‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 73 sur 76 · IONS · texte numérisé non relu

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les indigènes, au Chili, étaient hardis, braves et robustes. Surpris d’abord par les ‘flets des armes à feu, ils s’aguerrirent bientôt contre ces détonations qui les avaient effrayés, et vinrent attaquer les étrangers. Quoique battus dans toutes les rencontres, ils revenaient sans cesse à la charge et leur

opiniâtreté déconcertait les projets d’Almagro. Une conspi-

ration contre ses jours, et ourdie par Philippino, contribua à l'ajournement d'une conquête qui devenait de plus en plus difficile.

Dés que cette conspiration sur laquelle les historiens espagnols ne donnent pas de détails fut découverte, Philippino chercha à s'évader ; mais il fut poursuivi, jugé et condamné à être écartelé, Avant de recevoir la juste punition de tous ses crimes, ce traître avoua que ses fausses accusations avaient fait périr Atahualpa.

Au moment où Almagro se disposait à revenir à Cusco, les nouvelles qu'il reçut du Pérou durent accélérer son retour. Après son départ, on s'était saisi de l'Inca; on l'avait chargé de fers et on le traitait, dans sa prison, comme un malfaiteur, En se rendant à Lima, avec un délachement de troupes, le gouverneur Pizarre avait confié le commandement à ses deux frères Juan et Gonzalez, mais il avait été assez imprudent pour permettre aux Espagnols qu'il laissait à Cusco de faire des incursions dans les provinces qui n'étaient pas encore entièrement soumises. Î restait peu de soldats dis la ville, et, à la faveur de ces circonstances, l'inca prisonnier parvint à faire connaître à quelques-uns des chefs de la nation lindigne traitement qu'on lui faisait subir.

Pendant qu'ils se concertaient pour délivrer leur souve-

ain et organiser une insurrection générale contre les oppresseurs de leur pays, Ferdinand Pizarre revint d'Espagne etseréunit à ses deux frères Juan et Gonzalez, qui commandaient dans Cusco. Ferdinand, qui s'était montré si humain envers Atahualpa, ne put voir sans pitié la riste situation de Manco, et celui-ci confiant dans la bonté généreuse de Ferdinand, ne craignit pas de solliciter la permission d’assister à une fête solennelle que les Péruviens célébraient chaque année à quelques lieues de la capitale. Ferdinand y consentit, et libre enfin, l'Inca sortit pour se rendre à la fête où sa présence devait être le signal de la révolte.

Aussitôt les principaux de la nation accourent à ce rendez-vous de la haine et de la vengeance; ils brülent de se ranger sous le drapeau de leur souverain pour arracher leur patrie à la domination des Espagnols, et laver leur propre honte dans le sang de cette poignée de tyrans avides, de ces infâmes spoliateurs sous le joug desquels ils rougissent d'avoir si longtemps courbé leurs têtes. L’étendard de la guerre est déployé; partout les Péruviens prennent les armes; on surprend, on massacre les détachements isolés des Espagnols qui rançonnent les provinces. Bientôt Manco se voit en état de marcher, avec une armée que les historiens espagnols portent à deux cent mille hommes, contre Cusco, tandis qu'une autre armée presque aussi considérable se porte sur Lima.

Cusco ne tarda pas à ètre investi; les trois Pizarre, qui commandaient dans cette ville, n'avaient sous leurs ordres que cent soixante-dix Espagnols, Dans le premier engagement, Juan, l'un des trois frères, et qui, dit-on, était aussi

kumain que brave, fut tué d’un coup de pierre.

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L'investissement des deux capitales eut lieu presque en mème temps, et empêchait les petits corps espagnols épars decommuniquer entre eux. Les hostilités étaient à peine commencées, que déjà six cents Espagnols étaient tombés sous les coups des Péruviens, qui s’emparaient de leurs chevaux, de leurs armes, et s’essayaient à imiter l'ennemi dans la manière de s’en servir. On assure qu’ils osèrent même tirer des coups de mousquets. Manco et d’autres chefs marchaient à la tète de leurs troupes, montés sur des chevaux qui étaient tombés au pouvoir des Péruviens.

La situation des Espagnols devenait de jour en jour plus critique. S’étant rendu maître d’une partie de la ville de Cusco, l’Inca bloqua les deux Pizarre dans le quartier où ils s'étaient réfugiés avec le petit nombre de soldats qui leur restaient. Ils ne pouvaient espérer de s’y maintenir ;

toute communication entre Cusco et Lima était impossible,

et les chemins, entre les deux capitales, étaient si bien in terceptés par l'ennemi qu'il avait déjoué toutes les tentatives faites par les trois frères pour se donner réciproquement de leurs nouvelles. Le gouverneur ne souffrait pas moins que Gonzalez et Ferdinand d’une aussi cruelle incertitude. Toutefois sa position était plus supportable que celle à laquelle ses frères étaient réduits ; il trouvait dans le voisinage de la mer des ressources qui leur manquent; il recevait de temps en temps de Panama des renforts au moyen desquels il pouvait réparer ses pertes,

Ils prit alors une résolution énergique pour placer ses soldats dans la nécessité de vaincre ou de périr ; il renvoy: ses vaisseaux à Panama, et à mesure qu'on lui amenait des

recrues, il faisait partir quelques petits détachements com-

Mmandés par des ofliciers dont il avait éprouvé le talent et le courage, pour aller secourir les Espagnols bloqués dans Cusco. Mais quelle eût été sa douleur s'il eût connu le sort de ces divers détachements ! Soixante-dix cavaliers commandés par son cousin don Diègue Pizarre furent surpris,

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