisane. Son enfance se passa dans les occupations gros-
sières de la campagne, où il gardait les bestiaux. Privé d’éducation, il rougissait cependant du genre de vie auquel son père avait condamné sa jeunesse, et il se fit soldat à seize ans. Mais ce métier, en Europe, ne présentait que peu de chances de fortune à son ambition ; il s'embarqua pour l'Amérique, où l’appelait l'exemple des nombreux aventu- | riers qui y avaient amassé de grandes richesses. 11 accom- | pagna Balboa dans sa périlleuse expédition, et s’y distingua | tollcment que, malgré son ignorance, il obtint le grade d’officier. La vigueur de sa constitution égalait l'énergie de son caractère et son courage. Le premier au poste du danger, vigilant, appliqué, il avait compris la nécessité de suppléer aux connaissances qui lui manquaient ; bientôt il fit voir que l’ancien gardeur de cochons était digne du commandement.
Ces trois hommes s'associèrent pour diriger une expédition vers le Pérou. Chacun d'eux s’engagea à livrer ce qu'il possédait pour payer les dépenses de l'armement, Pizarre,
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