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attaqués et massacrés avec leur chef, dans un défilé étroit.
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PIZARRE. 583 par les Péruviens; Gonzalez de Tapia, autre officier, parti également de Lima avec quatre-vingts hommes, périt de la même manière ; il en fut de mème de deux autres commandants, Morgovejo et Gayetta, tombés avecles soldats qu'ils conduisaient, sous les coups de l'ennemi. Plus de trois cents Espagnols succombérent ainsi, à l'insu de Pizarre.
Enfin, grâce à un renfort considérable que lui ameña Alphonse de Alvarado, frère du commandant de ce nom, il fut en état de prendre l'offensive, If fit une sortie vigoureuse et mit en déroute l'innombrable armée qui assiégeait Lima et poursuivit les Péruviens jusque dans les montagnes. Un impérieux devoir l’appelait à Cusco; il aurait voulu voler lui-même au secours de ses frères, dont il ignorait le sort ; mais pouvait-il abandonner Lima, la ville qu'il venait de fonder, le centre de ses ressources et son unique refuge en
cas de revers? Il resta donc dans cette ville, et chargea
Alvarado, qui par son arrivée l'avait sauvé lui-même, de l'expédition destinée à délivrer ses frères.
Alvarado se mit en marche pour Cusco avec un corps de trois cents hommes, qui peu de temps après, fut renforcé par deux cents autres. Les Péruviens, qui avaient été si heureux jusque-là dans leurs attaques contre les divers détachements dirigés sur Cusco, croyaient également avoir bon marché de celui que commandait Alvarado ; mais ils eurent aflaire à un officier habile, expérimenté, qui les battit dans toutes les rencontres, toutefois avant qu'il eût atteint Cusco, une nouvelle péripétie que nous devons faire connaître y avait changé la scène, et amené 4? nouveaux acteurs sur ce mobile théâtre de la discorde et de la guerre.
Almagro avait quitté le Chili, et se dirigeait vers Cusco,
lorsqu'il reçut la patente apportée par Ferdinand Pizarre et par laquelle l'empereur le nommait gouverneur indépendant des pays situés au sud, au-delà des limites du gouvernement de Pizarre. L'examen de ce titre le confirma dans l'opinion que l'empereur avait voulu comprendre Cusco dans son gouvernement et non dans celui de son associé. Déterminé à faire valoir des droits prétendus, il s’avança contre Cusco pour s’en emparer. Lorsqu'il fut arrivé aux environs de la ville, il apprit avec étonnement qu'un tiers de cette ville qu'il regardait déjà presque comme sa propriété, avail élé consumé par les flammes; que l’autre liers était au pouvoir de Manco, et que le troisième tiers était encore occupé par les Pizarre, mais qu'ils étaient à la veille d’en ètre expulsés par les Péruviens. En attendant qu'on lui fournit des renseignements sur la succession d'é-
vénements qui avaient amené une situation aussi déplorable,
il marcha avec une lenteur que lui conseillait la prudence.
Bientôt il vit venir à lui les négociateurs des deux partis, qui sollicitaient son amitié et son concours. L'Inca appréciait les avantages d’une alliance avec un guerrier aussi redoutable, aussi puissant qu'Almagro; de leur côté. les Pizarre n'ignoraient pas que l'alliance d'Almagro aver l'inca leur serait fatale et qu'ils seraient bientôt écrasés par la réunion de leurs forces. Mais Almagro imposait comme première condition de l'alliance la cession de Cusco, L'Inca n'était pas d'humeur à céder sa capitale, et les instances d'Almagro pour le faire consentir à ce sacrifice étant imuüles, Le général espagnol rompit les négociations, il attaqua les Péruviens et les forea de lever le siége de Cusco.
Débarrassé de cet ennemi, Almagro somma les Pizarre de
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lui livrer la ville; ils répondirent à la sommation par un
refus. Alors Almagro s'avança jusqu'aux portes de la ville el ne tarda pas à être rejoint par une partie des soldats de la garnison ; sa franchise, sa bonne foi, sa générosité, l'avaient rendu cher aux Espagnols, dont les Pizarre s'étaient attiré la haine par leur dureté et leur perfidie. Ce renfort mit Almagro en état de s'emparer une nuit, par surprise, de Cusco, et l'attaque fut dirigée avec tant de promptitude et d'adresse qu'au moment où le général et sa troupe arrivèrent devant la maison des Pizarre, ceux-ci ignoraient encore la prise de la ville, Sommés de se rendre, ils s’enfermèrent, se barricadèrent dans leur maison et s'y défendirent avec opiniâtreté : mais l'épuisement de leurs forces les contraignit à subir la loi du vainqueur; faits prisonniers sans capitulation, ils furent chargés de fers.
