‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 111 sur 191 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

avec un onguent fait de la graisse des Indiens. Excédés de tant de fatigues et de souffrances, les Espagnols commençaient à murmurer ; et, lorsqu'ils réfléchissaient sur la multitude et le courage de leurs ennemis, ils étaient près de tomber dans le désespoir. Il fallait tonte l'autorité et toute l'adresse de Cortés pour empêcher les progres de ce découragement, et pour ranimer dans ses compagnons le sentiment de leur supériorité sur les hommes qu'ils avaient à combattre. La soumission des Tlascalans et l'entrée triomphante des Espagnols dans la capitale de la république, où ils furent reçus comme des êtres audessus de l’homme, bannirent de leur mémoire le souvenir de leurs souffrances passées, dissipèrent leurs inquiétudes sur l'avenir, et leur persuadèrent qu'aucune force en Amérique ne pouvait désormais résister à leurs armes. Cortès demeura vingt jours à Tlascala pour donner quelque repos à ses troupes. Pendant ce temps-là, il s’occupa de soins important au succès de ses projets. Par ses entretiens suivis avec les chefs des Tlascalans, il s’instruisit de l’état de l'empire du Mexique, du caractère du souverain et de tous les détails qui pouvaient régler sa conduite et le déterminer à agir en ami ou en ennemi. Comme il reconnut que l’antipathie de ses nouveaux alliés pour les Mexicains était aussi forte qu’on le lui avait dit, et qu'il vit qu'il en pouvait lirer de puissants secours, il employa toute son adresse à gagner leur confiance, et il y réussit facilement ; car les Tlascalans, avec la légèreté d'esprit naturelle à des hommes peu civilisés, étaient d'eux-mêmes disposés à passer en peu de temps de l'excès de lahaine à la plus grande affection. Tout ce qu’ils voyaient des Espagnols excitait leur étonnement et leur admiration (107); et, persuadés que cesélrangers avaient une ori-

gine céleste, ils s’empressérent non-seulement de sastifaire à toutes leurs demandes, mais même d'aller au-devant de tous leurs désirs. Ils offrirent donc à Cortés de l'accompagner à Mexico avec toutes les forces de la république, sous les ordres de leurs capitaines les plus expérimentés. Mais Cortès, après s’être donné tant de peines pour établir cette union entre les Indiens et lui, fut sur le point d'en perdre tous les avantages par une nouvelle saillie du zèle inconsidéré dont il était animé. Tous les aventuriers espagnols de ce siècle se regardaient comme destinés par Dieu même à étendre la foi chrétienne ; et moins ils étaient capables de s'acquitter d’un tel emploi par leur ignorance, plus ils avaient d’ardeur à remplir leur prétendue mission. La profonde vénération des Tlascalans pour les Espagnols ayant encouragé Cortès à expliquer à quelques-uns des principaux d’entre eux la doctrine chrétienne, il leur proposa avec instances d'abandonner leurs superstitions et d’embrasser la religion de leurs nouveaux amis. Les Indiens, d’après une idée généralement établie chez les nations barbares, convinrent de la vérité et de l’excelience de la doctrine qu’il leur enseignait; mais ils soutinrent que les Teutès de Tlascala étaient des divinités non moins dignes de leurs hommages que le Dieu de Cortès, et que, comme celui-ci avait droit aux adorations des Espagnols, les Tlascalans étaient obligés de conserver le

culte des dieux qu’avaient honorés leurs ancêtres. Cortés

insista avec un ton d'autorité, mêlant les menaces aux arguments. Les Tlascalans, fatigués et mécontents, le conjurèrent de ne plus parler sur ce sujet. Cortès, surpris et indigné de leur obstination , se piépara à exécuter par la force ce qu’il ne pouvait obtenir par la persuasion. Il allait détruire leurs autels et renverser leurs idoles avec la

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