‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 66 sur 76 · RER EE · texte numérisé non relu

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s'était réfugié, et il s'empressa de venir le joindre à Chu-

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Cette réunion fit oublier à ces deux aventuriers les maux

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PIZLARRE, 343 ment en route. Cette fois ils furent plus heureux, et parvinrent, non sans difficultés cependant, jusqu’à la be de Saint-Matthieu, sur les côtes de Quito. Ils débarquèrent à Tucamas, près de l'embouchure du fleuve aux Emeraudes, fs furent agréablement surpris par la fertilité d'une province qui était la plus vaste et la plus belle du royaume du Pérou ; car, quoique ce pays soit placé sous les feux de l’équateur, l'air y est si tempéré, qu'il offre les douceurs d’un printemps perpétuel,

Mais ce beau pays est exposé à des orages et à des tremblemer1s de terre très-fréquents qui en éloignent les Européens.

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La capitale du Pérou fut quatre fois victime de ces trem-

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blements de terre : entièrement détruite par une cinquième catastrophe, il y a près d'un siècle, elle fut rebâtie ; mais enfin, éclairés par une si triste expérience, les habitants se gardèrent bien de construire de hautes maisons, qui ne conviennent pas à un pays dont le sol est exposé à des commotions si fréquentes. Celles qu’ils bâtirent n’eurent qu’un étage, et pouvaient mieux résister aux tremblements de terre : ils se conformèrent d’ailleurs en cela à l’ancien usage des indigènes.

Mais Pizarre et Almagro jugèrent qu’il y aurait de la témérité à tenter une conquête qui pouvait présenter de grandes difficultés avec une troupe déjà affaiblie par les fatigues d’un long trajet et par les maladies, et il fut décidé qu'Almagro retournerait à Panama pour aller y chercher de nouveaux renforts, tandis que Pizarre irait les attendre, avec ce qui lui restait de soldats, dans la petite île de Gallo, située à une petite distance de la terre ferme.

Almagro se sépara de son compagnon, et partit pour se rendre à Panama.

Pizarre quitta bientôt l'île Gallo, qui lui offrait peu de sûrelé, et passa dans une autre île, à laquelle il donna le nom de Gorgone, à cause du bois sombre et épais dont elle était “ouverte et des montagnes escarpées qui la hérissaient. 1] y était depuis cinq mois,"et aucun bâtiment n'était arrivé avec les provisions et les renforts qu'il attendait : alors il chercha les moyens de sortir d'une position aussi affreuse et de gagner la terre ferme. Il commença à travailler, avec ses compagnons, à la construction d'un radeau, seule ressource qui restàt à leur désespoir ; mais, au moment où ils se livraient avec ardeur à ce travail difficile, on signala un

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PIZLARRE. Mi vaisseau qui s'avançait à toutes voiles du côté de l’île. Il y aborda bientôt. Son arrivée excita des transports de joie, car il avait été expédié de Panama par les associés de Pizarre, qui en avaient arraché la permission au nouveau gouverneur. Pizarre et ses quatorze compagnons montèrent à bord de ce vaisseau, et firent voile au sud-est, vers les côtes lu Pérou.

Après une navigation de vingt et un jours, on mouilla dans la baie de Tumbez, ville péruvienne. À peine les Es-

pagnols y eurent-ils jeté l'ancre, que plusieurs Péruviens accoururent en témoignant la surprise que leur causait la

vue du vaisseau et d'hommes blancs et barbus; ensuite s’approcherent dix ou douze canots montés par des Péru-

viens qui apportaient aux Espagnols des rafraîchissements #4

de toute espèce, renfermés dans des vases d’or et d'argent ; ils leur étaient envoyés par le cacique, qui les fit inviter en mème temps à débarquer. Tous voulaient descendre à terre, mais Pizarre n'en accorda la permission qu’à un Espagnol et à un nègre. La couleur différente de ces deux étrangers étonna les Péruviens, dont la couleur est celle du cuivre; alors ils firent une épreuve singulière sur la figure du nègre, et se mirent à la laver, pour tâcher de la rendre blanche. L'inutilité de leurs efforts ne fit qu'augmenter lu” étonne-

h ment et leur admiration.