Ce fut alors qu’Alvarado parut avec sa petite armée devant la capitale; il n'avait plus qu’une rivière à traverser pour s’y rendre. Qu’on juge de sa surprise lorsqu'il aperçut, sur la rive opposée, des soldats espagnols dont l'attitude était tout à fait hostile! Comme j' ignorait complétement iout ce qui s'était passé à Cusco, il ne pouvait se rendre compte de ces dispositions menaçantes d’un ennemi portant l’'uniformeespagnol ; enfin Almagrolui-même vint l’instruire de la situation des choses, et chercha, par des présents, par des promesses à le mettre dans ses intérêts, à lui faire abandonner le parti des Pizarre. Tousles efforts d’Almagro échouèrent contre l'incorruptible fidélité d’'Alvarado,
Mais il v avait dans l’armée du lieutenant de Pizarre et parmi ses officiers un traître qui parvint à séduire une par-
tie de ses camarades; son plan fut si bien concerté avec
Almagro, qu'une nuit l’armée de celui-ci se trouva au milieu du camp d’Alvarado, avant même qu'il se fût aperçu du mouvement de l'ennemi. Il fut fait prisonnier sans même avoir pu se défendre ; car les conjurés avaient en-
rer
levé ses armes et celles de s les priver de tout moyen de résistance. Comme la plus grande partie des troupes d’Alvarado était dans le complot, le peu de soldats qui lui étaient restés fidèles fut forcé de céder au nombre et de mettre bas les armes; on les conduisit sous bonne garde à Cusco.
Almagro avait donc en sa puissance trois ennemis dangereux , trois rivaux redoutables; il consulta ses amis sur le
parti qu’il devait prendre à l'égard de ses prisonniers : la plupart furent d’avis que le supplice de Pizarre, d'Alvarado et de tous les partisans du gouverneur assurerait la, prépondérance d’Almagro sur son compétiteur et sa domination paisible sur le vaste empire du Pérou. Après les avoir écoutés avec attention et approuvé la justesse de leurs raisons, Almagro leur déclara qu'il ne pouvait suivre ce conseil : il fut plus généreux encore, car, il lui eût été facile, en marchant immédiatement contre Lima, d’exterminer Pizarre et son parti; il voulut se tenir sur la défensive et laisser à son rival l'affreuse initiative Je la guerre civile. Il reprit donc le chemin de Cusco, afin d'y préparer ses moyens de défense, en attendant la détermination de Pizarre.
Situation critique de Pizarre, — Sa l'ermeté, — Négociations. — Désertion parmi les troupes d'Almagro. — Mauvaise foi de Pizarre. — Combat de Cusco. — Défaite de l'armée d'Almagro. — Orgognes est tué, — Almagro tombe vivant entre les mains des soldats de Pizarre, — I est jugé, condamné à mort, étranglé, puis décapité. — Alvarado se rend en Espagne pour demander vengeance contre Pizarre, — Arrestation de Ferdinand Pizarre à Madrid. — Un nouveau commissaire au Pérou, — Expédition de Gonzalez Pizarre. — Course audacieuse d'Orellana, — Ses mensonges. — Le pays des Amazones et l'Eldorado, — Conspiration contre Pizarre, — Il est assassiné, — Son portrait. —Anecdotes.
Enfin le voile mystérieux qui couvrait les événements de Cusco fut déchiré pour Pizarre ; il put enfin connaître l'étendue de ses pertes, la gravité de sa situation , car il reçut coup sur coup les plus sinistres nouvelles, et apprit presque en même temps la mort de son frère Juan, le retour d’AImagro, la captivité de ses deux autres frères, et la défaite de son lieutenant Alvarado. Mais l'énergie de son âme, la
fermeté de son caractère, ne furent point ébranlées par ces
malheurs multipliés. Connaissant la candeur d'Almagro, il résolut de lui tendre un piége, et ce fut sur le succès d’une nouvelle perfidie qu’il fit reposer l'espoir de son triomphe définitif sur un rival qui devait être encore victime de sa loyauté et de sa confiance.
Pizarre attendait de jour en jour un renfort considérable
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qui devait lui être envoyé de Panama; il était important pour lui de gagner du temps et de réduire Almagro à l’inaction en lui faisant des ouvertures pacifiques et en ouvrant avec lui des négociations qu’il voulait traîner en longueur. Tandis qu'Almagro, trompé par les avances de Pizarre, s’abstenait de tout mouvement hostile, celui-ci ne restait pas inactif:
il travaillait à se fortifier, à recruter son armée; il se procurait des renforts considérables en hommes et en munitions , et il était à la veille de démasquer ses projets, lorsqu'il fut rejoint par son frère Gonzalez et par Alvarado qui, parvenus à s'échapper de leur prison, lui amenaient soixante cavaliers qu'ils avaient débauchés à Almagro. Ce secours inattendu combla de joie Pizarre, qui se sentit dès lors assez fort pour aller chercher ses ennemis. Mais Ferdinand Pizarre était encore prisonnier, et le gouverneur avant de se poser en ennemi et de rompre les négociations, voulait enlever à Almagro nn aussi précieux otage.
Alors il parut désirer plus vivement une réconciliation sincère, et proposa à Almagro de soumettre leurs différends à l'arbitrage de l'empereur : Almagro s'empressa de souscrire à cette proposition. Pizarre jugea qu'il pouvait obtenir davantage de la confiance crédule de son généreux compétiteur : il lui demanda de rendre la liberté à son frère, qui serait envoyé en Espagne comme leur plénipotentiaire auprès de l’empereur. Almagro ouvrit à Ferdinand les portes de sa prison; mais à peine celui-ci fut-il libre que Pizarre déclara à son rival que la guerre seule pouvait prononcer entre eux et juger leur querelle. Son armée avait été renforcée par de nombreuses recrues el on y voyait deux compagnies entières de fusiliers ; ce qui
était extraordinaire, car à cette époque l'usage des armes à feu n'était pas général mème en Europe. Il confia le commandement de la plus grande partie de ses troupes à ses frères, qui brûlaient de se venger d’Almagro, et cerixcise mirent en marche. Il eût été facile à Almagro, en se postant dans les défilés des Andes ou Cordilières que l'en-
nemi était obligé de traverser, de l'écraser et de terminer ainsi la guerre par un coup décisif, car on assure que les voyageurs en quittant les plaines chaudes de Quito pour traverser les Andes, toujours couvertes de neiges, sont atteints de cette maladie à laquelle paient un douloureux tribut presque tous les gens de mer à leur premier voyage, et qu'ils ont appelée le mal de mer.
Almagro aima mieux attendre l'ennemi dans les plaines de Cusco, d'abord parce qu'il ne voulait pas assumer l'odieuse responsabilité de l'agression dansla guerre civile, etensuite parce qu'il lui fallait du terrain pour déployer sa cavalerie, qui était supérieure à celle des Pizarre. Il fortifia Cusco le mieux qu'il put et rangea son armée en bataille dans une position qu'il jugea lui être avantageuse; mais affaibli par l’âge, les fatigues et les blessures, à peine pouvait-il se soutenir. Ne pouvant se mettre à la tête de ses troupes, il se vit forcé d'en confier ie commandement à Orgognes ; c'était, il est vrai, un officier plein de bravoure, dévoué à son chef, mais il ne pouvait remplacer auprès du soldat le vieil Almagro qui, par l'affection et le respect qu'il avait su leur inspirer, exerçait sur eux un grand ascendant.
Cependant les Pizarre avaient franchi les Cordilières ei s'étaient avancés dans les plaines de Cusco; bientôt les deux armées se trouvèrent en face l'une de Pautre et se
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PIZLARRE. 591
préparèrent au combat; on voyait flotter des deux côtés l'étendard impérial, et les hauteurs voisines étaient couronnées d'une foule immense d’indigènes accourus pour jouir du spectacle d’une lutte sanglante entre leurs oppresseurs, qui se chargeaient ainsi de les venger. Almagro, malade, se fit aussi porter sur une colline d’où il pouvait “ontempler le champ de bataille et encourager de loin ses troupes à faire leur devoir.
Le signal est donné; les Espagnols s’élancent avec fureur les uns contre les autres, et le carnage commence ; mais les premières lignes d’Orgognes sont ébranlées par l’impétuosité de l'ennemi; elles faiblissent, elles cèdent, et le désordre se met dans leurs rangs : en vain les chefs veulent les ramener au combat; leur voix, leurs prières sont impuissantes. De ce moment, Orgognes, désespéré, s’écrie en commandant une nouvelle attaque : «Par le Dieu tout-puissant, je ferai mon devoir et chercherai la mort! me suive qui voudra. » Résolu à ne pas survivre à son malheur et à celui d’'Almagro, il se jette au milieu de la troupe que commandent Gonzalez, Ferdinand et Alvarado, et quoique blessé à la tête, parce que son casque avait été brisé par une balle, il continue à combattre ; il tue de sa main deux soldats; trompé par le brillant uniforme d'un domestique de Ferdinand Pizarre, il le prend pour son maître et lui enfonce sa lance dans la bouche. Mais enfin ce guerrier intrépide est accablé par le nombre , désarmé et fait prisonnier, Au moment où les soldats lemmènent, un Espagnol qui croyait avoir à se venger d’une offense personnelle, lui abat la tête d'un coup de sabre,
Cet acte de barbarie ne fut pas le seul dont les vain-
queurs se rendirent coupables dans cette journée du 6 avril 1538, malgré les efforts de Ferdinand Pizarre et de ses principaux officiers pour rappeler à leurs soldats que ceux qu'ils avaient vaincus étaient des Espagnols. Ruydias, officier du parti de Pizarre, avait eu le bonheur de sauver la vie à un de ses amis qui allait être massacré; pour le préserver de nouvelles violences, il l'avait fait monter en croupe derrière lui, mais un soldat furieux le perça de sa lance et je fit tomber mort devant Ruydias. Quant à Almagro, témoin de la défaite de sa troupe, impuissant pour les rallier, il voulut aussi chercher son salut dans la fuite : Mais poursuivi vivement par l'ennemi, il tomba vivant entre ses mains, et fut ramené, chargé de fers, à Cusco qui se rendit sans résistance aux vainqueurs.