Les deux envoyés de Pizarre furent accueillis partout ii avec une grande bienveillance ; partout une hospitalité cor-

diale leur offrait des vivres et s'empressait à fêter leur présence. Ils purent juger de la richesse du pays par l'or et l'argent qui brillaient dans les habitations.

| La laine que les Péruviens employaient pour leurs vète- , |

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tres animaux portant laine, et qu’on nomme indistinctement lamas, moutons du Pérou, moutons-chameaux, et enfin guanaco.

Convaincu, par le récit des deux envoyés, que ce serait une folie de tenter de soumettre avec une aussi faible tro1pe un peuple aussi nombreux, Pizarre ajourna l'exécution de son entreprise, et résolut de se borner à explorer les côtes de ce beau pays, à recueillir des renseignements exacts sur les forces, sur le gouvernement de la nation péruvienne. Dans cette intention, il se hâta de lever l'ancre et de se diriger vers le sud.

De retour à Panama, Pizarre crut que le gouverneur, en voyant les preuves de la richesse des contrées visitées par les Espagnols, lui prêterait son concours pour préparer une nouvelle expédition ; mais il eut beau placer sous les yeux de Pedro de los Rios de magnifiques vases d’or et d'argent, étaler devant lui les étoffes de laine et de coton qu'il avait rapportées ; en vain lui amenait-il plusieurs jeunes Péruviens qu'il avait fait embarquer avec lui pour lui servir d’interprètes, le gouverneur resta indifférent et froid ; il poussait la prudence jusqu'à la pusillanimité, et craignait d’affaiblir la colonie de Panama en permettant à Pizarre d'y recruter de nouveaux soldats. Il refusa donc toute espèce de secours aux trois associés, que ce refus jeta dans un grand embarras, car ils étaient complétement ruinés et n'avaient plus de crédit pour se procurer de nouvelles ressources.

Ils résolurent de s'adresser directement à la cour d’'Espagne ; Pisarre fut choisi pour remplir cette mission difficile. Les trois associés parvinrent à réunir les fonds néces-

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saires pour ce voyage, et Pizarre partit. Il se présenta devant Charles-Quint, qui régnait alors en Espagne, et tous ceux qui connaissaient le chef d'aventuriers furent étonnés de la dignité et de la noblesse avec lesquelles il parut à la cour, Le récit qu'il fit à l'empereur et à ses ministres des travaux et des dangers de la première expédition, le tableau qu'il traça des richesses de ces vastes contrées qu'il avait découvertes, les témoignages de la sincérité de ses paroles, émerveillèrent la cour impériale, On s'empressa de lui accorder l'autorisation qu'il sollicitait; mais il obtint aussi le gouvernement de tous les pays qu'il devait conquérir, avec la dignité de juge suprème, qu’il s'était cependant engagé à demander pour son ami Almagro. Ferdinand de Luque, le troisième associé, étant ecclésiastique, n'inspirait aucune crainte à l'ambition de Pizarre ; aussi n’eut-il pas à se plaindre de sa déloyauté. On lui accorda, sur une demande de Pizarre, la dignité d’archevèque de tous les pays que celuiei allait conquérir.

Dès que Pizarre fut entré dans le golfe du Mexique, il cingla vers Nombre-de-Dios, y débarqua avec ses compagnons, et marcha le long de l’isthme jusqu'à Panama. Almagro apprit avec joie l’heureuse issue des négociations de Pizarre à Madrid ; mais lorsqu'il sut avec quelle déloyauté il s'était conduit à son égard, il fut indigné et déclara qu’il ne voulait avoir aucun rapport avec un homme qui l'avait si indignement trompé. Cependant Ferdinand de Luque parvint à le réconcilier avec Pizarre, qui lui offrit de lui céder la dignité de juge suprème. Alors les trois associés s'occupèrent activement des préparatifs de l'expédition.

Elle ne se composait que de trois petits navires et de

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