Sa mort pouvait seule satisfaire la haine et la vengeance des Pizarre: elle était résolue d'avance, Mais la prudence
leur prescrivait des précautions , et il fallait écarter tous ceux qui restés fidèles au malheur d'Almagro pouvaient faire d'eflicaces tentatives en sa faveur, On les éloigna en les chargeant d’expéditions diverses dans les provinces les plus reculées du Pérou, qui n'étaient pas encore soumises à la puissance espagnole. Ces hommes saisirent avec empressement l'occasion de quitter une ville où ils jugérent qu'ils étaient désormais inutiles à la cause d'Almagro. Alors les Pizarre leverent le masque; mais voulant donner l'apparence de la justice à l'exécution de leur projet sanguinaire, ils formèrent un tribunal devant lequel comparut ie malheureux vieillards il était accusé du crime de haute U'ahison, de rébellion aux ordres de l'empereur, d'u-
surpation des droits et des fonctions du gouverneur : aceu-
avril > ses ceux oflier la prér en de sa Jmaue les uite ; t'en- ) qui
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sation absurde puisqu'elle remontait à une époque où l’empereur n’avail pas encore fait connaître sa décision et fixé les limites du gouvernement de Pizarre. En vain Almagro protesta qu'il n'avait izmais eu l'intention de faire tort à son ancien associé ; qu’il avait toujours respecté ses droits, et que, s'il s'était emparé de Cusco, c’est qu'il croyait y avoir été autorisé par l'examen et l'interprétation des lettres patentes envoyées par l'empereur. Le tribunal, composé de juges vendus aux Pizarre, condamna le vieillard à la mort,
an NS | Lorsque Almagro apprit la sentence qui venait d’être pro-
noncée, cet homme qui avait affronté tant de fois la mort
dans ses courses aventureuses , et qui avait donné tant de preuves de courage et d’énergie, tomba dans un profond
abattement, il devint faible jusqu’à la lâcheté et essaya d’attendrir ses vainqueurs , d’exciter la pitié de ses bourreaux par ses supplications et par ses larmes : il invoqua les souvenirs de l’ancienne amitié que François Pizarre et lui s'étaient jurée au pied des autels, et de l'humanité avec laquelle il avait traité ses ennemis lorsqu'ils étaient ses prisonniers : il les conjura d’épargner à ses cheveux blancs, à sa mémoire, la honte du supplice réservé aux malfaiteurs et de lui permettre de consacrer les derniers instants de son existence au repentir et à l'expiation de ses fautes.
Ces prières d'un vieillard qui avait été un des plus intrépides guerriers de l'Espagne, cet abaissement dans le malheur, ces larmes de l’illustre condamné qui se débattait, en quelque sorte, contre la mort, émurent la plupart des soldats qui n'étaient cependant que trop aguerris contre les émotions de ce genre; ils demandaient grâce pour Almagro. Mais le cœur des Pizarre était fermé à la pitié ; nonseulement ils furent inflexibles, mais ils osèrent insulter à la faiblesse de leur ennemi suppliant; leur ironie cruelle lui prodigua les plus amers sarcasmes, en lui disant qu'il était indigne d’une grande âme de mendier la vie, et qu’en allant à la mort il devait se rappeler qu’il était chrétien et gentilhomme.
Enfin quand Almagro eut reconnu qu'il n'avait rien à espérer de la haine impitoyable des Pizarre , il se souvint de ce qu'il avait été et retrouva son ancien courage ; il
adressa à ses ennemis acharnés ces paroles qu'il prononça
ort de ond aya Ur qua e et vec ses nes, eurs son
in— s le batpart ntre Al- 10ner à : lui Mail ant ntil-
avec l'accent d’une noble résignation : « Délivrez-moi donc de cette vie et que votre cruauté se rassasie de mon sang!» Puis il fit son testament, par lequel ilinstituait son fils unique et l’empereur ses héritiers ; lorsqu'il eut accompli ce dernier acte de son existence, il fut étranglé dans sa prison et on lui coupa ensuite la tête sur la place publique de Cusco. Au moment de sa mort, Almagro était âgé de soixante-dix-sept ans.
Ainsi périt cet homme remarquable sous plus d’un rapport, et qui sans doute méritait un autre sort, quoique l'histoire lui reproche avec justice sa complicité dans le meurtre d'Atahualpa.
Parmi les Espagnols qu’indigna la cruauté des Pizarre, il s’en trouva un qui jura de venger la mort d’Almagro; il s'appelait Diego d’Alvarado. C'était un officier de distinction, qui fut d'autant plus affligé de la fin malheureuse de son ami, qu'il se reprochait d'y avoir en quelque sorte contribué en lui conseillant de rendre la liberté à Ferdinand Pizarre. Tout entier au désir de tirer vengeance des meurtriers d'Almagro, il échappa à la surveillance des Pizarre, et, profitant d’une occasion pour retourner en Espagne, il se rend aussitôt à la cour. Admis à l'audience de
l'empereur, il lui peint avec des couleurs si vives l’orgueil, l'ambition et la cruauté des jtrois hommes qui règnent en despotes au Pérou, qu’il excite à la fois son ht: reur et son indignation. Mzis son animosité voulait un autre moyen de
satisiaction : il sollicite la permission de soutenir en champ clos la justice de ses accusations, et de provoquer à un combat singulier, suivant l'usage de cette époque, François Pizarre, qu'il dénonce à la vindicte publique comme l'uni-
que auteur de tous les crines et de tous les malheurs dont il a tracé un si énergique tableau.
Mais au moment où l'intrépide Alvarado attend la réponse favorable qu’on lui a fait espérer, il meurt si soudainement, que l'opinion générale attribue sa mort aux amis des Pizarre ; elle les accuse de s'être débarrassés par le poison d’un ennemi redoutable.
Toutefois, l'impression produite par ses récits avait survécu à Alvarado; mais l’empereur et ses ministres hésitaient à prendre un parti violent à l'égard des Pizarre, dont ils redoutaient l'influence et le pouvoir dans les contrées qu'ils avaient conquises. Pendant qu’on délibérait à la cour sur le choix des mesures réclamées par une telle situation, Ferdinand Pizarre résolut de venir lui-mème en Espagne pour rendre compte au gouvernement de sa conduite et de celle de ses frères. Ses amis voulurent en vain le détourner de ce projet; ils l'engagèrent à en ajourner au moins l’exécution jusqu'à ce qu’il eût su à quoi s’en tenir sur l'effet produit à la cour par le supplice d’Almagro. Mais Ferdinand, plein de confiance dans la bonté de sa cause , dans le crédit qu'il supposait à son frère auprès du monarque et de ses ministres, persista dans sa résolution. Toutefois , en prenant congé du gouverneur, il lui conseilla de se défier des partisans d’Almagro, de surveiller leur conduite, et de ne pas leur permettre de se réunir au nombre de plus de sept, parce qu'ils cherchaient à se concerter pour attenter
à sa vie, Mais François Pizarre, aveuglé par la prospérité,
ne voulut pas croire au danger qui le menaçait et négligea
les avis de son frère.
Cependant Ferdinand partit, et, arrivé en Espagne, il
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parut à la cour, où il déploya un faste qui provoqua de jaloux murmures; cette pompe, rivale en quelque sorte de la royauté, causa presque la surprise d’un scandale; 'opinion publique vit avec indignation cet orgueilleux aventurier étaler effrontément les dépouilles des malheureux Péruviens. Cette conduite ne pouvait dissiper les préventions terribles qui s’élevaient contre les tyrans du Pérou; aussi Ferdinand chercha-t-il vainement à justifier les actes de François Pizarre et de ses frères, et à prouver qu’Almagro ayant été l’agresseur, avait reçu le juste châtiment de sa rébellion. Mais, quoique la cour manquât de renseignements positifs pour prononcer sur celte question, elle reconnut que les Pizarre avaient abusé de leur pouvoir en toutes circonstances et que leur conduite tyrannique appelait sur eux la sévérité du gouvernement. Toutefois avant de prendre un parti vigoureux contre le gouverneur du Pérou, on crut devoir s'assurer de la personne de Ferdinand ; il fut arrêté et mis en prison. On assure qu'il y resta près de vingt ans, et, suivant quelques historiens, il y termina ses jours.
Ensuite il fut décidé qu'on enverrait au Pérou un commissaire chargé d'examiner attentivement tout ce qui S'y était passé et recevoir toutes les dépositions sur les événements qui avaient précédé et suivi la mort d’Almagro ; ce commissaire était en outre investi d’un droit qui annibhilait, en quelque sorte, la puissance de Pizarre, puisqu'il pouvait changer, au nom de l'empereur, et s’il le trouvait convenable , le gouvernement et l'administration du Pérou.
Pour remplir dignement une mission si importante , il fallait unir la probité au talent. Vaca de Castro, à qui elle
fut confiée, était un gentilhomme pléin d'honneur, incapable de transiger avec ses devoirs, et chez qui l'expérience des hommes et des affaires s’alliait heureusement{à une grande fermeté de caractère : il eût été bien difficile de faire un meilleur choix.
Il était temps que la cour d'Espagne mit un terme au despotisme insolent de Pizarre au Pérou : il distribuait à son gré les dignités et les terres; il nommait, destituait les fonctionnaires suivant son caprice. Partageant entre lui, ses frères et ses favoris, les terres les plus fertiles et les plus avantageusement situées , il laissait celles qui étaient stériles et sans valeur aux ofliciers qui avaient mérité des récompenses par leurs services et leur bravoure. Malheur à ceux qui avaient servi sous Almagro! ils étaient condamnés au plus affreux dénûment; Pizarre se plaisait à leur faire ainsi expier leur fidélité et leur dévouement à leur ancien chef. Les historiens rapportent un fait qui suflit pour donner une idée de la détresse de ces malheureux, Douze
des principaux officiers des troupes d’Almagro habitaient la
mème maison et élaient si pauvres qu'ils n'avaient entre eux qu'un habit; quand l'un d'eux avait besoin de sortir, il s’en servait, et les onze autres restaient au logis. Telle était la terreur qu'inspirait le gouverneur, que personne n'osait les recevoir chez soi, ni même leur adresser la parole. Aussi combien était violente la haine qui animait ces hommes contre Pizarre, et avec quelle impatience ils attendaient le moment de se venger du cruel dictateur du Pérou!
Sourd aux murmures qui s’élevaient contre lui, insensible aux plaintes des victimes de son despotisme, il comp-
tait sur l'impunité et méprisait le danger comme les menaces de la haine, Il ne craignit pas d’ôter le gouvernement de Quito à Benalcazar, cet officier intrépide qui avait conquis cette province, pour le donner à son frère Gonzalez, qu’il chargea ensuite du commandement d’une expédition importante.
Les Péruviens assuraient aux Espagnols qu’au delà des Cordilières, et à l’est, il existait une contrée où l’on trou-
ni
vait la cannelle et d’autres épiceries en abondance; c’est
ce qui détermina l'expédition confiée à Gonzalez, qui partit de Quito avec une armée composée de trois cent quarante soldats européens, la plupart cavaliers, et de quatre mille Péruviens.
Il dirigea d’abord sa route vers le sud-est, en longeant la rivière Napo, et ensuite vers le sud. Le Napo se jette dans le grand Maragnon, ou rivière des Amazones, un des plus grands fleuves de l'univers, et qui, traversant presque toute l'Amérique méridionale , de l’est à l'ouest, se jette, après des circuits multipliés, dans le grand océan Atlantique. Avant d'atteindre aux Cordilières , où il devait avoir à supporter d'horribles souffrances causées par un froid excessif, Gonzalez rencontra d'autres obstacles presque insurmontables; on eût dit que la nature elle-même voulait s'opposer à la marche des Espagnols. Précédé ou plutôt annoncé par un effroyable ouragan accompagné des éclats de la foudre, un tremblement de terre engloutit sous leurs yeux des maisons, des forêts tout entières , dans des abîmes qui s’ouvrirent tout à coup; une rivière au bord de laquelle ils avaient établi leur camp déborda avec une telle impétuosité, qu'ils eurent à peine le temps de se réfugier sur un coteau voisin pour ne pas être submergés par les eaux torrentueuses qui inondèrent subitement la plaine; puis, en arrivant au haut des montagnes couvertes de neige , ils crurent être transportés dans la zone glaciale, en deçà des cercles polaires; un grand nombre de Péruviens et quelques Espagnols y trouvèrent la mort. Parvenus enfin aux plaines situées au delà des montagnes, ils furent assaillis par d’autres fléaux, dont le plus cruel fut la famine, car ces vastes plaines ne présentaient qu'une immense solitude ; à peine y rencontrait-on
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quelques sauvages qui ne pouvaient leur fournir les vivres dont ils avaient besoin, Ici, c'était un marais qu'il fallait franchir; là une forêt impénétrable à travers laquelle on pouvait à peine se frayer un étroit passage à coups de hache. Mais pour mettre le comble aux souffrances et aux privations de Gonzalez et ses compagnons, la pluie tomba sans interruption pendant deux mois, et ils ne purent pas mème une seule fois faire sécher leurs vêtements.
Enfin on atteignit aux bords du Napo : Gonzalez s’occupa aussitôt de la construction d’une barque pour le traverser au besoin ; elle devait servir également au transport des bagages et des vivres, Mais les Espagnols manquaient des matériaux nécessaires et surtout de fer pour exécuter ce travail; ils furent forcés d’ôter les fers de leurs chevaux, et ils en firent des clous et des crampons; ils suppléèrent au goudron , à la poix, par de la résine qu’ils recueillirent sur des arbres de diverses espèces, Quand la barque fut terminée, Gonzalez y fit monier un officier nommé Orellana, avec cinquante hommes, le chargea de descendre la rivière pour chercher des vivres, et lui désigna l'endroit où il l’attendrait avec le reste des troupes.
Mais à peine Orellana se fut-il éloigné, que, trompant la confiance de son commandant, il résolut de se soustraire à son autorité ; ambitieux et vain, il crut avoir trouvé l’oecasion d'attacher à son nom encor obscur la gloire d’une action hardie, d’une entreprise audacieuse. Au lieu d'attendre Gonzalez à l'endroit que celui-ci lui avait désigné , il voulut suivre le cours de la rivière jusqu'à ce qu'il eût atteint à l'Océan : projet téméraire, auquel cet orgueilleux officier
aurait renoncé lni-même, s'il avait su à quels dangers il
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s’exposait en tentant de l’exécuter, s’il avait su que le fleuve sur lequel il s’aventurait avec une barque aussi chétive, sans provisions, parcourt environ deux mille lieues marines avant de se jeter dans là mer. Toutelois, Orellana ne fit connaitre ses intentions aux cinquante hommes qui l'accompagnaient que lorsqu'il fut arrivé à l'embouchure du \apo, à l'endroit où il se jette dans le Maragnon , ou rivière des Amazones. C'était là qu'il devait attendre Gonzalez : ce
fut là aussi qu’il annonça son projet à ses compagnons. Loin
d'être effrayés de son audace , ils déclarèrent qu'ils étaient prèts à le suivre, Un seul parmi eux resta fidèle à Gonzalez
ve e Li e 0] , et protesta contre la perfidie d’Orellana. Celui-ci le fit dé- E La \ . e.
d barquer et l’'abandonna dans un pays désert, où il devait A » 0 .e , La Q # périr. Alors il poursuivit l'exécution de son projet. ne ‘ à ; x ; Mais alors aussi il ne tarda pas à reconnaître combien son AC-
d entreprise était périlleuse et à quelles rudes épreuves sa conu ia : ne : '
stance allait être soumise. Tantôt il traversait des contrées stériles et solitaires ; tantôt il était obligé de combattre con-
ce e Q . « | tre de belliqueux indigènes pour leur arracher quelques m . .. .
! vivres; souvent aussi il avait à repousser les attaques d’un grand nombre de canots montés par des sauvages armés. Il continua cependant à descendre le fleuve, et après avoir lutié pendant sept mois contre les privations, les fatigues et les dangers de toute espèce, il arriva à l'embouchure du
STE & CERTR ANN ji ee ent Maragnon. Mais il avait encore besoin de son courage et de lez
son énergie , car il était forcé de s’abandonner avec sa frêle
embarcation sur l'Océan, pour gagner une colonie espagnole. Enfin, après avoir fait encore quelques centaines de lieues, il aborda à Cubagna, située non loin des côtes de Terra-Firma.
De là il s'empressa de se rendre en Espagne, où il obtint le succès qu’il s'était promis de sa conduite perfide à l’égerd de Gonzalez. Le récit de son aventure excita une surprise générale ; mais, profitant de cette heureuse disposition des esprits à ajouter foi à ses paroles, il eut recours au mensonge et ajouta le “erveilleux à la vérité. Tous les contes qu'il imagina, dans l'intérêt de sa vanité, jouirent longtemps
d’un grand crédit, et c’est de nos jours seulement que la
science en a fait justice.
Orellana assurait que, dans les contrées qu'il avait tra-
versées, l’or et les pierreries étaient aussi abondants que chez nous les cailloux ; suivant lui, d’autres pays n'étaient habités que par des femmes guerrières dont la force égalait le courage, ce qui fit appeler le pays arrosé par le Maragnon Pays des Amazones, et le fleuve lui-même Rivière des Amazones, noms qu'ils ont conservés. Une de ces contrées, qu'on ne désigne pas, fut prise pour le pays de l'or, et on la nomma Eldorado. Les premiers voyageurs qui prouvèrent la fausseté des assertions d’Orellana, furent La Conda-
NU
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mine, savant Français, qui parcourut tout entier le pays dit des Amazones; et, après lui, madame Godin, que son
dévouement pour son mari détermina à entreprendre cc pénible voyage.
Cependant Gonzalez était arrivé au confluent du Napo et du Maragnon , où il espérait trouver Orellana avec les cinquante hommes qu’il commandait etune provision de vivres; mais quel fut son douloureux étonnement lorsqu'il n’aperçut ni barque ni détachement. Loin de concevoir des soupçons sur les causes de l'absence d'Orellana, il crut que quelque accident avait forcé cet officier à descendre un peu plus bas et il résolut de continuer à marcher le long des rives du fleuve; mais il rencontra l'Espagnol qu'Orellana avait fait mettre à terre. Le récit de la trahison du perfide commandant jeta Gonzalez et ses compagnons dans une cruelle perplexité. Réduits au désespoir par la désertion c’Orellana, qui leur avait enlevé jusqu'à leurs bagages, placés dans la barque , exténués de faim et de fatigue, au milieu d’une contrée déserte et stérile, les soldats demandèrent à grands cris qu’on les ramenàt à Quito, et Gonzalez, forcé d'y consentir, reprit le chemin du Pérou.
Mais déjà un espace de quatre cents lieues séparait les ispagnols de Quito. Il était probable qu'un petit nombre seulement de ceux qui avaient résisté jusque-là aux souffrances et aux fatigues d’une marche si longre e* si pénible, reverrait cette ville, Cependant l'espoir de trouver des chemins moins difliciles, en prenant une autre route que celle par laquelle ils étaient venus, ranima leur courag?; mais cel espoir fut cruellement déçu. Le pays au milieu duquel ils s'engagèrent était encore plus stérile que celui qu'ils avaient traversé, La faim les força de tuer leurs chevaux et
leurs chiens, et quand ces ressources furent épuisées, ils
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PIZARRE. 407 mâchèrent les feuilles des arbres, mangérent avidement des insectes, et rongèrent jusqu'au cuir de leurs selles et de leurs ceintures. Leurs vêtements tombaïient en lambeaux ; leurs corps étaient couverts de plaies et d'ulcères produits par les piqûres des insectes, les épines et la malpropreté. Deux cents Espagnols et quatre mille Péruviens avaient péri quand les restes de la petite armée de Gonzalez arrivèrent à cinquante lieues de Quito.
Les derniers soldats de Gonzalez et leur chef lui-même auraient suecombé si l’on n’eût pas envoyé à leur rencontre
un détachement avec des vivres, des habits et quelques che-
raux. À la vue de ce secours inespéré, ils éprouvèrent une joie si grande qu'ils se jetaient par terre et la baisaient ; mais sans la prudence de leur chef, qui, pendant quelques jours , réduisit la nourriture de chaque soldat à une faible ration, l’avidité de ces hommes affamés leur eût été funeste. Comme il n’y avait pas assez de chevaux pour toute la troupe, Gonzalez et ses officiers voulurent les laisser aux plus faibles de leurs soldats, et continuèrent leur route nus et à pied jusqu'à Quito, où leurs amis les plus intimes eurent peine à les reconnaître, tant étaient profondes les altérations que les souffrances avaient fait subir à leurs traits.
Mais pendant l'absence de Gonzalez, un événement ext'aordinaire dont la nouvelle fut pour lui nn coup terrible, s'était passé à Lima.
Le lecteur n'a pas oublié, sans doute, qu'Almagro avait laissé un fils qu'il désigna pour son successeur. Élevé avec beaucoup de soin par un officier habile et instruit, nommé Herrada, ce jeune homme se montrait, par ses qualités, digne du rôle qu'il était appelé à jouer sur la scène où son père s'était illustré; il le rappelait par son intrépidité, par la fermeté de son caractère. Pizarre, qui le redoutait, l'avait tenu prisonnier péndant quelque temps avec son gouverneur; il lui rendit cependant la liberté, mais à condition qu'il ne quitterait pas Lima. 11 crut qu'une active surveillance exercée sur la conduite du jeune Almagro le met-
trait hors d'état de faire valoir ses prétentions et d'opérer un soulèvement en sa faveur. Mais Pizarre ne s’aperçut pas des réunions fréquentes qui avaient lieu dans la maison
d'Almagro : elle était devenue le rendez-vous de tous les anciens amis et partisans de son père, et les conspirateurs résolurent de faire périr Pizarre avec tous ses adhérents. Ils jugèrent que l'absence des deux frères du gouverneur était favorable à l'exécution de leurs desseins,:et ils s'y préparèrent.
Mais ces conciliabules avaient attiré l'attention des amis de Pizarre ; ils lui firent part de leurs soupçons et de leurs craintes. « Soyez sans inquiétude sur mes jours, leur répondit le gouverneur, le pouvoir que j'ai de faire sauter la tête aux autres garantit la sûreté de la mienne. : Les conjurés, voulant pénétrer s2s dispositions et augmeni®r encore sa sécurité, chargèrent Herrada de cette mission délicate. Celui-ci demanda à parler au gouverneur, au moment où il se promenait dans son jardin et était occupé à cueillir des citrons. Il reçut Herrada avec beaucoup de bienveillance, et lui offrit un des citrons qu'il tenait à la main, en lui disant que c’étaient les premiers qu'on eût cueillis à Lima.
Herrada , affectant une vive inquiétude, répondit à Pizarre, qui lui en demandait la cause, qu’il avait entendu parler d’un projet sinistre attribué au gouverneur; il ne s'agissait de rien moins que de la mort du jeune Almagro et de ses malheureux amis, condamnés à périr pour dissiper une injuste défiance, provoquée par d'odieuses calomnies. Herrada joua son rôle avec beaucoup d'adresse. Pizarre s’empressa de le rassurer, en lui jurant qu’il n'avait jamais eu une telle pensée, bien qu'il eût recu de nombreux avis sur des complots qu’on tramait contre lui. Herrada fit semblant d’être indigné de ces dénonciations, et pria Pizarre
de lui permettre de s'éloigner, avec le jeune Almagro, de
Lima, où leur présence semblait autoriser des suppositions fâcheuses, et d'ôter ainsi tout prétexte à la défiance et à la haine ; Pizarre souscrivit-il à cette demande? le: historiens n'ont pas fait connaître la détermination du gouverneur ; ils disent seulement qu'il assura à Herrada qu'il lui ferait remettre lout ce dont il pourrait avoir besoin. Herrada, en prenant congé de lui, lui baisa la main et courut apprendre aux conjurés le résultat de son entrevue avec Pizarre : le jour de l'exécution du projet fut fixé au prochain dimanche 26 juin 1541.
Le vendredi, un des conjurés, éprouvant quelques remords, découvrit le complot à un prêtre, qui s'empressa d'aller en informer le gouverneur ; mais celui-ci, dont aucun avis ne pouvait altérer la confiance et troubler la sécurité, répondit qu'il ne pouvait croire à l'existence d'un complot contre ses jours, et que la visite récente d'Herrada, ses protestations sincères, l'autorisaient à regarder cette révélation d'une conspiration imaginaire comme un calcul de la part
de quelqu'un qui, ayant une faveur à lui demander, voulait se prévaloir de cette prétendue découverte comme d’un
titre à sa reconnaissance. Après avoir éconduit de cette manière l'ecclésiastique, il alla se coucher.
Cependant il se réveilla le lendemain avec moins de confiance ; il crut devoir prendre quelques précautions. Depuis longtemps, ses amis lui conseillaient de créer une garde pour la sûreté de sa personne, mais il craignait qu'au moment où l’on attendait l'arrivée d’un commissaire espagnol, une pareille mesure ne fût interprétée dans le sens d’une garantie contre la puissance du nouvel envoyé de la cour d'Espagne. et cette considération l'empêcha d'appeler au-
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près de lui un détachement de soldats. Comme l'avis qu'il avait reçu fixait l'exécution du complot au dimanche, il se décida à rester ce jour-là dans sa maison; et, au lieu d’aller, suivant son habitude, à l’église, il fit dire une messe dans sa chambre. Vers midi, plusieurs de ses principaux officiers qu'il avait invités à diner se rendirent chez lui; c'était le temps que les conjurés avaient choisi pour attaquer le gouverneur, parce que dans ces pays, où règnent de grandes chaleurs, le milieu du jour est consacré au sommeil.
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